Archive | mai 2018

Nuit d’orage à Copacabana de Luiz Alfredo Garcia-Roza


Présentation de l’éditeur :

Par une nuit d’orage, un indigent déguenillé gît dans une impasse, une balle en pleine poitrine. L’homicide d’un “sans-grade” est d’une banalité telle sous ces latitudes que la raison voudrait que l’affaire fût classée rapidement. C’est compter sans l’opiniâtreté du commissaire Espinosa qui s’emploie à élucider le mystère de ce meurtre sans arme, sans témoin, sans indice et sans mobile.

Mon avis :

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé le commissaire Espinosa. Un SDF a été retrouvé assassiné d’une balle en plein coeur – un travail très précis, qui prouve que le tueur n’a pas agi au hasard. Dans cette ruelle, c’est un homme simple, humble, handicapé qui est mort, et tout le monde, sauf le commissaire et ses hommes les plus proches s’en préoccupent. En toile de fond est évoqué la corruption qui règne dans la police brésilienne, c’est pour cette raison qu’Espinosa s’appuie véritablement sur ceux en qui il a confiance.
Il n’interroge pas, il converse avec les témoins. Il s’agit d’abord de les mettre en confiance, et de percevoir si ce qu’il dit provoque ou non une réaction chez les personnes qu’il interroge. Le récit ne s’attarde pas sur les témoins qui ne font pas progresser l’enquête : oui, il est vraiment des personnes qui ont pris leur voiture dans cette rue et qui n’ont rien vu, parce qu’elles n’étaient pas garées dans le sens qui leur aurait permis de voir, parce qu’il n’y avait rien à voir. Il en est d’autres, par contre, qui ne disent rien parce qu’ils ne veulent rien dire.
Très vite, Espinosa flaire en Aldo un témoin récalcitrant. Il est pourtant un personnage qui paraît ordinaire. Il est marié à une femme superbe, psychologue, ils ont deux enfants, un garçon et une fille. Camilla est une authentique brésilienne, c’est à dire qu’elle accorde énormément d’importance à son apparence physique. Pourtant, cet architecte, qui a trois personnes sous ses ordres, ne paraît pas très à l’aise face à ce qui s’est passé. Il pratiquerait presque l’art de l’esquive face à Espinosa, si ce n’est qu’esquiver le commissaire, c’est prendre le risque de le retrouver devant soi, à vous poser à nouveau des questions pour préciser vos réponses. De quoi avoir des sueurs froides.
Surtout, la vie n’est pas facile pour Aldo – pas si facile. Sa femme a beau être une thérapeute, elle ne s’est jamais réellement penchée sur les failles de son mari. Chacun vit dans son domaine bien cloisonné, elle mène une vie des plus heureuses à côté de son mari, en une fête perpétuelle de la sensualité.
S’il est un thème qui revient dans les romans de Garcia Roza, c’est celui de la femme fatale. Non pas Irène, la compagne du commissaire, avec laquelle il mène une existence assez libre, mais les femmes qui gravitent autour d’Aldo et de sa femme. Elles n’ont pourtant pas beaucoup d’efforts à faire pour mener les hommes à leurs pertes, ils étaient déjà tout prêt à succomber.

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Journal d’un louveteau garou – ou presque – 30 mai 2018

Cher journal de mon frère,
Anatole est débordé, le pauvre chéri, et n’a plus le temps d’écrire. Je ne comprends pas ! Je m’attendais à ce que le récit de mes brillantes amours fasse l’objet – au moins – d’une page spéciale dans son journal. Même pas. Je suis déçu. Pas la peine que je trouve une copine et que je prenne soin d’être conseillé par un authentique futur thérapeute conjugal – quand on s’appelle Antoine Jolirate, pourquoi pas ?
Madame Cobert est débordée. Elle cherche un resto qui accepte les fantômes, pour y aller avec son amie Alma – à quand une manifestation de professeurs fantômes, qu’on s’amuse un peu ?
J’ajoute que je n’en veux pas du tout à madame Cobert de m’avoir balancé ma copie à la figure. Ce n’est pas de sa faute si elle a glissé ! Elle a noté que j’avais une large marge de progression puisque j’avais 1/20.
Sur ce, je te laisse, je dois passer une soirée romantique avec ma nouvelle petite copine Amélie – déjà huit jours que nous sortons ensemble. Bon, elle est gothique, mais personne n’est parfait.
Valère Sganou, 4e Bleu.

