Archives

Un fauve d’Enguerrand Crépy

Présentation de l’éditeur :

Dix ans qu’il attend ce moment, des mois qu’il se prépare, s’impose un régime draconien, s’entraîne, ne boit plus une goutte d’alcool, ne se drogue plus. Il est à quelques heures d’entrer sur le plateau de tournage, d’incarner Marcel Cerdan sous la direction de Claude Lelouch. Dans le taxi qui le conduit aux Champs-Élysées, l’acteur pourtant à son firmament vacille, doute… Il a peur de ne pas être à la hauteur. Des souvenirs refont surface, le spleen l’envahit. Hanté par ses frustrations, sa paranoïa, sa quête insatiable de reconnaissance, ce fauve en réalité si vulnérable, cet écorché vif, parviendra-t-il à faire taire ses démons ? On a beau connaître la fin, et s’en rapprocher inexorablement – comme dans toute tragédie, l’action ne dépasse pas « une révolution de soleil » –, la fascination reste intacte et l’on continue d’espérer. Un roman haletant qui nous plonge dans les états d’âme de l’indomptable Patrick Dewaere tout en cultivant sa légende et son mystère

Mon avis :

Lu dans le cadre du #challengenetgalley, oui. Apprécié totalement, je n’en suis pas sûre.

J’ai hésité avant de lire ce livre. Ce n’est pas que je n’aime pas l’acteur Patrick Dewaere, c’est que je ne l’ai pas connu, il était déjà mort, mythifié, quand j’ai commencé à m’intéresser au cinéma. Pour moi, il fait partie de ses acteurs imprévisibles, ingérables, complètement cramés par la vie, et des acteurs qui vivent ainsi, il n’y en a plus. Faut-il le déplorer ou au contraire s’en réjouir ? Selon la réponse, on s’intéressera ou non à la biographie de Patrick Dewaere.

La fin est connue, forcément, et l’on sait, comme quand on lit une tragédie grecque, que la fin est déjà écrite. On sait que rien ne pourra l’en empêcher. Je tente une formule facile : Marcel Cerdan devait être le rôle de sa vie, il fut celui de sa mort. J’ai regretté que l’on donne trop de place à l’actrice qui devait jouer avec lui, que l’on donne aussi, après que la tragédie sera consommé, trop de place aux états d’âme du réalisateur.

Bien sûr, je suis peut-être un peu dure, parce que les états d’âme de Patrick Dewaere sont là, et bien là. Lui qui n’avait pas de plan de carrière, lui qui ne gérait rien face à la presse, lui dont la vie sentimentale partait à vau l’eau, délitement progressif, construction d’une vie de couple et de famille, impossible, parce qu’une femme ne pouvait pas le sauver de ses démons, de lui-même. Peut-être parce que sa vie avait été bâti sur un secret, qui fut lui-même mythifié, celui d’une belle et grande histoire d’amour qui lui aurait donné naissance.

Je me suis laissée emporter par le souffle narratif, puissant, par le tourbillon d’émotions ressenties par celui qui peina à être le personnage principal de sa propre vie, passant plus de temps à se détruire qu’à vivre. Et si la lecture de ce livre donne une envie, c’est celle de revoir un de ses films.

Merci à Netgalley et aux éditions du Rocher pour ce partenariat.

 

Sur Tchekov d’Ivan Bounine

les éditions du Rocher – 211 pages.

Présentation de l’éditeur :

Le Tchékov d’Ivan Bounine constitue l’hommage d’un écrivain à un autre écrivain, qu’il admire parmi tous les autres et qui fut, en outre, l’un de ses meilleurs amis. Intime de Tchékhov de 1895 à sa mort en 1904, Ivan Bounine donne dans cet ouvrage un texte tout à fait original qui tient de la biographie, mais également de l’essai littéraire.
On y découvre un Tchékhov méconnu par le public français, aussi bien du point de vue personnel que de celui de la création littéraire. Ainsi Bounine place-t-il très haut le Tchékhov auteur de nouvelles, alors qu’en France ce sont ses écrits pour le théâtre qui fondent sa célébrité.
À la fois intime et pudique, savant et modeste, le Tchékhov de Bounine est un grand livre, en tous points digne de deux des plus grands auteurs russes modernes.

