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Les Ames englouties par Susanne Jansson

Présentation de l’éditeur :

Pour travailler à sa thèse de biologie, Nathalie retourne vivre dans sa région natale, au coeur d’une Suède humide et reculée. Dans la petite maison qu’elle habite en forêt, elle se laisse rappeler à son enfance douloureuse, à l’époque où la disparition de la jeune Tracy avait inauguré une succession de drames. Un jour, un cadavre est retrouvé dans la tourbière. Dix années auparavant, déjà, une jeune fille momifiée avait été découverte au même endroit. Bientôt, de nouveaux cadavres affleurent. Alors que la police se met en quête d’un serial killer, Göran, ancien professeur de physique, est convaincu que l’endroit est peuplé de revenants. Cette théorie intrigue aussi Maya, photographe judiciaire. Les trajectoires de Nathalie et de ces deux enquêteurs de l’ombre vont se mêler… et de nombreux secrets seront déterrés. Angoissant et précis, un thriller atmosphérique à la rare puissance suggestive, qui conjugue tentations surnaturelles, croyances populaires, explications scientifiques et fines analyses psychologiques.

Mon avis :

Ce livre pourrait presque ne pas être un thriller. Presque. Disons qu’il ne faut pas se fier aux apparences, aux premières pages qui pourraient nous entraîner dans un tout autre domaine. Nous découvrons Nathalie, une étudiante qui termine sa thèse de biologie. Elle est retournée sur les traces de son passé. Quel était-il ? Nous le saurons, mais pas tout de suite. Nous saurons simplement que retourner sur les lieux était douloureux et nécessaire pour elle. Nous savons aussi qu’elle n’a rien à redouter. Elle a été victime collatérale, elle a souffert, elle s’interroge sur ce que sont devenus ceux qu’elle a connus pendant sa jeunesse, elle qui a choisi de couper les ponts, de « re »naître, elle essaie maintenant de renouer les fils de son passé, parce que couper les ponts n’était peut-être pas la bonne solution.
Elle rencontre un jeune homme, un étudiant lui aussi, Johannes. Il n’est pas indifférent. Elle commence à ressentir quelque chose pour lui. Un soir, la tempête, puis l’accalmie. Elle sait ce que cela signifie. Elle se précipite, trouve Johannes inconscient mais encore vivant. Les secours arrivent, le jeune homme est plongé dans le comas. Qui l’a agressé ?
La police enquête, dans ce patelin coupé de tout, rendu célèbre douze ans plus tôt à cause d’une découverte archéologique importante. Presque personne ne vit dans le coin, tous sont partis ou presque. Qui reste-t-il à interroger ? La jeune étudiante qui a trouvé Johannes, et qui n’a pas envie de trop parler. Attention, cela ne veut pas dire qu’elle est suspecte, c’est simplement qu’elle est extrêmement renfermée, que ce n’est pas un hasard si elle vit (pour un court laps de temps il est vrai) seule dans une maison isolée. Il y a aussi Göran, l’ancien scientifique qui s’est spécialisé dans les fantômes depuis que sa femme l’a plaquée et qui vit assez bien des articles qu’il écrit de temps en temps. Le moins que l’on puisse dire est qu’il est très calé sur le sujet, les tourbières, les fantômes « qui n’existent pas ». Un personnage qui vaut le détour à lui tout seul. De plus, il « reconnaît » Nathalie, sa jeune voisine maintenant adulte. Il est le premier lien qui se recrée avec son passé. Il est aussi un des premiers liens avec la police, lui qui alerte depuis des années au sujet des disparitions près des tourbières. En vain. Tout adulte est libre de disparaître. Ou de rester.
En effet, non loin, se trouvent les parents de sa meilleure amie Julia, devenus des grands parents attentifs pour leurs deux petites filles. Eux aussi ont vécu un drame, et eux non plus ne s’en sont pas remis. La tourbière hante leur vie, et ils ne sont pas près à partir.
Ce livre est un roman policier, oui, mais pas seulement. Il nous interroge sur notre rapport à la mort, à la vie, au souvenir. Il montre notre attachement au corps, par rapport à l’esprit. C’est par Maya, la photographe de la police que l’on entre dans cette interrogation, qu’elle partage avec Göran. Elle est entre deux mondes, à la fois photographe pour la police, et artiste, ce qui ne laisse pas d’étonner certaines personnes. Elle est aussi de la région, et si elle était loin quand les drames ont commencé, elle en a eu connaissance. Il n’est pas besoin que tout nous soit raconté, ce que nous découvrons par le biais de Nathalie, de ses souvenirs, ou de ceux de Göran est bien suffisant.
Comme souvent, le motif (ou le mobile, comme vous voudrez) est à chercher dans le passé, récent, ou ancien. Les proches sont les victimes collatérales, comme Nathalie ou son amie Julia. Vivre après, réapprendre à vivre est un vaste programme, pas toujours respecté. Vivre quand on sait enfin ce qu’il est advenu de nos proches. Vivre quand on a perdu l’espoir. Vivre en retrouvant le corps – et pas l’esprit. Bref, un roman policier qui questionne son lecteur sur des thématiques tout sauf policières. Un livre pour sortir des sentiers policiers battus.
Merci à Netgalley et aux Presse de la cité pour ce partenariat.