La fille sans passé de Sarah Everett

Présentation de l’éditeur :

Addison a des trous de mémoire à la suite d’un grave accident. Elle parle à un garçon qu’elle est la seule à voir. Pour retrouver ses souvenirs, elle décide d’intégrer un programme médical mais elle réalise qu’elle est déjà venue dans cette clinique pour une autre raison : effacer le souvenir d’un garçon. Elle veut comprendre ce qu’il s’est passé. Premier roman.

Merci à Livraddict et aux éditions Castelmore pour ce partenariat.

Mon avis :

C’est avec curiosité que j’ai découvert ce titre, parce qu’il n’est pas a priori mon genre de prédilection. La littérature jeunesse, oui, la littérature young adult, moins. Bien que le livre soit imposant (476 pages), sa lecture est relativement facile parce que l’on a envie de savoir comme Addie, l’héroïne en est arrivée là. Les chapitres alternent entre deux sections, avant, et après, l’élément qui coupe en deux la vie d’Addie semble être ce violent accident de bus qui ont entraîné des hallucinations – pense-t-elle.

L’on bascule alors dans une inquiétante étrangeté. Sa meilleure amie semble s’inquiéter, puis s’éloigner, plus qu’il n’est nécessaire, à la fois protectrice et distante. Même la famille d’Addie est surprenante. Ses parents sont séparés, et si Addie est proche de sa mère, son père, pilote, n’a avec elle que les contacts strictement nécessaires. Quant à son frère, la communication est des plus limités avec elle, ce qui, de part ce que je vois tous les jours, n’est pas si étonnant.

Mais il y a cette clinique, qui se propose d’effacer les souvenirs – elle fait irruption au tiers du récit. Effacer le « souvenir » qui hante Addie est tentant pour elle mais, en retournant la proposition, en quoi effacer un souvenir, ou un problème – quel que soit le nom que l’on donne à cette irruption – peut résoudre ce problème ? Bien sûr, dans ce récit, l’on perd un peu pied avec notre réalité, pourtant ces hallucinations pourraient avoir des causes physiques, traumatiques, voir psychologiques et ma rationalité me pousserait plutôt à découvrir que j’en sois témoin ou victime, ce qui provoque ceci.

Un coup de théâtre de taille survient au beau milieu du roman. Il éclaircit certains faits, permet une meilleure compréhension de certains personnages, et surtout, ouvre une problématique déjà présente dans le titre : peut-on vivre sans passé, ou plutôt sans des éléments de son passé ? Si ceux qui éliment les souvenirs douloureux sont animés des meilleures intentions du monde – et l’ancrage historique, en parlant du syndrome de stress post-traumatique, donne de l’épaisseur à cette thématique – ceux qui souhaitent, comme Addie au début du récit, les supprimer sont dans un tel état qu’ils ne peuvent, selon moi, mesurer toutes les conséquences de l’après, sur eux, sur autrui. Le cerveau n’a pas livré tous ses mystères, même pour les meilleurs neurologues. Pour moi, il vaut toujours mieux vivre avec, que vivre sans.

Une fenêtre à Copacabana de Luiz-Alfredo Garcia-Roza

Présentation de l’éditeur :

De sa fenêtre d’un immeuble de Rio, un soir, une femme voit dans un appartement deux personnes se quereller, puis un sac à main voler en l’air. Alors qu’elle regarde le sac sur le trottoir, un corps vient s’écraser à côté, et il n’y a plus personne dans l’appartement. Depuis quelques jours, le commissaire Espinosa, épaulé par son fidèle Welber, enquête sur les assassinats, commis avec un sang-froid étonnant, de trois policiers. Fouillant la vie de ces flics ordinaires, ils commencent à soupçonner l’existence d’une bande gérant les pots-de-vin distribués aux policiers. Inutile de dire que cela gêne du inonde dans la police, du bas de l’échelle aux plus gradés, et que la règle d’or est : « jamais entendu parler. » L’ennui, c’est que deux maîtresses de ces ripoux sont elles aussi retrouvées assassinées, et qu’on parle d’une femme « suicidée » en se jetant par la fenêtre du haut d’un immeuble à Copacabana.

Mon avis :

Je poursuis ce mois espagnol et sud-américain avec cette visite par le Brésil. Je tiens à vous présenter tout d’abord le commissaire Espinosa, un homme charmant et un peu transpirant. C’est qu’il fait chaud, à Rio, surtout quand les policiers tombent comme des mouches. Etre un tueur en série de flics est une très mauvaise idée, tout le monde le sait ou presque. Etre un tueur en série de policiers et de leurs maîtresses n’est pas très fameux non plus, seulement, ce dernier fait oriente un peu l’enquête. Oui, ce sont les maîtresses qui sont tuées, non les épouses officielles, de bien braves femmes qui ignoraient tout de la double vie de leur mari – et oui, le travail de policier entraîne nombre d’heures supplémentaires, de planques, qui font que les policiers n’ont pas souvent le temps d’être à la maison. Elles ignoraient aussi les sources de revenus de leurs conjoints : un salaire de policier ne justifie pas le train de vie qu’ils pouvaient mener.

