Archive | février 2019

Coin perdu pour mourir de Wessel Ebersohn

Présentation de l’éditeur :

Le fils d’un politicien important meurt après avoir mangé des champignons vénéneux. Un domestique noir, qui a manifestement perdu la raison, est inculpé. Mais Yudel Gordon, le psychiatre de la prison, refuse cette version des évènements. Pour prouver l’innocence du simple d’esprit, il se rend dans une ville reculée de province afin d’interroger des parents et des amis de la victime, ainsi que la presse locale. Il doit alors faire face à un milieu hostile, effrayant, meurtrier.
Longtemps interdit en Afrique du Sud, Coin perdu pour mourir a pour héros Yudel Gordon, un psychiatre attaché à l’autorité judiciaire, découvert dans « La nuit divisée » et retrouvé dans « Le cercle fermé ».

Précision : c’est grâce à Belette, the cannibal lecteur que j’ai découvert cet auteur.

Mon avis :

Nous sommes au moyen âge. Nous voyons des seigneurs fouettés leur serfs. Ah, pardon, je me suis trompée. Nous sommes aux Etats-Unis, nous voyons de riches propriétaires terriens battre leurs esclaves. Nouvelle erreur : nous sommes en Afrique du Sud, dans les années 70 finissantes, et les blancs ont le droit de fouetter leurs employés si c’est mérité. Il est toujours bon de se rappeler certains faits qui ont eu lieu pas si loin de nous, dans le temps et dans l’espace.

Un crime a été commis. Le fils d’un riche propriétaire terrien, homme politique en vue, a été empoisonné, l’un des domestique, noir, estampillé « fou » depuis longtemps, a été arrêté et déclaré coupable. Un expert est nommé pour déterminer s’il est vraiment fou. Il s’agit de Yudel Gordon, psy et juif. Là, c’était la version officieuse de son rôle. La version officieuse, c’est qu’il doit trouver qui a vraiment tué Marthinus junior. Personne ne pense que le domestique simple d’esprit ait pu préméditer son crime – et il en faut, de la préméditation, pour cuisiner des champignons empoisonnés. Et si ses investigations permettent en plus de trouver le petit groupe qui a commis quelques exactions contre une communauté religieuse, ce serait encore mieux – et encore plus dangereux.

En effet, le danger est partout, absolument. Ce n’est pas que Yudel ne peut compter sur personne, c’est qu’il sait que ceux qui l’aident courent autant de risque que lui. Au gré de ses déplacements, il est si facile de subir une agression, surtout avec des policiers assez acquis au patriarcat. Cela n’a pas que des désavantages, quand on sait, comme Yudel, s’en servir quand c’est possible :

Quand on vivait, comme eux, dans une société patriarcale, quand on y avait grandi, on écoutait la voix de l’ordre établi, on emboîtait le pas au membre du Parlement, au dignitaire de l’Église, à son officier supérieur ou au premier venu installé une marche plus haut sur l’échelle sociale.
On ne remettait jamais en question le point de vue de ceux du dessus, et on n’oubliait jamais sa place dans la hiérarchie.

Puis, il y a agression et agression. Il y a toujours, d’ailleurs, pas besoin de se rendre dans l’Afrique du Sud des années 70 pour savoir que les moines auraient dû aller « ailleurs », plutôt qu’ici, et que tout se serait bien passé pour eux. De même, après sa mort, tout le monde encense le jeune Marthinus – les domestiques n’ont pas le choix. Ils ont bien vu ce qu’ils ont vu, ils ont, pour certains, subi ce qu’ils ont subi, ils savent qu’ils ne peuvent rien y faire. Qui écouterait leur plainte ? Marthinus père est un membre très représentatif de la société patriarcale, qui ne voit ses enfants que pour leur dire tout ce qu’il a fait pour eux, tous les sacrifices qu’il a accomplis, à quel point son fils l’a déçu. Oui, les deux enfants n’ont manqué de rien matériellement, ils n’ont jamais reçu d’affection. Yudel est bien le seul à analyser et à comprendre comment les deux enfants, adultes, sont devenus ce qu’ils sont, comment le père se voile la face sur ce qu’il a fait – après tout, être loin de son foyer pour assurer la sécurité matérielle de sa progéniture grâce à sa carrière, est le meilleur moyen d’éviter de s’occuper personnellement de ses enfants. Oh, oui, il a demandé à son frère de s’occuper d’eux – il a permis à son neveu de développer un racisme et un sadisme décomplexés. Que vaut la vie d’un homme ? Ça dépend.

