Archive | mai 2022

Une datcha dans le Golfe d’Emilio Sánchez Mediavilla

Présentation de l’éditeur :

Lire ce livre s’apparente à boire un verre dans un bar avec un inconnu, un inconnu intéressant. Ce premier récit est l’histoire d’un journaliste qui a vécu à Bahreïn mais qui n’était pas censé y aller. Il nous raconte son voyage, d’abord avec l’étonnement d’un premier regard, puis avec la profondeur d’un excellent chroniqueur : des détails les plus simples (et pourtant invraisemblables), comme chercher une maison à louer, jusqu’aux détails plus précis de l’implantation chiite dans les pays du Golfe.
La voix de l’auteur, sérieuse et profonde quand il faut, mais aussi candide, drôle et subjective, se balade entre la finesse du regard et humour, loin de l’attitude du vaillant reporter de guerre qui a tout vu et tout vécu. C’est pourquoi on a envie de le suivre, parce qu’on se sent proche de lui, et on l’écoute nous décrire les subtilités géopolitiques du Moyen-Orient mais aussi les visites rocambolesques de Michael Jackson et Kim Kardashian à Bahreïn, les manifestations et répressions de 2011 et les menus des restos des expatriés, la construction des îles artificielles faramineuses et le sort de la moitié de la population, composée d’esclaves modernes.
En prenant ce qu’il y a de mieux dans le récit de voyage et dans le reportage, ce récit nous émerveille en nous montrant l’une des meilleures qualités d’un livre de non-fiction : il rend passionnant un sujet auquel nous ne nous serions jamais intéressés si on n’avait pas rencontré ce type sympa et intéressant au bar.

Merci à Netgalley et aux éditions Métailié pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce titre fait presque rêver. Il m’a communiqué une idée d’exotisme et de secret : que vient faire une datcha, résidence secondaire russe, dans le Golfe ?

L’auteur Emilio Sánchez Mediavilla nous parle de lui, de sa compagne Carla, des raisons qui les ont faits s’installer à Bahreïn : elle est là pour le travail, envoyée par sa société, lui, journaliste, l’a accompagnée, tout simplement, et déjà, les démarches pour pouvoir vivre avec sa conjointe, pour pouvoir louer un appartement, ont de quoi nous étonner, nous, occidentaux. Il a du temps, il travaille à domicile. Il parle des rencontres qu’ils ont faites, des amitiés qu’ils ont nouées, et qui furent pour lui une des portes d’entrée pour connaître Bahreïn, son présent et son passé.

En refermant ce livre, j’ai éprouvé de la colère, non envers l’auteur et son essai, dont l’écriture renoue avec le genre du récit de voyage, mais parce que j’ignorai tout ce qui est narré dans ce livre. Je ne me rappelle pas avoir lu ou vu quoi que ce soit sur les événements survenus lors des manifestations de 2011, sur la répression, les actes de torture, les exécutions, la fuite des dissidents ou de ceux présentés comme tels. Nous ne savons rien, ou presque rien. Rien ne se passe non plus de la part des puissances mondiales (comme au Yémen, me souffle-t-on).

Pourquoi ? Est-ce à cause du poids financier de ce petit pays ? De la puissance de la monarchie qui est à sa tête ? De la complaisance des grandes sociétés qui, comme pour ce qui se passe dans la Formule 1, feignent de se renseigner mais ne veulent surtout pas perdre leurs avantages financiers ? Faut-il voir aussi le travail (si, si) fait par la monarchie bahreïnienne pour donner une image lisse de son pays ? Après tout, elle ne réprime pas l’homosexualité – même si elle n’apprécie pas du tout les homosexuels. Elle accueille fréquemment des stars occidentales, qui disent tout le bien qu’elle pense de ce pays – pensons à Kim Kardashian ou à Michael Jackson, qui vécut un an dans ce pays, sous la protection d’un des princes de Bahreïn (oui, même Emilio Sánchez Mediavilla avait du mal à y croire, et pourtant, c’est bien vrai).

Bahreïn est un petit pays, au vue de sa superficie. Il est très grand au vue des terres inoccupées par la populations, toutes celles qui appartiennent à la famille régnante. Pour des expatriés, qui vivent plutôt bien, qui peuvent avoir des loisirs, découvrir la culture et le poids de la religion dans ce pays, combien de travailleurs immigrés mal traités, combien d’esclaves modernes ? Difficile à chiffrer.

