Archive | août 2018

Le suivant sur la liste – tome 1 de Manon Fargetton

Merci aux éditions Rageot et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis : 

Je commencerai par un conseil : ne faites pas comme moi, ne vous plongez pas dans le livre avant de vous endormir, en vous disant : « je lis le début, je verrai bien ce que cela donne ». Pour ma part, je me suis retrouvée à lire le livre d’une traite, en le terminant à 23 h 45.
Pourquoi ce livre est fort ? Déjà, il commence là où d’autres l’auraient terminé : par la mort d’un des personnages-clefs de l’intrigue. Il fallait oser cette « vraie » mort dès le début, en montrer les conséquences et la cause véritable. Un livre de littérature jeunesse qui ne cède pas à la facilité, et court le risque que les jeunes lecteurs le referment très vite, c’est rare.
Les personnages survivants, si j’ose dire, sortent aussi de l’ordinaire. Morgane, de prime abord, semble la plus banale : elle est la reine du collège ! Tout lui réussit, que ce soient les études ou les loisirs. Sa vie est cependant bien plus compliquée qu’elle ne le laisse voir. Izia et Samuel sont élèves dans le même collège, mais eux sont plutôt les moutons noirs, les impopulaires, et ils ne s’en portent pas plus mal. Reste Timothée, cousin de Nathan, l’adolescent décédé, qui est un personnage à part, dans tous les sens du terme.
L’intrigue se passe à Saint-Malo, ville que j’apprécie particulièrement et brasse des thèmes très importants. Je ne parle pas seulement de l’usage des nouvelles technologies, ou du rôle de l’intelligence artificielle, non. Il s’agit aussi, et surtout, de ce que l’on veut pour ses enfants. « Le meilleur », entend-on toujours dire. il est nécessaire de s’interroger sur ce que signifie vraiment cette expression.
Un thriller scientifique jeunesse très réussi!!!!

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Un dossard pour l’enfer de Jean-Christophe Tixier

Présentation de l’éditeur : 

Passionné par les défis, Alex, 17 ans, participe à un trail en haute montagne. Cette compétition de l’extrême est réservée aux plus endurants, dotés d’un mental d’acier ! Stessy, son amie, l’encourage sur le parcours.

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

Mon avis : 

Ce livre devrait plaire aux jeunes lecteurs sportifs. En effet, j’ai souvent entendu des plaintes de leurs parts quand ils lisent des romans parlant de sport puisqu’ils n’y retrouvaient pas les sensations qu’ils avaient éprouvées. Ce n’est pas du tout le cas dans ce livre : le lecteur est parfaitement dans la peau du sportif.
Il répond d’abord à une question implicite : pourquoi se lance-t-on dans une telle épreuve ? Le récit met en avant l’envie de mesurer ses limites mais aussi de se dépasser soi, plutôt que de dépasser les autres. L’importance de la préparation physique, de la manière de gérer le trail, pas à pas, fait partie intégrante du récit, tout comme la notion de préparation mentale, et ce en quoi elle consiste réellement – développant la capacité de l’athlète à s’adapter au fur et à mesure de la compétition. Le soutien des proches est aussi important, comme celui de Stessy, amie d’Alex qui comprend ses désirs et connaît l’importance d’être là pour lui quand il le faut
Seulement… pratiquer un sport n’est que rarement solitaire, et certains faits viennent polluer les compétitions : l’appât du gain, le dopage, le racisme. Croire que cela n’existe plus n’aide personne à lutter contre ces phénomènes.
Du coup, j’en oublie presque l’intrigue policière, bien construite : c’est parce qu’elle s’imbrique parfaitement avec les pratiques sportives qui sont décrites.
Un roman policier sportif, qui peut être apprécié même par quelqu’un comme moi (c’est à dire une adepte du « no sport »).

Sale temps pour les sorcières de MC Beaton

edition Albin Michel – 297 pages

Présentation de l’éditeur :

Traumatisée après qu’une coiffeuse rancunière l’a shampouinée à la crème dépilatoire, Agatha Raisin se réfugie incognito dans un hôtel de la côte en attendant que sa chevelure repousse. N’ayant plus rien à perdre, elle consulte également une sorcière réputée pour ses talents. Miracle, la magie opère, mais pour peu de temps, car la sorcière est retrouvée assassinée … Agatha renoue aussitôt avec ses réflexes de détective, aidée par l’inspecteur Jimmy Jessop, ensorcelé par ses charmes. À moins que ce ne soient les effets du philtre d’amour qu’Agatha a acheté à la pauvre sorcière ?