Un cri sous la glace

Présentation de l’éditeur :

Emma, jeune Suédoise, cache un secret : Jesper, le grand patron qui dirige l’empire dans lequel elle travaille, lui a demandé sa main. Il ne veut cependant pas qu’elle ébruite la nouvelle.
Deux mois plus tard, Jesper disparait sans laisser de traces et l’on retrouve dans sa superbe maison le cadavre d’une femme, la tête tranchée, que personne ne parvient à identifier.
Peter, policier émérite, et Hanne, profileuse de talent, sont mis en tandem pour enquêter. Seul hic, ils ne se sont pas reparlés depuis leur rupture amoureuse dix ans plus tôt. Et Hanne a aussi un secret : elle vient d’apprendre que ses jours sont comptés.

Mon avis :

Autant vous le dire tout de suite, j’ai eu un peu de mal avec ce roman, qui est un peu long à démarrer. Il faut dire que trois voix s’entrecroisent, Peter et Hanne, les enquêteurs, et Emma. Celle-ci est toute jeune, et elle cache un secret : le grand patron de sa société lui a demandé sa main. Par contre, pour l’instant, il veut encore garder leur histoire secrète, il a quelques petits soucis, une toute petite enquête sur le dos, des pratiques pas très honnêtes, bref, ce n’est pas vraiment Cendrillon et le prince charmant, cela ne s’en approche même pas. Pendant qu’ils vivent ce qui pourraient presque être une non-histoire d’amour, le cadavre d’une femme décapitée est retrouvé dans la maison de Jesper.  Si la situation n’était tragique pour la victime, je dirai que Jesper n’en est pas à une enquête près. En parfait patron, il a d’ailleurs soigneusement muselé ses gentils employés : ne parlez pas aux journalistes !

Le livre nous offre un duo d’enquêteurs différents – heureusement, ai-je envie de dire, même si Hanne et Peter sont vraiment hors-normes. Il est inutile dans leur cas de se demander s’ils vont céder à une quelconque attirance, c’est déjà fait depuis dix ans. Chacun a un parcours de vie, disons-le, chaotique, des failles qui sont carrément des gouffres, des problèmes assez graves, pour ne pas dire très graves. Et pourtant, ils vont enquêter, dans une situation pas vraiment facile.

Alors… il faut vraiment prendre le temps de se laisser porter par cette intrigue, étonnante, par la narration qui épouse parfaitement le point de vue des trois protagonistes. Non, parce que, la jeune fiancée, Emma, est vraiment très particulière. Ce n’est pas seulement son présent qui nous interroge – comment elle, simple vendeuse, peut-elle accepter de prêter de l’argent à son richissime fiancé pour couvrir un travail au noir et faire que Jesper n’ait pas à se fatiguer à aller à la banque ? Elle est amoureuse, certes, elle est aussi un peu naïve. La cause (les causes ?) en est à chercher dans son enfance, entre deux parents pas vraiment en harmonie, pour ne pas dire inadaptés à la vie de couple, à la parentalité, au monde qui les entoure. Emma est seule, terriblement, sans famille, sans amis, sans même quelqu’un qui se rapproche d’une copine. S’il faut vraiment faire un rapprochement entre elle et les enquêteurs, il faudrait parler de leur solitude, ou leur isolement, cela dépend du point de vue – le leur, celui des personnes qui les entourent.

