Archive | février 2019

Aux urnes, les ploucs ! de Charles Williams

édition Folio policier – 248 pages.

Présentation de l’éditeur :

Au fin fond de l’Amérique profonde, au moment de la Prohibition on va procéder à l’élection du Shériff. Cette période est naturellement peu propice à Uncle Sagamore et sa clique, distillateurs à leurs heures… pour pouvoir payer leurs impôts en honnêtes citoyens. Cela se gâte quand un nouveau candidat se présente qui semble décidé à attraper Sagamore…

Mon avis :

Aux urnes, les ploucs ! Aux urnes, les ploucs ! Aux urnes, les ploucs ! Non, je n’ai pas bugué, en ce dernier jour du mois du polar, j’ai simplement voulu terminer avec un polar hilarant, énergisant, paumé au fin fond du Texas.
Si vous avez aimé Le bikini de diamant, vous vous régalerez avec le récit de ses élections. Sagamore Noonan est libre comme l’air, et pourtant, le shérif ne désespère pas de le coincer un jour pour de bon. Sauf qu’il n’a pas la date, et l’espoir… pas trop non plus. Seulement, le shérif est élu, les élections approchent dangereusement et un candidat se présente face à ce brave shérif qui depuis douze ans se ronge les sangs pour coincer les frères Noonan – non, parce qu’il ne faut pas oublier que le frère de Sagamore, Sam dit Pop, est là, tout comme Billy, son neveu et narrateur de l’intrigue, flanqué de son inénarrable chien.
Soyons clair, soyons net, soyons précis : Sagamore, c’est le roi de l’arnaque, capable d’arnaquer n’importe qui. Attention ! Cela ne veut pas dire que Sagamore sombre dans la facilité, bien au contraire. Je ne dirai pas que c’est un plaisir d’être arnaqué par lui, non, il ne faut pas exagérer. Je dirai que ceux qui se sont faits arnaquer auraient dû y réfléchir à deux fois avant de s’attaquer à Sagamore, ou pire : avant de le sous-estimer. Sagamore réfléchit beaucoup – au contraire de certains de ses adversaires. Il n’est pas sans faire penser aux prestidigitateurs qui détournent notre attention pour mieux nous duper – avec notre consentement, il faut bien le dire.
Un livre drôle et réussi, pour découvrir le fin fond du Texas.

 

Le français de Roseville d’Ahmed Tiab

édition l’Aube noire – 242 pages.

Présentation de l’éditeur :

Oran, Algérie. Le commissaire Kémal Fadil est appelé sur un chantier de rénovation du quartier de la Marine, où viennent d’être retrouvés des restes humains datant vraisemblablement des années 1960. Il semble qu’il s’agisse d’un enfant qui portait autour du cou un crucifix. L’enquête ne s’annonce pas simple?! En réalité, elle avait été commencée bien plus tôt, menée par des policiers français… Cinquante ans plus tard, la vérité historique est toujours aussi compliquée à dire.
Ahmed Tiab nous propose une immersion dans l’Algérie d’avant l’Indépendance, mais aussi dans l’Oran d’aujourd’hui, et conduira son enquêteur jusqu’à Marseille.

Mon avis :

Première enquête de Kémal Fadil et nouvelle découverte pour moi lors de ce mois du polar.
Kémal est commissaire. Il vit avec sa mère, paraplégique depuis un accident de voiture qui a coûté la vie à son père, dans un appartement relativement confortable. Attention ! Sa mère est en fauteuil roulant ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas parfaitement lucide. L’accident lui a fait perdre ses jambes, il lui a rendu sa liberté. Libre, d’ailleurs, elle l’a toujours été, il suffit pour son fils de regarder les photos de sa mère, jeune – même si elle ne lui dit pas tout de son passé, dont nous découvrons une partie au fil de l’intrigue.
Ce sont des travaux dans Alger qui mettent à jour deux squelettes, un homme, un peu plus grand que la moyenne, et un enfant, avec un crucifix autour du cou. J’ai pensé à une autre enquête en lisant ce livre, qui, mettant à jour des corps, font aussi remonter les heures les plus noires d’une ville : on ne laisse pas des corps sans sépultures sans raison.
D’ailleurs, de ces années-là, il est tant de choses qui sont, et seront sans doute toujours passées sous silence. Tant de personnes « disparues » dont on ne saura jamais ce qu’elles sont devenues. Pour deux d’entre elles, ici, nous le saurons, cependant, grâce à une grande partie du roman qui se passe dans les années cinquante/soixante et montre comment on en est arrivé là, comment la tragédie qui nous est contée est arrivée.
Puis, il y a le présent, et ce que l’on appelle la légende familiale. Il faut vivre avec, et parfois très bien, quand on a héroïsé un grand-père, un oncle. Le patriarcat n’a jamais aussi bien son nom que quand un père décidait de façon expéditive ce qui était bon ou non pour sa progéniture. Il faut aussi, pour les enquêteurs, faire des choix, révéler ce qu’il est important de révéler, ne pas dire le reste.
J’ai lu plusieurs romans qui nous parlent de l’Algérie, et je trouve important d’en parler. J’aimerai que des auteurs en fassent autant pour l’Indochine.

