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Des cendres en héritage de Magali Collet et Isabelle Villain

édition Taurnada – 40 pages.

Présentation de l’éditeur :

8 mai 1902. L’éruption de la montagne Pelée décime la ville de Saint-Pierre. Une fillette noire accompagnée d’un nourrisson blanc font partie des rares rescapés. La nouvelle se propage rapidement sur l’île et deux femmes de la grande bourgeoisie locale prétendent chacune être la mère de l’enfant.
Isidore Vidiol, enquêteur venu de métropole est en charge de résoudre cette affaire sensible.
Une plongée historique dans la Martinique du début du siècle où la position sociale ne dépend pas uniquement de la couleur de peau.

Mon avis ; 

Je serai brève : cette nouvelle fut un véritable coup de coeur pour moi parce qu’elle a su m’émouvoir, profondément, par son dénouement auquel je ne m’attendais pas, dénouement qui a été porté par le personnage d’Isidore Vidiol.

Un nourrisson blanc a été trouvé indemne, protégé par une fillette noire qui a survécu elle aussi, mais pas le jeune garçon, noir, qui était avec eux. La couleur de peau compte et si l’on se préoccupe (un peu) de la fillette, c’est à cause de ce magnifique bébé blanc, bien blanc. Deux grandes familles se disputent le nourrisson, qui est leur héritier. Oui, la seconde cause de cette préoccupation est là : c’est un garçon ! Les filles, les femmes, n’ont pas le droit d’hériter, la reconnaissance de cet enfant assurera la position de sa mère et surtout, garantira le maintien des biens dans la branche aînée de la famille. Isidore Vidiol a été mandaté par une des familles pour enquêter mais, lui assure-t-on, il est parfaitement libre de ses conclusions. Libre, il le sera, il assumera totalement son choix. Il rencontrera les deux mères, qui toutes deux lui affirment avoir la preuve que cet enfant est bien leur enfant Je citerai les témoignages de domestique, une photo, ou, tout simplement, la reconnaissance par la mère de son enfant. Mes preuves choisies sont nombreuses et pas toujours fiables, il est évident qu’un domestique reconnaîtra l’enfant, ne démentira pas sa maîtresse. Isidore « entendra » aussi la fillette noire, que l’événement a rendu muette. Mais oui, Isidore l’entendra et la rassurera – elle aussi a tout perdu, et il est sans doute l’un des seuls à se préoccuper d’elle et de ce qu’elle deviendra, après. Nous, nous saurons qui elle était – avant.

Et s’il fallait un dernier argument pour vous donner envie de découvrir ce titre, sachez que cette nouvelle est disponible gratuitement sur le site des éditions Taurnada.

Il participe au #Challenge Juillet Sororité et à mon challenge Thriller est polar, dont c’est ma cinquième participation (Martinique).

Digital way of life d’Estelle Tharreau

Présentation de l’éditeur :

Serons-nous l’esclave de notre assistante de vie connectée ?
Nos traces sur le Net constitueront-elles des preuves à charge ?
La parole et la pensée deviendront-elles pathologiques à l’heure de la communication concise et fonctionnelle ?
Qu’arrivera-t-il si les algorithmes des moteurs de recherche effaçaient des pans entiers de notre mémoire collective ?
Autant de questions parmi d’autres, qu’Estelle Tharreau soulève dans Digital Way of Life, ce nouvel « art » de vivre numérique qui place l’homme face au progrès et à ses dérives.

Merci aux éditions Taurnada pour leur confiance.

Mon avis :

Glaçant. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit. Il n’est pas venu en terminant ce recueil de dix nouvelles de science-fiction, non, il est venu dès que j’ai eu fini la toute première nouvelle, Pathologie, qui nous interroge sur l’avenir que nous souhaitons pour nous et pour la prochaine génération. Quels apprentissages allons-nous leur proposer, comment intégrer les enfants qui sont différents des autres, surtout quand cette différence est liée à une inappétence pour tout ce qui est numérique ? La solution proposée par la médecine n’est pas si éloignée que cela de celle qui était proposée, dans la « vraie vie », voici encore quelques décennies aux enfants « différents ». Oui, j’utilise beaucoup de guillemets parce que les mots ont un sens, et que leur sens varie considérablement selon la personne qui les utilise.