En bref, un polar intéressant, mais je me demande si je lirai les deux enquêtes suivantes de cette auteure.

Aphrodite et vieilles dentelles de K.B. Holmqvist

Edition Mirobole – 251 pages

Présentation de l’éditeur :

Tilda et Elida Svensson, 79 et 72 ans, célibataires, mènent une vie à la routine paisible. Elles font des confitures, vont à l’église et se couchent chaque soir exactement à la même heure. Pas de commodités à l’intérieur de leur maison vétuste : les toilettes sont au fond du jardin, l’eau est à tirer au puits. Tout change à l’arrivée d’un nouveau voisin, Alvar Klemens, ou plutôt de son chat : le félin est pris de frénésie sexuelle en mangeant une des plantes d’Alvar, que celui-ci entretient avec un engrais curieux. Et si elles tenaient avec ce produit l’occasion de s’offrir enfin des W.C. dignes de ce nom ? La révolution est décidée : les deux dames montent un business clandestin d’élixir aphrodisiaque…


Mon avis :

Ce roman est drôle et jubilatoire.
Qu’elles sont adorables, ces deux soeurs septuagénaires. Elles sont innocentes, mais pas naïves. Leurs aventures sont tout simplement irrésistibles. Bien sûr ce sont des aventures du quotidien, des petits faits banals, mais pas sans intérêt. On oublie à quel point la vie peut être simple, à quel point on peut être éloigné de tout ce qui peut être notre mode de vie moderne. Les deux soeurs ont le sens de l’économie, et il est des aménagements qui ne vont pas de soi. Et les voir se lancer dans une vente par correspondance est proprement …hors-norme.
N’hésitez pas à les rejoindre !
Leur frère, par contre, est nettement plus terre à terre. Parce qu’il est marié, qu’il a des enfants ? Lui aussi a des projets pour améliorer sa vie, des promesses qu’il a faites à sa femme, oubliant que ses soeurs approchent peut-être des quatre-vingts ans, elles n’ont pas l’intention de lui obéir. Il est des limites à l’aide que l’on peut apporter à son petit frère, et celle qu’elles lui ont apporté est déjà assez conséquente.
Un roman réjouissant, à lire en toute saison.

Le mur du silence d’Hakan Nesser

Présentation de l’éditeur :

Deux appels anonymes signalent la disparition d’une adolescente séjournant dans un camp de vacances. Bientôt, la police trouve un premier cadavre. Van Veeteren, désigné pour mener l’enquête, découvre non pas un camp de vacances, mais une secte très fermée. Propulsé dans un monde de silence aux règles sinistres, l’inspecteur avance à tâtons, avec pour seul guide son intuition…….

Mon avis :