 

Octobre de Søren Sveistrup

Présentation de l’éditeur :

Début octobre. La police fait une découverte macabre dans une banlieue de Copenhague. Une jeune femme a été tuée et abandonnée sur un terrain de jeu. On l’a amputée d’une main et au-dessus de sa tête pend un petit bonhomme en marrons.
On confie l’affaire à la jeune inspectrice Naia Thulin, à qui on donne comme coéquipier un inspecteur en burn out, Mark Hess. Ils ne tardent pas à découvrir que le bonhomme en marrons est porteur de mystérieuses empreintes, celle de la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires Sociales, enlevée un an plus tôt et présumée morte. Mais un suspect a déjà avoué avoir assassiné la fillette et le dossier semble clos.
Quelques jours plus tard, on découvre une deuxième femme assassinée et au-dessus de sa tête, un autre bonhomme en marrons sur lequel se trouvent à nouveau les empreintes de Kristine Hartung. Thulin et Hess cherchent un lien entre l’affaire de la disparition de la fille de la ministre, les femmes mortes et l’assassin qui sème la terreur dans tout le pays, et s’engagent dans une course contre la montre. Car ils en sont convaincus : le meurtrier est en mission et il n’en a pas encore terminé…

 

 

 

 

 

 

Mon avis :

A chaud ! Parce que j’ai attendu sa date de sortie pour publier cet article, mais j’ai lu le livre dès sa réception, fin janvier.
Au Danemark, les crimes sont fait pour être élucider, la criminelle n’abandonne pas une affaire avant sa résolution, même si cela prend du temps, même si les pistes se referment une à une. D’ailleurs, si en France, faire partie de la bridage criminelle est prestigieux, cela ne semble pas être tellement l’opinion de Naia Thulin, la jeune inspectrice qui n’aspire qu’à rejoindre une brigade d’avenir. Quant à son co-équipier provisoire, Mark Hess, il souhaite uniquement réintégrer Interpol le plus tôt possible. Ce n’est pas qu’ils ne s’entendent pas – ne nous attendons pas à un traditionnel jeu du chat et de la souris – c’est que chacun a ses méthodes qui vont leur servir à une seule chose : identifier le coupable.
Soyons clair : le meurtre est sordide, et les enquêteurs les plus aguerris ne peuvent qu’être choqués par ce qu’ils découvrent. Seulement, les indices, les preuves ne tombent pas du ciel, et l’un d’entre eux les replonge dans une affaire déjà résolue un an plus tôt : l’assassinat de la fille d’une femme politique danoise.
Auprès de cette famille, nous découvrons l’après, sans phare. Oui, Kristin a été violée et tuée voici un an, son meurtrier a avoué, il est en prison. Sa mère a repris son poste de ministre, son mari travaille, leur fils se rend à l’école, fait du sport. Ils se sont fait aider par des psys. Mais rien n’est facile parce que tout fait mal, d’autant plus que le corps, morcelé, enterré de Kristin n’a jamais été retrouvé. Et l’on s’acharne, méthodiquement, à leur rappeler cette affaire, à les insulter. Qui peut croire que l’on peut surmonter la mort de son enfant ? Pas Rosa et son mari en tout cas. J’ai aimé la finesse avec laquelle leur vie après la disparition de leur enfant était racontée, la difficulté qui peut ressurgir n’importe où, le comportement aussi de ceux qui les entourent – voir celui de l’enseignant qui veut permettre à ses élèves de tourner la page, alors que, je suis bien placée pour le savoir en temps que professeur, on oublie souvent l’un ou l’autre de ses camarades de classe, on n’oublie jamais celui qui est décédé. Rosa et son mari doivent continuer à vivre avec et sans – avec aussi cet espoir qui ressurgit et qui est presque pire que tout : avoir l’espoir, quand on a touché le fond ne peut que faire tomber encore plus bas si on le perd.
Malgré sa criminalité faible, son taux de résolution énorme, tout n’est pas idyllique au Danemark. Mark Hess habite dans un charmant appartement qu’aucun agent immobilier n’a envie de prendre dans son portefeuille, parce que seuls les immigrants et les drogués y vivent – un blanc dans le quartier, c’est forcément un malade ou un policier infiltré. La maltraitance des enfants est bien réelle. Invisible ? Non, pas vraiment. Disons plutôt que les dénonciations anonymes sont tellement nombreuses qu’il faut que les services sociaux face le tri, entre les cas bien réels et la volonté de se venger d’un parent ou d’une ex-conjointe. Enquêter est ardu, pas forcément gratifiant – faire le sale boulot ne plait à personne, mais il en est qui sont moins motivés que d’autres.
Plus l’enquête avance, moins les deux enquêteurs se ménagent. Nous passons souvent par des hauts et des bas émotionnels, tant certains veulent suivre la piste la plus rationnelle, alors que Naia et Mark sont plutôt près, chacun de leur côté, à sortir des sentiers battus. Le dénouement est surprenant, à la hauteur de la construction de l’intrigue.
Octobre est un roman qui devrait plaire à tous les fans d’un autre auteur danois : Jussi Adler Olsen.
Merci à Albin Michel et à Babelio pour ce partenariat.