Ce qui est d’autant plus effrayant, c’est que le point de départ de chacune des nouvelles est une utilisation du numérique, une interrogation, des recherches, qui font déjà partie de nos vies, comme le prouvent les extraits d’article cités en tête de chacune des nouvelles. Pathologie n’est pas la seule nouvelle liée à l’enfance, au lien parents/enfants, à la différence. Harceleuse montre aussi la différence, en la personne d’un père, Julien, qui refuse que sa fille rentre dans le moule, qui ne veut pas qu’elle plonge (elle est encore une enfant) dans le monde virtuel si parfait dans lequel sont déjà ses camarades de classe. Plus besoin de mot pour s’exprimer, des émoticônes suffisent. L’amertume ressentit par Julien à la fin de cette nouvelle l’a été aussi par moi : accepter l’uniformité, le virtuel, c’est perdre beaucoup, et personne, sauf lui, ne s’en préoccupe (oui, je ne dis même pas « semble s’en préoccuper »).

Qu’en est-il du savoir ? Il est déjà des personnes, de nos jours, qui s’inquiètent du fait de voir gommer certains aspects de notre passé, parce qu’il ne faut plus en parler, parce que c’est loin, parce que cela n’existe plus, parce que nous ne sommes plus concernés. Bouton rouge pousse à l’extrême les conséquences de cet effacement d’une partie de notre passé, dû à l’absence de livres, au tout numérique qui choisit de ne garder que ce qui est facilement trouvable par les moteurs de recherche – que ce qui est bon que le commun de l’humanité sache. Revers de la médaille de l’enseignement : le passé numérique peut nuire gravement aux adultes qui se sont un peu lâchés sur les réseaux sociaux étant adolescents. Impossible ? Aujourd’hui déjà, les recruteurs, les employeurs scrutent les profils des candidats, et pas seulement leur curriculum vitae. Le droit à l’erreur numérique, le droit à l’effacement numérique est encore loin d’être acquis. Soyons vigilants, semble nous dire l’autrice dans Profil. Soyons juste, elle semble nous le dire constamment, y compris dans la nouvelle Automatique. Elle peut faire sourire, presque rire parfois tant son héroïne, Cécile, est incapable de vivre sans son assistant vocal, tout agaçant soit-il. J’ai eu envie de lui chanter « débranche tout », elle qui ne sait même pas organiser sa journée de repos sans lui, sans cette voix lui prodiguant des conseils, lui énonçant ce qui lui reste à faire, ses obligations, énonçant tous ses conseils, toutes ses consignes sans une once d’humanité. Cécile a désappris à prendre soin d’elle et des siens par elle-même, elle ne s’en rend pas compte, enfin, pas encore. La chute m’a rappelé des nouvelles de Fredrick Brown.

Et l’homme, dans tout cela ? Il cherche sa place. Il ne parvient plus à prouver son humanité (Inhumain), il apprend à coder tout jeune, pour se retrouver dans une réalité virtuelle sereine, pense-t-on (Virtualité réelle), une réalité qui lui permet de se défouler, d’assouvir ses pulsions discrètement impunément – jusqu’à la catastrophe, c’est à dire jusqu’à la panne bien réelle du virtuel. La justice ? Parfaite, incapable de se tromper. Gare à l’humain qui voudrait prétendre à réfléchir aux sanctions proposées/imposées par la machine. Cela soulage tellement les instances judiciaires qui ne sont plus débordées (Aveuglement amoureux) même si les prisons semblent rester bien pleines.