Mon avis : 

A la fin du tome 8, Agatha Raisin avait été victime d’une coiffeuse vengeresse et avait perdu beaucoup de cheveux, à cause d’une crème dépilatoire. Aussi s’est-elle réfugiée loin, loin de son village, en attendant que sa chevelure repousse. Après quelques déboires – ils arrivent très vite avec Agatha – elle se décide à consulter la voyante locale, qui fabrique de plus quelques philtres, le classique filtre d’amour, bien sûr, mais aussi un philtre pour faire repousser les cheveux. Elle n’y croit pas trop, mais qui ne tente rien, n’a rien. Agatha n’avait pas prévu que la voyante serait assassinée pourtant elle n’a jamais pu se rendre dans un endroit sans qu’un assassinat soit commis. Bien sûr, c’est elle qui a découvert le corps, et les ennuis ont pu à nouveau commencer. Non, parce qu’expliquer qu’elle voulait une potion pour ses cheveux, pourquoi pas ? Avouer qu’elle avait demandé un filtre d’amour, non.

On aurait pu penser que cette neuvième enquête serait un tournant dans l’existence d’Agatha. En effet, elle semble, pour la première fois, un peu moins s’intéresser au meurtre, oublier un peu James. Elle fait ce qu’elle fera dans d’autres tomes – tenter de faire bouger les choses. Accepter son âge, aussi, un peu. Juste un peu. Pendant ce temps, la vie continue à s’écouler dans son petit village, et certains pensent toujours – un peu- à elle. Les enquêtes d’Agatha Raisin sont toutes bâties sur le même schéma ou presque, et l’on sait fort bien qu’Agatha ne se contentera pas d’une existence paisible, alternant scrabble, soirée dansante et découverte des joies de se rendre à un spectacle sans arrière-pensée. Il ne faut pas oublier qu’Agatha n’a pas eu une enfance paisible, elle s’est « faite toute seule » et n’a guère eu le temps de penser à des distractions.

Pourtant, j’ai toujours un peu l’impression qu’elle se saborde elle-même, avec sa volonté d’enquêter, de vouloir que les choses aillent plus vite, et son incapacité à choisir. Sa vie sentimentale est toujours aussi chaotique et rares sont les personnes qui la trouvent véritablement sympathiques. Quand Agatha est avec la femme du pasteur, je ne peux m’empêcher de penser à Miss Marple, et son amitié pour Griselda, la femme du pasteur de St Mary Mead. Lui non plus n’appréciait guère Jane Marple, mais il changera d’avis. Qu’aurait-il fait avec Agatha Raisin comme voisine ?

Une nouvelle enquête d’Agatha, pas très différente des autres même si elle est loin de Carsely.

Nuit sans lune au Waziristan de S. Mauloof

Présentation de l’éditeur :

Lorsqu’un entrepôt est réduit en cendres au Waziristan (entre le Pakistan et l’Afghanistan), l’inspecteur d’assurances Cash est envoyé sur place pour examiner les dégâts. Il arrive à Tank, une ville provinciale frappée par la pauvreté, et découvre un projet de détournement de fonds qui met ses patrons et la police secrète pakistanaise dans une situation délicate. Alors qu’il s’efforce de trouver un compromis entre deux idéologies opposées, Cash est hanté par le souvenir de sa femme décédée et par les devoirs qui lui incombent en tant que père d’une adolescente particulièrement douée. La corruption du monde dans lequel il évolue et les soupçons unanimes finissent par triompher de lui : Cash est persécuté, menacé et finalement kidnappé par des talibans, qui réclament une rançon…

Mon avis : 

Ne lisez pas ce livre si vous chercher un roman policier qui puisse vous divertir, parce que vous vous tromperez grandement. Rien n’est simple, et encore moins simpliste dans ce récit, qui se passe dans un pays que nous, occidentaux, ne connaissons quasiment pas, et encore, uniquement de notre point de vue.

Le Waziristan existe bel et bien, et n’a pas une très bonne réputation. Il est plutôt vu comme un lieu de recrutement pour terroristes. Pour les habitants de cette région du Pakistan, c’est avant tout leur nation, et ceux qui les menacent viennent d’Afghanistan, du Pakistan, mais aussi des Etats-Unis. Si j’ai été frappée par une scène (entre autres), c’est celle qui nous montre l’effroi provoqué par l’apparition d’un drone américain. D’ailleurs, les américains ne sont peut-être pas étrangers à cet l’entrepôt qui a été réduit en cendres…  Les raisons ne sont peut-être pas à chercher du côté de l’accident pur et simple.