Mon avis :

La biographie n’est pas un genre que j’apprécie énormément, parce qu’il est rare pour moi de trouver une biographie qui soit aussi dotée de qualités littéraires. Parmi les exceptions, je compte Marie-Antoinette de Stefan Zweig – et pour le remarquable travail de recherche aussi. Je ne compte plus les déceptions, je n’ai même pas envie d’en dresser la liste.

Ce livre est une exception, un livre rare, un livre écrit par un très grand écrivain pour rendre hommage à un écrivain qu’il admire profondément, qu’il a eu la chance de connaître, pour lequel il veut aussi rendre justice, parce que beaucoup ne la lui rendent pas, donnent une image fausse de cet homme qui a vécu plusieurs vies, qui n’a pas assez pris soin de la sienne, qui a écrit des pièces de théâtre et des nouvelles, pas assez connues en France. Il faut bien le dire : ce genre littéraire est malheureusement très déprécié en France.

Plus qu’une biographie, il s’agit de partage : se rappeler tous ces moments privilégiés passés avec Tchékhov, fils et frère aimant, mari souffrant (sa femme avait aussi de lourds soucis de santé), écrivain qui ne pensait pas que son oeuvre lui survivrait longtemps. Ecrivain russe, il souffrait de l’état de la littérature de son pays, il était inquiet quand il voyait les différents courants littéraires qui émergeaient et ne lui annonçaient rien de bon, sans doute aussi parce qu’ils étaient le reflet de la société russe.

Ivan Bounine parle des liens qu’il avait tissé avec l’auteur, de leurs correspondances. Il parle aussi de la famille d’Anton Tchékhov, famille dont l’auteur était très proche.

Une oeuvre émouvante.

Albert Camus et la guerre d’Algérie

Présentation de l’éditeur :

L’Algérie restera la grande douleur d’Albert Camus. Petit Blanc d’une Algérie française besogneuse, il ne peut accepter la position officielle de la France et des intellectuels de l’époque, et s’insurge que sa communauté, celle des pieds-noirs, soit, comme le dit Sartre, la victime expiatoire du drame qui se joue devant lui entre 1954 et 1961.
Comment approuver la rébellion algérienne quand celle-ci pourrait « tuer sa mère dans un tramway d’Alger » ? Comment être à la fois un intellectuel engagé qui dénonce la misère en Kabylie dès 1935 et un « fils d’Alger », amoureux de sa terre de naissance et donc bien décidé à ne pas la quitter ?

Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Quand je lis certains livres, je me demande toujours s’ils trouveront leur public, même si, bien sûr, je le souhaite.
L’on parle peu, très peu de la guerre d’Algérie – des « événements », disait-on à l’époque, des « événements », disent encore certains (si), pour qui rien ne semble s’être passé, là-bas. Aussi c’est avec intérêt que j’ai lu ce livre, très bien documenté, qui nous parle de ce qui se passait là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée, qui nous parle aussi de ce qui se disait, en France, du côté des intellectuels « rive gauche ».

Albert Camus paraît seul – et pourtant. Il a une vie amoureuse que je qualifierai de riche, de complexe. Il était partagé entre plusieurs amours, qui lui inspiraient, pour chacune des femmes qu’il a aimé, des lettres passionnées. Il était partagé entre la France et l’Algérie, lui qui est né, a grandi, a étudié sur la terre algérienne, lui qui craint chaque jour pour sa mère, lui qui sait également la misère qui règne là-bas.

