Archive | octobre 2021

Love me doux de Sandra Nelson et Alice Quinn

édition Alliage – 269 pages.

Présentation de l’éditeur :

À deux jours de Noël, Angela, photographe de mode londonienne, doit se rendre en Provence, dans le village de son enfance, afin de toucher son héritage. Elle ne compte pas s’éterniser car son fiancé l’attend en Angleterre pour le réveillon. Mais une tempête de neige bouleverse ses plans (oui, il neige parfois en Provence !). Coupée du monde, elle est contrainte de dormir chez le gardien du domaine qui n’est autre que Matias, son amour d’adolescence. 15 ans sans se voir. Le temps pour l’adolescent gringalet de se transformer en vigneron sexy. Mais Matias a un gros défaut : il est obsédé par Noël, la pire phobie d’Angela. Sans compter son horripilante bonne humeur, sa manie de vouloir lui transmettre le goût des bonnes choses et sa chienne déchaînée qui ne veut plus la lâcher ! Un vrai cauchemar !

Mon avis :

Tout d’abord, je voudrai remercier les autrices qui m’ont permis de découvrir ce roman en avant-première.

Et maintenant, je peux déclarer ouverte la saison des romances de Noël – et je le fais le jour d’Halloween.
Nous avons deux personnages qui ont été proches, à une époque, et que la vie s’est chargée de séparer. Oui, écrit ainsi, je donne l’impression de chroniquer un mélo. Il n’en est rien ! Angela avait 15 ans quand elle a quitté la Provence, quinze ans plus tôt. Elle ne voulait plus vivre auprès de son père, dont elle se sentait totalement incomprise : elle n’était pas le fils qu’il aurait aimé avoir, le fils qui aurait pu lui succéder. Angela a quasiment réalisé son rêve : elle est photographe de mode à Londres ! Elle fait le maximum pour satisfaire sa chef, qui veut que ses ordres soient exécutés immédiatement (le plus rapidement possible, c’est encore trop long). Elle est en couple à un bel anglais, qui souhaite la présenter à ses parents. Pour lui, pour eux, Noël, c’est sacré. Pas pour Angela, et ce serait beaucoup trop long à lui expliquer pourquoi. Cependant, par facilité, pour ne pas avoir à s’expliquer, justement, elle accepte. Cependant, un contretemps la sauve (de son point de vue, pas de celui d’Edward) : elle doit se rendre en Provence pour régler la succession de son père, décédé six mois plus tôt. Elle doit donc retourner, pour la dernière fois pense-t-elle, sur les lieux de sa jeunesse.
Là, se trouve Matias. Lui adore Noël, en dépit des épreuves que la vie lui a réservé : la mort de ses parents, et, six mois plus tôt, la mort de son mentor, le père d’Angela. Matias est vigneron, et il s’inquiète de l’avenir de ce domaine qu’il aime tant. Casanier, il ne voyage que pour son travail, promouvoir « son » vignoble. Aussi le retour d’Angela lui permettra de savoir ce que deviendra le domaine – et ce qu’est devenue Angela.
Le retour d’Angela provoquera quelques étincelles, un choc des cultures, si j’ose dire. Et quand Angela se retrouve coincée pour cause de neige… oui, elle aura de la peine à faire contre mauvaise fortune bon coeur.
Oui, nous avons là tous les ingrédients d’une bonne romance : deux personnages que tout semble séparer, et qui ne demandent, finalement, qu’à se retrouver. Le comment, c’est ce doux récit qui nous le montrera. Doux, mais piquant aussi parfois : Angela a son franc-parler, et cela ne fait pas plaisir à tout le monde. Dans certaines situations, c’est tout de même très utile ! Et Matias a beau aimé Noël, être rempli de joie de vivre, il est aussi capable de dire tout ce qu’il a à dire. Romance de Noël ne signifie pas fadeur. Alors oui, nous aurons un happy end. Nous aurons même des recettes qu’il ne tient qu’à nous de tester. Bref, ce livre a tout pour faire passer un bon moment de lecture.

