Archive | mai 2017

Des morts bien pires de Francisco Gonzalez Ledesma

Présentation de l’éditeur :

Une jeune fille venue d’Ukraine fuit à travers les rues de Barcelone, traquée par un tueur. L’ultime affaire du vieil inspecteur Mendez, le héros fétiche de Ledesma, qui enquête dans une ville crépusculaire, ravagée par la spéculation foncière et la prostitution industrialisée. Une ville où le coeur de Mendez a des souvenirs que la tête oublie .

Mon avis :

Avec ce livre, je dis adieu à l’inspecteur Mendez : son auteur nous a quittés voici deux ans, et j’ai lu toutes les aventures mettant en scène cet anti-héros. Surtout, il met en scène la ville de Barcelone et ses transformations, laissant de côté l’ancien monde et les petites gens, laissant la place à la spéculation et à une faune bien peu fréquentable.

N’oublions pas la mondialisation. C’est beau, le commerce. Pas de petits profits, la loi de l’offre et la demande domine, et quand on demande des femmes dociles et jetables, il est des personnes pour en importer, en tirer des bénéfices et ne pas avoir de scrupules. Les pertes existent aussi dans ce domaine, les dommages collatéraux aussi : une jeune fille, témoin involontaire, est assassinée elle aussi. Son père sombre dans la dépression. Mendez, lui, a les mêmes ordres que d’habitude :  ne pas enquêter, ne pas faire de vague.

Comme si ses chefs ne le connaissaient pas ! Mendez n’a jamais rien possédé, il n’a donc rien à perdre, si ce n’est son honneur, dont il a une conception très particulière. Oui, Mendez se retrouve toujours au bon endroit, pour enquêter, au bon endroit pour empêcher certaines personnes de commettre leurs forfaits. Quant à avoir un rapport négatif de plus, il en a la saine habitude.

Mendez, c’est le contraire des policiers de romans produits au kilomètre. Ce qui lui importe, c’est de prêter sa voix aux victimes, à toutes les victimes, y compris les siennes. On laisse trop la parole au coupable, pour ne pas dire au bourreau. Ils fascinent même certains. Rendons-leur leur vraie dimension, leur juste place.

Mendez écoute, entend, celles et ceux qui n’intéressent personne, ancienne prostituée, proches des victimes. A lui, les chiens perdus qu’il n’oublie pas de nourrir – dans tous les sens du terme.

Il est une lueur d’espoir qui apparaît – fine et ténue. Cependant, il faut déployer vraiment beaucoup d’énergie pour la saisir et la faire briller plus fort.

Buenos aires noir

Présentation de l’éditeur :

Après Marseille Noir et Bruxelles Noir en 2015, la collection « Asphalte Noir » se penche sur le cas de Buenos Aires. Ernesto Mallo et treize auteurs portègnes nous montrent le côté obscur et méconnu de la capitale argentine, des cités dortoirs aux quartiers chics, des repaires de la jeunesse aux villas miserias (bidonvilles).

Mon avis :

Je ne suis pas très fan du genre nouvelle. Cependant, pour le mois espagnol, j’ai tenté le coup avec la lecture de ce recueil entièrement consacré à Buenos Aires. Techniquement, il comporte trois parties : Amour, Infidélités et Crimes imparfaits. Les deux premières parties contiennent trois nouvelles chacune, la dernière sept. Je dois dire que la première nouvelle m’a un peu rebuté, elle n’est pas la meilleure du recueil, elle m’a semblé même plutôt banale. Heureusement, les deux autres nouvelles de la première partie sont bien meilleure, surtout « Trois pièces avec patio », qui évoquent la dictature, les disparus, et les efforts que doivent accomplir leurs proches pour tenter de les retrouver et, qui sait ? de les sauver.

Pour la deuxième partie, c’est « Orange, c’est joli comme couleur » que je retiens. Cette nouvelle a des accents Hitchcockiens, et pas seulement. L’héroïne et sa détermination, si habillement campée en quelques pages, font tout le prix de cet écrit.

J’ai eu plus de mal à trouver, dans la troisième partie, une nouvelle qui me séduise complètement. Il manquait toujours quelque chose pour me plaire, comme le dénouement de « La part du lion », un peu trop prévisible à mon goût. Une exception, cependant : « ça brûle », qui exploite parfaitement la thématique induite par le titre, du plus futile au plus tragique. Ces sept nouvelles nous donnent une vision très noire de l’Argentine, entre corruption, prostitution presque institutionnalisée, trafic, racisme ordinaire, absence de justice et solitude. Note : pour obtenir de l’aide, il faut aussi en demander, et s’adresser à la bonne personne.