Sayyid Qais Ali Qureshi, c’est le vrai nom de Cash, l’agent d’assurance qui a une mission compliquée. Elle lui a été confiée par son amie Sonia, pour laquelle il a éprouvé plus que de l’amitié. Ce n’est pas seulement pour  elle qu’il accepte cette mission, c’est surtout pour sa fille, pour qu’elle puisse faire les études qu’elle désire. Je n’ai garde d’oublier la mère de Cash, qui a aussi une grande importance pour son fils.

Nous serions en France, Cash n’aurait aucun mal à faire son travail. Je connais peu de personnes qui refusent le dédommagement proposé par leur assurance. Ce n’est pas le cas ici, pour des raisons complexes, qui nous sont bien expliquées, en un conflit entre tradition, religion et envie de vivre à son époque. Cash n’est pas au bout de ses peines, lui qui est enlevé et ne voit franchement pas de quelle manière il va pouvoir s’en sortir.

Ce qui nous est raconté est dur, pas forcément agréable à lire. Etre otage est tout sauf une partie de plaisir, et les conséquences sont rudes. Il ne s’agit pas tant de vivre que de survivre – dernier qualificatif valable également pour les populations locales. Ne plus être un otage n’est pas facile non plus. Plus qu’un roman policier, ce livre pourrait être qualifié de « romans d’espionnage » ou de « roman de guerre ». Il est cependant un des rares romans noirs que je connais écrit par un auteur pakistanais.

Je terminerai par quelques citations :

« Je cessai de regarder cette scène horrible et mémorisai des détails qui n’avaient de sens que pour un inspecteur d’assurance. J’avais passé vingt ans de ma vie à reconstituer les circonstances des sinistres qui avaient détruit des usines ou des entrepôts, et voilà que je me trouvais sur les lieux d’un bombardement au moment où il se produisait. A la différence que le camp de Ghazigar n’était pas assuré et que les gens ne déposeraient pas plainte contre Dieu ni le gouvernement ».

« Voilà donc ce qu’est une zone de combat. Un endroit où les sociopathes peuvent enfin socialiser« .

Poules, renards, vipères, tome 3 : Célis

Présentation de l’éditeur :

Les trois royaumes des poules, des renards et des vipères savent désormais qu’ils habitent sur une île et que la montée des eaux les menace. Alors que les trois peuples œuvrent de concert pour construire une digue, Grinoir et Hagard aident Griffsec à s’échapper de la prison des Trois Crêtes pour mettre au point leur vengeance. Grâce à leurs forces combinées, ils reprennent rapidement le contrôle du Triangle sans Nom. Mais Célis, Zora, Albin et leurs amis ne s’avouent pas vaincus et préparent une contre-attaque.

Mon avis :

Voici la fin et l’épilogue d’une trilogie jeunesse tout sauf gnan-gnan. Nous retrouvons avec plaisir les héros des tomes précédents en un moment crucial : les trois espèces ont décidé de s’unir pour lutter contre la menace commune. Je ne parle pas seulement des coups bas faits par certains dissidents  du côté des poules et des renards, mais de la menace naturelle qui pèse sur le territoire des trois espèces. Nous vivons tous sur la même terre, c’est une évidence que certains ont tendance à oublier, alors il vaut mieux s’entraider avant qu’il ne soit trop tard.
Le danger, ou plutôt les dangers sont bien réels, et ce ne sont pas de simples blessures que risquent les personnages. Leurs ennemis ne sont pas des tendres, et c’est bien leur élimination pure et simple qui est souhaitée.
L’intrigue est bien conçue et contient un nombre certain de rebondissement. S’adapter à la situation, oser ce que l’adversaire n’avait pas prévu, voici les clefs de leur réussite. Tout n’est pas figé, et l’on peut changer – ou pas.
Une belle conclusion.

Les clowns sacrés de Tony Hillerman

Présentation de l’éditeur :

Un professeur d’atelier de l’école de Thoreau a été mortellement frappé à la tête. C’est un meurtre extrêmement important selon les critères de la réserve. Chee, récemment muté dans le service du lieutenant Joe Leaphorn, espère retrouver un écolier en cavale au pueblo de Tano, le jour des cérémonies annuelles. Après la danse des kachinas, c’est le moment des koshares, les clowns sacrés des habitants des pueblos. Avec leur corps zébré de rayures noires et blanches, leur visage peinturluré de blanc, fendu d’un immense sourire noir, ils gesticulent en tous sens, provoquent de fausses bagarres, avec force chutes et maladresses. Mais ce qu’un des clowns fait ce jour-là fige le rire des spectateurs. On va le retrouver assassiné dans une ruelle adjacente…

Mon avis :