La meute de Sarah KOSKIEVIC

tous les livres sur Babelio.com

Présentation de l’éditeur :

Vous allez les aimer. Vous allez les détester. C’est LA MEUTE.
Elles n’ont ni le même âge, ni les mêmes passions – si ce n’est ce lien invisible qui les unit. Elles n’ont rien à faire ensemble. Et pourtant, elles traversent les décennies côte à côte, chacune à son rythme. Elles ont dû se résoudre à admettre que leur amitié n’est ni évidente, ni facile mais qu’en bien des points, elle surpasse toute les histoires d’amour. Elles sont six : Olivia, Romane, Elly, Isadora, Louise et Rosalie. Vous allez les aimer. Vous allez les détester. C’est LA MEUTE.

Mon avis :

Un livre dur, finalement, parce qu’il faut vraiment le lire jusqu’au bout.
Je me suis totalement perdue dans sa chronologie. Nous nous perdons sur une dizaine d’années, au fur et à mesure que les membres de cette meute se sont connues, sont devenues amies, avec Liv (diminutif d’Olivia, elle n’allait tout de même pas s’appeler Olive, comme l’épouse de Popeye). Je me suis aussi perdue avec ses nombreux personnages, toutes connaissant Paris sous le bout des doigts, détestant ma station de métro préférée (Cluny-Sorbonne !). Elles boivent, elles fument, elles se droguent, elles traversent la vie uniquement reliées par leur amitié, par le fait qu’elles espèrent pouvoir toujours s’appuyer les unes sur les autres en cas de coups durs, qui peuvent arriver, justement. Elles finissent par se ranger, parfois, avoir un enfant, par accident, un vrai métier, professeur des écoles, tout plaquer, tout recommencer ailleurs. Avec elles, on est dans un tourbillon, et parfois, franchement, je me suis désintéressée de leurs problèmes, de leurs états d’âme, de leur amour des fringues et du maquillage, du règne de l’apparence parce que le monde est dur, pour les femmes, plus dur aussi pour celles qui s’affirment et veulent vraiment mettre à exécution ce qu’elles veulent faire.
Un roman qui se lit à cent à l’heure, comme le rythme de l’écriture, et qui se referme, sonné.

Merci à Netgalley et aux éditions Stock pour cette découverte.

L’école des dingues de Cornelia Read

Présentation de l’éditeur :

Où l’on retrouve Madeline Dare, l’héroïne de Champs d’ombres, précédent roman de Cornelia Read. Madeline a fini par quitter son trou de Syracuse et, après quelques ennuis avec la justice (elle a quand même abattu un homme), la voilà dans les monts Berkshire, Massachusetts. Campagne tranquille et belles demeures. Son mari adoré ayant perdu son boulot, elle doit accepter un poste de professeur d’histoire à la Santangelo Academy, établissement privé pour adolescents à problèmes. Derrière les grilles ornementées et les rideaux d’arbres, Madeline découvre un univers étrangement perturbé, composé d’individus – élèves comme profs – qui tous cachent quelque chose, ne fût-ce qu’un profond malaise personnel.