Un recueil de nouvelles qui donne envie de découvrir d’autres oeuvres de ces auteurs.

Le rêve de Ryosuke de Durian Sukegawa

Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Après Les Délices de Tokyo, porté à l’écran par Naomi Kawase, Durian Sukegawa signe un second roman tout aussi poétique, lumineux et original. Le jeune Ryôsuke manque de confiance en lui, un mal-être qui puise son origine dans la mort prématurée de son père. Après une tentative de suicide, il part sur ses traces et s’installe sur l’île où celui-ci a passé ses dernières années. Une île réputée pour ses chèvres sauvages où il va tenter de réaliser le rêve paternel : confectionner du fromage. Mais son projet se heurte aux tabous locaux et suscite la colère des habitants de l’île… Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour réaliser nos désirs ? A travers les épreuves de Ryôsuke, Durian Sukegawa évoque la difficulté à trouver sa voie, soulignant le prix de la vie, humaine comme animale.

Mon avis : 

J’avais beaucoup aimé Les délices de Tokyo, aussi ai-je été ravie de pouvoir découvrir le nouveau roman de Durian Sukegawa. Je dois dire que j’ai trouvé la tonalité très différente. Autant le premier m’a semblé lumineux, ancré dans le réel, parfois méconnu du Japon, autant le second m’a semblé à la fois réaliste et fantastique. Réaliste, parce qu’il nous montre une jeunesse japonaise en perte de repère : Ryosuke est le héros du roman, mais ces deux « collègues » (je ne vois pas comment nommer autrement les deux jeunes qui l’accompagnent) semblent tout aussi perdus que lui, entre famille dysfonctionnelle et drame personnel. Fantastique, parce que l’île sur lequel ils se rendent n’existe pas, est coupée du reste du Japon, isolée. Et c’est là que nous basculons à nouveau dans le réalisme, avec la difficulté à conserver les habitants, les jeunes surtout, à faire venir des forces vives. Le problème n’est pas tant que les nouveaux venus restent ou non, mais qu’ils parviennent à s’entendre avec celui qui fait office de seigneur sur cette île, comme en une survivance médiévale.
Ryosuke est à la recherche de réponse sur son propre passé, sur l’événement qui a fait basculer la vie de sa famille. Il poursuit aussi, d’une certaine façon, l’oeuvre de son père, se colletant à la tâche là où d’autres ont lâché prise – de façon définitive.
Très vite se pose aussi pour lui la question du prix de la vie animale – et du pouvoir que l’homme a sur l’animal. Que dire alors quand la survie de l’homme est en jeu.
Le rêve de Ryosuke – un livre tout sauf facile.

Le fusil de chasse de Yasushi Inoue

Un mois au Japon en compagnie de Lou et Hilde

Présentation de l’éditeur :

Trois lettres, adressées au même homme par trois femmes différentes, forment la texture tragique de ce récit singulier. Au départ, une banale histoire d’adultère. À l’arrivée, l’une des plus belles histoires d’amour de la littérature contemporaine.
Avec une formidable économie de moyens, dans une langue subtilement dépouillée, Yasushi Inoué donne la version éternelle du couple maudit.

Mon avis :

Il est des romans épistolaires réussis (Les liaisons dangereuses), il est des romans épistolaires ratés, datés. Il en est d’autres, comme Le fusil de chasse, dont on oublie complètement qu’il est constitué de lettres.
Nous avons un narrateur, auteur, poète, qui écrit un poème sur (ou plutôt contre) la chasse, poème qui est publié sans faire de vagues – la réception d’un texte, on n’y pense pas toujours. Si, enfin, une lettre, d’un homme qu’avait croisé le narrateur, qui lui avait même inspiré ce texte, et qui s’est reconnu. Les trois lettres qui constituent le coeur de l’ouvrage, c’est lui qui les lui envoie. La première est de la fille d’une lointaine cousine. La seconde est de sa femme. La dernière est de sa lointaine cousine par alliance.
Dans ces lettres, c’est tout ce qui n’a pas été dit qui est exprimée. Trois points de vue féminin – une jeune fille à l’aube de sa vie amoureuse, sa mère et une femme, jeune encore, qui a été trahie au tout début de sa vie d’épouse.  La première et la dernière se rejoignent, finalement, en victimes collatérale de la passion de leur mère pour l’une, de son époux pour l’autre, et si l’on ne sait comment l’une mènera sa vie, on sait comment l’autre a tout mis en oeuvre pour faire souffrir son mari. Mais souffre-t-on réellement quand on n’aime pas ? N’a-t-elle pas blessé qu’elle-même ?
L’on ne peut que se douter de la raison qui a empêcher ces deux êtres de vivre leur amour au grand jour – leur passion aurait-elle eu une telle force si elle n’avait pas été cachée, donc coupable ? Il est des faits qui peuvent aussi surprendre, comme l’adultère qui aurait dû être pardonné par Shaïko , alors même qu’un enfant était né de cette relation (et ne devait vivre que peu de temps, ce qui semble d’attrister personne).
Mais l’on ne peut restreindre une oeuvre si courte et si parfaite à l’examen d’événement. Le ressenti de chaque personnage, la manière dont il a appréhendé ce qui est survenu, la poésie et la délicatesse de l’écriture sont tout aussi importants. C’est un livre que j’ai eu envie de relire aussitôt, et c’est suffisamment rare pour moi pour être signalé.