Albert Camus écrit beaucoup, et n’est pas toujours compris par ceux qui sont sûrs de la justesse de leur position, par ceux qui n’ont pas vécu là-bas. La violence et l’horreur des « événements » (oui, je garde le terme) nous sont racontés, et je me demande ce que l’on en savait réellement en France, à l’époque. Mais… il est tant de faits qui paraissaient « normaux » à l’époque, qui peut-être paraissent encore normaux aux yeux de certains, au nom du « la fin justifie les moyens ». En étant aussi elliptique, j’ai l’impression de passer à côté de ce qui s’est joué à cette époque, en Algérie, en France, des tourments, bien réels, vécus par Albert Camus. Et pourtant, ce livre nous parle de lui, de cette époque, de tout ce qui a été vécu, enduré, souffert.

Un livre à découvrir, pour ceux qui veulent en savoir plus sur la vie d’Albert Camus et sur ses liens avec sa terre natale.

Le Secret des Rothschild par Elie de Rothschild

Présentation de l’éditeur :
Elie de Rothschild Jr retrace l’histoire de sa famille depuis ses origines – Mayer Amschel Rothschild est né le 23 février 1744 à Francfort – à nos jours. L’histoire de la famille, riche en épisodes dramatiques, nous fait suivre très étroitement les soubresauts de l’histoire politique et économique mondiale. L’ouvrage montre la façon dont les destins individuels s’articulent aux destinées collectives et analyse l’élaboration du succès de la plus ancienne dynastie du monde des affaires. S’appuyant sur ses recherches historiques et sur la tradition familiale, l’auteur révèle avec force anecdotes les traditions transmises de génération en génération qui ont créé les valeurs familiales, culturelles et éducatives qui sont les siennes.
Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.
Mon avis :
Ce n’est pas un livre facile à lire. Oui, commencer un avis ainsi n’est pas forcément fait pour donner envie, et pourtant, je dois dire que la lecture est riche, certes, mais aussi ardue. Il n’est pas toujours facile de trouver son chemin au milieu de tous les membres de cette famille, qui se dispersèrent pas seulement pour accroitre l’influence de la famille, mais pour vivre en des pays où l’on pouvait être juif et vivre (presque) normalement.
Ce que je retiens d’abord n’est pas tant l’histoire de cette famille, sa capacité à gérer l’argent, à l’investir, à ses risques et périls parfois, que l’histoire de l’antisémitisme en Europe. Les lois qui limitaient les droits des personnes de confession juive étaient excessivement nombreuses et complexes, et il a fallu attendre les guerre napoléoniennes pour qu’ils puissent respirer un peu, juste un peu, de l’autre côté du Rhin – et pour fort peu de temps.
Ce qui paraît aussi important est le choix d’une épouse, union entre deux familles où la foi tient une place extrêmement importante et l’éducation donnée aux enfants, filles ou garçons, tous doivent savoir gérer l’argent sans avoir l’air de savoir le gérer. Le « secret » dont il est question dans le titre est aussi le fait de devoir tenir secret bien des choses – afin de pouvoir vivre du mieux possible, en dépit des persécutions. Et si l’on se dit « c’est du passé », je crains malheureusement que l’antisémitisme ne soit pas aussi mort que l’on pourrait l’espérer.
Une oeuvre intéressante et complexe, qui, je l’espère, trouvera son public.

George Sand l’indomptée de Séverine Vidal

Présentation de l’éditeur :

Quand la jeune Aurore arrive chez sa grand-mère au château de Nohant avec ses parents et son petit frère, elle se sent immédiatement chez elle. Malgré les tensions entre sa grand-mère, Marie-Aurore Dupin de Francueil, et sa mère, fille d’un oiseleur, elle profite de la nature et se lie d’amitié avec les enfants du village voisin. Mais quand son père meurt brutalement d’une chute de cheval, les tensions s’exacerbent entre sa mère et sa grand-mère qui veut assurer son éducation. Aurore doit se construire. Son imagination est vive, elle aime écrire et elle rêve d’indépendance. Comment y accéder ?

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour leur confiance.