Le commissaire Espinosa enquête, oui, et surtout, tente de protéger la dernière compagne officieuse en vie. Celeste, tel est son prénom, est menacée elle aussi. Elle est cependant très débrouillarde, et échappe de peu à la mort – sa meilleure amie n’a pas cette chance. Espinosa fait de son mieux, ce qui est tout sauf facile quand le danger peut provenir de l’intérieur. Finalement, rechercher un tueur de flic ordinaire aurait été beaucoup plus facile.

Les points communs entre les disparus, autres que ceux que j’ai déjà cités ? Ils étaient particulièrement discrets. Personne, en dépit de leur longue carrière sans éclat, ne s’est aperçu de leur trafic. Pourquoi les supprimer maintenant ? C’est à une véritable course contre la montre que se livre le commissaire et ses hommes.

Espinosa reçoit de l’aide inattendu. Je ne parle pas de celle d’Irène, la femme qui partage un peu sa vie tout en restant indépendante, je parle de Serena, une bonne bourgeoise brésilienne (si, si, c’est possible) qui a été témoin d’un des meurtres et que personne, à part le commissaire, ne veut entendre. Son propre mari se trouve choqué de sa volonté de témoigner, et d’enquêter. Il faut dire qu’il est un homme politique, et que l’attitude de sa femme, depuis de longues années déjà, n’est pas véritablement celle qu’il attendrait. Restons dans les rangs, ne nous faisons pas remarquer, surtout pas. Se faire remarquer, c’est dangereux, et pas seulement pour la carrière de son mari.

Une fenêtre à Copacabana, un polar où il fait bon se méfier des apparences.

Wonderpark – tome 5 : Discordia de Fabrice Colin

édition Nathan – 140 pages.

¨Présentation de l’éditeur :

Jenn, Mervin et leur petite sœur Zoey ont réussi à rejoindre Discordia, la ville des fous, dont la devise est « Demain est un autre jour, et nous ne savons pas lequel. » Inquiets pour Orage, qui a été enlevée par un serviteur du redoutable Seigneur Langley, les enfants ne savent pas vers qui se tourner pour les aider… jusqu’à ce qu’ils rencontrent un jeune garçon : Tom, le chef des Orpailleurs, une communauté de vagabonds. Peuvent-ils vraiment s’y fier ? Qui croire dans un monde gouverné par la folie ?

Mon avis : 

Après quatre tomes et quatre mondes différents, il est encore possible d’innover avec ce cinquième tome, tout entier tourné vers l’action. Nous retrouvons les personnages non pas là où nous les avons laissés, mais projetés dans un nouveau monde qui défie toutes les règles du bon sens. Bienvenue à Discordia – et non pas en Absurdie, comme on aurait pu tenter de le croire. En effet, ce n’est pas tant que ce monde est absurde, c’est qu’il est changeant, et que ses habitants ne peuvent pas savoir de quoi demain sera fait. Leur impératrice elle-même, dotée de sept fils qui commandent les sept robots géants de la ville, n’est pas un modèle de sérénité.
Les enfants ont mûri au cours de leurs aventures, j’ai presque envie de dire « malheureusement ». Ils ont appris à leur dépend qu’ils ne devaient pas faire confiance au premier venu – pas facile quand on se retrouve seul dans un monde inconnu dont on ne maîtrise pas du tout les codes. Ils font des rencontres, bien sûr, notamment celle de Tom, un jeune homme qui vit en marge d’un monde qui est déjà bien compliqué.
L’action, les rebondissements ne manquent pas dans ce cinquième tome dans lequel on prend à nouveau de la hauteur.
Le sixième tome est paru, il ne me reste plus qu’à me le procurer.

