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Belle-fille de Tatiana Vialle

Présentation  de l’éditeur :

«J’ai retrouvé une photo de ces années-là. C’est une photo en noir et blanc, nous y figurons tous les trois, Olga, toi et moi. Assis au centre sur la moquette blanche, tu regardes droit dans l’objectif avec une sorte de détermination joyeuse dans les yeux. À genoux à côté de toi, indifférente au photographe, j’ai le visage tourné vers le chat que tu tiens dans tes bras. Sur la gauche de la photo, adossée à des coussins, Olga sourit, la tête renversée en arrière. Au premier plan trône Oxana, le vieux berger belge et son museau blanchi. Derrière nous, le paysage lacustre de la tapisserie d’Aubusson. Je détaille la jeune fille agenouillée à tes côtés, vêtue d’une blouse blanche brodée et d’un jean. Elle a le regard songeur. Je me demande à quoi elle pense, ce dont elle rêve. Je l’ai perdue de vue. » Avec Belle-fille, Tatiana Vialle signe un récit romancé adressé à celui qui fut son beau-père. D’une écriture aérienne, elle livre le portrait sensible d’un monstre sacré du cinéma et celui d’une femme courageuse qui n’a eu de cesse de se réinventer une famille. Une lettre en forme d’hommage qui interroge la figure paternelle.

Mon avis :

Je suis une grande fan de la collection Les Affranchis, je les ai tous, je les ai soigneusement conseillés, prêtés, à toutes les personnes lectrices de ma connaissance. Aussi, quand ce nouveau titre est paru après, si je compte bien, presque sept ans d’interruption dans la parution, je l’ai tout de suite demandé en partenariat à Netgalley et aux éditions Nil, et je les remercie d’avoir accepté.
C’est maintenant que la difficulté commence, parce que je n’ai pas vraiment apprécié ce volume. Cette lettre devrait contenir tout ce qui n’a pas été dit. Mouais. Disons qu’il dresse avant tout, avant le portrait de Jean Carmet, qui n’est jamais nommé, celui d’une jeune femme, auteur, narratrice, et personnage principale. J’ai lu, à travers elle, le portrait que j’avais déjà lu d’autres filles, même si elles n’étaient pas des filles ou des belles-filles de, le portrait d’une fille en errance, devenue comédienne parce qu’on le lui avait interdit, mariée, divorcée, seule avec son fils puis à la tête d’une famille recomposée, et maintenant grand-mère. Une errance dans la ville, au gré des hébergements qu’elle trouve avec son fils et une indifférence aussi, presque réciproque, avec sa propre mère. J’ai été stupéfiée par cette perte des liens familiaux dont il est question dans le livre – avec la grand-mère paternelle, l’oncle, qui eux-mêmes avaient plus ou moins exclu le père biologique de la narratrice de leur vie. Ce n’est pas que les morceaux n’ont pas été recollés, c’est que personne n’a eu l’impulsion pour le faire.
Alors, forcément, l’on s’interroge sur la notion de famille, celle de sang, et celle que l’on se choisit, celle que l’on essaie de garder lié puisque rien n’y oblige, comme le lui fera comprendre Jean Carmet quand il sera définitivement séparé de sa mère.
Questionnement aussi, sur son père biologique, sur ce qu’il n’a pas dit – la guerre d’Algérie. Les accusations de sa mère aussi, qui lui reproche d’avoir préféré son père à Jean. Père fugace, fugitif, qui n’a pas véritablement occupé cette place que Jean Carmet a tenu pendant toute la jeunesse de la narratrice. Elle montre la vie quotidienne de Jean avant et pendant le succès, la difficulté aussi, d’affronter le regard des autres quand la prestation de son père ne cause que moquerie ou mépris – on aime bien mettre les acteurs dans de petites cases, à la condition qu’ils n’en sortent pas.
Un rendez-vous un peu manqué pour moi, mais je suis sûre qu’il plaira à d’autres.