Qu’il soit juif faisait de lui une créature à part – pas un homme, mais un juif. Tuer un Afrikaner était un crime. Tuer un Juif, rien de plus qu’un vulgaire homicide. Mais N’Kosana était noir. Le tuer ne correspondrait à aucun crime défini.

Yudel ne sera pas ménagé au cours de cette enquête, y compris au moment du dénouement. Qui a dit que le boulot de psy était facile ?

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Hugo aime Joséphine de Sophie Dieuaide

Présentation de l’éditeur :

Pour Hugo, c’est simple : les filles, c’est nul. Il ne se prive d’ailleurs pas de le crier sur tous les toits. Mais lorsque Joséphine fait une entrée remarquée au collège, le voilà tout chamboulé. Aidé de Clarisse, grande sœur et love coach hors pair, Hugo va vite s’apercevoir que l’imprévisible lui est tombé dessus : il est amoureux !

Merci à Netgalley et aux éditions Didier Jeunesse pour ce partenariat.

Mon avis :

Hugo est un garçon qui prouve que même la meilleure volonté du monde peut parfois se heurter à une réalité pas toujours agréable. Oui, Hugo est ce que certaines de mes élèves appelleraient un garçon « sans option », c’est à dire un garçon qui pense que les filles, ce n’est pas intéressant, ce ne sont que des filles, et que les garçons sont bien supérieurs à elles. Vous l’aurez compris, Hugo est misogyne, même s’il ne connaît pas encore ce mot. Sa soeur n’apprécie pas son attitude, et s’empresse de partager ce que dit son frère au collège. Oui, c’est un tantinet embarrassant, parce que les filles sont contre lui, et en dépit des timides efforts qu’il fait (ah ! les triplettes, petites sœurs d’un copain qui font fondre tout le monde), il ne change pas d’opinion ! Narrateur principal de l’histoire, il tente donc de survivre dans son collège – parce que, malgré ses copains, il y a aussi des filles qui ne le portent pas vraiment dans leur coeur et qui se liguent contre lui. Oui, ce n’est pas très gentil de leur part, et leur attitude, leur persévérance, leur volonté de le tenir à l’écart ou d’écarter celles qui ne seraient pas vraiment de leur avis n’est pas tellement mieux que celle d’Hugo.
Mais un beau jour apparaît Joséphine, dont nous aurons les extraits de journal intime. Elle est nouvelle dans le collège et jette un oeil neuf sur les élèves, refusant de se laisser influence par les autres élèves de la classe. Elle paraît également plus mûre que les autres, lucide, et crac ! c’est d’elle dont Hugo tombe amoureux, sans comprendre ce qui lui arrive.
Il subit néanmoins les transformations que l’on observe souvent chez un garçon : il prend soin de son apparence et demande conseil à … et bien à sa soeur et aux magazines « féminins » qu’elle lit. Dire que j’aurai passé toute mon existence jusqu’à présent sans connaître ses magazines, cependant ce sont des versions adolescentes des magazines pour adultes – féminins, aucunement féministes.
L’unité de temps est assez restreinte, tout comme l’unité de lieu – tout se passe essentiellement au collège ou chez Hugo. Les deux personnes principaux sont attachants jusque dans leur maladresse – chacun a le droit de faire des erreurs, chacun a le droit de changer, ne l’oublions pas. Mention spéciale pour la professeur de français, qui aime à faire écrire ses élèves, et tant pis si cela en dérange certains.
Hugo aime Joséphine, un roman charmant en toute saison.