Dernier été à Primerol de Robert Merle

Présentation de l’éditeur :

C’est au cours de sa captivité en stalag, de 1940 à 1943, que Robert Merle a rédigé cet inédit, qui constitue sa première oeuvre littéraire.
Jusqu’à son décès en 2004, Robert Merle a décidé de le conserver sans jamais lui donner une autre forme, le réécrire ou le prolonger.
Un texte flash-back, où le premier sujet – le camp de transit, le temps de la servitude -, donne naissance au témoignage romancé d’une époque passée, la magnifique et fragile liberté de l’été 39.
Comme l’essentiel de l’oeuvre de Robert Merle, cet inédit est à la croisée d’une histoire singulière et de la grande Histoire, qui emprisonne dans ses filets chaque volonté individuelle et réduit celle-ci à n’être que l’instrument des événements. Robert Merle a toujours été fasciné par ce poids monstrueux des situations qui façonnent les heurs et les malheurs d’une existence.

Mon avis :

Robert Merle est un auteur que je n’avais jamais lu, et il fait partie de ces auteurs que j’ai découvert grâce au Challenge solidarité. Musardant en bibliothèque, j’ai découvert ce titre, un inédit de l’auteur publié par les soins de son fils après sa mort.

Nous sommes à une époque dont on parle peu – parce que ceux qui l’ont vécu ont davantage parlé de ce qui s’en est suivi, à savoir la seconde guerre mondiale. Récit rétrospectif, il nous montre les souvenirs du personnage principal, prisonnier de guerre, de ce dernier été avant la guerre. Rien ne manque : le repos, les baignades, la chaleur, les touristes qui viennent de plusieurs pays d’Europe. La peur de la guerre pour certains, l’incrédulité pour les autres, il est impossible, après la grande guerre, qu’une telle folie se reproduise. Tout est toujours possible.

Falaise fatale de Robert Thorogood

Présentation de l’éditeur :

Célèbre pour sa beauté et sa vie délurée, le top-modèle Polly Carter s’est donné la mort en sautant d’une falaise, près de sa villa sur l’île de Sainte-Marie. Ses proches disent qu’elle n’aurait jamais pu se suicider. En charge de l’affaire, l’inspecteur-chef Richard Poole en vient lui aussi à mettre en doute l’hypothèse d’un suicide. Outre son combat contre la chaleur caribéenne, il doit faire face à de nombreux obstacles : des alibis en pagaille, autant de mobiles que de suspects, et, par-dessus tout, un événement majeur qui pourrait nuire à son enquête : sa mère vient lui rendre visite. Voilà qui permettrait au meurtrier de filer à l’anglaise. Mais le so british inspecteur ne saurait admettre un tel affront à la Couronne !

Mon avis :

Vous pensez que votre journée est abominable ? Celle de l’inspecteur Poole est pire encore ! Je ne sais ce qu’il faudrait passer sous silence pour qu’à ses yeux elle soit supportable – une pensée émue pour le sort de sa tasse remplie de thé noir. Pour couronner cette journée qui avait mal commencé, elle s’est très mal terminée pour quelqu’un d’autre : un meurtre est commis. Oui, je spoile tout de suite et immédiatement : Polly Carter a beau être tombée de la falaise, elle ne s’est pas suicidée.

Comme d’habitude, l’inspecteur Poole enquête, et tant pis pour le sable, la chaleur, la poussière, le désordre, voire le désordre que certains ont dans leur vie. Oui, il regrette de ne pas être au Royaume-Uni : les analyses pourraient être faites sur place, il ne serait pas nécessaire de les envoyer sur une autre île, parce qu’à Sainte-Marie, il n’y a pas de laboratoire d’analyse. Il n’y a pas non plus de salle de réunion digne de ce nom, avec un beau tableau sur lequel Poole pourrait noter plus distinctement les questions qu’il faut absolument que lui et son équipe résolve – pour trouver le coupable.

Cette fois-ci, il doit faire avec une guest-star, si j’ose dire : Jennifer Poole, sa mère, bien plus obsédée que son fils par le rangement et la propreté, de quoi faire frémir Camille, Dwayne et Fidel. Malgré les conditions de son voyage, malgré les nouvelles que lui annonce son fils, elle ne manque pas d’humour, et tant pis si ceux qui l’entendent ne l’apprécient guère : « J’ai dû supporter les meurtres de ton père toute ma vie, je suis certaine que je pourrai supporter les tiens.« p. 77.