Mon avis :

George Sand, l’indomptée, est la preuve que l’on peut écrire une biographie à destination de jeunes lecteurs sans être niaise – et sans que cette biographie soit niaise. J’ai presque envie de dire « jeunes lecteurs sensibles s’abstenir », et certains me répondront certainement que les jeunes « en voient d’autres » à la télévision, dans les jeux video. Ceux qui liront la biographie de George Sand ne sont peut-être pas ceux qui passent dix heures par jour devant leurs ordinateurs. Il est des faits, dans la jeunesse d’Aurore, qui sont douloureux, des faits (la mort de son petit frère, celle de son père) auxquels des adolescents ont pu être confrontés. Je préfère toujours prévenir. Et peut-être certains ont arrêté de lire mon avis à ses mots  – mais écrire une biographie ne signifie pas non plus passer des faits essentiels, fondateurs, sous silence.

J’ai aimé la richesse de cette biographie. Richesse des faits racontés, richesse de la langue, de la description, qui font d’Aurore une enfant, une adolescente, une jeune adulte, une jeune mariée et mère vivante. Ce livre retrace également une époque, celle de l’épopée napoléonienne, celle qui vit la restauration, puis la révolution de 1830, avant de voir à nouveau un roi sur le trône, une époque où les femmes étaient des mineures pour toujours, et où il fallait bien du courage, de la force pour parvenir à s’émanciper.

Une belle oeuvre.

Cachée Les souvenirs d’enfance d’un des derniers témoins de la Shoah par Sylvie Benilouz

Présentation de l’éditeur :

Sylvie Zalamansky a tout juste cinq ans lorsque la Seconde Guerre mondiale est déclarée. Ses parents, tous les deux juifs, décident de quitter Paris afin de se réfugier dans la Drôme, en zone libre. Son père se fera arrêter en 1943. Sylvie, sa mère et son frère vivront alors cachés, grâce à l’aide de personnes exceptionnelles, jusqu’à la Libération. Elle raconte la façon dont cette expérience est vécue par une très petite fille dont la vie tout à fait normale s’effondre du jour au lendemain, remplacée par un quotidien de clandestinité, puis une vie marquée, par une quasi amnésie après-guerre et une prise de conscience progressive, un retour des souvenirs et du besoin de témoigner. Soixante-quinze ans plus tard, alors que les derniers survivants disparaissent, Sylvie a senti qu’elle devait prendre la parole et exposer ses blessures afin que cela ne se reproduise plus jamais.

Merci aux éditions Elidia et à netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

L’urgence de témoigner, à nouveau, parce que les survivants disparaissent, les uns après les autres, parce qu’ils se rendent compte à quel point il est important de transmettre ce qui a été vécu, pour ne pas oublier.

Se souvenir de ceux qui ont œuvré pour le bien, peu importe pour quelles raisons, qu’ils ne croient pas en Dieu, qu’ils croient en Dieu, peu importe à quelle religion ils appartenaient : catholiques et protestants œuvrèrent pour sauver des hommes, des femmes, des enfants, Sylvie et son petit frère étaient de ceux-là.

Se souvenir des noms de ces justes, bien plus importants que les noms de ceux que certaines personnes veulent à tout prix réhabiliter. Je citerai donc Marguerite Soubeyran, Catherine Kraft, l’abbé Grégoire Magnet, Marcel et Colette Arsac. Se souvenir de ces hommes, ces femmes, qui agirent pour que d’autres êtres humains vivent, tout simplement, vivent le plus normalement possible bien que chaque jour, leur vie était menacée.

Se souvenir aussi de ce que c’était qu’avoir cinq ans et de fuir sur les routes, avec son petit frère et ses parents, d’attendre, après la guerre, le retour de son père, père qui n’est pas revenu. Se souvenir d’avoir été sauvé, pour tous ceux qui ne l’ont pas été.

Je terminerai par une citation :

Il faut respecter autrui et les religions, tant qu’elles n’attisent pas la haine. Il est important d’avoir une certaine ouverture d’esprit et de se souvenir que la bienveillance existe dans toutes les nations de toutes races, couleurs et religions. Il y avait des nazis, mais il y avait aussi des Allemands antifascistes.
En France, beaucoup ont pris des risques, parfois au péril de leur vie, pour faire tomber la folie nazie. C’est grâce à ce militantisme et une certaine bienveillance que les trois quarts des juifs de France ont pu être sauvés dans ce pays.

