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Les confidences d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc

Mon résumé :

Neuf nouvelles mettent en scène Arsène Lupin, qui se livre à des confidences.

Mon avis :

J’aurai pu enfin lire 813 – je ne l’ai pas fait pour des « raisons personnelles » et ne le ferai peut-être jamais. 813 est pourtant à mes yeux l’oeuvre la meilleure mettant en scène Lupin, la plus sombre, la plus désespérée. Il paraît qu’à côté, ses neuf nouvelles sont plutôt joyeuses, du moins plus légère. Mouais.

Commencez dans l’ordre et lisez « Les jeux du soleil » – vous ne serez pas déçu. Vous verrez un pauvre baron, ruiné par sa femme que les polices de France, que dis-je, les polices d’Europe pourchassent, sans parvenir à l’attraper. Mais vous découvrirez surtout le sort fait aux femmes – ou comment plier un cadavre dans un coffre-fort. Vous préférez les cadavres bien allongés ? Alors lisez l’écharpe de soie rouge, dans lequel Jenny Saphir a été étranglée avec son écharpe : son meurtrier convoitait son saphyr et ne l’a pas trouvé. Oui, nous sommes loin de la tonalité de la célèbre série télévisée.

dénominateur commun de toutes les nouvelles : la position des femmes est fragile, dépend de leur fortune, ou de leur absence de fortune. Si Louise d’Ernemont (Le signe de l’ombre) ou Jeanne Darcieux (la mort qui rôde) peuvent compter sur un Arsène Lupin pour leur rendre leur fortune ou leur sauver la vie, si l’héroïne de L’anneau nuptial le saluera toujours, quoi qu’il arrive, parce qu’il lui a rendu son fils, combien, dans la réalité, n’ont pas eu cette chance ? Beaucoup.

Si « Edith au cou de cygne » montre l’ingéniosité de Lupin, le « piège infernal » le dessert presque, et ne le montre pas sous un très bon jour. Quant à « Le fêtu de paille », il tranche avec les autres nouvelles, parce que la présence de Lupin tranche avec l’intrigue – l’on découvre cependant, si on ne le savait pas déjà, qu’en étant pauvre, on allait plus facilement en prison pour pas grand chose.

Je terminerai quand même en précisant que j’ai une petite préférence pour le personnages de Ganimard. Certes, il ne parvient jamais à arrêter Lupin, mais il fait preuve d’une finesse de raisonnement qui en fait un adversaire à la hauteur de Lupin, ne l’oublions pas.

 

De la nature des interactions amoureuses de Karl Iagnemma

Présentation de l’éditeur :

Dans les huit nouvelles réunies ici, mathématiciens et chercheurs tentent de trouver un équilibre satisfaisant entre les élans du cœur et la pensée rationnelle, dans l’espoir de créer des liens humains aussi solides que les équations et les grandes théories qui structurent leur existence.

Merci à Léa du Picabo River Book club et aux éditions Albin Michel pour ce partenariat.

Mon avis :