Le virtuel permet d’assouvir les fantasmes, et permet aussi d’assouvir le rêve de la vie éternelle, et là encore, je ne trouve que le mot glaçant pour qualifier Éternité. Encore faut-il que l’homme survive à tout ce qu’il a fait subir à la terre (La trappe). Y parviendra-t-il ?

Digital way of life – dix variations autour de notre usage du numérique, dix questionnements sur tout ce que cet usage peut entraîner pour l’homme, dix sonnettes d’alarme sur les abus en tout genre qui pourraient survenir si nous n’y prenions pas garde.

L’île de la peur de Léon Groc

Présentation de l’éditeur :

Stan KIPPER, le célèbre « roi des détectives » américain installé en France, profite d’une succession pour retrouver son village natal, à Shelton City, dans le Tennessee. Assis sur la terrasse de la maison familiale située au bord du Mississippi, il fume des cigares en observant Fear’s Island, l’île de la peur, un îlot maudit à la suite du massacre au siècle précédent d’une communauté de Visages-Pâles par les Peaux-Rouges.
Depuis ce drame, les lieux sont demeurés déserts et nul autochtone ne se risquerait à y déposer les pieds, encore moins à y passer la nuit.
C’est pourtant ce que fait une actrice française, le soir anniversaire du terrible événement, pour relever un défi.
Stan KIPPER, connaissant la comédienne, est ravi de la revoir, mais celle-ci lui demande de trouver la raison pour laquelle l’homme qui a engagé le pari s’est mystérieusement volatilisé et que la somme laissée en gage dans le coffre-fort de son hôtel était composée d’un faux billet.
Stan KIPPER accepte l’enquête, en apparence pas très sérieuse, sans se douter des risques que lui et sa cliente vont encourir pour la résoudre…

Mon avis :

Je découvre ce détective avec cette enquête, qui n’est pas la première mais la sixième. Qu’importe pour moi, c’était le sujet qui m’intéressait.

Stan Kipper est le roi des détectives, il est de retour dans son pays natal, pour… eh bien pour se reposer, prendre des vacances, en quelque sorte. Il est là en famille, il dîne même paisiblement en compagnie de sa soeur, son beau-frère, ses neveux, évoquant la légende locale qui, il faut bien le dire, lui faisait peur étant enfant et continue à lui faire peur.

Enquêter ? Non, vraiment pas, même pas quand une série de braquage est commis et que son aide est demandé. Non, il n’a pas envie. En revanche, sa curiosité est titillée quand une comédienne dont il a fait la connaissance en France sollicite un conseil. Elle est française, cela veut dire beaucoup, et elle n’a pas eu peur de passer la nuit sur l’île maudite. Elle y a même très bien dormi, pas dérangée du tout par les fantômes des hommes, des femmes, des enfants qui y ont été massacrés. Pourquoi accepter de dormir sur cette île ? Parce qu’elle est française, on l’a déjà dit, et elle n’a pas grandi avec le souvenir du massacre commis sur l’île sous ses yeux. Elle avait aussi besoin d’argent, ayant épuisé tout l’argent qu’elle avait gagné – parce que sa tournée américaine a un peu tourné court. Seulement, le parieur l’a mis en difficulté, lui ôtant tout moyen de quitter l’île même une fois l’heure de la fin du pari terminé, et il l’a payé en fausse monnaie. Cela fait beaucoup !

Stan Kipper enquête donc, comme une manière de se détendre. La détente ne durera pas longtemps, et rester sur le qui-vive sera plus qu’important pour lui, et pour la jeune femme. On ne leur veut pas que du bien, et ce qui ressemblait à une plaisanterie n’en était pas forcément une. Il est des personnes qui sont très ingénieuses et ne reculent devant rien pour parvenir à leur fin. Se servir des peurs des autres, bien connaître l’histoire locale et pas seulement sa légende peut être vraiment très pratique.

Un bon moment de lecture.