Mon avis : 

Je termine ma découverte de cette auteur par la lecture du tome 2 – on ne lit pas toujours les romans dans l’ordre que l’on veut, et c’est déjà bien que la bibliothèque ait eu les trois. Madeline a quitté le journal où elle travaillait, elle a dû aussi quitter Syracuse pour le Massachusetts. Ce n’est pas seulement à cause de la perte de son emploi qu’elle en ait là, Dean, son mari chéri, est lui aussi à la recherche d’un travail, et la crise est là. Oui, il y avait déjà une crise dans certains secteurs aux Etats-Unis, on l’a un peu oublié depuis. Madeline travaille donc comme professeur dans une école un peu spéciale, elle qui doit déjà se remettre d’avoir tué son cousin – en légitime défense.
Cette école est complètement dingue. A la lecture des cents premières pages du roman, il me paraît aberrant que l’on puisse confier ses enfants à une institution pareille. Les règles qui sont édictées ne le sont pas selon le bon sens le plus élémentaire, alors quand il s’agit de prendre soin d’adolescents extrêmement fragilisés, elles ne peuvent à mes yeux que faire empirer les choses. Que les parents soient démunis, je le conçois. Ils sont cependant extraordinairement absents de ce récit, effrayant tout de même leur enfant à distance. C’est quand on les voit apparaître que l’on comprend mieux certaines choses. Il en est qui sont réellement aimants, mais dépassés, absolument, par tout ce qui s’est passé, par la maladie psychique de leur enfant, et pensent que cette institution, du moins le visage que l’on veut bien leur montrer, est la dernière chance. D’autres ne savent pas montrer leur amour – ou trop tard. Les derniers, les pires, sont indifférents, et mettre leur enfant ici, c’est une manière de remiser les problèmes le plus loin possibles, un peu comme on jette un objet défectueux.
Alors oui, les amateurs de polar pur et dur pourraient dire que l’enquête policière, comme les meurtres, arrivent tard, et que la pauvre Maddy est encore dans de beaux draps. Certes. Mais l’on peut généreusement s’interroger sur l’état émotionnel des professeurs de cet établissement, tous incapables de réagir, tous perdus ou presque dans des thérapies hallucinantes, dans lesquelles les professeurs s’auto-flagellent mutuellement – pour cacher ce qui se passe depuis des années dans cet établissement ? Madeline a déjà été combattive dans le passé, elle le sera encore dans ce récit. Son tort ? Pas seulement être arrivée au mauvais moment – reste à déterminer pour qui – mais de se retrouver au coeur d’une intrigue qui est née bien des années auparavant.
L’école des dingues – un livre poisseux.

 

Zacharie Blondel voleur de poules de Philippe Cuisset

Edition Kyklos – 182 pages.

Présentation de l’éditeur :
Après la Commune de Paris, de nouvelles lois vont réprimer les populations potentiellement dangereuses. La politique d’épuration sociale, déjà violente sous le Second Empire, se durcit sous la IIIe République. Déportation, transportation et relégation remplissent les bagnes de métropole ou d’Outre-Mer. Les travaux forcés, vantés par d’honorables ministres républicains, doivent aboutir à une forme de rédemption laïque que les bagnards sont censés porter jusqu’aux antipodes. Mais cette image colonisatrice d’une France modernisée, industrielle et triomphante, n’est qu’une façade. En réalité, on nettoie le territoire de cette intarissable veine de misère, on rassure les honnêtes gens, on offre ainsi aux puissantes exploitations agricoles et minières une main d’oeuvre à bas prix. L’administration pénitentiaire signe avec la direction de la Société Le Nickel des « contrats de chair humaine ». Charles Zacharie Blondel, petit agriculteur ruiné, braconnier et voleur de poules, condamné à la relégation à l’Île des Pins, fut victime au bagne de Nouvelle-Calédonie de ce tout premier avatar du néo-esclavagisme colonial.