L’odeur du jour de Danielle Martinigol

Présentation de l’éditeur :

Je m’appelle Lili et je suis une flaireuse. Au réveil, je sens l’odeur du jour. Celle qui me dit si je vais passer une bonne ou une mauvaise journée. Ce matin, une puanteur de cauchemar m’assaille. Quelque chose d’horrible s’est produit, c’est sûr. Je ne tarde pas à comprendre quoi : ma prof préférée a été tuée. Et là, surprise : Angie, le « démon » du lycée, prend ma défense quand je fonds en larmes. Elle me dit combien elle aimait notre prof elle aussi. Qu’elle non plus n’accepte pas les explications qu’on nous donne. Que toute cette affaire est louche. Alors on va mener notre enquête. Quitte à suivre les indices laissés par ces deux garçons étranges que nous semblons être les seules à voir…

Merci à Netgalley et aux éditions Hachette pour ce partenariat.


Mon avis :

Un seul mot : bravo ! pour ce roman inclassable et attachant.
Lili, tous les matins, sent « l’odeur du jour », qui lui annonce si la journée sera bonne ou pas. Ce matin, l’odeur annonce le pire, et il arrive : sa professeure de français, à laquelle elle est très attachée, meurt dans un attentat. Cette mort la rapproche curieusement d’Angie le « mouton noir » de sa classe, qui elle aussi appréciait beaucoup leur professeur. Toutes les deux, elles veulent en savoir plus, sur la mort mais aussi sur la vie de leur professeure. Il faut dire que les deux jeunes filles sont les seules à voir deux adolescents à peu près de leur âge. Qui sont-ils, eux qui semblent des fantômes d’une autre vie ?
Oui, il est une dimension fantastique dans ce roman policier, discrète, légère, elle ne doit pas nous faire oublier que ce roman est ancré dans notre société. Beaucoup de romans nous parlent du mal être des adolescents. Peu nous le montre de manière éclatante, avec ses conséquences. Beaucoup de romans nous parlent de drames, de tragédies, ils poursuivent rarement dans l’après, comment les personnages qui l’ont vécu ont fait pour survivre, réapprendre à vivre, retrouver une vie, leur vie, malgré les blessures physiques et morales. Ce roman nous montre aussi des histoires d’adultes, des jugements d’adultes aussi – parce qu’il est facile de donner son avis, de condamner, même quand on croit tout connaître, au nom de « l’intérêt des enfants ». Etre parents, c’est aussi s’interroger dans quel monde on veut élever ses enfants. Et parfois, il faut aller au bout de ses convictions, ce qui ne signifie pas avoir recours à la violence, ne confondons pas. Il est bien d’autres manières, heureusement, d’être en accord avec ce que l’on pense.
Ne pas renoncer, c’est également ce que font Angie et Lili, même si leurs actions peuvent paraître bizarres aux yeux de leurs proches. J’aurai aimé passer encore un peu de temps avec elles.

Le crime de Rouletabille de Gaston Leroux

Mon avis :

Rouletabille est un héros connu – logiquement. Le mystère de la chambre jaune, le parfum de la dame en noir sont des classiques. Mais qu’en est-il des enquêtes suivantes ? Et bien, le plus souvent, elles sont tombées dans l’oubli, ou plutôt dans le domaine public, et c’est ainsi que j’ai pu lire Le crime de Rouletabille, sa septième aventure.

Dans celle-ci, nous retrouvons aussi Sainclair, le narrateur de ses deux premières aventures, rudement éprouvés. Il avait épousé une jeune fille pure et innocente. Il a été dupé, trompé, il est aujourd’hui divorcé et a du mal à s’en remettre. Bref, il n’a plus vraiment confiance en la gente féminine. Son ami Rouletabille, lui, est marié à la belle et fidèle Ivana. Sauf que :
– Ivana est l’assistante d’un scientifique spécialisé dans la tuberculose aviaire :
– le scientifique ne peut pas s’empêcher de tenter de séduire toute jeune femme qui lui plait.
Ivana se prête au jeu de la séduction, mais Rouletabille est au courant, il sait que c’est parfaitement innocent et que Ivana ne fait cela que pour le bien de la science.