Nos identités, celles qu’on nous impose et celles qu’on cache (collectif)

Présentation de l’éditeur :

6 autrices, 6 voix de la diversité, réunies par l’association Diveka et Rageot.

Voici mon identité ! Elle était gommée, bafouée ou méprisée. On m’avait rendu.e invisible, inaudible. Ma voix éclate ici. À votre tour, faites-entendre la vôtre pour que les diversités jaillissent !

Mon avis :

Touchée j’ai été par ces histoires, ces six récits qui nous parlent de jeunes femmes que l’on ne voit pas, que l’on ne veut pas voir ni à la télévision, ni au cinéma, ni dans les romans, ou si peu. Si on les voit, c’est trop souvent pour correspondre à des clichés, ou bien pour leur demander de se fondre dans le moule.

Ce n’est pas le cas ici. Ces héroïnes sont différentes par ce qu’elles sont elles-mêmes, dans une société qui n’est pas forcément prête à les accepter telles qu’elles sont, prompte à demander qu’elles soient « comme tout le monde »- ainsi dans « Un latte, s’il vous plaît » de Jennifer Padjemi, qui montre à quel point deux étudiantes peuvent avoir des préoccupations différentes, loin, parfois de ce qui est attendu, pour des étudiantes.

Il est question aussi de transmission, comme dans la tendre nouvelle « La poésie du bubble tea » de Grace Ly. Il est question de moments de convivialité entre l’héroïne et ses amies, il est question aussi de cette interrogation que l’on a toutes entendues, surtout si l’on a un prénom « différent » : d’où vient-il, pourquoi tes parents t’ont appelé ainsi ?Deux titres de récits avec des noms de boisson – ce que l’on aime boire nous définit-il ? Peut-être.

Il est question aussi de transmission das la nouvelle « L’initiation » d’Aya Cissoko, dialogue entre une mère et sa fille. « Voyage entre les mondes » de Sarah Saysouk est une nouvelle qui fait la part belle non seulement à l’intertextualité, mais aussi aux liens entre le virtuel et le réel. J’ai gardé pour la fin Hors du terrier de Nocturne, mon récit préféré, et c’est pour cela que je n’en dirai pas plus sur lui.

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

 

Vénus d’Ille de Prosper Mérimée

Présentation de l’éditeur :

Une Vénus en bronze a été découverte dans la petite ville d’Ille. Cette étonnante statue, d’une étrange beauté, hante les imaginations, déchaîne les passions, alors que se préparent les noces du jeune Alphonse et de M lle de Puygarrig. Est-elle une bienveillante représentation de la déesse de l’Amour comme l’affirment les archéologues ? Est-elle maléfique comme le prétendent les habitants du village ? Les curieuses inscriptions gravées sur son socle apporteront-elles une réponse aux mystérieux événements qui bouleversent la région ?

Mon avis :