La dernière enquête d’un commissaire de police est un thème récurrent, que ce soit dans les romans ou dans les séries télévisées – vous noterez dans ce dernier cas, le nombre incroyable de policier qui meurent au cours de cette fameuse dernière enquête. Il reste aussi à déterminer ce qui cause cette dernière enquête : l’heure du départ a-t-elle sonné, ou bien est-ce autre chose qui a motivé ce départ ? De même, dans quel état d’esprit cette ultime enquête est-elle abordée ? Ne surtout pas faire de vague, pour ne pas compromettre un départ dans le calme, ou bien tout donner parce que l’on n’a plus rien à perdre ?
Van Veeteren, lui, n’en peut plus. Il ne supporte plus toutes les horreurs qu’il a vues, et réfléchi sérieusement à changer d’orientation professionnelle. Pour son orientation personnelle, c’est déjà fait : il est divorcé, mais son ex-femme souhaite un rapprochement qu’il est loin de désirer. Oui, ses petits-enfants peuvent mener une vie épanouie sans voir grand-mère et grand-père ensemble. Il projetait d’ailleurs ses prochaines vacances très loin… jusqu’à ce qu’on lui demande un service : rien de très grave, si ce n’est un coup de fil anonyme au sujet d’un camp de vacances. Mais Van Veeteren doit un service, et surtout, ne veut pas laisser un jeune collègue dans la panade. Il se rend donc sur place, et la situation est bien différente.
Camp de vacances ? Non, secte, et c’est pour une préparation à la communion que les parents laissent leurs filles, âgées d’une douzaine d’années, sept semaine dans ce camp, sans communication extérieure – nous sommes en 1997, et les téléphones portables ne sont pas aussi courant que maintenant, et je ne vous parle même pas des communications internet. Secte dont les pratiques ne dérangent quasiment personne – ils sont si discrets ! Même la condamnation du « prêtre » n’a pas empêché les adeptes de se multiplier – les vrais croyants ont toujours été persécutés, n’est-ce pas ?
La réalité se fait plus sombre, plus cruelle quand le corps d’une adolescente est découvert, puis un autre. Mais comment enquêter quand les adultes et les enfants se taisent, et quand le gourou est en fuite ? De là à dire qu’il signe là sa culpabilité, il y a un pas que certains franchissent allègrement, alors que les membres de la Vie Pure lui laissent entièrement leur confiance. Peu importe les méthodes utilisées : enquêter prend du temps quand on se heurte au silence.
Van Veeteren et les autres enquêteurs sont profondément humains – heureusement. Les touches d’humour qui parsèment le récit, leur coup de gueule aussi font du bien. Rester indifférent en certaines circonstances est impossible.

Rien de plus grand de Malin Persson Giolito

Présentation de l’éditeur :

La pièce empeste les œufs pourris. L’air est lourd de la fumée des tirs. Tout le monde est transpercé de balles, sauf moi. Je n’ai même pas le moindre bleu.
Stockholm, sa banlieue chic. Dans la salle de classe d’un lycée huppé, cinq personnes gisent sur le sol, perforées de balles. Debout au milieu d’elles, Maja Norberg, dix-huit ans à peine, élève modèle et fille de bonne famille. Son petit copain, le fils de la plus grosse fortune de Suède, et sa meilleure amie, une jolie blonde soucieuse de la paix dans le monde, figurent parmi les victimes, ainsi que Samir, brillant fils d’immigrés décidé à s’affranchir de sa condition.

Neuf mois plus tard, après un battage médiatique qui a dépassé les frontières suédoises, le procès se tient. Mais qui est Maja ? Qu’a-t-elle fait, et pourquoi ?

Mon avis :

Ce livre commence là où d’autres romans ne s’aventure pas, c’est à dire au moment du procès du coupable présumé. Soyons clair : l’opinion publique ne présume rien du tout, et a déjà condamné Maja, accusée de meurtres et de complicité de meurtres. Les preuves, les témoignages sont irréfutables, selon cette même opinion publique. Quelle sera l’issue du procès, et surtout, que s’est-il réellement passé ?
Le roman est raconté du point de vue de Maja. Nous suivons d’un côté le déroulé du procès, de l’autre Maja se souvient de tout ce qui s’est passé avant le jour de la fusillade. Le déroulé du procès est très codifié, et permet de découvrir comment fonctionne le système judiciaire suédois, non en étant didactique, mais en le montrant en action. Maja semble très mature pour son âge, lucide sur ce qui se passe sans être détachée. Elle ne réagit pas comme l’on pouvait s’attendre à ce qu’elle réagisse, comme les personnes qui l’entourent s’attendent à ce qu’elle réagisse. Juge et avocats se trouvent face à une situation inédite, une tueuse de masse présumée ou une victime de plus.
Les souvenirs n’ont pas été pour moi les parties les plus agréables à lire parce que l’on sait où l’on va, l’on sait que ces jeunes gens insouciants n’auront pas l’avenir qu’ils souhaitaient. Maja a un double regard, revivant ce qui s’est passé, examinant ce qui s’est passé à l’aune de son présent et se demandant comment elle aurait pu changer les choses. Maja et la plupart de ses amis faisaient partie de la jeunesse dorée suédoise, cette jeunesse qui avait tout, sauf l’attention, voire l’amour de ses parents. Et je ne vous parle même pas du portrait qui nous est dressé de la société suédoise dans son ensemble. Décidément, les romanciers scandinaves ont très souvent un regard acéré sur leur pays.