Si vous ajoutez à cela que le scientifique est marié, et que sa femme a toujours fermé les yeux sur les infidélités qu’elle connaît pourtant, vous comprendrez qu’il y a quelque chose qui ne va vraiment pas, et c’est ce que pointe Gaston Leroux dans ce roman, bien plus moderne qu’il n’y paraît – il date de 1922. Oui, Thérèse Boulenger est un ange, qui est prête à tout par amour pour son mari, par amour pour la science, rien ne doit détourner son mari de son objectif, surtout pas… Non, pas Ivana, la tendre épouse de Rouletabille, mais Theodora, flamboyante maîtresse de Boulenger, avec laquelle il a rompu parce qu’elle devenait trop dangereuse pour sa santé. Théodora est un être flamboyant, je l’ai déjà dit, plus profonde qu’elle n’en a l’air au début du roman, en tout cas, elle m’a tout de suite été sympathique, parce qu’elle n’est pas hypocrite du tout. Oui, elle a des amants, oui elle est entretenue, et alors ? Elle ne prétend pas être ce qu’elle n’est pas, elle ne force personne à être son amant, et elle a probablement un rôle à jouer plus important qu’on ne le pense.

Non parce que Thérèse Boulenger…. Elle représente tout ce que l’on demande à une bonne épouse : se taire, se dévouer, se sacrifier, être irréprochable aux yeux du monde. Elle va même plus loin (trop loin ?) puisqu’elle « choisit » la jeune femme qui devra tempérer, chastement, les ardeurs amoureuses de son époux bien-aimé. Elle n’est pas sans rappeler certaines femmes qui ont bel et bien existé – je pense à l’impératrice Sissi, qui aurait pris soin que la maîtresse de l’empereur soit à ses côtés après la mort de l’archiduc Rodolphe. Thérèse Boulenger aurait probablement été saluée comme un modèle d’amour conjugal, elle l’est sans doute, encore, aux yeux de certaines femmes qui pensent que leur rôle est de se sacrifier entièrement au profit de leur mari, de le mettre en valeur (j’ai lu un roman sur le sujet il y a cinq/six ans, le titre m’échappe). Ce n’est pas le cas pour moi, qui ai un certain recul face à cette femme que tous ou presque voient comme un ange – mais vivre avec un ange, parfois, c’est insupportable parce qu’un ange, c’est immatériel. Recul, oui, tant elle codifie chaque chose, chaque fait qu’Ivana doit accepter du scientifique, Ivana qui est mariée et qui ne cache rien à Joseph Rouletabille, ni à madame Boulenger – ce qu’elle accepte de faire est à ce prix.

Je vous ai déjà dit, un jour, que l’enfer est pavé de bonnes intentions ? Et bien c’est le cas, puisqu’un premier drame survient, très vite étouffé. La raison d’état ! Puis, le coupable pas vraiment présumé est mort, la victime est presque vivante, alors n’allons pas plus loin. Une bonne intention de plus conduit à un drame bien plus définitif, qui verra notre cher Rouletabille emprisonné, et Sainclair, son ami, contraint d’assurer sa défense. Ce n’est pas facile, parce que Sainclair est sans doute le seul à croire en l’innocence de Rouletabille, veuf à peine marié – et à l’époque, l’on reprocha à Gaston Leroux d’avoir fait disparaître madame Rouletabille si rapidement.

Rien n’est impossible au reporter, qui a plus d’ami fidèle que le lecteur ne le pense, des amis près à l’aider, à rechercher ce que la police n’a pas vu ou n’a pas voulu voir. Le roman se termine par un grand classique : la scène du procès, dans lequel des vérités bonnes à dire seront assénées. La jalousie n’est jamais bonne conseillère, il est des personnes qui savent ne pas y céder, même s’ils la ressentent (Rouletabille), il en est d’autres qui s’y abandonnent. Gaston Leroux, dans cet ouvrage qui est plus qu’un roman policier, l’a finement analysé.

 

 

Sa majesté des fèves d’Eve Borelli

Présentation de l’éditeur :

Lucien, dernier fabricant de fèves de France, désespère : l’âge d’or des féviers est révolu, il vient de mettre la clef sous la porte et pour couronner le tout, sa petite amie plie bagage.
Heureusement, sa sœur Cristalline ne l’entend pas de cette oreille. Pour une lanceuse de disque de son niveau, la défaite n’est pas une option. Elle met donc au point un plan follement insensé pour sauver son frère : destination Londres pour rencontrer la reine Élisabeth, grande adepte de galettes des rois et devenir son févier officiel !

Merci à Netgalley et aux éditions Fayard pour ce partenariat.