J’ai lu ce livre voici presque un mois, j’étais persuadée d’avoir rédigé un avis, et puis je me suis aperçue que non. Pas grave : me voici lancé dans la rédaction d’un avis en mode « c’était il y a un mois, et je n’ai pas pris de note ».
Dans ce roman, nous sommes vraiment en plein dans les traditions navajo puisque l’action prend place au cours d’une cérémonie -l’action, et bientôt deux meurtres. Fait rare dans l’univers du roman policier, les deux hommes qui ont été tués étaient des hommes bien, des hommes qui n’avaient pas d’horribles secrets dans le placard. Qui a voulu supprimer ces hommes ?
Jim Chee se retrouve à enquêter sous les ordres de Joe Leaphorn, et pour quelqu’un qui ne respecte quasiment jamais les règles, cela n’indique pas forcément un tournant dans la carrière, non. Pourquoi faudrait-il qu’il change, puisque ses méthodes fonctionnent ? Enfin, jusqu’à un certain point, et Jim Chee va causer un sacré imbroglio, avec sa manie de n’en faire qu’à sa tête. Heureusement, Tony Hillerman n’est pas un auteur qui délaie inutilement ses intrigues: prendre son temps ne signifie pas faire perdre son temps à ses lecteurs.
Dans ce volume, l’on voit Joe Leaphorn se rapprocher de Louise, une professeur d’université qu’il a rencontrée lors d’une précédente enquête. Se rapprocher ne signifie pas forcément nouer une nouvelle histoire d’amour : Emma est toujours bien présente pour le lieutenant.
J’aime toujours autant passer du temps du côté des Four Corners

Cosmic girlz de Lunlun Yamamoto

Présentation de l’éditeur : 

Corona, élève modèle et populaire au collège, voit un jour son monde être complètement chamboulé lorsqu’elle s’intéresse d’un peu trop près à Luna, sa camarade de classe excentrique et introvertie : la Patrouille de l’espace, qu’elle croyait n’être qu’une série télé de science-fiction ringarde, existe réellement ! Et à l’initiative de l’étrange Luna, elle en fait maintenant partie. Épaulée par leur instructeur, un extraterrestre flemmard à l’apparence d’une peluche, l’équipe qu’elles forment toutes les deux part donc sauver la galaxie… ou plutôt, effectuer des menus travaux aux quatre coins de l’univers !

Mon avis : 

Ce manga est dans ma PAL depuis décembre 2016, autant dire que j’ai vraiment, mais alors vraiment pris mon temps pour l’en sortir ! Il est pourtant présenté dans le sens occidental de la lecture, ce qui facilite grandement les choses pour le lecteur français, et est très coloré, au contraire des mangas les plus connus. Je trouve d’ailleurs que les couleurs très foncées peuvent surprendre les lecteurs, même si, dans le déroulement de l’histoire, ce choix se trouve judicieux – Cosmic girlz joue avec les codes.

Nous sommes en effet de prime abord dans u manga très traditionnel. il se passe dans un lycée, et Corona, l’héroïne, est extrêmement populaire. Déléguée de classe, elle veille sur tout et sur tout le monde, n’oubliant pas de porter elle-même ses devoirs à celle qui a été malade, préparant le spectacle de fin d’année, tentant de venir en aide à Luna, une jeune fille qui se met volontairement à l’écart et ne paraît pas en souffrir. Il faut dire que Luna partage avec le père et le petit frère de Corona une passion pour une série de science-fiction que la déléguée juge vieillotte. Aussi qu’elle n’est pas la surprise de la jeune fille quand elle découvre que cet univers existe réellement ! le manga croise ainsi l’univers du lycée, et celui de la science-fiction.

Autant vous dire que Corona est surprise, parce qu’elle ne s’attendait pas à ce qu’elle découvre : un instructeur immature, passionné de jeux vidéos – si je pouvais, je le qualifiera d’otaku, et une co-équipière qui ne fait que le strict minimum. Pour Corona, qui se donne à fond quelles que soient les activités, s’en est trop ! Elle va mettre de l’ordre à tout se gâchis, remotiver les troupes, et permettre à leur binôme de monter un peu dans le classement. plus facile à dire qu’à faire, surtout quand on découvre que les missions qui leur sont confiées ne sot pas si difficiles que cela – après tout, elles ne sont encore que des apprenties. Corona apprend cependant très vite à piloter très bien leur drôle de vaisseau.

Ce manga nous parle de la différence, bien sûr, du goût de l’effort, mais aussi de la nécessité de déléguer et de faire confiance aux autres si l’on souhaite qu’ils progressent vraiment : Corona apprend aussi de ses expériences, pour parodier un bulletin scolaire qu’elle pourrait recevoir, elle ne « se repose pas sur ses acquis ».

Mettrai-je (ou pas) presque deux ans pour trouver le tome  2 ?