Comment mêler littérature, amour et sciences ? Vous avez huit nouvelles pour répondre à cette question !
Huit nouvelles, huit variations sur l’amour, les sciences, mais aussi le Michigan, qui me semble un lien entre les textes – plusieurs d’entre eux se situent dans cet Etat, ou nous y renvoient.
Vous l’aurez compris, je peine, et ce depuis que j’ai refermé ce livre depuis huit jours à rédiger mon avis, parce que chaque nouvelle, finalement, peut se lire indépendamment (et de relancer la question : un recueil de nouvelles doit-il vraiment avoir une cohérence ?) et offres des récits vraiment différents. Deux d’entre eux nous plongent dans le passé, celui de la conquête de l’Ouest, avec L’agent des affaires indiennes, celui des « grandes découvertes médicales » avec « le rêve du phrénologue », science alors en vogue, et plus encore avec « Les enfants de la faim ». Dans ce dernier cas, il s’agit plutôt de la face cachée, intime, de la recherche médicale encore balbutiante. J’aurai presque pu dire « quatre » tant La femme du mineur semble se dérouler hors du temps.
Et si j’avais trouvé un nouveau point commun ? La recherche ! Joseph, le héros de la première nouvelle, ne présente-t-il pas son amour pour Alexandra par un diagramme de Venn ? En bonne littéraire, je ne sais même pas ce que c’est !!!! Il poursuit d’ailleurs en imaginant une série d’équation pour se garantir ce que beaucoup cherche, à savoir un amour exclusif. Pas gagné, dans cette université scientifique pas toujours logique – voir le nombre d’étudiants qui se jettent par la fenêtre, sans trop de dégâts souvent. Ou comment l’amour peut pousser un scientifique à faire un peu n’importe quoi pour l’être aimé. Voir, à cet égard, le théorème de Zilkowski. L’amour peut aussi tourner à l’obsession, et tant pis si l’être admiré est, à mes yeux du moins, bien loin du scientifique idéal rêvé par Kaye, la narratrice de Règne, ordre, espèce. Et comme j’aime à rapprocher des textes, elle n’est pas si éloigné de Judith, la narratrice de L’approche confessionnelle. Je ne dis pas cela parce qu’elles sont passionnées par le bois, dans des applications très différentes (la forêt pour l’une, la création de mannequin en bois pour l’autre) mais parce que leurs ambitions personnelles, professionnelle, se trouvent entravées, amoindries par une vie amoureuse chaotique et, aussi, un manque de persévérance (sauf pour ce qui les obsède). J’ai trouvé Freddy, le compagnon de Judith, presque inquiétant dans la difficulté que j’ai eu à le cerner. Est-il seulement un personnage qui veut en faire le moins possible, vivant aux crochets de sa compagne et la forçant à faire des sacrifices financiers, bref, un parasite ? Ou son comportement est-il un rejet de la société de consommation et de ses techniques pour encourager à consommer toujours plus ? Sa volonté de mettre la représentation de son visage sur les mannequins du stand de tir qui leur ont été commandés m’a pour le moins mise mal à l’aise.
Pour conclure, De la nature des interactions amoureuses est un recueil de nouvelles assez déstabilisant.

Phoenix, Arizona de Sherman Alexie

Présentation de l’éditeur :

Avec Phoenix, Arizona, Sherman Alexie nous offre les riffs d’une écriture joliment jazzée. La plupart de ses personnages sont des anges égarés dans une civilisation qui les méprise. Victor, le gavroche de la réserve, Adrian, le mordu de rock and roll, Julius et Arnold, qui se défoncent divinement sur les terrains de basket, Joe-le-Dégueulasse, qui vide les flasques de bourbon dans les fêtes foraines, Thomas-Builds-The-Fire, le baroudeur qui se prend pour Jimi Hendrix au volant de sa camionnette pourrie, la douce Norma, championne du monde du pain frit. […] Mêlant portraits de famille et légendes indiennes, comptes rendus de procès et souvenirs scolaires, coups de poing et coups de cœur, autobiographie et sociologie, émotion et lyrisme, Sherman Alexie écrit à fleur de peau des histoires débordantes de tendresse. Sombres, mais jamais larmoyantes. Et souvent pétries d’humour, « cet antiseptique qui nettoie les plus profondes des blessures ».

Mon avis :

Les nouvelles sont un genre littéraire que j’apprécie très peu – pourtant, j’ai été sous le charme de la plume de Sherman Alexie, peut-être parce que nous pouvons retrouver les personnages d’une nouvelle à l’autre, comme des membres d’une même famille que l’on prendra plaisir à revoir.
Pourtant, la vie n’est pas tendre, pour les indiens de la réserve – j’ai retrouvé l’écho de certains faits relatés dans Le premier qui pleure a perdu . La vie n’a jamais été tendre, comme le rappellent certains conteurs de la tribu. Leurs seuls compagnons fidèles sont l’alcool et le diabète : le diabète est pareil à une maitresse, il vous fait mal de l’intérieur. j’étais plus proche de mon diabète que de n’importe lequel de mes amis ou des membres de ma famille. Même lorsque j’étais seul, tranquille, occupé à réfléchir, et que je ne désirais aucune compagnie, mon diabète était là. C’était la vérité. Leur vie quotidienne est parsemée par les actes de violence des blancs. Après tout, Les blancs veulent toujours se battre contre quelqu’un et ils se débrouillent toujours pour que ce soient les hommes à la peau brune qui se battent à leur place. Quoiqu’il arrive, même s’il ne boit pas, l’Indien est toujours suspecté de boire – ce n’est pas que les clichés ont la vie dure, c’est que les clichés ont été parfaitement intégrés par ceux qui ont un soupçon d’autorité.
Il est tout de même, et heureusement, des moments de joie, des moments de bonheur, des faits drôles, de véritables bouffées d’optimisme. La « scolarité » du jeune indien n’est pas la même que celle de son homologue blanc. Il peut lui aussi compter sur le sport pour se sortir de sa condition – vive le basket. Vive l’amitié aussi, les rassemblements où l’on chante, où l’on danse, et le soda light, indispensable à cause du diabète.
Un recueil pour ne pas oublier la vie quotidienne des amérindiens.