Une datcha dans le Golfe est un livre à découvrir : il vient de recevoir le prix Nicolas Bouvier – Étonnants voyageurs 2022.

August de Callum Wink

Présentation de l’éditeur :

Comme beaucoup d’adolescents, August aime les chiens et la nature. Comme beaucoup d’entre eux aussi, il vit mal la séparation de ses parents. Dans leur ferme du Michigan, il y a désormais une maison pour sa mère, une autre pour son père et sa petite amie. Le garçon se partage entre les deux, jusqu’au jour où il doit déménager avec sa mère dans le Montana.
August y tombe amoureux des paysages de l’Ouest américain, découvre le rodéo et la pêche à la mouche mais peine à se faire des amis. Après un épisode d’une rare violence, il finit par se faire embaucher dans un ranch isolé de la région. Livré à lui-même, dans un pays sonné par les attentats du 11-Septembre, il n’aura d’autre choix que de faire face aux contradictions de l’adulte qu’il est en passe de devenir.
Callan Wink dépeint, avec sincérité et finesse, la manière dont les joies et les peines de l’adolescence nous façonnent. Dans la lignée de Boyhood, le film de Richard Linklater, un formidable roman d’apprentissage dans l’Amérique des grands espaces.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions Albin Michel et Francis Geffard pour l’envoi de ce livre.

J’ai souvent l’impression que la collection Terres d’Amérique donne à lire des auteurs qui montrent cette Amérique que l’on voit peu dans les médias, qui ne fait pas parler d’elle, et qui pourtant, est là et bien là. Nous sommes au fin fond du Michigan, August a douze ans au début du récit. Ses parents se sont séparés, et lui va d’une maison à l’autre, maisons situées au coeur de la ferme paternelle. Il aime les chiens. Par contre, il ne fait pas bon être un chat dans cette ferme. Sa mère, Bonnie, cherche encore sa voie, et finit par la trouver, déménageant et emmenant avec elle son fils unique dans un autre état rural, le Montana. Vu de France, cela ne peut paraître que des noms. August et Dar, son père, peuvent mesurer les différences de végétations, de climat, ainsi que les conséquences pour la culture et pour les bêtes. Oui, ce n’est pas parce que les parents sont séparés, ni parce qu’August n’est pas forcément très à l’aise avec Lisa, la nouvelle copine de son père, que les liens ne doivent plus exister entre le père et le fils. Nous sommes à l’orée des années 2000, et à cette époque, le téléphone fixe est encore le meilleur moyen pour conserver ces liens.

Nous voyons August grandir, devenir un adolescent, puis un jeune homme. Ses parents ont des idées très arrêtées pour lui : sa mère veut absolument qu’il entreprenne des études universitaires, son père souhaite qu’il reprenne l’exploitation familiale. Lui se cherche, dans cette Amérique de l’après 11 septembre. Vu du Midwest, cela pourrait paraître loin, et pourtant, les recruteurs poussent encore et toujours les jeunes gens à s’engager, faisant miroiter des études universitaires intégralement payées en contrepartie d’un métier quasiment sans risque. August, tout jeune adulte, choisit de travailler dans une ferme – non, pas celle de son père – il fera des rencontres, nouera des amitiés, sera, de nouveau, confronter à la violence, découvrira d’autres familles, d’autres histoires de famille, pour mieux, finalement, grandir.

Colombe à l’hôtel du lac : Le début d’une nouvelle vie de Sophie Rigal-Goulard

Présentation de l’éditeur :

Colombe a 12 ans. Elle aime observer les autres et sent quand ils lui cachent un secret. Ses parents, qui viennent de racheter l’Hôtel du Lac sur les rives du lac d’Aix-les-Bains, accueillent leurs premiers clients en cette fin d’été. Serviable, attentive, elle se lie avec Meredith et Paul. Bientôt Colombe découvre grâce à son jeune frère Caspar que l’annexe de l’hôtel abrite un étrange bric-à-brac. Le soir, elle aime se réfugier dans sa chambre-nid au dernier étage, où un faucon la rejoint parfois. Là des songes l’assaillent, nuit après nuit….

Mon avis :

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour leur confiance.