Lire ou relire la Vénus d’Ille – une nouvelle fantastique que de nombreux collégiens ont lu alors que certains critiques veulent oublier Mérimée. Vouloir l’oublier, c’est déjà parler de lui.
Le narrateur est un archéologue, antiquaire, dira Alphonse de Peyrehorade au cours du récit – Il vient de Paris, et parcourt le Roussillon pour mieux connaitre son patrimoine. Logé chez monsieur de Peyrehorade, il est l’objet de toutes les attentions de son hôte, au point de frôler l’indigestion. Oui, il existe un fossé culinaire entre Paris et la province, lui trouvant les quantités astronomiques et ne pouvant plus rien avalé, madame de Peyrehorade persuadée que sa cuisine n’est pas assez bonne et que c’est pour cette raison qu’il ne mange plus. Ajoutons à cela la « paresse » des parisiens, toujours selon son hôte, qui ne se lève qu’à huit heures, au lieu de six. Son hôte, toujours, s’excuse presque de forcer cet archéologue à assister à un mariage, celui de son fils et d’une demoiselle très riche, qui vient d’hériter de sa tante – c’est pour cette raison que le mariage se fera sans bal, et sans grande réjouissance. J’ai eu de la peine pour cette jeune fiancée, qui n’a décidé de rien, qui est mariée, un vendredi, jour qui ne lui convient pas, pas plus qu’à sa belle-mère, parce que vendredi, c’est le jour de Vénus. Et monsieur de Peyrehorade tient plus à honorer la statue qui a été découverte sur ses terres que sa belle-fille, et ne veut surtout pas entendre parler de superstition.
Oui, la statue est là, et bien là. Rare, elle est en bronze et semble vivante. Elle porte des inscriptions assez inquiétantes, et d’étranges phénomènes se produisent en sa présence.
Alors oui, nous sommes dans le genre fantastique. Oui, tout est fait pour nous amener à la conclusion de la responsabilité de la statue dans tous les événements qui surviennent avant, pendant et après les noces. Les codes du genre sont respectés, et pourtant. Nous avons bien un narrateur à la première personne, un scientifique, qui est chargé, entre autres, de déchiffrer les inscriptions sur la statue. Il n’est pas le témoin de l’événement capital, la seule témoin n’étant plus capable d’une réflexion cohérente. Il enquête, oui, mais qui peut croire à ses déductions ?
La Vénus d’Ille ou la défaite des femmes.

Un cadavre sous les fleurs de Georges Grison

Présentation de l’éditeur :

S’étant absentée de chez elle pour huit jours, Mlle Sidonie Marcadier, une rentière parisienne de 68 ans, n’a toujours pas donné signe de vie au bout de trois semaines. L’événement est suffisamment inquiétant pour que sa concierge prévienne la police d’autant que la disparue a la mauvaise habitude de transporter sur elle les titres qui forment sa fortune. Les soupçons se portent immédiatement sur le neveu, Edgar Mauclerc, un joueur invétéré criblé de dettes et qui a harcelé sa tante de nombreuses lettres lui demandant de l’argent. Mais, Fauvette, l’inspecteur principal de la Sûreté chargé de l’enquête, ne croit pas à la culpabilité du jeune homme et va engager toutes ses forces pour découvrir la clé de l’énigme…

Mon avis :

J’ai découvert les éditions Oxymorons en décembre 2020, quand j’étais cas contact, et lire les oeuvres qu’elle publiait, de la littérature fasciculaire, bref, la littérature populaire que lisaient mes grands-parents. Aujourd’hui, je lis toujours leurs ouvrages, de temps en temps (il faudrait que je fasse le compte du nombre de récit que j’ai lu).

Nous avons un sujet intemporel : une femme âgée disparaît subitement. Elle est partie en voyage, et n’est pas revenue. Son logement est en ordre. Sa famille ? Un neveu qui a des dettes, comme presque tous les jeunes gens de son âge qui vivent un peu au-dessus de leurs moyens parce qu’ils veulent profiter de la jeunesse. Qu’a-t-elle bie pu devenir ?

C’est l’inspecteur Fauvette qui est chargé d’enquêter, seulement, il a aussi d’autres impératifs – il est rare d’enquêter sur une seule affaire. S’il acquiert très vite la conviction qu’Edgar Mauclerc est innocent du crime dont il est accusé, il doit composer avec un juge qui pense le contraire.

Pour découvrir le coupable, il faut se plonger dans le passé de la victime, dans celui de ses proches aussi, à une époque où les jeunes filles montaient à Paris pour espérer une vie meilleure et qui parfois la trouvaient, mais pas forcément de la manière dont leur famille l’aurait souhaité. Le récit est bref, il est très ancré dans une réalité sociale qui désavantage toujours les femmes, même si elles ont l’impression d’avoir réussi à gagner leur indépendance.

