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Dérive des âmes et des continents de Shubhangi Swarup

édition Métailié – 368 pages.

Présentation de l’éditeur :

Mon avis :

C’est tout de même ennuyeux de ne pas comprendre le pourquoi de ce qu’on lit. Oui, je commence par un constat qui n’est pas très réjouissant, j’admets ne pas avoir réellement compris ce que j’ai lu, ne pas avoir compris où l’auteur voulait en venir. Si encore je m’étais attachée aux personnages – même pas. Certes, il y a eu, dans ce livre, quelques pages que j’ai trouvées fort belle, et c’est déjà cela, comme la rencontre entre le fantôme du geôlier et le fantôme du poète qui fut emprisonnée dans sa prison : la mort a annulé les barrières sociales qui se dressaient entre eux, en plus de la barrière physique. Il en est de peine pour la quatrième partie du récit qui, même si elle contient quelques faits inachevés et quelques affirmations qui m’ont fait bondir, laisse la part belle à la nature.
Il est tant d’autres moments qui m’ont ennuyé, et questionné aussi. Je pensais voir se développer autrement l’histoire entre Girija Prasad et Chanda Devi, qui seront toujours, et constamment nommés ainsi, aussi longuement, dans le récit, ce qui a formalisé les liens entre eux, les liens qui auraient pu se tisser entre le lecteur et eux. Je n’ai pas cru à leur histoire, je n’ai pas été ému lors de certains faits qui auraient dû m’émouvoir tant ces histoires humaines me paraissaient lissées – comme une succession d’événements attendus, pour se fondre plus vite dans la nature. Encore que… la culture et les normes de la société reprennent leur droit, notamment quand Girija envoie sa fille en pension, pour qu’elle fasse un bon mariage. La fille de Girija semble n’avoir eu que cette utilité dans le récit, elle perd sa singularité dès qu’elle devient adulte, se contentant d’être la mère de deux enfants. Son propre fils sera d’ailleurs un personnage secondaire, pour ne pas dire d’arrière-plan de la quatrième partie.
Quatre parties, oui, avec des personnages qui créent des liens entre chaque, mais toujours pas d’attachement, ou même de plaisir de lecture pour moi. Triste constat.
Merci à Netgalley et aux éditions Métaillié pour ce partenariat que j’aurai aimé davantage apprécier.

La mer d’innocence de Kishwar Desai

Présentation de l’éditeur :

Goa, ancien paradis hippie, est une nouvelle destination à la mode pour les jeunes du monde entier. Sauf qu’une jeune touriste britannique y est agressée par des Indiens puis portée disparue…
Simran Singh, piquante travailleuse sociale, y passe justement ses vacances avec Durga, sa fille adoptive, quand elle reçoit une vidéo sur son téléphone portable qui va donner une tournure totalement inattendue à son séjour.

Mon avis:

Ceci est le troisième tome des enquêtes de Simran Singh. « Enquête », c’est beaucoup dire, parce que ce que l’on découvre surtout, ce sont les vacances de Simran et comment elles sont perturbées parce que son vieil ami lui demande d’enquêter sur une disparition.
A la fin, tout s’éclaircit dans l’esprit de Simran. Elle a bien de la chance parce qu’elle a été, comme dans le tome précédent, d’une grande naïveté.
Le sujet est pourtant grave : le viol de jeunes filles, de jeunes femmes, à Goa. De ce lieu, je n’en ai pas vu grand chose dans ce roman. De la population native de ce lieu, de sa culture, non plus. Il s’agit quasi uniquement d’un vaste piège pour touriste, où les jeunes filles ressemblent furieusement à des proies, parfois presque consentantes.
Oui, l’auteure dénonce les violences faites aux femmes, la corruption, la toute-puissance des très riches. En même temps, je n’ai ressenti aucune empathie pour la victime, trop immatérielle. On ne peut demander aux lecteurs ce que le propre père de la disparue et sa soeur ne sont pas capable d’éprouver.
Les bonnes intentions ne font pas toujours les romans réussis.