Dapper Dan : ma vie made in Harlem par Daniel R. Day

Présentation de l’éditeur :

Pendant plus d’une décennie, ce tailleur a attiré à Harlem stars du hip-hop et sportifs, dealers et gangsters. Sa marque de fabrique ? Une mode extravagante mêlant les codes de la rue et du luxe à grand renfort de motifs et logos « empruntés » aux plus grandes marques. Un détournement qui lui vaudra d’ailleurs plusieurs procès et la fermeture de sa boutique. Mais comment cet homme ayant grandi après guerre dans un des ghettos noirs les plus pauvres de la ville est-il devenu le styliste fétiche des célébrités avant de collaborer avec Gucci ? Cette autobiographie raconte les années de jeunesse et de formation de celui qui n’est encore que Daniel R. Day. Cireur de chaussures, joueur de dés et roi de l’arnaque : Harlem est pour lui le royaume de la débrouille. Il devient toxicomane, fait plusieurs séjours en prison, rejoint les Black Panthers et découvre l’Afrique. Au fil des pages, son histoire se confond avec celle de l’Amérique, des luttes pour les droits civiques, des années crack et sida. L’histoire d’une ascension, d’une chute et d’une rédemption, mais aussi celle d’un quartier, d’une ville et d’une époque.

Merci aux éditions Presse de la Cité et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Comme souvent quand je choisis un livre, je l’ai choisi à cause de sa couverture : oui, les vêtements portés par Dapper Dan (Dan l’élégant) ont attiré mon regard, et oui, j’ai eu envie de lire son histoire.
Je ne savais pas du tout de qui il s’agissait avant d’ouvrir ce livre, la mode et moi menons en effet deux existences parallèles (mis à part ce qui concerne les sacs à main, je ne saurai dire combien j’en possède). Rien ne semblait pourtant prédestiner cet homme à travailler dans la mode – pour ne pas dire que rien ne semblait prédestiner cet homme à s’en sortir, tout court. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il a fait tous les métiers auxquels l’on ne pense pas, mais presque. Joueur de dés et arnaqueur ont été les premières activités qui lui ont permis de gagner sa vie. J’ai l’impression, en écrivant, qu’il m’est impossible de retracer la richesse de ce parcours. Il parle peu de sa vie personnelle, il l’évoque cependant, parce qu’elle est hors-norme, sans chercher à se justifier ou à cacher certains aspects détonants. Il parle en revanche de sa famille, des addictions dont souffraient sa mère, ses frères, ou dont lui-même a souffert. Il parle des épreuves que lui et ses proches ont subies : le pire peut toujours arriver. Il parle également de ses engagements, de sa vie spirituelle.
Il parle de mode, aussi, beaucoup, de l’art de se débrouiller, de détourner, d' »emprunter », de se perdre aussi totalement dans son travail, au point de n’avoir plus que cela.
Et, en toile de fond, Harlem. Harlem où il a grandi, Harlem qu’il n’a jamais voulu quitter, contrairement à quasiment tous les membres de sa famille. Harlem et sa gentrification actuelle.
Un livre passionnant.

Mémoires sur Marie-Antoinette de Rose Bertin

Présentation de l’éditeur :

Fastueuse et légère, excentrique et géniale, Mademoiselle Bertin parvint à imposer ses idées et ses goûts aux princes d’Europe et de Russie. Détestée par la Cour qui enviait la faveur dont elle jouissait, cette jeune femme, « ministre des modes » de Marie-Antoinette, et qu’elle défendit toujours, fut aussi la raison de bien des dépenses qui pavèrent le chemin de la souveraine vers la guillotine.