Laurie de Stephen King


Présentation de l’éditeur :

Lloyd vient de perdre sa femme. Pour l’aider à surmonter son deuil, sa soeur Beth lui rend visite et lui offre un adorable chiot baptisé Laurie dont il ne veut pas. Mais avec le temps, un lien se crée entre l’homme et l’animal…

Mon avis :

Je suis en toute petite forme pour le moment. Et si la semaine a vu pléthore d’articles programmés depuis parfois un mois (c’est chouette d’avoir des lectures en avance), celui-ci est le premier que je parviens à rédiger après une semaine compliqué (conseils de classe, deux sorties cinéma organisées de manière acrobatique, et des difficultés personnels).

Je n’ai jamais lu Stephen King jusqu’à ce que jour, et je pense que cette nouvelle est très différente de tout ce qu’il a écrit. C’est une nouvelle à la tonalité douce. Le héros LLoyd, qui a dépassé la soixantaine, est veuf, et n’a goût à rien. Heureusement, il a une grande soeur, Beth, qui prend les choses en main, comme si son petit frère avait toujours huit ans et elle treize, et qu’elle devait prendre soin de lui après la mort de leur mère (leur père étant alcoolique, elle devait aussi le protéger contre lui). Celle-ci lui offre donc un chiot, un croisé, la plus petite de la portée, la seule qui n’a pas pu être placé. Il accepte – il ne peut pas refuser grand chose à son obstinée de grande soeur – mais à l’essai. L’essai se retrouvera transformé, et ils vivront doucement, ensemble.

Alors oui, il y a un rebondissement, qui montre leur attachement mutuel. Il montre aussi qu’il est important de profiter de la vie, parce que l’on ne sait pas ce qu’il peut advenir demain.

Une belle lecture.

L’invisible grand maître de Daniel Marsant

oxymoron éditions – 106 pages

Présentation de l’éditeur :

Le Grand Maître, mystérieux chef d’une bande ayant des ramifications et une puissance jusque-là insoupçonnées, cherche à se procurer les plans d’un lance-torpilles.
Pour ce faire, l’un de ses hommes parvient à embrigader un employé du ministère de la Marine.
Or, très vite, ses agissements alertent le service de contre-espionnage et Daniel MARSANT est chargé de mener son enquête.
Une lutte à distance va alors s’engager entre le Grand Maître et Daniel MARSANT, mais ce dernier est loin d’imaginer tous les moyens que son ennemi est prêt à mettre en œuvre pour arriver à ses fins…

Mon avis :

Pourquoi ai-je choisi de lire ce livre ? Parce que je poursuis l’exploration de la littérature fasciculaire et populaire. Je ne connaissais ni le grand maître, ni Daniel Marsant, j’ai donc fait connaissance, et même si l’intrigue est classique, elle n’est pas forcément décevante.

Le grand Maître ressemble à beaucoup de « méchants » de romans d’espionnage ou d’aventures. Cela ne me dérange pas. Il est à la tête d’une organisation aux nombreuses ramifications, avec des collaborateurs soigneusement numérotés, dotés d’une identité d’emprunt. Chacun n’a de contact ou de communication avec d’autres membres que si cela leur est nécessaire. Compartimenter, l’autre clef du succès quand on dirige une organisation maléfique.

Ce n’est pas pour autant que son organisation est passé inaperçue, et les services secrets français sont sur sa piste. Le commandant Monneret charge Daniel Marsant de le trouver, le débusquer, bref, le mettre hors d’état de nuire. Vaste projet. Il faut d’abord empêcher qu’il s’empare des plans d’un sous-marin que le Grand Maître convoite. Cela semble plus facile. Il faut se méfier des apparences. Le Grand Maître n’a aucun scrupule, à chaque problème, sa solution radicale.

J’ai aimé suivre les aventures de ses deux antagonistes, les multiples rebondissements et autres retournements de situations. Je ne me suis pas ennuyée du tout, et j’ai très envie de poursuivre la découverte de ces héros et de cet auteur.