Asie2

 

La veuve noire de Daniel Silva

Résumé :
Une mission de Gabriel Allon

Dans le quartier du Marais, à Paris, Hannah Weinberg, directrice du Centre pour la recherche sur l’antisémitisme en France, meurt dans un attentat à la bombe revendiqué par Daesh. L’espion israélien Gabriel Allon est alors sollicité pour retrouver Saladin, énigmatique leader terroriste, et prévenir de futurs carnages. Pour mener à bien sa mission, infiltrer un espion au sein de Daesh semble la meilleure option. Gabriel réquisitionne alors Natalie, une jeune femme juive, brillante, exerçant comme médecin dans un hôpital de Jérusalem. Elle devra incarner une Palestinienne avide de vengeance et intégrer les rangs de l’ennemi. Elle commence alors un entraînement pour devenir une autre : Leila…

Merci à Netgalley et aux éditions Harper Collins pour ce partenariat.

Mon avis :

Un auteur et une série que je découvre. Et nous en sommes déjà au tome 16 !  Je sens que je n’essaierai pas de rattraper mon retard, même si j’ai beaucoup aimé ce livre.
L’intrigue est bien sûr imaginaire, mais elle colle, malheureusement, à l’actualité. Les attentats sont devenus notre crainte quotidienne, et nous découvrons à quel point il est facile de recruter des candidats au massacre et à la mort. Le processus est finement analysé – j’ai envie de dire « hélas ».
Il est plus difficile de trouver des candidats pour une infiltration en bonne et due forme. En effet, le but est qu’ils reviennent vivants, en presque bonne santé physique, sinon leur infiltration n’aura servi à rien. Pour la santé et la stabilité mentales, par contre, elle est beaucoup plus difficile à conserver. Comment faire quand on doit être, en permanence, quelqu’un d’autres, oui, comme un comédien, mais surtout, un comédien qui n’a droit qu’à une seule prise, sinon, le rideau tombe définitivement.
C’est ce que vivra Natalie. Nous suivons pas à pas les étapes de sa transformation, depuis son recrutement jusqu’à l’accomplissement de sa mission. Elle est une jeune médecin presque ordinaire, avec une vie privée presque inexistante. Elle est repérée et après, il lui est laissé toute liberté d’accepter – ou pas. De continuer, ou pas. Choisie, parce que protéger les siens, au sens large du terme, lui tient à cœur. J’ai presque envie d’ajouter cette devise bien connue « protéger et servir ». Au bout de la route, beaucoup d’agents trouvent la mort. Parce qu’il est toujours tragique de constater qu’il est plus facile de perpétrer un attentat quand on n’a rien à perdre que de le prévenir.
Les agents ne sont ni invincibles ni « glamour ». Ils ont des failles, des douleurs, des vies privées compliquées – et une quasi-impossibilité à décrocher, parce qu’à une menace succède toujours une autre menace.
J’ai eu beaucoup de mal à décrocher de cette lecture, j’ai vraiment voulu savoir comment cette intrigue se terminera. Certaines scènes sont très réalistes, sans verser dans la complaisance. Ce livre montre aussi comment il est facile de basculer, à un moment ou à un autre. En bref, une vraie réussite.

PS : je lis beaucoup de livres depuis quelques temps qui se déroulent en Israël. Hasard du monde de l’édition 2016-2017 ?