Les origines de l’amour de Kishwar Desai

Présentation de l’éditeur :

Dans ce nouveau roman de l’Indienne Kishwar Desai, ce sont deux univers que nous découvrons. Celui de celles et ceux qui donneraient tout pour fonder une famille et celui de celles qui vont porter leurs enfants. Et, entre les deux, il y a ceux qui tirent profit de ce business… Cette nouvelle enquête de la charmante et tenace travailleuse sociale Simran Singh a pour premier objectif de sauver la petite Amelia, née par mère porteuse dans une clinique de Delhi. Ses parents, d’origine britannique, sont morts dans un accident suspect et la mère porteuse a mystérieusement disparu. Il faudra aller jusqu’à Londres pour tenter de retrouver les proches d’Amelia, mais aussi découvrir comment le bébé a pu naître séropositif…

Mon avis :

J’ai lu ce second tome des aventures de Simran Singh très rapidement. Alors, oui, l’écriture est efficace mais il est tout de même des petites choses qui me dérangent.
Comme dans le premier tome, Simran s’aperçoit qu’il est des faits qu’elle aurait pu découvrir plus tôt si seulement elle avait été plus attentive, ou moins naïve. Non, parce que, franchement, la naïveté de Simran est parfois étonnante, alors qu’à d’autres moments elle devient une empêcheuse de tourner en rond.
Les opinions de Simran ne sont pas nécessairement celles de l’auteur, dit Kishwar Desai dans la post-face. J’espère tout de même que l’auteur est pour l’adoption, et prend ses distances avec ce commerce des embryons. La problématique du roman est là. D’un côté, nous avons des occidentaux, de riches indiens, prêts à tout pour devenir parents parce qu’ils sont stériles, parce qu’ils ont laissé passer le moment de faire un enfant, parce qu’ils sont homosexuels ou même pour des raisons bien plus sujettes à caution. De l’autre, nous avons des femmes indiennes pauvres, qui vendent leur corps, avec l’approbation de leur mari, de leur famille parfois, qui deviennent mères porteuses. Du coup, leur condition de vie s’améliore (si, si) : le temps de leur grossesse, elles sont bien soignées, bien nourries, elles reçoivent même des soins esthétiques. Il ne faut pas que la mère porteuse d’un joli bébé blanc aux yeux bleus ait une peau trop foncée. Ou comment se donner bonne conscience.
Si déjà cette situation vous choque, sachez que, dans la clinique tenue par les amies de Simran, clinique où elle apporte son grain de sel pour que les mères porteuses soient un minimum respectée et ne s’attachent pas à leur enfant (et oui, ce sont tout de même les leurs), nous sommes plutôt face à des exceptions. Ailleurs (voir les reportages récents à la télévision), les femmes sont parquées telles des vaches dans une étable, sans espoir de voir le pré un jour, elles doivent subir une césarienne, le plus souvent à la demande des parents de l’enfant – il faut bien programmer les vacances pour venir chercher le bébé – et enchaînent les grossesses jusqu’à épuisement.
L’action a beau se passer en Inde, certains combats pourraient se passer en France – même si les mères porteuses n’y sont pas officiellement autorisées. Vous noterez que je ne parle presque pas de l’intrigue policière parce qu’elle passe quasiment au second plan. Elle montre cependant à quel point les occidentaux sont prêts à tout pour avoir l’enfant de leur rêve, pour s’assurer une descendance. Ou comment, aussi, on appelle altruisme ce qui n’est que de la légèreté et de l’égoïsme. A ce sujet, le dénouement du roman est presque trop beau, trop moral pour être crédible – encore une de ses petites choses qui m’a dérangé.