Mon avis : 

Je lis tous les livres ou presque que je trouve qui concerne Marie-Antoinette. Je vous le dis de façon claire et précise : il est difficile de faire mieux pour moi que la biographie de Stefan Zweig, qui a le mérite d’être une vraie biographie, qui ne considère pas Marie-Antoinette comme une sainte, ou, au contraire, comme une sale garce cause de tous les malheurs de la France. Dire qu’il faut encore rappeler qu’une reine de France ne gouvernait pas !

Rose Bertin était la marchande de mode de Marie-Antoinette, celle qui faisait la pluie et le beau temps sur la mode de la cour, la mode la plus extravagante et la plus couteuse. D’après Rose Bertin, à un moment du règne de Marie-Antoinette, celle-ci s’est tournée vers plus de simplicité. Il était trop tard, à la fois pour ceux qui lui reprochaient ses dépenses somptuaires, et pour ceux qui lui reprochaient de ne pas tenir son rang de reine.

Oui, dans ces quelques pages (une centaine en tout), Rose Bertin prend la défense de la reine, de façon parfois maladroite – pour ne pas dire très souvent. Elle a été dans l’intimité de la reine, pas seulement de la reine mais aussi de plusieurs aristocrates qui, peu à peu, lui ont permis d’être recommandée à d’autres aristocrates, jusqu’à la reine.

Il est question de la joie du roi à la naissance de sa fille, puis de son fils. Il est question d’Elisabeth, soeur du roi, qui, d’après Rose Bertin (il est peu de biographie sur Elisabeth) aurait aimé être religieuse, ce que son frère ne l’aurait pas autorisé à devenir (si vous voulez mon avis, que l’on ne me demande pas, c’est bien dommage). Le coeur de ces mémoires, c’est l’affaire du collier, et la volonté de Rose Bertin de démonter une à une les accusations dont Marie-Antoinette fut victime. Montrer « la bonté du roi » et la « grandeur d’âme de la reine » pendant la période révolutionnaire est son deuxième objectif, retraçant les faits les plus marquants de cette période, la mort du premier Dauphin, la fuite à Varennes, qui, d’après Rose Bertin, n’en était pas réellement une, le retour de la princesse de Lamballe et le propre départ de Rose – parce que Marie-Antoinette voulait protéger ceux qui lui étaient proches. Oui, l’on pourrait dire que cela participe de la légende de Marie-Antoinette, légende toujours entretenue de nos jours, comme le montre la récente exposition à la Conciergerie.

Antonietta de Gérard Haddad

Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Alors que la maladie d’Alzheimer de sa femme Antonietta progresse, Gérard Haddad prend la plume pour écrire à celle qui ne parle déjà plus. Ces lettres retracent la lente progression de la maladie : d’abord le déni, puis la lutte, les traitements et l’espoir de revivre « comme avant », puis les rechutes et l’entrée à l’Ehpad, peu avant l’épidémie de Covid et l’absolue solitude qu’elle impose pendant plusieurs longs mois.

Étrangement, du creuset de la maladie émerge un nouvel amour, triomphant de tous les malentendus des années de vie partagées. Les souvenirs des moments de grâce affluent alors, et chaque instant de vie à partager encore prend une intensité et une profondeur insoupçonnée.

Un texte poignant, qui dit toute la force d’un amour conjugal confronté à la maladie.

Mon avis :

Il arrive que des personnes écrivent un livre après le décès d’un proche. Je pense à Joan Didion, je pense à Isabel Allende ou encore Joyce Carol Oates. Chacun avait un but en écrivant ce livre, un but différent. Quel était celui de Gérard Hadadd ? Ecrit ainsi, vous avez certainement l’impression de lire le début d’une dissertation littéraire. Presque. Ce serait dommage d’arriver à ce que cette chronique soit un exercice froid, là où Gérard Haddad parle avant tout de l’amour qui les a unis, lui et Antonietta, pendant soixante ans. Elle fut son grand amour, sa compagne de travail, celle qui tapait ses textes et les lisait donc en premier – sauf celui-ci.