Voici un roman qui commence comme une histoire de famille, une famille unie, aimante, une famille dont les parents ont choisi de changer de vie, et pour cette raison, ils ont partis à Aix-les-Bains, ont acheté un hôtel et l’ont rénové. Colombe, le personnage principal, est fille unique. Oui, je m’amuse avec ce terme, parce que c’est celui qu’emploieraient certains de mes proches. Elle est en effet la seule fille d’une fratrie de cinq enfants, ses quatre frères ont tous des tempéraments bien différents. Le petit dernier, Caspar, a notamment un ami imaginaire, Henry, avec lequel il dialogue fréquemment. Colombe aimerait bien que son frère ait de vrais amis, comme elle avec Meredith, une jeune anglaise en vacances avec ses parents, et Paul, dont la mère travaille à l’hôtel. Non, Caspar s’entend très bien avec Henry, qui semble bien connaître l’hôtel.

Et Colombe, le connaît-elle vraiment ? Elle n’en est pas si sûre que cela, surtout qu’il n’est pas si facile que cela de remonter la piste des propriétaires précédents. La généalogie des bâtiments est pourtant un genre très intéressant, si l’on n’y songe bien. Ce roman qui avait commencé comme une histoire de famille se teinte alors de nuances de polar, de fantastique et de roman historique. Colombe, à la suite de faits inquiétants, se retrouve non pas tant à enquêter – il est des policiers pour cela – mais à rechercher ce qui a bien pu se produire à l’hôtel, des années plus tôt. Effrayant ? Oui, si l’on n’y réfléchit bien et si l’on connait la période historique dont il est question (la seconde guerre mondiale).

Un final qui donne envie de découvrir la suite de ce livre qui avait commencé tout en douceur.

Nectar et Ambroisie et le monde des ténèbres de Sabina Colloredo

Présentation de l’éditeur :

Depuis que le terrible Hadès a kidnappé Perséphone, la glace et la neige recouvrent la planète qui s’est transformée en un désert blanc et fantomatique. Tandis que sur l’Olympe, Zeus et les autres dieux se chamaillent sans parvenir à trouver une solution, Nectar et Ambroisie réussissent à entrer dans le royaume d’Hadès. Leur but : convaincre le maître des Enfers de libérer son épouse, afin de ramener le printemps sur Terre.

Mon avis :

Ayez des enfants, tiens ! C’est sans doute ce que se dit Zeus qui, franchement, dans cette histoire, a fort à faire – et des soucis à la pelle avec les autres divinités. Oui, Nectar et Ambroisie lui causent bien du tourment, même si c’est Hera, sa femme, très maternelle, qui les a pris sous son aile. Nectar et Ambroisie sont la cause d’un gros souci pour lui, mais juste avant, il en avait un autre, véritablement énorme, hors-norme : son frère Hadès. Il a enlevé Perséphone ! Depuis, la mère de la jeune fille, Perséphone est extrêmement malheureuse, au point qu’un hiver éternel recouvre la terre. Pratique pour faire de la luge. Un peu moins pour faire pousser du blé. Zeus a beau chercher une solution… il la cherche, il ne la trouve pas ! Aussi, Nectar et Ambroisie vont agir de leur côté.

Comment vont-ils faire ? Utiliser tous les moyens qui vont se trouver à leur portée, mais chut ! Je ne vais pas vous révéler comment ils sont fait. Ce que je peux vous dire, en revanche, est que la mythologie est parfaitement respectée, et tant pis si cela peut choquer certaines âmes sensibles – je pense notamment aux soucis d’Aphrodite avec sa progéniture, qui complique considérablement ses amours. Oui, le monde des dieux grecs est tout sauf simple et reposant. Ils peuvent aussi être complètement injustes ! J’ai vraiment envie de lire ce livre à mes 6e, parce que je suis quasiment certaine qu’il leur plaira.

Merci à Babelio et aux éditions Hachette pour ce partenariat.

Chambre 213 par Ingelin Angerborn

Présentation de l’éditeur :

Cet été, Elvira, 12 ans, part pour la première fois en colonie de vacances. Mais à peine est-elle installée dans la chambre 213, une chambre inoccupée depuis des années, avec deux camarades que des incidents étranges se produisent. Une bague disparaît puis réapparaît, des objets sont déplacés, la porte de leur chambre s’ouvre toute seule… Quelqu’un s’amuse-t-il à leur faire peur ou bien des événements plus surnaturels sont-ils à l’œuvre ?