 

Le trésor de l’île sans nom de Gilles Abier

Présentation de l’éditeur :

Un secret et une liberté à défendre !Il existe une île sans nom, qui n’est répertoriée sur aucune carte et qui cache au fond de son volcan éteint le trésor d’une bande de pirates. Si un bateau s’approche, le réveil du volcan est simulé, à grand renfort de feu et d’explosion, si bien que l’île n’est jamais visitée. Nul ne sait donc qu’elle abrite aussi les « coquins » : Morbleue, Flibuste, Gargousse, Babord, Tribord, Cayenne et Fantine sont tous enfants de pirates. Ils reçoivent sur l’île une éducation de qualité. Pas question qu’ils ne parcourent les mers, comme leurs parents. Mais le jour où, ceux-ci partis, une caravelle espagnole file droit sur l’île, sans dévier sa course, les coquins n’ont pas d’autres choix que de se dévoiler et protéger leur secret.

Merci aux éditions Poulpe Fictions et à Babelio pour ce partenariat.

Mon avis : 

Bonjour à tous.
Nous sommes ici pour parler de l’éducation des enfants : il est vraiment difficile de leur donner une éducation de qualité. Nous, La Torgnole et La Viscère, pirates et néanmoins mamans, veillons à ce que nos rejetons et ceux de nos collèges et amis reçoivent une éducation soignée, avec une professeur choisie avec soi, une gouvernante et un veilleur/guetteur/protecteur. Danser le menuet, connaître le latin, tout savoir des bonnes manières, voilà ce qui compte vraiment ! Certes, nous aimons notre métier, cependant nous souhaitons que notre progéniture exercent d’autres professions que la nôtre !
Nous avons également choisi des gardiens hautement différents de ceux que l’on connaît habituellement. Fi des chiens de garde ! Adoptons des chats de garde et un perroquet domestique – vous verrez, ils parviendront sans peine à s’entendre. Ah, nous ne vous l’avons pas précisé : ils vivent sur une île sans nom.
Nous ne vous avons pas encore présenté nos charmants chérubins : Morbleue, Fantine et Cayenne pour les filles, Flibuste, Babord et Tribords (des jumeaux) pour les garçons. Ils sont absolument adorables.
Même avec la meilleure volonté du monde, même avec le meilleur système de défense du monde, un impondérable peut survenir – sous la forme d’un navire qui désire accoster sur notre île qui ne figure sur aucune carte et n’a même pas de nom !
La suite ? Une succession d’impondérables pour l’impondérable qui a décidé d’accoster avec son équipage. Les enfants, tout comme les adultes, ont parfaitement su utiliser les ressources de l’île – et leurs propres ressources. Certaines péripéties sont très drôles, pas forcément pour ceux qui en sont victimes. On compte également des retournements de situation, pour ne pas dire des coups de théâtre assez surprenants.
On nous signale qu’une lectrice (une certaine Sharon) est un peu restée sur sa faim lors du dénouement. Elle espère en savoir plus sur nous, dans une seconde aventure.

 

Théo et Elisa à la poursuite de la grande baignoire blanche de Pascal Prévot

Présentation de l’éditeur :

Elle sillonne les océans. Elle est le pire cauchemar des marins. Elle est immense et majestueuse. C’est la grande baignoire blanche ! Pour la capturer, une seule solution : faire appel aux plus grands chasseurs de baignoires au monde. Théo, son père et Elisa vont tenter l’impossible et embarquent à bord du célèbre navire l’Ecrevisse des mers.

Mon avis :

J’avais beaucoup apprécié le premier volume des aventures de Théo, apprenti chasseur de baignoire. Quand je suis tombé par hasard sur le second volume de ses aventures, je l’ai aussitôt acquis.

Après les aventures dans le grand froid, nous trouvons ici Théo, son père et Elisa sur les mers, à la poursuite de la mythique grande baignoire blanche. Toute ressemblance avec un roman du XIXe siècle bien connu n’est pas vraiment fortuite. D’ailleurs, si vous regardez la couverture, vous penserez à un autre roman, qui nous entraîne vingt mille lieues sous les mers. Je reconnais cependant que Jules Verne n’avait pas pensé à inclure une momie dans l’aventure, mais pourquoi pas ? Avec son goût du voyage, il se trouve être un allié précieux pour les deux jeunes adolescents.

Le récit ne manque ni de péripéties, ni d’humour. C’est à un vrai manuel de chasseur de baignoire, douche et autres robinets que nous avons à faire, et cela nous permet de découvrir des espèces rares, mais aussi des professions étonnantes : C’est ainsi que nous avons appris l’existence d’un métier que nous ne connaissions pas : concierge de robinet. Cela permet aussi d’en savoir un peu plus sur la profession d’Adélaïde, la mère de Théo. Certains sont sceptiques quant au métier de psychologue pour baignoire : pourquoi n’auraient-elles pas droit, elle aussi, à une thérapie ?

Un roman drôle, enlevé, dont vous ne devez absolument pas raté l’épilogue !