 

 

Ce doux pays d’Ake Edwardson

Présentation de l’éditeur : 

Une boutique de quartier dans la banlieue de Göteborg. Trois hommes sont retrouvés assassinés, le visage explosé à l’arme à feu. Erik Winter se trouve face à une affaire particulièrement épineuse. Drogue ? Trafic de réfugiés clandestins ? Ou pire encore ?
Personne ne semble avoir vu ni entendu quoi que ce soit, et ceux qui pourraient savoir se taisent – ou disparaissent…

Mon avis :

Je n’apprécie pas toujours les enquêtes d’Erik Winter, parce qu’il est un enquêteur qui ménage un peu trop, voire beaucoup trop, les personnes qu’il interroge. Cela dépend des enquêtes. Prendre son temps est nécessaire pour bien enquêter, cela ne veut pas dire perdre son temps.
Dans cette intrigue, les faits sont différents, parce qu’Erik sait que le temps joue contre lui, et que la vie d’une personne, au moins, est menacée. Il faut déjà qu’il parvienne à identifier cette personne, jeune, très jeune, présente sur les lieux du crime, mais ignorée (ou pas ?) par les meurtriers.
Trois hommes sont morts. Tous les trois se trouvaient au même endroit parce qu’ils y travaillaient, parce qu’ils y commerçaient – les horaires d’ouvertures de magasins, en Suède, ne sont pas les mêmes qu’en France. Seulement, les proches des victimes ignoraient qu’elles travaillaient là, voire ce qu’elles pouvaient faire là. Ignorance feinte ou réelle ? Leur point commun, à tous trois, est leur origine étrangère. Cela a-t-il pu jouer ?
D’autres auteurs suédois (Camilla Lackberg, Theodor Kallifatides dans une moindre mesure
) ont parlé du malaise d’une certaine frange de la population face à l’arrivée d’immigrés, de réfugiés, sur le sol suédois. Ici, nous voyons plutôt les conséquences de la politique visant à l’intégration au quotidien – ou plutôt les conséquences des erreurs qui ont été commises. Les bonnes intentions ne suffisent pas.
Erik Winter est confronté à la barrière de la langue, aux usages différents. Il lui est plus difficile d’interpréter les indices qu’il pense découvrir. Il a aussi ses propres préoccupations, liées à sa famille et à l’orientation qu’il souhaite donner à sa vie familiale : il n’est pas si facile de choisir où habiter, surtout si l’on a le choix.
Ce doux pays, titre ironique, puisque la Suède n’a pas pu ou su offrir aux immigrés un lieu sûr où vivre sans crainte. N’est-ce pas le problème qui se pose à de nombreux pays occidentaux ?

Le sixième passager de Theodor Kallifatides

Mon résumé :

Un avion s’est écrasé non loin de la maison de la commissaire Kristina Vandel, qui était très occupée. Cinq passagers étiaent enregistré, six étaient à bord. Qui était le jeune garçon étranger à bord ? La commissaire n’enquête pas.

Mon  avis :