Mon avis :

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

Ce que j’aime dans la littérature jeunesse suédoise, c’est sa capacité à être originale. Je pourrai dire qu’il appartient au genre policier – des objets disparaissent, et les adolescentes enquêtent pour les retrouver. Je pourrai dire aussi qu’il s’agit d’un roman assez classique : il est fréquent que la littérature jeunesse fasse se rencontrer des personnes d’horizons différents et montrent ce que leur a apporté leur confrontation. Je pourrai ajouter que le roman se teinte peu à peu de fantastique. Ce serait à chaque fois réducteur parce que l’autrice Ingelin Angerborn connaît les codes des différents genres et jouent avec eux.

Le récit est rétrospectif, l’on sait donc qu’Elvira et ses amies Bea et Maja vont s’en sortir. L’on sait aussi qu’elles n’ont plus envie de parler de ce qui s’est passé, preuve que les événements qu’elles ont vécus les ont marqués, plus profondément qu’un lecteur adulte pourrait le penser. Comme dans tout bon roman proche du genre fantastique, il restera des zones d’ombre, des faits pas entièrement expliqués, des doutes, enfin, puisque seules les jeunes filles sont témoins de certains phénomènes, et elles ont beau les vivre, elles n’ont pas elles-même d’explications rationnelles de ce qu’elles ont vécu, doutant de leur propre perception.

Plus légèrement, le lecteur peut voir aussi que la colonie de vacances se passe bien, que des amitiés se nouent, malgré les différences. Les activités se passent bien, les adultes prennent soin des jeunes qui leur sont confiés. C’est sans doute parce que tout se passe bien que le fantastique peut s’épanouir – parce que tout va bien.

Chambre 213 – une lecture pour frissonner.

Soixante printemps en hiver par Chabbert, de Jongh

Présentation de l’éditeur :

Le jour de son 60e anniversaire, Josy refuse de souffler les bougies de son gâteau. Sa valise est prête. Elle a pris une décision : celle de quitter mari et maison pour reconquérir sa liberté en partant avec son vieux van VW ! Sa famille, d’abord sous le choc, n’aura dès lors de cesse de la culpabiliser face à ce choix que tous considèrent égoïste. Josy va heureusement tenir bon, trouvant dans le CVL (« Club des Vilaines Libérées ») des amies au destin analogue et confrontées à la même incompréhension sociétale… Mais cela suffira-t-il pour qu’elle assume sa soif d’un nouveau départ ? Et qu’elle envisage peut-être même un changement d’orientation sexuelle ? Oui, si l’amour s’en mêle. Ou pas…

Mon avis :

Merci aux éditions Dupuis et à Netgalley pour leur confiance.
Je n’ai qu’un mot à dire : bouleversant. Je ne pensais pas que la décision de Josy, son départ, loin de mari et famille, son installation dans son van VW entraînerait pour moi un tel flot d’émotions. Le dessin, les couleurs, tout respire la tendresse que, à mon avis, Aimée De Jongh et Ingrid Chabbert éprouvent pour leur personnage principale. Il ne s’agit pas tant de changement de vie que de vivre enfin, d’oser vivre, ne pas se contenter des apparences, de faire avec les convenances. Les enfants de Josy sont bien conformistes, j’ai envie de dire « hélas », pas seulement parce qu’il est dur de se souvenir que sa mère est aussi une femme mais parce que cette génération peut vouloir ne surtout pas sortir d’un cadre étroit. Personne ne cherche, sauf les femmes que Josy croisent et avec lesquelles elle noue de nouvelles amitiés, à comprendre pourquoi elle a agi ainsi, ses enfants plaquent des stéréotypes surannées sur ses actes, son mari, qui, même le jour de son anniversaire, ne faisait pas d’efforts pour elle, attend son retour – parce qu’elle ne peut que revenir, il est malheureux, lui.
Il fallait aussi aborder un tel sujet, celui du changement de vie, celui aussi d’un nouvel amour à la soixantaine, un amour différent des autres, un amour qui pourra choquer les biens pensants. J’ai trouvé que les images étaient à la fois réalistes et infiniment pudiques. Certains se choqueront peut-être. Ce n’est vraiment pas mon problème.
La lecture de Soixante printemps en hiver a été un véritable coup de coeur pour moi. J’espère qu’elle le sera aussi pour ceux qui découvriront cette oeuvre.