Témoin de la nuit de Kishwar Desai

Présentation de l’éditeur :

Violence au cœur de l’Inde. Une jeune fille de bonne famille est retrouvée, violée et battue, entourée de treize cadavres, dans une immense maison incendiée. La police locale la soupçonne d’être la responsable de cette tragédie. Simran Singh, une travailleuse sociale peu conventionnelle, décide alors d’intervenir. Pour comprendre l’histoire familiale de Durga, Simran dévoile peu à peu un monde épouvantable dans lequel chaque petite fille qui naît n’est jamais sûre de vivre bien longtemps…

Mon avis : 

J’ai choisi ce livre parce que je cherchais à lire un roman policier indien, après avoir aimé, voici quelques années, les romans de Kalpana Swaminathan.
Tout d’abord, je voudrai dire, de façon presque docte, que j’ai apprécié cette lecture et que j’ai réservé à la bibli le tome 3 (ils n’ont pas le 2) même si la réalité décrite dans ce roman est atroce – il s’agit ni plus ni moins d’infanticide et de féminicide.
Commençons par l’héroïne Simran Singh, une jeune femme extrêmement chanceuse. Elle a 45 ans, elle est célibataire, sans enfant (pas d’enfant hors mariage), et ses parents n’ont pas été déçus d’avoir une fille, même si sa mère aimerait bien que sa fille unique mène une vie un peu plus conventionnelle. Simran n’est pas obligée de travailler, elle est donc travailleuse sociale bénévole et en a déjà vu des vertes et des pas mures. Oui, le langage que j’emploie est un peu cru, Simran mène une vie peu conventionnelle et assez alcoolisée. Elle pourrait presque me faire penser à l’instit (pour ceux qui ont connu cette série) parce qu’elle résout les conflits sans rencontrer trop de soucis personnels, alors que d’autres ont énormément souffert.
Oui, Simran est née dans une famille aimante, ce qui n’est le cas ni de Durga, ni de sa soeur Sharda, disparue depuis cinq ans. Je ne vous résumerai pas ce qu’elles ont subi, il faut le lire pour le croire, même si c’est un roman – fortement inspiré de faits bien réels en Inde.
L’immense solitude de Durga serait un moindre mal si elle n’avait dû supporter la cruauté et la maltraitance ordinaires de ceux qui l’entouraient. Les extraits de son journal, publiés en tête de chapitre, montrent à quel point elle était une proie facile. Oui, mais pour qui ? L’enquête m’a laissé un petit goût d’inachevé, comme si, face à la corruption généralisée, il était impossible de véritablement élucider ce crime et que pouvoir « sauver » Durga (et d’autres encore) était nettement suffisant.

Souvenirs d’enfance de Rabindranaht Tagore

Présentation de l’éditeur :

Ce petit livre des Souvenirs d’enfance est l’une des dernières œuvres importantes de Rabindranath Tagore.Il a été écrit pendant l’été de 1940 dans la petite bourgade de Kalimpong, près de Darjeeling.

Mon avis :

L’auteur nous raconte ici, au soir de sa vie, ses souvenirs d’enfance, entre un frère aîné et son cadet – ceux, sans doute, dont il était le plus proche. Ce qui m’a frappé en premier, c’est son attachement au bengali, tout comme les autres membres de sa famille, dans un pays sous domination anglaise, qui était en train de s’occidentaliser.

Il parle de ses études, ou plutôt de son caractère rétif aux études, préférant lire ou faire de la musique. Il se souvient de la nourriture frugale, des jeux simples, et de sa santé de fer. Il n’est pas question de détails pittoresques, plutôt une volonté de se rappeler des moments heureux, ou moins heureux, comme lorsqu’il parle de sa belle-soeur et de sa mort.

Il nous fait partager aussi l’effervescence de la création littéraire en Inde à cette époque, où journaux et poésie étaient particulièrement vivaces.  Bien sur, ce livre n’est pas aussi exhaustif qu’une biographie, il a cependant le mérite de nous plonger dans l’Inde du début de la fin du XIXe siècle, plus connu vu par un regard occidental que par un regard indien.

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La confrérie de la conque, tome 2 : le miroir du feu et des rêves.

Présentation de l’éditeur :

Dans la Vallée d’Argent, Anand et Nisha perfectionnent leurs dons magiques au sein de la Confrérie des guérisseurs. Mais bientôt une vision avertit Anand : le mal est en marche ! Pour venir en aide à des villageois qu’un très puissant djinn vide de leurs âmes, ils vont se trouver projetés loin dans le passé de l’Inde, à l’époque du nawab Haider Ali.