 

L’attaque du train 921

édition Oxymoron – 95 pages
Présentation de l’éditeur :
La duchesse Charlotte-Adélaïde de Maubois, qui va se marier aux Indes, a pris place dans le rapide de Marseille. Elle emporte de merveilleux bijoux sur le sort desquels veille le policier Mirabel. Ce dernier, après avoir causé au moment du départ avec un riche américain, Harry Gedworth, remarque dans le wagon un individu qu’il croit reconnaître ; mais il ne peut préciser ses souvenirs. L’inconnu suspect s’est retiré de très bonne heure dans son compartiment. Le policier attend vainement son retour : lorsqu’il rentre enfin dans le sleeping, l’homme a disparu.

Mon avis :

C’est quasiment une formule consacrée : je n’attendais pas grand chose de cette lecture. Le bilan est donc simple : je n’ai pas eu grand chose. Et même si ce tome se termine par un « à suivre », je ne suivrai pas la suite des aventures de ce policier-détective (les deux sont dits, ce n’est donc pas très clair) dont les aventures me font penser à un ancien slogan publicitaire : « même mouillé, il est sec ! ». Ce n’est pas le seul souci dans la construction de l’intrigue.

Roman policier ? Roman d’aventures ? Roman sentimental ? Je penche plutôt pour les deux dernières catégories. La très belle Charlotte-Adélaïde de Maubois est veuve, son mari ayant eu la bonne idée de mourir d’un accident de chasse. Elle s’est mariée pour échapper à un milieu familial qui l’étouffait – la vie entourée par deux tantes célibataires n’était pas folichonne, et la jeune fille avait soif de divertissements, de voyage. Ce n’est pas auprès de son mari qu’elle a pu étancher cette soif. Aussi, elle ne se prive pas maintenant qu’elle est veuve, et c’est ainsi qu’elle rencontre un beau prince indien, qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre, qu’il la demande en mariage, la couvrant de bijoux, et qu’elle accepte sa proposition. Pardon ? Oui, c’est bien un roman policier, mais là, nous sommes plutôt dans la romance. Son chaperon, préférant resté à une table de jeu plutôt que de s’occuper de Charlotte-Adélaïde (pas de diminutif, c’est dommage), il lui suggère d’embaucher le célèbre détective/policier (on ne sait toujours pas très bien) Mirabel (qui n’appelle pas Églantine).

Commence alors un roman d’aventures qui contient des éléments intéressants et des invraisemblances. Je ne passerai pas sous silence le cadavre nu dont on fouille les poches, ou le détective qui, pris d’une impulsion, saute à l’eau puis sort de l’eau sans être mouillé. Je n’oublie pas la « femme fatale » qui apparaît à la fin de la partie que j’ai lue, et la pincée de termes teintés de racisme. Oui, ce sont les termes employés à une époque, et que l’on se garderait bien d’utiliser maintenant. Je note cependant que les bandits du rail ne sont pas tout blancs – et cela me dérange fortement de verser ainsi dans le manichéisme, même dans la littérature populaire.

Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu d’Ajali Sachdeva

Edition Albin Michel – 292 pages
Présentation de l’éditeur:
Mêlant passé, présent et avenir, Anjali Sachdeva signe un premier recueil magnétique et délicieusement inventif qui plonge le lecteur entre effroi et émerveillement. S’y côtoient une femme, au temps de la conquête de l’Ouest, qui attend son mari dans une maison perdue au milieu des Grandes Plaines et finit par trouver refuge dans une grotte secrète ; deux jeunes Nigérianes kidnappées par Boko Haram se découvrant le mystérieux pouvoir d’hypnotiser les hommes ; ou encore un pêcheur embarqué sur un morutier qui tombe éperdument amoureux d’une sirène dont chaque apparition engendre une pêche miraculeuse…
La prose étrange et magnifique d’Anjali Sachdeva embrasse le connu et l’inconnu avec une grâce et une puissance rares. Chacune de ses nouvelles interroge les forces implacables, cruelles ou bienveillantes, qui nous gouvernent, et donnent au lecteur la sensation de marcher sur un fil. Une révélation.
Merci aux éditions Albin Michel pour leur confiance.
Mon avis :
Il n’est pas facile de chroniquer un recueil de nouvelles, genre hélas sous-estimé en France, sans tomber dans les clichés. Vais-je les éviter ? J’essaierai en tout cas !
Dans ce premier recueil, Anjali Sachdeva nous emmène dans des univers différents, des univers qui ne sont pas forcément les miens, et parvient à faire se côtoyer la science-fiction, le policier ou le roman historique – s’il faut voir un lien entre les nouvelles, je vois d’abord une progression chronologique. Je vois aussi l’émotion que peuvent nous procurer les personnages. Je m’attarderai ainsi sur la première héroïne, Sadie. Albinos, elle ne supporte pas la lumière du jour, et effraie ceux qui la croisent – ne pas aller plus loin que ce que la superstition ou la crédulité leur dicte. Elle est pourtant mariée, depuis peu, et attend le retour de son mari, parti chercher fortune ailleurs. Elle est seule, inexorablement mais elle explorera une grotte, qu’elle a découverte, seule, toujours. Son destin, son courage, sa dignité aussi, sont poignants.
Jusqu’où peut-on aller par amour ? Très loin. C’est ce que fait Henrick van Jorgen, l’un des personnages principaux de « Poumons de verre » pour sa fille. Danois émigré à New York, il est resté handicapé après un accident du travail, comme nous dirions de nos jours. Mais nous ne sommes pas de nos jours, nous sommes et c’est avec courage qu’il prendra soin de sa fille, qu’elle prendra soin de lui, et qu’au bout du compte, ils se retrouveront en Egypte, à la recherche d’un tombeau.
Jusqu’où peut-on aller pour survivre ? Oui, les deux héroïnes de « Tous les noms qu’ils donnaient à Dieu » se vengent, elles se vengent de ceux qui les ont enlevées, violées, torturées, mariées de force. C’est une vengeance extra-ordinaire, une vengeance qui les fait aussi, non pas retourner dans leur vie d’avant, elles savent que c’est impossible, mais de renouer avec elle, peu à peu, sans être constamment dans la crainte.
J’ai trouvé presque drôle, en comparaison, l’aventure de Robert dans « Logging Lake ». Il a rompu avec Linda, sa compagne de longue date, il a rencontré une autre femme, Terri, et voici que lui, le sportif du dimanche (et encore) se retrouve à partir en randonnée. il vivra des péripéties parfois cocasses, parfois tragiques, et restera avec une énigme non résolue, et une vie remise dans… le droit chemin ? Peut-être.
Autre nouvelle qui se teinte de policier, « Tout ce que vous désirez » est l’histoire d’une jeune femme prisonnière de son milieu aisé, prisonnière de son père, et qui tend à s’émanciper, tout en cherchant à obtenir l’homme qu’elle désire. Au lecteur de voir jusqu’à quel point elle suit les préceptes de son père, et à quel point elle peut s’en désolidariser.
En écrivant cet article, j’ai déjà l’impression de beaucoup trop en dévoiler, et de risquer de gâcher le plaisir de lectures, si je parlais trop par exemple de « Robert Greenman et la Sirène »  ou de « Tueur de rois » qui sont deux nouvelles teintées de fantastique. Cependant, si vous aimez la science-fiction, les nouvelles « Manus » ou « Les Pléiades » devraient vous interpeler, vous questionner, sur ce que l’être humain est prêt à accepter, ou sur ce que l’être humain est capable de tenter. Pour le meilleur ? Parfois oui. Il est des personnes qui sont capables d’aller très loin pour faire (enfin) réagir les autres.
Un superbe recueil.