Mes archives criminelles par Jacques Pradel

Présentation de l’éditeur :

Voix (et plume) incontournable depuis plus de 30 ans des faits divers et affaires criminelles, qu’il sait conter comme personne, Jacques Pradel s’est replongé dans ses dossiers et archives. Pour la première fois, il livre aux lecteurs le récit des affaires qui, intimement, l’ont le plus marqué, passionné, bouleversé, intrigué. Des affaires très connues, pour certaines, Assassinat de John Lennon ou du producteur Gérard Lebovici ou mystérieuse disparition de la Joconde, et d’autres à (re)découvrir. Mémoire vivante de la part sombre des hommes, Jacques Pradel revisite l’Histoire, rappelant que le crime n’est pas une idée neuve. Il nous amène au coeur de tragédies ayant endeuillé des villages français, dans des ambiances qui rappellent les films de Chabrol. Et quand il dépasse les frontières hexagonales, il nous embarque dans des histoires tortueuses dignes d’Agatha Christie.

Mon avis :

Je lis beaucoup de romans policiers. Je m’intéresse aussi aux faits divers, aux affaires criminelles, et c’est pour cette raison que j’ai lu ce livre de Jacques Pradelle. Je le reconnais, je n’ai pas lu le premier texte (Crime à Uruffe), parce que cette affaire, je la connaissais, je savais toute son horreur et je n’avais pas envie de me replonger dedans. Pour ceux qui la découvriraient, je dirai que ce n’est pas en découvrant cette atrocité que mon anticléricalisme viscérale s’arrangerait. J’ai en revanche lu toutes les autres, y compris celle que je connaissais déjà, comme l’affaire Yves Dandonneau (qui a donné de son côté naissance à un livre). Je reconnais, aussi horrible que cela puisse paraître, que des coupables peuvent être attachants, comme Olivier et Maud, puisqu’ils ont avoué eux-mêmes leur crime, crime que personne ne soupçonnait. Aucun attachement, par contre, pour les meurtriers de Sault-au-Cochon, au Québec : la justice fut intraitable avec eux, ce qui pourra choquer les âmes sensibles. De mon côté, je note l’absence d’a-priori et la patience des enquêteurs.

Bien sûr, il est des affaires extrêmement connus, comme l’affaire Violette Nozière ou l’assassinat de John Lennon, même si elles ne sont pas du tout lié. Violette est devenue célèbre à cause du crime qu’elle a commis, et je pense qu’elle a dû être soulagée de retrouver l’anonymat. John Lennon reste célèbre par-delà la mort, alors que le nom de son assassin… je ne me donne pas la peine de le retenir. Il en est qui le sont moins et qu’il est étonnant de découvrir. Il faut cependant avoir vraiment le coeur bien accroché pour les lire.

Je terminerai par une citation : A propos des auteurs de ces crimes souvent machiavéliques, ceux ou celles qui m’intéressent – et souvent me fascinent è ,e sot pas les tueurs en série, les braqueurs et autres professionnels du crime, qui vont au hold-up comme on va à l’usine… Ce sont, comme chez Simenon, les « criminels d’occasion ». Ceux-là me touchent, parce qu’ils sont le reflets de nos propres failles. Qu’aurions-nous fait das la même situation ? Qu’est-ce qui a poussé ces gens ordinaires, ces gens qui nous ressemblent tellement, dans lesquels chacun peut reconnaître un père, une mère, un voisin ou un collègue de travail, à franchir la ligne jaune du passage à l’acte ? 

Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.

Une insolente curiosité de Lynn Messina

Présentation de l’éditeur :

Rien ne gâche mieux une fête qu’un meurtre sanglant dans la bibliothèque… Beatrice Hyde-Clare détonne au sein de la noblesse anglaise : orpheline sans mari, elle dépend de la générosité de son oncle et de sa tante. Elle s’efforce donc de rester docile, respectueuse et à sa place. Mais quand Bea trébuche sur le corps sans vie du pauvre monsieur Otley dans la bibliothèque de la demeure des Skeffington, elle oublie aussitôt de se comporter en véritable lady et se lance en quête de la vérité, quitte à manquer de respect aux autres invités… et au divin duc de Kesgrave.

Mon avis :

Merci aux éditions les escales et à Netgalley pour ce partenariat.