En lisant ce livre et le crime qui a été commis, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux Vacances d’Hercule Poirot, et au rôle joué, déjà, par une falaise qui peut se montrer fatale – ou révélatrice. Nous ne sommes pas si éloignés que cela de l’univers de la reine du crime, avec ses suspects qui se connaissent tous, cette Polly Carter, mannequin star faisant le plus souvent les mauvais choix, y compris dans son entourage, Claire, sa soeur jumelle, paralysée depuis un accident causée involontairement par Polly, Sophie, l’infirmière anglaise dévouée, forcément dévouée, le réalisateur sur le déclin, l’agent surbooké, et un final qui n’est pas sans rappeler les plus belles scènes orchestrées par Hercule Poirot.

Falaise fatale est un parfait cosy mistery, agréable à lire, rempli d’humour et d’aventures.

Philip Jackson, David Suchet

 

Tricot d’amour de Karin Serres

édition du Rouergue – 93 pages

Présentation de l’éditeur :

Mira déteste la viande. Pas de chance, la maîtresse installe à côté d’elle le fils du boucher ! Beurk ! Ce Kévin est vraiment très bizarre. Chaque jour, il arrive en classe avec un nouveau pull tricoté par sa mémé. Les couleurs et les motifs sont de plus en plus délirants… Jusqu’au jour où Kévin disparaît. La boucherie est fermée et les rumeurs les plus folles courent dans la cour de récréation : un commando de végétariens auraient enlevé toute sa famille, ils auraient vendu de la viande de chien… Et qu’est-il arrivé à la mémé tricoteuse ?

Mon avis :

Ce qui m’a frappé d’abord en lisant ce livre, c’est le harcèlement que subit Mira. Oui, j’utilise le mot « harcèlement », et même si certains me diront que ce n’est peut-être pas le terme approprié, je n’en vois pas d’autres. Comme elle a fréquemment des poux en dépit des traitements qu’elle subit, personne ne veut savoir à côté d’elle. Pire : la maîtresse d’école cautionne cet état de fait, pour ne pas dire qu’elle l’encourage, ayant, au vue de toute la classe, donné à Mira le statut de « mauvaise élève » qui récolte des punitions plus souvent qu’à son tour. Etre harcelée ou ostracisée, voire les deux en même temps, ne sont pas des situations enviables (et j’ai envie d’ajouter : non, sans blague ?).

Puis arrive Kévin, et il n’a pas le choix : la seule place libre est à côté de Mira, il doit s’asseoir à ses côtés. Ecrire ceci n’est pas rendre justice à Kévin, je pense qu’il n’aurait pas tant fait de manière, lui qui n’a pas de préjugés. Ce n’est pas le cas de tous les autres élèves – et je me demande comment la maîtresse d’école ne voit pas ce qui se passe, y compris dans la cour de récréation. Oui, après avoir un temps séduit, si j’ose dire ses camarades de classe, Kévin se retrouve lui aussi moqué, persécuté, et il tiendra bon. Par amour. Par amour pour sa grand-mère qui lui tricote des pulls, et tant pis s’ils sont de plus en plus ratés, tant pis si le tout dernier est rose, pas terminé, il le porte quand même.

Je ne sais pas ce qui l’emporte à la lecture de ce livre, la vision très noire qui est donnée de l’école, dans lequel la seule adulte responsable semble cautionner les débordements qui s’y passent, ou l’amour que Kévin a pour les siens, l’amitié qui se noue entre lui et Mira.

A voir, même si je trouve que ce livre est dur.

 

 

Kate Daniels, tome 3 d’Ilona Andrews

Présentation de l’éditeur :

La magie frappe et Atlanta menace de s’écrouler : c’est un boulot pour Kate Daniels. Engagée par l’Ordre des Chevaliers de l’Aide Miséricordieuse, Kate a tant de problèmes paranormaux à régler ces derniers temps qu’elle ne sait plus où donner de la tête. Pourtant lorsque Derek, son ami loup-garou, est retrouvé presque mort, elle est confrontée à son défi le plus crucial : trouver l’auteur du crime et déjouer un sombre complot qui implique la communauté des Changeformes… Voilà qui n’arrange pas son planning.