Cendres de Marbella d’Hervé Mestron

Présentation de l’éditeur :

Ecrit à la première personne dans une langue aussi incorrecte que truculente, Cendres de Marbella est le récit d’une trajectoire au ras du bitume, celle d’un petit gars qui voudrait bien s’extirper de sa banlieue en déliquescence autogérée, pour être quelqu’un d’autre du bon côté du périphérique.
Une nouvelle drôle et noire.

Merci à Hervé Mestron et aux éditions Antidata pour l’envoi de ce livre.

Mon avis :

Je crois que cendres de Marbella est le sixième ouvrage que je lis d’Hervé Mestron, et ce ne sera pas le dernier. Ce qui me frappe chez lui, c’est sa capacité à aborder des sujets très différents dans ces romans ou nouvelles, et peu importe que ces sujets ne soient pas attirants, pas glamour. Prenez Cendres de Marbella. Le narrateur/personnage principal/héros est un ado de banlieue, et déjà dealer chevronné. Il a d’ailleurs un plan de carrière tout prêt, des ambitions professionnelles avouées, des objectifs à atteindre aussi bien que s’il travaillait pour une société lambda. Il a également un modèle à suivre – ou pas : son frère aîné est en prison. Le plus important est tout de même de se faire respecter de ses « clients », quels qu’ils soient.
Le tour de force de cette nouvelle est de nous plonger véritablement dans la peau de Ziz (ou Mat, selon les circonstances), de ses pensées, de ses contradictions. Non, il n’est pas amoral, il est pire encore. Il n’est pas question qu’il laisse qui que ce soit briser ses rêves.
La nouvelle est écrite comme Ziz parle, en une langue fluide et imagée, qui ne s’embarrasse pas de contraintes, une langue qui reflète, finalement, l’absence de règles avec laquelle il vit. A aucun moment l’on ne plonge dans le pathos, ce qui aurait été possible et, finalement, assez facile, plus facile que de nous montrer ce portrait sans aucun fard.
Ziz ? Un anti-héros pas comme les autres.

Tombé du Ciel – une nouvelle de Craig Johnson

Présentation de l’éditeur : 

Walt Longmire est le shériff d’un comté du nord du Wyoming qui a du mal à surmonter le décès de son épouse. Le 1er janvier 2000, lendemain d’un cuite mémorable, il se met en tête de déposer son chèque de paye à son adjoint le plus éloigné. Le voilà partit à l’aube dans son véhicule de service, en peignoir dans un état franchement négligé. Arrivé sur place, il répond à un coup de fil et le voilà embarqué dans une étrange affaire. On lui signale une femme armée qui attendrai Jésus, dans sa voiture sur le parking d’une station-service…

Mon avis : 

Cette courte nouvelle est l’occasion de découvrir Walt Longmire dans un état rare c’est à dire non pas complètement bourré, mais au lendemain d’avoir été complètement bourré. Il lui reste encore quelques séquelles – comme le fait de se rendre chez son adjoint en peignoir pour lui payer son dû. Ce n’est pas seulement par altruisme qu’il agit ainsi, non, c’est également parce qu’il en veut à la charmante administration du Wyoming. Las ! A peine arrivé, le voilà plongé dans une affaire… nan, pas une affaire criminelle (encore que) mais une affaire surprenante et légèrement sordide quand on y réfléchit bien.