L’autre côté du paradis de Sally Koslow

Présentation de l’éditeur :

Sheilah Graham, de son vrai nom Lily Shiel, issue d’une famille juive venue d’Ukraine dans les années 1910, est abandonnée par sa mère à l’âge de cinq  ans dans  un orphelinat londonnien.  À  sa sortie, pour survivre, elle vend des brosses à dents, avant de  rencontrer un employeur galant, Sir John Gillam  qui, sous le charme de sa beauté et de son tempérament, l’épouse alors qu’elle n’a que dix-neuf  ans  (il en a quarante-deux). Grâce à  lui,  elle fréquente la haute société britannique, rencontre entre autres Randolph  Churchill, un « amant de première classe  », et le marquis de Donegall, qui voudra à son tour l’épouser. En 1934, avec l’accord de son mari dont elle divorcera peu après, elle part aux  États-Unis  où  elle devient chroniqueuse pour divers journaux. Installée à Hollywood, le monde du cinema est à ses pieds.  En 1937, elle rencontre Scott Fitzgerald. Leur histoire d’amour est fulgurante, tumultueuse, durant les trois dernières années de la vie de l’écrivain, dont la notoriété littéraire est sur le déclin. La dépendance à l’alcool de Fitzgerald est terrible, elle manque à plusieurs reprises de ruiner leur passion, mais malgré ses accès de violence et des comportements insupportables, Sheilah Graham lui conservera son amour jusqu’à la fin (il meurt dans ses bras en 1940), après l’avoir aidé à retrouver un dernier élan créatif pour écrire Le Dernier Nabab,  resté inachevé.
Ce biopic écrit d’une plume alerte, emporte le lecteur dans  une histoire d’amour émouvante et méconnue.

Merci aux éditions Jean-Claude Lattès et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

L’envers du paradis, c’était le premier succès de Fitzgerald, c’était aussi, implicitement, le couple Zelda/Francis Scott. Le titre de ce roman biographique est sans doute un clin d’oeil à ce roman. En effet, Zelda est indissociable de Francis, et si on lit ces biographiques, on trouve peu de traces, si ce n’est fugaces, du dernier amour de Fitzgerald.
L’histoire commence d’ailleurs par la fin, quand Francis meurt, à quarante-quatre ans. Sheilah est l’autre femme, celle dont il est amoureux depuis trois ans et demi, celle dont la vie a été bouleversée par sa rencontre avec l’écrivain déchu : en 1936, on ne lit plus, on n’édite plus, on ne publie plus Fitzgerald. Scénariste, tous ses projets ou presque échouent. Il veille sur Zelda, qui est internée. Il entretient une abondante correspondance avec sa fille Scottie, qu’il couvre de conseils. Bref, il n’a pas grand chose pour séduire Sheilah, qui est fiancée à un aristocrate anglais. Il n’empêche : c’est l’étincelle, et l’histoire d’amour commence.
Retour en arrière, comme dans un film : nous découvrons qui est réellement Sheilah, tout ce qu’elle a caché, tout ce qu’elle a mis en oeuvre, ce qu’elle a renié aussi pour en arriver là. L’on découvre alors l’antisémitisme ordinaire du début du XXe siècle, pour ne pas dire un antisémitisme décomplexé, parfaitement assumé par les riches et les heureux de ce monde – et de mieux comprendre pourquoi la petite orpheline ne pouvait dire ses origines. Je ne dirai pas que ce sont les pages les plus intéressantes de ce retour en arrière, parce qu’elles le sont toutes, notamment quand Lily, en Allemagne, ressent le besoin de partir à la recherche de la tombe de son père – et de laisser de côté tous ceux qui apprécient tant la compagnie des officiers nazis.
Retour au présent, après les aléas de sa vie sentimentale, voici sa vie quotidienne avec Fitzgerald, rongé par le doute, par la reconnaissance qui s’est enfui, par l’alcool qui a affaibli son coeur. Ou comment vivre au jour le jour, tout en continuant, pour Sheilah, à exercer son métier de chroniqueuse mondaine. Il ne s’agit pas seulement de faire bouillir la marmite, il s’agit – aussi – de se construire réellement – pour ne plus avoir peur.
Et après ? Oui, nous saurons ce qu’il est advenu après, ou comment Sheilah a, si j’ose dire, accompli ses rêves.
Un livre pour tous ceux qui aiment l’oeuvre de Francis Scott Fitzgerald et qui veulent en savoir plus sur ses années dont on parle peu, et sur l’écriture de son dernier roman inachevé.