Mon avis :

Avez-vous déjà vu un registre de lever d’écrou ? Moi oui. Et l’on se rend compte qu’au XIXe siècle, l’on pouvait être emprisonné pour trois fois rien, deux fois zéro. Ainsi Zacharie Blondel. Une demi-douzaine de condamnation en une dizaine d’années. Pour des menus larcins : il est un « voleur de poules », pas un brigand de grand chemin. Veuf, il a trois enfants. Endetté, il a perdu sa ferme. Lors de son dernier procès, il est condamné à huit mois de prison – et à la relégation, c’est à dire à la déportation à l’île des Pins, en Nouvelle Calédonie. Oui, le rêve d’une république exemplaire n’est pas récent, disons que l’exemplarité a changé de sens. Au XIXe siècle, il s’agissait de vider les belles rues de tout ce qui pouvait faire tâche, de tout ce qui pouvait déranger, non de fermer les prisons en ouvrant les écoles, mais de déplacer le problème, et par la discipline, le travail, transformer ses hommes. Enfin, pas vraiment. Les mater, les tuer à la tache pour le développement de la colonie néo-calédonienne, faire le commerce de la chair (pas l’esclavage, rien à voir, le commandant du bateau vous le dira) et leur promettre, éventuellement, de devenir des colons libres, un jour. De revenir en France. A condition de pouvoir (se) payer le voyage de retour de quatre mois. Huit mois de voyage aller-retour pour une peine de huit mois – voilà ce que va subir Zacharie. Vous avez dit disproportion ?
Le livre est divisé en trois parties, comme les trois actes d’une tragédie. Comme dans une tragédie ordinaire, banale, quotidienne, Zacharie est impuissant à modifier son destin, d’autres ont décidé pour lui. Les recours, l’appel, rien à faire. Le voyage, qu’il faut terminer sans se rebeller et en bonne santé. Le travail au bagne – survivre sans blessure, en se rendant compte que ce que l’on fait ne sert à rien. La mort, au bout du chemin, parce que l’espoir est abandonné depuis longtemps, parce que survivre est impossible aussi.
Le livre est court, parce qu’il est sans précision inutile. Cela ne veut pas dire qu’il ne nous plonge pas, littéralement, dans les geôles des prisons, dans la puanteur du bateau, dans la flore calédonienne. La mort est là toujours, les morts sont dans les pensées, comme la femme de Zacharie, morte à 36 ans de tuberculose, ou ces morts dont il découvre les tombes en Nouvelle-Calédonie. Les annexes nous permettent de découvrir les documents d’époque, et participent à la sortie de l’oubli de ce simple voleur de poules – un parmi tant d’autres, à avoir été brisé par la justice.
Merci au forum Partage-lecture et aux éditions Kyklos pour cette découverte.

Arabe de Hadia Decharrière

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Présentation de l’éditeur :

Maya est une jeune femme française de vingt-huit ans, fille unique de pharmaciens à Cannes. Un matin sans en saisir la cause, Maya se réveille en parlant et comprenant parfaitement l’arabe. Une découverte qui va bouleverser sa vie, celle de son entourage et la pousser à réfléchir sur son identité, ses origines, ses goûts, ce qu’elle est et croit être. En attendant les résultats médicaux qui doivent éclaircir ce mystère, Maya s’interroge sur ce don et sur l’identité nouvelle qu’il lui confère.

Mon avis :

J’en ai mis, du temps, à rédiger cet avis. Ou plutôt, j’en ai laissé passer, du temps, entre la fin de mon hypnotique lecture et la rédaction de mon avis, tout simplement parce que j’avais peur de parler beaucoup trop de moins dans ce livre, et pas assez du livre en question.
Maya se réveille en parlant parfaitement arabe, en pensant arabe, en étant parfaitement imprégnée de la culture arabe. Pourquoi ? Il y aura une explication rationnelle, j’ai presque envie de vous rassurer tout de suite. Je ne la révélerai pas, bien sûr, disons simplement qu’elle fait partie du champ des possibles, et non du fantastique.
Ce n’est pas tant le fait qu’elle pense parfaitement en cette langue qui questionne, c’est le choix de cette langue, de cette appropriation culturelle, en quelque sorte, et de ce qu’elle peut renvoyer, questionner, sur notre société actuelle. On juge, on est jugé, sur sa langue, son nom de famille, son prénom. On peut aussi se reconnaître entre soi, aussi, ou se rejeter.
Elle nous montre une culture, un ressenti d’une incroyable richesse. Elle nous parle aussi du sort des femmes arabes, de leur rapport à la féminité, ou plutôt, de leur obligation de refouler leur féminité. Voire pire encore. Par la langue, Maya prend conscience de ce que d’autres femmes vivent, pas si loin d’elles.
Arabe est un livre qui interroge, questionne, sur ce qui fait notre identité, sur le regard que l’on porte sur les autres, sur les clichés qui sont véhiculés aussi.