Moralité : pas rasé, pas trop dégrisé, pas vraiment coiffé, Walt Longmire parvient tout de même à mettre de l’ordre dans de sérieux gâchis.

The Pink tea time club de Cécile Guillot

Présentation de l’éditeur :

Lottie est une jeune Londonienne bien sous tous rapports, même si elle préfère s’informer des dernières modes plutôt que d’apprendre les convenances d’une future femme à marier.
Cependant, lorsque des engeances monstrueuses sorties tout droit d’une dimension parallèle s’attaquent à elle au cours d’une promenade, la lady saute sur l’occasion de chambouler son quotidien.
Mise au parfum par Mr Rabbit, un jeune horloger garant de la fermeture de ces portails, Lottie décide de partir à l’aventure. Dans son empressement passionné, elle embrigade sa sœur et sa meilleure amie avec lesquelles elle forme désormais le Pink Tea Time Club. Un groupe de lecture, en apparences, où l’on parle monstres, créatures fantastiques, royaumes féériques et autres mondes. Pour la soif de découverte, pour sauver Londres mais surtout, pour passer le temps.
En toute bienséance, cela va de soi…

Mon avis : 

Ce recueil de nouvelles est ma première incursion avec la maison d’édition du chat noir – et pourtant, j’ai plusieurs livres de cette maison d’édition qui m’attendent dans ma PAL.

Verdict ? Elle est sympathique, cette Lottie à la garde robe si colorée. Ce qui arrive à son petit chien l’est nettement moins – et l’animal qui le remplace est pour le moins original. Sous couvert de réunion autour d’une tasse de thé, elle et ses amies vont se retrouver à mener des enquêtes dans un univers bourré de références littéraires – et pas seulement de créatures roses.

Six nouvelles à déguster l’une après l’autre, avec une bonne tasse de thé. Six nouvelles qui sont liées entre elles chronologiquement, comme les chapitres d’un roman. Une charmante découverte.

Buenos aires noir

Présentation de l’éditeur :

Après Marseille Noir et Bruxelles Noir en 2015, la collection « Asphalte Noir » se penche sur le cas de Buenos Aires. Ernesto Mallo et treize auteurs portègnes nous montrent le côté obscur et méconnu de la capitale argentine, des cités dortoirs aux quartiers chics, des repaires de la jeunesse aux villas miserias (bidonvilles).

Mon avis :

Je ne suis pas très fan du genre nouvelle. Cependant, pour le mois espagnol, j’ai tenté le coup avec la lecture de ce recueil entièrement consacré à Buenos Aires. Techniquement, il comporte trois parties : Amour, Infidélités et Crimes imparfaits. Les deux premières parties contiennent trois nouvelles chacune, la dernière sept. Je dois dire que la première nouvelle m’a un peu rebuté, elle n’est pas la meilleure du recueil, elle m’a semblé même plutôt banale. Heureusement, les deux autres nouvelles de la première partie sont bien meilleure, surtout « Trois pièces avec patio », qui évoquent la dictature, les disparus, et les efforts que doivent accomplir leurs proches pour tenter de les retrouver et, qui sait ? de les sauver.

Pour la deuxième partie, c’est « Orange, c’est joli comme couleur » que je retiens. Cette nouvelle a des accents Hitchcockiens, et pas seulement. L’héroïne et sa détermination, si habillement campée en quelques pages, font tout le prix de cet écrit.

J’ai eu plus de mal à trouver, dans la troisième partie, une nouvelle qui me séduise complètement. Il manquait toujours quelque chose pour me plaire, comme le dénouement de « La part du lion », un peu trop prévisible à mon goût. Une exception, cependant : « ça brûle », qui exploite parfaitement la thématique induite par le titre, du plus futile au plus tragique. Ces sept nouvelles nous donnent une vision très noire de l’Argentine, entre corruption, prostitution presque institutionnalisée, trafic, racisme ordinaire, absence de justice et solitude. Note : pour obtenir de l’aide, il faut aussi en demander, et s’adresser à la bonne personne.

Un recueil de nouvelles qui donne envie de découvrir d’autres oeuvres de ces auteurs.