Les rumeurs d’Issar de Marie Caillet

Présentation de l’éditeur :

Dis-moi quel est ton signe, et je te dirai quel est ton pouvoir… « Dans les royaumes d’Issar, la magie habite tous les Hommes. Pour autant, elle ne les traite pas de la même façon. Parfois, elle en choisit un. » Les Gardiens, comme tous les humains, ont la capacité de contrôler un des quatre éléments. Mais la magie dont ils sont dotés est trop puissante. Ils n’y survivent qu’en mettant au monde une créature magique, un Ange à la beauté sans failles chargé de les protéger… Ensemble, ils forment ce qu’on appelle un Ange-Gardien. Rare, puissant et appelé à intégrer le corps d’élite du Palais.

Merci à Netgalley et aux éditions Hachette pour ce partenariat.

Précision :

Mon avis est personnel, bien sûr, et d’autres personnes peuvent avoir un avis différent, et un style différent. Sharon fait du Sharon, c’est à prendre ou à laisser.

Mon avis :

Chère Marie Caillet,
j’espère sincèrement que vous allez écrire la suite de ce roman et que l’histoire d’Edjan, Kez et Shaëll ne s’arrêtera pas là.
Merci d’avance,
NR.
La lecture de ce premier tome m’a emballé et m’a fait beaucoup de bien, d’ailleurs, j’ai même relu certains passage tant j’avais pris plaisir à cette lecture. Vient le difficile moment d’expliquer pourquoi j’ai tant aimé ce livre.
Je pense que cela tient à la rencontre avec des personnages. Nous découvrons Edjan et Kez en pleine mésentente. Ils tiennent tous les deux une boutique de réparation de tapis volant, et les affaires ne marchent pas fort parce qu’Edjan passe son temps à réparer le travail de Kez, qui ne semble pas très doué pour cela. Nous comprendrons plus tard pour quelle raison. J’ai une tendresse particulière pour Kez, notamment pour son portrait physique absolument irrésistible. Il m’a rappelé quelqu’un… de ma connaissance. Si je vous dis son nom, vous comprendrez tout de suite pourquoi !
C’est au cours d’une opération de réparation qu’ils rencontrent Shaëll. A peine plus âgée qu’eux, elle est haute voleuse, particulièrement douée. Elle leur propose, non, je ne dirai pas une association, disons plutôt un espèce de partenariat, qui fera qu’Edjan et Kez partiront avec elle (et le voyage en tapis volant de Kez est vraiment irrésistible).
Shaëll n’a pas volé n’importe quoi, elle a volé les talismans qui sont distribués par le palais tous les ans aux adolescents qui atteignent leur seize ans – Edjan a eu le sien l’an dernier. Ne pas recevoir son talisman, en être privé, est une des pires choses qui puissent survenir dans cet univers où la magie est partout, entre ange et démon. Surtout, un nouvel ange gardien pourrait naître et sans la remise du talisman, impossible. Mais un ange gardien est né, et c’est là que nous découvrons Chanis, une jeune servante des plus ordinaires qui donnent naissance, bien malgré elle, à son ange. On ne choisit pas son signe, on ne choisit pas son destin, on ne choisit pas d’être lié au Palais, même si l’on intègre son corps d’élite.
Ne pas pouvoir choisir son destin, un thème fréquemment développé dans la littérature fantasy, et, bien sûr, les meilleurs livres qui traitent de ce sujet sont ceux qui montrent que l’on peut se rebeller contre l’adversité, prendre son destin en main, même si parfois le hasard donne un coup de pouce. A voir ce que l’on en fait après. Nous en avons plusieurs exemples ici, avec Shaëll, avec Edjan – et pas seulement avec eux.
J’aime aussi les livres qui montrent des figures féminines fortes. Shaëll est indépendante, capable de se débrouiller seule, de mener sa carrière seule : elle n’attend pas que les autres viennent la tirer d’un mauvais pas, même si parfois, il est fort utile de recevoir de l’aide. Ma remarque pourrait aussi s’appliquer à Sibritt, reine, à la tête de sa propre garde, ayant su la créer et la diriger en ayant gagné davantage : leur respect. Adan, le roi, semble ne pas être à la hauteur de sa flamboyante reine. Il ne s’agit pas de son âge, non, plutôt de son manque de charisme et d’une certaine forme de lâcheté. Je sais que j’en dis déjà beaucoup mais je vous assure qu’il en reste beaucoup à découvrir sur ces intrigues.
Je terminerai en parlant du mouchard, personnage énigmatique qui semble tout savoir sur presque tout, un personnage qui ne manque pas de gouailles, comme le montrent ses Rumeurs qui ponctuent le récit.
Je ne demande pas grand chose pour le tome 2, simplement prendre autant de plaisir à le lire que le tome 1.