Mon avis :

Oui, j’ai eu envie, dans cette période de l’année que j’apprécie entre toute (Halloween !!!!!!) de me plonger dans le tome 3 de cette série, parce qu’une lecture « légère » fait toujours du bien. Légère, oui, mais pas que, parce qu’elle pose tout de même de sérieuses questions, au détour d’une intrigue de bit-lit, et parce que l’héroïne ne se jette pas d’entrée de jeu dans les bras de Curran, seigneur des bêtes de son état. Elle a une mission dans la vie, et elle entend bien la mener à bien – même si la mener à bien entraîne sa mort, elle ne serait pas la première à se sacrifier.

Quand je parlais de sérieuses questions, je pose d’abord celle-ci : êtes-vous réellement prêts à tenir une promesse quand vous en faites une ? Kate, oui, même si elle se mord les doigts après, parce que si elle ne s’était pas engagée à … je ne vous dirai pas quoi, Derek n’aurait pas été retrouvé aux portes de la mort et de la folie. Est-ce à dire qu’il ne faut pas respecter ses promesses ? Non. Si la situation avait été « normale », tout aurait été bien. Derek n’a pas mesuré dans quoi il mettait les pieds, et Kate n’a pas eu la possibilité de prévenir ce qui allait se passer.

Deuxième sérieuse question : jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour vous sortir d’une situation inextricable ? Kate est prête à se sacrifier, cela, vous l’aurez compris, sans rien demander à personne. Derek aussi est capable de le faire. Mais les autres ? Il en est qui savent très bien se servir d’autrui, ouvrir grand les yeux en matière de violence, tant que cela sert leurs intérêts. Ne cherchez pas, beaucoup de personnages de ce roman sont ainsi. Je ne parle même pas de ceux qui veulent une race « pure », et souhaitent la disparition de tous les métis de tous bords, et pour le coup, de tout poils. Quelques questions dans un roman de bit-lit, pour moi, c’est toujours cela de pris.

Bien sûr, le roman contient tous les ingrédients du genre, et parfois, notamment lors de scènes de combats dans l’arène bien…. je me suis un peu ennuyée, parce que ce sont des scènes convenues, attendues, dont le dénouement ne m’inquiétait pas trop. Cependant, il est de vrais morceaux de bravoure, en dehors de ceux-ci. Je pense aux scènes finales, par exemple. Ce ne sont pas les seules. Je pense à l’humour aussi, pas omniprésent, mais suffisamment là pour permettre de respirer un peu.

Bref, une lecture agréable et aventureuse – c’est déjà ça !

 

La vague arrêtée de Juan Carlos Mendez Guedez

Présentation de l’éditeur :

Magdalena a quitté le Venezuela pour Madrid, elle est devenue une enquêtrice réputée, tout va bien pour elle, à l’exception d’un amant envahissant et indiscret. On lui propose une nouvelle affaire : un homme politique madrilène lui demande de retrouver sa fille et de la lui ramener, elle aurait été enlevée et retenue à Caracas. Magdalena est sûre de ses compétences et elle a une arme secrète : des dons que lui a accordés María Lionza, la déesse guerrière vénézuélienne, bref elle est un peu sorcière et a des intuitions salvatrices.
Mais rien ne va se passer comme prévu, sa magie est intermittente et Caracas, la ville la plus dangereuse du monde, a beaucoup changé. De surprise en surprise, nous allons nous plonger dans une ville en crise et être confrontés à sa faune dangereuse.

Merci aux éditions Métailié et à Babelio pour ce partenariat.