Tout d’abord, je pourrais tenter de faire de l’humour. Je pourrai vous dire qu’un accident de bibliothèque est vite arrivé, et qu’il ne faut surtout pas emprunter un livre à ses hôtes sous peine de rentrer en collision avec un chandelier. C’est fou ce que ces petites bêtes peuvent être traitresse. Ce serait peut-être drôle, ce le serait moins pour Beatrice Hyde-Clare, qui a trébuché sur le corps et qui se retrouve très vite nez à nez avec un autre invité, qui lui aussi se retrouve très tard dans la bibliothèque. (Note : mais de quoi je me plains ? En tant que lectrice compulsive, je devrais être contente du nombre de personnes qui se retrouvent tard le soir dans le but de trouver un livre à lire !). Que faire ? Enquêter ? Eh bien… oui. Même si cela lui est fortement déconseillé. Tout d’abord, de par son statue même : elle est une orpheline, recueillie par son oncle et sa tante quand elle avait cinq ans, et ils lui font bien comprendre quelle extrême générosité a été et est encore la leur. Ensuite, même si elle n’était pas une vieille fille de 26 ans, elle serait de toute façon une femme, qui se doit de rester à sa place de femme, d’avoir des sujets de conversations totalement insignifiants, tel le choix des couleurs qu’il convient de porter en hiver (passionnant, je vous le dis). Elle se doit aussi de maîtriser absolument le savoir-vivre inhérent à la bonne société britannique : le chapitre consacré aux cartes de visite est à ce sujet édifiant.

Bea enquête donc, et découvre des secrets qui ne demandaient qu’à le rester, secret, justement. Et là aussi, c’est édifiant. Elle se rend compte aussi que sa culture est loin d’être complète, elle qui est amené à se renseigner sur le climat de l’Inde, un sujet que l’on aborde rarement autour d’une tasse de thé. Les inimitiés peuvent durer très longtemps. Et les amitiés ? C’est plus compliqué.

Une enquête, et une série de livres (le 2 est d’ors et déjà paru) pour les amateurs de cosy mystery.

De rouages et de sang, tome 1 : Les disparus d’Arkantras

Présentation de l’éditeur :

Plongez dans les bas-fonds d’Arkantras, où le danger se cache à chaque coin de rue…
Depuis quelque temps, une menace plane sur les bas quartiers d’Arkantras… Le bruit court qu’une créature avide de chair humaine enlèverait les enfants à la nuit tombée pour les dévorer. Que diable, Rowena, jeune orpheline passionnée de mécanique, se moque bien de ces histoires à dormir debout ! Jusqu’au jour où son ami, Œil-de-Pirate, disparaît lui aussi dans d’étranges circonstances… Résolus à le retrouver, Rowena et son fidèle chat à la patte mécanique, Monsieur Gratouille, s’enfoncent dans les profondeurs d’Arkantras. De son côté, Eugène Bassompière, un journaliste issu de la bonne société, se voit chargé d’enquêter sur ces disparitions. Sur les traces du monstre, les destins d’Eugène et Rowena vont s’entremêler. Que se passe-t-il réellement dans la ville ? Et si la vérité s’avérait pire que tout ce qu’ils pouvaient imaginer ?
​Plongez dans les bas-fonds d’Arkantras, où le danger se cache à chaque coin de rue…

Mon avis :

Merci aux éditions Scrineo et à Netgalley pour ce partenariat.

J’espère que ce livre est le dernier qui appartient à la série « je l’ai lu, mais à une époque où j’avais du mal à rédiger mes chroniques ». Ce serait bien !

Rowena et Eugène sont deux personnages que rien ne destinait à se rencontrer, et que le destin va réunir. Rowena est orpheline, et elle a bien l’intention de ne pas se retrouver enfermer à nouveau dans un orphelinat. Son compagnon, c’est monsieur Gratouille, ex-chaton orphelin qu’elle a sauvé et à qui elle a confectionné une patte mécanique. Elle vit de débrouilles, rémunère ceux qui l’aident à dissimuler ses activités – dans les bas-fonds de la société, la police n’est pas là pour aider les indigents. Eugène Bassompière, lui, vient plutôt de haut, de très haut. Il a voulu dénoncer ce qui se passait dans la bonne société, et il est redescendu assez bas. Il n’a en tout cas plus qu’un ami, qui lui vient en aide de temps en temps. Il lui faut se refaire, prouver qu’il est un journaliste digne de ce nom. Pour cela, il doit enquêter sur une affaire de disparitions qui a lieu dans les bas-fonds, affaire qui concerne les amis de Rowena : plusieurs enfants ou de tout jeunes adolescents ne sont pas rentrés chez eux après une journée de travail.