Gérard Haddad ne cachera rien de la maladie, rien, y compris le déni face à la maladie. Ne rien cacher ne signifie cependant pas faire preuve de pathos, ou de misérabilisme, la pudeur est là, également. Il est possible de montrer en exhiber, de raconter sans enjoliver. Gérard Haddad ne cachera pas non plus ce qu’il estime être des défaillances, comme le placement en EHPAD, parce que tout, absolument tout devenait difficile. Ce placement eut lieu juste avant la pandémie, alors que, déjà, la crise des gilets jaunes avait rendue difficile les visites qu’il lui rendait quand elle était hospitalisée. Cela peut sembler anecdotique, et pourtant. Pas anecdotique que cette pandémie qui a tué aussi sûrement de nombreuses personnes de solitude, de manque d’amour, du manque de chaleur humaine. Si elle n’a pas « tué » Antonietta, elle a au moins raccourci ses jours – et l’auteur de s’interroger sur ce qu’elle a pu ressentir, seule, sans visite, et ne parlons pas des « visio » qui ne sont bonnes que dans un cadre professionnel, et encore.

Faire revivre les souvenirs d’Antonietta dans ce livre, leur rencontre, leur mariage, la naissance de leurs enfants, de leurs petits-enfants, les voyages aussi. Vivre la vie, toujours, avant qu’elle ne s’efface. Se rappeler de profiter du bonheur, avant qu’il ne soit plus. Au moment inévitable où il est sur le point d’affronter la solitude, se souvenir de tout ce qui a été partagé à deux.

Un beau livre.

Brassens, Jeanne et Joha de Maryline Martin

Présentation de l’éditeur :

Août 1981. Georges Brassens souffre d’un mal dont il cache le nom, même à ses proches. Puisque la Camarde affûte sa faux, il compte profiter du temps qui lui reste pour composer de nouvelles chansons, auprès de Joha Heiman, surnommée Püpchen, prendre du bon temps avec ses amis et remonter sur scène à Bobino… Comme chaque été, Georges a regagné sa résidence secondaire Ker Flandry, son havre de paix situé non loin de Paimpol. Pendant ces quelques jours, il navigue sur le flot de ses souvenirs : Sète, ses frasques adolescentes, son professeur de français Alphonse Bonnafé, le début du succès avec Patachou… Et surtout il pense aux deux femmes qui ont marqué sa vie : Jeanne Planche, de trente ans son aînée – qui l’avait caché impasse Florimont, pour qu’il échappe au STO – et Püpchen, dont il fait la connaissance en 1947. En se promenant sur la plage de Lézardrieux, des scènes, des visages lui reviennent en mémoire… et Georges replonge dans ce chassé-croisé amoureux.

Merci à Netgalley et aux éditions Elidia pour ce partenariat.

Mon avis :

Voici quarante ans que Georges Brassens est décédé. Brassens, Jeanne et Joha est un livre qui paraît à cette occasion. Cette biographie romancée raconte Brassens en nous parlant des femmes qui ont compté dans sa vie, Jeanne et Joha.
Le premier mot qui me vient à l’esprit est légèreté. Et pourtant, raconter les débuts de Brassens, et les mois qui précédèrent sa mort ne sont pas légers. Maryline Martine évite pourtant dans sa narration toute la pesanteur liée parfois aux récits biographiques. Oui, l’on peut raconter une vie, l’amour, la mort, les rencontres, et bien d’autres choses encore sans jamais être pesant ou pire insistant lourdement sur des précisions qui n’apportent pas tant de choses à la connaissance de l’homme et de l’oeuvre. L’homme et les femmes qui, même si, comme Joha, elle ne vécut jamais avec lui, partagèrent, donnèrent, aimèrent.
Le second mot qui me vient à l’esprit est pudeur. Il s’agit avant tout du portrait intime d’un homme qui se préoccupa avant tout de vivre dans le présent. L’image qu’il donnait ? Ce n’était pas sa préoccupation, préserver les siens, prendre soin d’eux, oui.
Un bel hommage à Brassens et aux femmes de sa vie.