Mon avis :

Vous allez rire (ou pas) : je n’avais lu que de manière très superficielle le quatrième de couverture avant de solliciter ce livre pour la dernière masse critique proposée par Babelio. J’ai simplement retenu la maison d’édition (que j’apprécie énormément), l’auteur (Les valises, son précédent roman, m’avait surprise) et le contexte : le personnage principale est une enquêtrice. J’avais complètement occulté le fait qu’elle possédait des dons « que lui a accordés María Lionza, la déesse guerrière vénézuélienne » et je n’avais pas vraiment regardé la couverture. Vous l’aurez compris, la sorcellerie me met mal à l’aise. La question n’est pas d’y croire ou non, la question est qu’il est des personnes qui y croient, qui pratiquent – et cela suffit à ne pas me rendre sereine face à cette lecture. Et j’ai aimé quand Magdalena met les points sur les i, quand elle retrouve celle qui l’a initié, formé : pas de sacrifices, quels qu’ils soient. Faire couler du sang, c’est faire souffrir, et l’on n’obtient pas ce que l’on veut en faisant souffrir autrui, fût-ce des animaux. A méditer, et pas seulement en cas de sorcellerie.

En effet, la violence est omniprésente au Vénézuéla. La police ? Peu fiable. Le gouvernement ? Tant que l’on est dans ses petits papiers, tant mieux. J’ai eu l’impression qu’être vénézuélien, c’est chercher à se faire le plus discret possible, tenter de trouver tous les moyens pour survivre – ne pas se prendre une balle perdue, ne pas se retrouver au milieu d’un règlement de compte ou pire, ne pas servir de bouc émissaire. Quand Magdalena, pour enquêter, retourne dans son pays, elle ne le reconnaît plus, elle ne se reconnaît plus vraiment, elle ne se sent plus capable de faire ce qu’elle faisait quand elle était jeune – elle ne se sent plus aussi combattive, plus aussi prête à prendre tous les risques pour protéger autrui. Qui est-ce, d’abord, autrui ? Begona, la jeune femme qui n’a plus donner de nouvelles depuis un mois ? Ou tous ceux qui vont croiser sa route et l’aider à la retrouver ?

Begona est une jeune fille née dans une famille extrêmement traditionaliste, catholique pratiquante et elle a ressenti, semble-t-il, le besoin de se rebeller. Son père peut le comprendre, lui aussi a été rebelle dans sa jeunesse : il n’est pas allé à la messe pendant six mois. Là, c’est nettement plus grave, puisque la jeune fille s’est envolée pour le Vénézuela, pays où être un touriste étranger est tout sauf une garantie contre les fusillades et les enlèvements.

Magdalena enquête, oui, elle doute (merci à Canaillou d’avoir grignoté la couverture et à Saphir d’avoir sauté sur le clavier et effacer un paragraphe), elle doute de ses pouvoirs, elle craint aussi de passer à côté d’un fait, d’un indice qui lui permettrait de retrouver la jeune fille avant qu’il ne soit trop tard. Pour la ramener au pays, vivante. Pour s’en sortir sans trop de dommage et rentrer au pays elle aussi, ce serait mieux. A ce moment, son amant encombrant qui multiplie les messages amoureux au pays n’est plus vraiment sa préoccupation !

Un roman pendant la lecture duquel il vait mieux toujours être sur le qui-vive (là, c’est Ruby qui vient voir ce que j’écris).

Rebecca de Daphné du Maurier

Présentation de l’éditeur :

Un manoir majestueux : Manderley. Un an après sa mort, le charme noir de l’ancienne propriétaire, Rebecca de Winter, hante encore le domaine et ses habitants. La nouvelle épouse, jeune et timide, de Maxim de Winter pourra-t-elle échapper à cette ombre, à son souvenir ?

Mon avis :

Que dire sur ce chef d’oeuvre, qui ne soit pas pollué par une interprétation trop partiale ? Je ne vais donc pas parler de ce qui me semblerait trop facile (la différence d’âge entre Maximilien de Winter et sa seconde épouse), j’essaierai plutôt une interprétation de professeur de français, et tant pis si ce que j’écris a été dit, redit, et reredit des dizaines de fois. J’ai lu Rebecca de Daphné de Maurier, je n’ai pas lu les critiques à son sujet – et j’adore le film d’Hitchcock.