Mon avis :

Il est des road trip qui sont totalement ratées, je serai sympa, je n’en parlerai pas. Il en est d’autres qui sont très réussis, et Sa Majesté des fèves en fait partie.
Le personnage principal est un personnage entièrement à part, ne serait-ce que par son métier : il est févier. Il est surtout un févier au chômage, avec une compagne qui ne le comprend pas – j’aurai pu mettre « plus », j’ai un doute qu’elle l’ait jamais comprise. Elle pense qu’il lui suffirait de se « bouger », de retrouver un travail – n’importe lequel – et que tout irait mieux tout de suite. En tout cas, leur couple en a sévèrement pâti, au point qu’il a disparu, complètement. Lolitta a tout de même la prévenance d’avertir Cristalline, soeur aînée de Lucien, que celui-ci ne va pas bien. Cristalline arrive aussitôt, et le livre aurait pu s’arrêter là, n’était l’obstination de la soeur aînée qui a appliqué le précepte suivant : quand on est chassé par la porte, on passe par la fenêtre.

Cristalline est rôdée : protéger son petit frère, cela fait des années qu’elle le fait ! Elle a donc un projet un peu fou, pour ne pas dire complètement fou : faire présenter son frère à la reine d’Angleterre ! Bien sûr, le fils de Cristalline et son caniche sont du voyage. Comme si cela ne suffisait pas, deux autres personnes vont faire la route : une danseuse un peu cabossée par la vie, et un cleptomane presque repenti – mais c’est dur.

Prendre la route avec eux, c’est accepter l’inattendu, accepter de partir avec quelqu’un qui refuse absolument l’ordinaire et le raisonnable – je veux parler de Cristalline, pas de Lucien, de quelqu’un qui donne à son fils tout l’amour que sa propre mère n’a pas su ou pu lui donner. Parce qu’il est avant tout question d’amour dans ce roman, celui que l’on donne, que l’on est prêt à donner, que l’on reçoit, ou que l’on ne reçoit pas, même si l’autre, en face, vous affirme que si, c’est bien de l’amour, même si cela ne ressemble pas du tout à ce que vous, vous appelez de l’amour.

Il est question de famille, aussi, légèrement dysfonctionnelle parfois. De ce que l’on est prêt à faire pour la protéger, pour ne pas peiner l’autre, même s’il peut pour le reprocher. Parfois, heureusement, ce n’est pas aussi lourd. Prenez Maguelonne, la jeune danseuse au prénom au moins aussi rare que celui de Cristalline, n’a pas souvent du manque d’amour de ses parents, elle découvre aujourd’hui l’autre versant de l’enfance de sa mère, par le biais de sa cruelle tante, au prénom si royal (Victoria) qui lui a légué sa maison. On dit que les anglais sont excentriques, alors les anglais d’adoption.

Sa majesté des fèves est un vrai roman feel-good, qui permet, mine de rien, d’aborder des thèmes plus profonds qu’on ne le pensait.

 

Oiseau de lune d’Abigail Padgett

Présentation de l’éditeur :

Bo Bradley se remet de la déprime consécutive à la mort de sa petite chienne, lorsqu’un patient est assassiné dans la maison de convalescence, située en plein désert californien, où elle reprend goût à la vie. Il s’agit d’une institution entièrement gérée par des Indiens qui mettent leur culture et leur organisation familiale et sociale au service des malades mentaux. Peu après, Bo doit prendre en charge Oiseau de lune », un petit garçon qui souffre d’hyperactivité pathologique et que les services sociaux s’avèrent incapables de protéger. Loin de là, en Allemagne, le docteur La Marche visite un lieu terrible et oublié de l’histoire appelé Hadamar, nom que Bo retrouve sur une pancarte au milieu du désert.