Hier, je publiai mon avis sur le dernier roman d’Andrea Camilleri que j’ai lu. Aujourd’hui, je publie mon avis sur un roman de Theodor Kallifatides et mon avis n’est pas du tout, mais alors pas du tout du même niveau. C’est pour cette raison que je l’écris « à chaud », pour m’en débarrasser, comme on se débarrasse d’une corvée véritablement ennuyeuse.
Certes, il est des auteurs dont j’ai lu un second roman, parce que j’avais envie de leur donner une seconde chance et parfois, cela s’est traduit par une belle rencontre littéraire. Je prends le cas de Pieter Aspe. Pour cet auteur-ci, il est évident pour moi que je ne lirai pas un autre de ses romans, parce que ses personnages sont tout ce que je déteste, que ce soit en littérature ou dans la vraie vie.
Prenez la commissaire Kristina Vendel, l’enquêtrice : elle m’a fait penser à la supérieure de Dexter dans le tout premier volume, celle qui ne pouvais arrêter un suspect que s’il se plantait devant sa voiture et qu’il le lui demandait. Et bien Kristina Vendel, c’est pire : au début, elle renonce carrément à enquêter, refusant ce que lui demande la légiste, c’est à dire l’ouverture d’une enquête qui autoriserait à pratiquer une autopsie, permettant d’éclaircir certaines points étranges. Les raisons de ce refus sont finement analysés – enfin, finement… En termes familiers, le contraire de la manière de s’exprimer de Kristina, je dirai qu’elle se prend la tête. Je dirai aussi que penser qu’il est mort, que l’on ne peut rien y faire, et qu’il faut le laisser tranquille est choisir une solution de facilité qui me fait bouillir. Avec une commissaire qui refuse qu’on en sache plus sur ce que le jeune mort a subi, les coupables peuvent dormir bien tranquilles. Non, il faut quasiment qu’on lui mette deux nouveaux cadavres extrêmement mutilés pour que là, oui, quand même, elle se décide à enquêter, sans céder à la tentation de relier les morts entre eux – nan, parce que les coïncidences, cela existe, n’est-ce pas ? Sauf que Kristina est une ancienne étudiante en philosophie, elle philosophe beaucoup, elle lit des livres de philosophie et que si elle révisait ses cours, elle saurait que le hasard n’existe pas, qu’il s’agit d’un faisceau de causes si nombreuses que l’on ne parvient pas à les discerner.
Kristina n’est pas le seul personnage à se perdre dans le méandre des analyses variées, chaque personnage féminin, et quelques personnages masculins aussi, y ont droit. Cela ne ralentit pas le rythme de l’enquête, je vous rassure, puisque l’enquête est passée depuis longtemps à la trappe. Alors, oui, à un moment, Kristina nous dit que rien ne la fera reculer sauf que ce ne sont que des paroles, pas des actes comme l’auraient fait d’autres enquêteurs (Voir Montalbano, pas plus tard que dans mon avis posté hier). Pour une enquêtrice, elle n’est pas assez observatrice, ne prend pas assez de précaution, ne communique pas certains faits à son équipe, par orgueil, à mon avis, et le narrateur omniscient d’intervenir une fois, pas vraiment discrètement, pour nous avertir qu’il va se passer quelque chose.
Pour tenter de conclure un peu cruement (j’en suis déjà à 532 mots), j’ai eu envie de secouer tous les personnages féminins, Kristina en tête de file, parce qu’à force de tout analyser, et de se complaire dans certaines situations, elles n’agissent pas. D’ailleurs, le second motif qui pousse la commissaire à ne pas enquêter est de ne pas déranger la vie privée de la procureure, qui s’est sacrifiée pendant des années. Suis-je la seule à être choquée par le fait qu’il vaut mieux préserver ses petits secrets banals plutôt que de rechercher un meurtrier ? Suis-je la seule à trouver agaçant que les femmes se sacrifient et donc souffrent un max par amour dans ce livre, comme si le véritable amour ne pouvait être que douloureux ? Beaucoup de paroles, mais aussi beaucoup de verbiages, où l’important n’est pas tant ce que l’on dit que ce que l’on cache à l’enquêtrice ou à ses proches. C’est une technique policière comme une autre que de renoncer à poser des questions. Ne pas poser de questions est un principe éducatif suédois (du moins, c’est ce qui est écrit dans le livre) cependant il est un peu incompatible avec le métier de commissaire, qui cherche la petite bête sur certains sujets, et n’approfondit pas ce qui concerne ce qu’elle doit faire dans son métier. Voir, par exemple, la page de réflexion qui précède parfois le moindre des appels téléphoniques qu’elle reçoit, ou qu’elle donne.
En conclusion, je dirai que chaque personnage a toujours été seul, que certains ont même volontairement fait le vide autour d’eux pour vivre une histoire d’amour – je n’arrive pas à trouver positif le fait de ne vivre qu’à deux, sans ami, sans autres parents. Et pensons à remercier le coupable qui a eu la gentillesse de se livrer.