Voir la police ne rien faire peut sembler étonnant, l’on peut se dire : « nous sommes dans un univers steampunk ». Et pourtant… je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec des affaires bien réelles, dans lesquelles la police ne s’est absolument pas donné la peine de lever le petit doigt (voir Les oiseaux chanteurs de Christy Lefteri pas si loin de nous dans le temps et dans l’espace). Il est aussi question d’un monstre qui enlèverait ses enfants. Mais qu’est-ce qu’un monstre, exactement ? Un être fantastique et terrible ? Un être dont l’apparence et/ou le comportement l’écarte des normes de la société ? Pour l’apparence, cela fait des années que je me tue à répéter qu’il ne faut surtout pas se fier à elle, qu’il faut toujours aller au-delà. Pour le comportement, malheureusement, l’on n’est jamais déçu, même si l’apparence de celui ou celle qui se comporte monstrueusement peut être tout à fait ordinaire, insoupçonnable. J’ai vraiment été bluffée par certaines péripéties, que je n’ai absolument pas vu venir. Le courage de Rowena, l’honnêteté d’Eugène sont des qualités rares que peu sont en mesure d’apprécier dans ce récit. Il faut dire que nous trouverons des personnes tellement retorses que l’on peut bien se demander comment l’on peut en venir à raisonner ainsi.

Le tome 2 devrait paraître en août, je ne manquerai pas de le lire.

 

 

Tête de Pioche Les bébêtes du Bayou par Brrémaud et Rigano

Présentation de l’éditeur :

Dans un chalet de haute montagne, Tête de Pioche vit avec sa mamie adorée… et lui donne bien du fil à retordre. C’est d’ailleurs son caractère particulièrement têtu qui lui vaut son surnom ! Un jour, Tête de Pioche reçoit une lettre de sa grande sœur. Celle-ci lui annonce qu’elle vient d’être engagée dans un spectacle de claquettes à La Nouvelle-Orléans. Ni une ni deux, voilà Tête de Pioche, aussi intrépide qu’audacieuse, qui décide de fuguer pour admirer sa sœur sur scène ! Le voyage est long mais ne l’effraie pas : elle sait qu’elle pourra compter sur ses amis, les bêtes à poils et à plumes, pour lui venir en aide. Et elle en aura bien besoin ! Arrivée à La Nouvelle-Orléans, Tête de Pioche croise la route de trafiquants qui l’enferment dans une cage en compagnie de bestioles les plus variées. Heureusement, la petite a de la suite dans les idées. Et, surtout, elle maitrise le langage des animaux… Les Bébêtes du bayou est le premier volet d’une série sacrément attachante dont l’héroïne, une petite fille particulièrement ingénieuse et généreuse, fera à coup sûr chavirer le cœur des enfants… et de leurs parents !

Mon avis :

J’ai découvert cette bande dessinée grâce au challenge Netgalley 2022 et aux éditions Dargaud. Je dois dire d’entrée de jeu que cette bande dessinée aurait énormément plu à l’enfant que j’étais, et qu’elle plait aussi à l’adulte que je suis devenue. Grandir, ce n’est pas renoncer à celle que l’on était.

Tête de Pioche mérite bien son surnom, parce qu’elle est entêtée : elle va jusqu’au bout des choses pour sauver un animal en détresse, elle qui a le bonheur de pouvoir communiquer avec les animaux, parce que oui, pour moi, c’est un bonheur. Orpheline, elle est élevée par sa grand-mère, et a de temps en temps des nouvelles de Milady, sa grande soeur. C’est quand elle apprend que Milady va donner un spectacle à la Nouvelle-Orléans que Tête de pioche décide de s’y rendre pour applaudir sa soeur. Qu’importe le chemin à parcourir, c’est une succession d’aventures toutes plus extravagantes que la petite fille vivra, utilisant tous les moyens de transports mis à sa disposition, du bateau au train en passant par le bison. Les dessins, colorés, animés, débordent d’humour et d’énergie. Rien ne peut arrêter Tête de Pioche, et quand elle peut porter secours à des animaux menacés par des trafiquants, elle n’hésite pas.

Une bande dessinée que j’ai fortement envie de faire découvrir autour de moi.