Le récit est rétrospectif. Le lecteur sait que quelque chose est arrivé que la narratrice et son mari ne pourront jamais retourner à Manderley. Le tout est de savoir pourquoi. L’on sait aussi qu’à Manderley, l’on dépensait sans compter, même pour le thé, simplement, uniquement, les gâteaux étaient nombreux, somptueux, alors que seules deux personnes, rarement plus, prenaient le thé et que Mrs de Winter, tout comme son mari, a des goûts simples.

Mrs de Winter, madame Maximilien de Winter – telle est l’identité de la narratrice. Son nom ? L’on saura seulement qu’il est excentrique, et que, comme à son père, il lui va bien. Du moins, c’est ce que lui dit Maxim, et l’on est obligé de lui faire confiance, puisque nous ne saurons jamais ni son nom, ni son prénom. Elle est une orpheline, une jeune fille qui se destine à devenir demoiselle de compagnie parce qu’elle n’a pas vraiment le choix, parce qu’elle se juge terne, sans intérêt, parce qu’elle n’a aucun soutien, aucune famille. Sa rencontre avec Maxim de Winter, puis son mariage avec lui change tout.

De leur voyage de noces à Venise, comme il le lui avait promis, nous ne saurons rien, puisque c’était une période heureuse. Nous saurons simplement tout ou presque depuis le retour à Manderley jusqu’à leur départ définitif. Ce qui définit ce récit n’est pas tant ce qui est raconté que ce qui est tue, caché, et qui finit par exploser à la figure des personnages. La narratrice n’ose pas poser de questions, elle ose à peine saisir les perches qui lui sont tendues, parfois involontairement. Elle feint de savoir, parfois, elle tente d’interpréter, et se trompe aussi. Qui peut se vanter de détenir la bonne version de l’histoire ? Rebecca ?

Elle a tout vampirisé sur son passage, vivante et morte. Elle a suscité l’admiration de tous, faisant ce qu’elle voulait des hommes et des femmes aussi. Eux en étaient-ils conscient ? Pas vraiment. Ce n’est qu’après, bien après que l’on peut s’en rendre compte – et encore. Peut-être Ben, l’homme « simple », celui qu’elle avait menacé de faire interner, était l’un des rares à avoir mesuré toute sa cruauté, dont elle pouvait user d’autant plus facilement avec lui que rares auraient été ceux qui auraient écouté Ben. La grand-mère de Maxim l’adore, au point d’avoir occulté la toute nouvelle madame de Winter de son esprit. Beatrice, la soeur de Maximilien, apparaît presque comme une bouffée d’oxygène dans un monde asphyxiée par les convenances et les non-dit. Oui, elle dit ce qu’elle pense, oui, ses questions peuvent être jugées parfois indiscrètes, surtout en ce qui concerne la santé (elle rêve que son frère ait un héritier), mais elle est la seule femme qui ne dissimule rien – puisqu’elle-même ignore certains faits.

La dernière partie de l’intrigue montre l’urgence, l’urgence de dire enfin toute la vérité, l’urgence de prendre confiance en soi, l’urgence de déjouer le dernier piège de Rebecca. L’on sait depuis le début du roman qu’il n’était pas trop tard, l’on ignorait simplement comment tout était arrivé. Rebecca, le roman, est toujours lu, sans doute parce que la construction de son intrigue est difficile à égaler, tout comme la construction du personnage de Rebecca, personnage dont on parle le plus, personnage qui n’existe plus bien avant que l’intrigue du roman ne commence, personnage le plus vivant de tous, tant tous ne parle que d’elle.

Rebecca de Daphné du Maurier – un classique, tout simplement.

Philip Jackson, David Suchet

L’arpenteuse des rêves d’Estelle Faye

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Myri est une Arpenteuse, elle a le pouvoir de s’immiscer dans les rêves des autres. Ce pouvoir est aussi une malédiction qui a causé la mort de sa jeune sœur, quelques années auparavant. Depuis, Myri se tient à l’écart des rêves grâce à la nerfolia, une plante interdite. Mais dans le royaume de Claren, quand on est une habitante de la ville basse, on n’échappe pas facilement à son destin. Une pollution inquiétante se répand autour des ateliers, le long du fleuve. Elle coïncide avec l’apparition d’étranges fantômes qui s’introduisent dans les rêves et les transforment en cauchemars. Alors, quand le petit Miracle est à son tour frappé par le Mal des fantômes, Myri n’a pas d’autre choix que de redevenir une Arpenteuse.