Mon avis :

Je veux saluer le courage de l’auteur, qui nous présente une héroïne hors norme, en proie à des troubles maniaco-dépressifs, qui lutte avec sa maladie et qui vit avec. Elle n’est pas la seule à souffrir de troubles psychiques, et nous allons voir dans ce quatrième tome à quel point cela peut être difficile.
Bo a rechuté, parce qu’elle a perdu sa compagne depuis dix-sept ans, sa chienne Mildred. Oui, elle est morte de vieillesse, oui, sa mort est « normale », mais Bo le vit mal et si ses proches l’aident, jamais ils ne lui reprochent d’avoir sombré. Dans l’établissement où elle est, elle croise d’autres patients, atteints d’autres pathologies. Ce que j’ai apprécié, parce que c’est rare dans un roman policier, c’est que l’on ne nous montre pas comment protéger la société des personnes atteintes de troubles mentaux, on nous montre comment permettre à ses personnes de vivre le mieux possible avec leur maladie dans le monde. Bo sait à quel point s’est difficile, c’est pour cette raison qu’elle sait ce qui peut attendre quelqu’un qui n’a pas reçu l’aide et le cadre adéquate pour parvenir à vivre avec.
Bo est plus forte qu’on ne le croit, parce que ses années de maladie, de traitement, de paroles aussi, franches, avec sa psychiatre, lui a fait gagner une grande lucidité, même quand elle est au fin fond de la dépression. Disons aussi qu’avec le temps – et un suivi étroit – le traitement qui l’aide à vivre est mieux ajusté. J’ai vraiment senti à la lecture du livre que l’auteur maîtrisait son sujet et avait des choses à nous dire sur ces personnes.
Et l’une d’entre elles est assassinée : Mort Walfman, un jeune homme qui était assez aisé parce qu’il était un acteur comique jouant dans des publicités grassement payées. Bo voyait en lui un frère, et elle est déterminée à découvrir qui l’a tué, et a trouvé un foyer pour Bird, son petit garçon. Problème : Mort a brouillé les traces, et retrouver sa famille est bien compliqué, mais pas impossible.
Oiseau de lune – titre qui, comme Petite tortue, fait référence à un enfant – nous plonge dans le joli monde des sociétés qui vendent la santé des gens, cherchent en s’enrichir le plus rapidement et le plus aisément possible, et tant pis pour les êtres humains que l’on sacrifie pour cela. Oh, pardon, ce ne sont pas les termes consacrés par ses entreprises, bien entendu.
Mais le roman nous entraîne plus loin encore, et nous montre à nouveau que la folie, ce terme médical, n’a rien à voir avec la perversion de certaines personnes. Je ne suis même pas sûre qu’il s’agisse du terme adéquat, cependant… les théories de ces personnes sont à chercher pas si loin que cela dans le passé. Ces personnes sont prêtes à les mettre en pratique : il faut toujours être vigilent, toujours.
Une série que j’apprécie énormément. Je cherche désormais à me procurer les tomes manquants.

Des nouvelles du pensionnat des louveteaux et de madame Cobert

Au début, nous pensions juste vous donner des nouvelles de madame Cobert, puis on s’est dit qu’en donner du pensionnat, c’était bien aussi.
Même si tout va bien, absolument tout.

Donc, finalement, on va vous donner des nouvelles de madame Cobert, qui a fêté son anniversaire la semaine dernière.

Là, elle est actuellement avec son cousin Sam sur une place, au pied d’une grande roue.
– Surtout Sharon, tu ne montes surtout pas là-dedans, hein, pas de blague.
– Pas de risque, rien qu’en regardant, j’ai le vertige.
– Cela se passe toujours bien à l’asile des louveteaux ?
Léger grognement de madame Cobert.
– Ce n’est pas un asile, c’est un pensionnat.
– Tu m’excuseras, vu ce que tu me racontes, pour moi, c’est pareil. Tu penses bien à mettre le gilet anti-griffures lupine que papa (= le père de Bill) t’a offert ?
– Oui.
– Et la bombe à projection d’extrait d’ail authentique anti-vampire ? Je sais que ce n’est pas tout à fait légale, mais c’est en vente libre à toutes les bonnes adresses ?
– J’en ai une dans mon sac, comme j’ai toujours dans ma salle un paquet de cent mouchoirs et un bidon d’un litre de désinfectant.
– Des jours comme ça, je préfère nettement mon métier et mes activités extra-professionnelles. Je n’ai jamais compris comment tu avais pu devenir professeur toi qui détestais l’école encore plus que moi.
– Et qui conçoit des écoles, de nos jours, toi qui les détestais un peu moins que moi ?