Mon avis :

Le deuxième volet des aventures de la confrérie de la conque nous emmène cette fois-ci dans le passé, jouant avec le cadre spatio-temporel. Ce sont bien les mêmes personnages, mais dans d’autres lieus, à la fois dans le présent, puis dans le passé. Je vous rassure : les changements temporels restent faciles à suivre.

En revanche, il n’est pas facile pour Anand se s’adapter aux moeurs du temps, même si des éléments merveilleux maléfiques sont bien présents, histoire de lui rappeler qu’il ne voyage pas dans le passé pour son plaisir personnel. Anand est quasiment seul puisque non seulement lui et ses compagnons ont changé d’identité mais certains ont aussi perdu la mémoire, quand ce n’est pas leur don. Ce n’est guère pratique, même si Anand découvre un autre objet de pouvoir et parvient à nouveau à presque bien communiquer avec lui. « Presque », parce qu’Anand est un personnage qui évolue, qui grandit. Les personnages de cette saga ne sont pas manichéens. L’erreur est humaine, les sentiments, les impulsions aussi. Certains savent très bien reconnaître leurs erreurs et tenter de les réparer. Il faut parfois plus de courage pour le faire que pour livrer un combat, aussi il est bon qu’un livre jeunesse montre que les conflits peuvent aussi se régler par des mots.

Je terminerai cependant par un regret : certains personnages du passé sont véritablement attachants, et il est dommage de ne plus les revoir.

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Charulata de Rabindranath Tagore

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Présentation de l’éditeur :

Bhupati consacre sa vie au journal anglophone qu’il a fondé. Il en délaisse sa femme, la belle et jeune Chârulatâ, et confie à son cousin Amal, étudiant qu’il héberge, le soin de la distraire… A sa parution, au tout début du XXe siècle, Chârulatâ scandalise la bonne société bengalie

Mon avis :

Ce roman a été écrit en 1901. Inédit en français, il a été traduit en français par les éditions Zulma en 2009. Court (une centaine de pages), il nous en apprend pourtant beaucoup sur la bonne société indienne au temps de l’empire britannique.
C’est vrai : nous avons tous le souvenir littéraire de ses officiers anglais revenant au Royaume-Uni après avoir séjourné en Inde. Je pense aux romans de Sir Arthur Conan Doyle (le colonel Moran…) ou à ceux d’Agatha Christie. Mais qu’en était-il chez les indiens qui s’étaient intégrés à cette bonne société ? Nous avons ici Bhupati et Charulata, son épouse, Charu pour presque tous. Lui dirige un journal publié en anglais. Elle dirige sa maison, attend le retour de son mari. Union arrangée ? Bien sûr, comme toutes celles de cette période. Cependant, Bhupati a tenu cet union pour acquise, et n’a jamais vraiment cherché à avoir une communion, pour ne pas dire une communication avec sa femme. Et pourtant, ils ont été mariés pendant douze ans, et lui s’impliquait énormément dans son travail.
Il n’est pas un monstre d’égoïsme, pourtant. Juste quelqu’un qui a tout pris pour acquis et ne s’est jamais posé de question – ou alors, trop tard. Pour pallier la solitude de son épouse (ils n’ont pas d’enfants), il invite à vivre chez lui son neveu, étudiant. Et Bhupati est vraiment le seul à ne pas voir non la liaison de sa femme et de son jeune neveu, rien de tel ici, mais la profondeur des sentiments que Charu éprouve pour lui.
Nous ne sommes pas, à mes yeux, dans un vaudeville. Nous sommes dans une tragédie intime. Les sentiments sont impossibles à dire, encore plus à partager et à vivre. Chacun souffre, sans remède pour cette douleur. Ni le rapprochement, ni l’éloignement ne peuvent soulager les trois membres de ce trio amoureux. L’écriture, qui avait permis à Amal et Charu de se rapprocher, de s’opposer, inconsciemment peut-être, à Bhupati (lui publie un journal anglais, eux deux écrivent en bengali), est un nouvel instrument de séparation, prouvant l’impossibilité de dire, renvoyant aussi Bhupati à sa médiocrité.
Ce roman est à lire pour découvrir une autre facette de la littérature indienne. Son auteur a eu le prix Nobel de littérature en 1913.

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