Mon avis :

J’ai choisi ce libre essentiellement à cause de sa couverture. Le contenu était lui aussi d’une grande richesse, et c’est tant mieux.

Il est difficile de classer ce livre. Roman d’aventures, fantasy, conte écologique ? Un peu des trois sans doute. L’héroïne, Myri, a de grands pouvoirs. Comme elle n’est pas née du bon côté des choses, son don – elle est une Arpenteuse, elle peut entrer dans les rêves d’autrui – son don a été exploité, et sa soeur a été tuée. Fin ? Non, commencement. Myri a appris à faire taire son don. Jusqu’au jour où l’un des siens, un de ceux qui font partie de sa famille recomposée, disparaît. Elle se lance alors à sa recherche, non pas pour elle, mais pour les siens.

Il faut s’attendre à être surpris – oui, c’est un paradoxe – parce que le récit ne nous entraînera pas là où nous pensions aller. Myri a si bien caché son talent que, finalement, il n’est pas le sujet central du livre – ni le sien, ni celui de Lélio, un des personnages que j’ai préféré dans ce roman. Il est capable d’aller très loin pour aider Myri alors que tant d’autres, ceux de là-haut, ne prêtent surtout pas attention… A qui, au juste ? Si, à Claren, certains vivent en bas, c’est bien pour ne surtout pas être vus. En lisant les discours qui étaient tenus sur eux, notamment par les gentilles dames patronnesses venus les aider, j’ai pensé aux discours que ces mêmes dames patronnesses, bien réelles, tenaient sur les personnes pauvres, en France ou ailleurs, il n’y a pas si longtemps. Si l’on est pauvre, misérable, c’est de sa faute, pas la peine de remettre en cause un système qui assure aux puissants d’être toujours plus puissants, sauf si, par un coup du sort, il se trouvait quelqu’un, quelque chose pour bouleverser l’existence de tous à Claren.

A lire si vous aimez les romans de fantasy différents.

8848 de Silène Edgar

Présentation de l’éditeur :

À quinze ans, Mallory est la plus jeune française à avoir gravi une montagne de 8000 mètres. Son nouveau défi, c’est le sommet de l’Everest. Le manque d’oxygène, l’effort physique et les conditions extrêmes ne lui font pas peur car elle est avec son père, son pilier, son modèle. Mais elle va apprendre à le faire aussi pour elle-même.
Un exploit unique qui va lui faire ouvrir les yeux sur le monde : la pollution des alpinistes, la fonte des glaces, les dangers mortels d’un tel effort pour le corps, la pensée bouddhiste et surtout… l’importance du message qu’elle renvoie à son pays, en tant que jeune, adulte en devenir.

Mes impressions :

Ce n’est pas un livre que j’ai lu parce que j’avais envie de le lire, c’est un livre que j’ai lu pour le collège, c’est à dire pour mes élèves. Il fait partie de la sélection d’un prix de littérature jeunesse, et sans cela, je ne serai pas allée vers ce livre.

Pourquoi ? Les livres qui parlent de sport et de dépassement de soi m’intéressent peu. La montagne, surtout si elle est très éloignée, encore moins. Je l’ai lu en un peu plus de deux heures, ce qui est la seule performance sportive que j’ai accomplie à sa lecture, en partie avec Ambre ou Ruby sur moi.

Ce que j’ai retenu ? L’importance de la post-face de l’autrice, qui nous présente son projet d’écriture. Comme quoi, le personnage le plus important du livre n’est pas celui que l’on pouvait penser. En fait, ce sont davantage certains personnages secondaires qui m’ont intéressée, ceux qui vivent « sur place », ceux qui dépendent de ces alpinistes de l’extrême pour vivre, et qui n’ont que deux mois par an pour accumuler assez d’argent pour faire vivre leur famille l’année durant. Grimper l’Everest a un coût, et il est difficile de le faire sans sponsor. Grimper l’Everest demande également du temps, une longue préparation physique, y compris sur place, et aussi une grande lucidité. Chaque année, des morts sont à dénombrer, notamment parce que certains ont outrepassé leurs forces, ne tenant pas compte des conseils qui leur sont prodigués. Note : il faut dire aussi que l’on répète, aux sportifs, aux non-sportifs, qu’il ne faut surtout pas s’écouter, qu’il ne faut pas tenir compte des signaux d’alarme que nous envoient notre corps, que tout est dans le mental. Mouais. On ne parle jamais des séquelles après, ou des sportifs qui ont dû interrompre leur carrière parce qu’ils étaient allées trop loin.

Je ne me suis pas non plus attachée aux personnages, surtout pas aux parents de Mallory. Le choix des prénoms des enfants, d’abord, signe de leurs passions respectives, comme une manière de montrer à leurs progénitures la voie à suivre. Tu feras de la danse Isadora. Tu iras en montagne Mallory. A chaque fois, deux personnalités décédées tragiquement. Ensuite, les parents s’opposent avec violence à ce que la religion entre dans leur foyer. Aucune instruction religieuse, même aucune discussion autour de la religion. Et non, je n’applaudirai pas à l’ouverture d’esprit, parce que cela n’en est pas. Ne pas répondre aux questions de ces enfants, surtout sur des sujets que l’on rejette, c’est courir le risque qu’un jour, ils cherchent les réponses ailleurs.

Je n’en dirai pas plus, je ne sais même pas si je publierai ou pas cet avis. Je le garde, pour l’instant (17 octobre 2021). Finalement, j’ai choisi de le publier le 21, au cours d’une nuit d’insomnie assez carabinée, due à la tempête qui sévit en Normandie.

La fosse aux âmes de Christophe Molmy

édition de la Martinière – 304 pages

Présentation de l’éditeur :

Un attentat dans un cinéma : la vie de Fabrice explose. Sa compagne est tuée par les terroristes, lui en réchappe. Le sens de sa vie gît quelque part, criblé de balles. C’est sur cette crête, entre folie et possible résilience, que Fabrice avance désormais. L’amour d’une autre femme, comme une pulsion de vie, suffit un temps à calmer le trauma. Mais quand cette dernière disparaît à son tour, Fabrice est accusé et le mal en lui se réveille. Tout bascule. Il est un fugitif, un survivant – quoi qu’il en coûte.

Mon avis :

Un livre tristement actuel. Oui, je ne peux pas m’empêcher de le dire. Que reste-t-il après, pour ceux qui ont survécu, pour ceux qui doivent vivre avec (la douleur) et sans (l’être aimé) ? Que reste-t-il à ceux qui souffrent de la culpabilité de ceux qui ont survécu ?

Fabrice était à une séance de cinéma, avec sa compagne Juliette et son beau-frère quand des terroristes sont entrés dans la salle et ont tiré. Juliette et son frère ont été tués, lui a survécu. Il doit témoigner, aussi, témoigner devant la police, qui s’étonne parfois de certaines de ses réactions – comme s’il existait un catalogue des réactions « normales » à avoir dans une situation qui ne l’est pas.

Se reconstruire, revivre ? Des grands mots. Pourtant, Fabrice tombe à nouveau amoureux, de Clarisse, qui était en charge de l’enquête, et à nouveau, le drame survient : la femme qu’il aime disparait. Pire : il est accusé d’être responsable de sa disparition. Pour Fabrice, s’en est trop, et il bascule. Il ne s’agit plus de reconstruire sa vie, il s’agit de survie, proprement dit. Il ne s’agit même pas de prouver son innocence, presque plus, à peine, il veut savoir ce qu’il est arrivé à Clarisse, qui est responsable de sa mort – parce qu’il le sait, elle n’a pas pu disparaître ainsi.

Je ne pense pas avoir été la seule à avoir été happée en voyant Fabrice sombrer peu à peu, réagissant à chaque fois qu’un nouveau coup lui était porté. Le répit ne peut exister pour lui. Se reconstruire sera-t-il possible ?

Merci aux éditions de la Martinière et à Netgalley pour ce partenariat.