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Millénium, tome 5 : La fille qui rendait coup pour coup de David Lager

Présentation de l’éditeur :

Suite aux infractions qu’elle a commises en sauvant le petit garçon autiste dans « Ce qui ne me tue pas », Lisbeth Salander est incarcérée dans une prison de haute sécurité pour négligence constituant un danger public. Lorsqu’elle reçoit la visite de son ancien tuteur, Holger Palmgren, les ombres d’une enfance qui continuent à la hanter ressurgissent. Avec l’aide de Mikael Blomkvist, elle se lance sur la piste de crimes d’honneur et d’abus d’Etat, exhumant de sombres secrets liés à la recherche génétique.

Mon avis :

Je ne m’y attendais pas du tout, mais j’ai vraiment pris plaisir à lire ce tome 5, dévoré en une journée. C’était comme retrouver de vieux amis, ou plutôt une vieille amie, Lisbeth Salander. Les puristes n’aimeront pas, parce que le livre n’est pas signé Stieg Larsson. Je ne suis pas une puriste, et le plaisir de lecture a vraiment pris le pas sur la « reprise » des personnages. J’aurai aimé voir Mikael Blomkvist plus souvent – petit regret.
Le portrait qui est fait de la Suède n’est pas vraiment réjouissant. Il m’a fait penser à l’Islande d’Erlendur, à ses expérimentations qui taisent leur nom. Oui, cette lecture fait froid dans le dos, parce que la facilité avec laquelle elles peuvent être mises en place semblent déconcertantes. Il est des catégories de la population qui n’intéressent pas grand monde. Quand bien même quelqu’un s’y intéresseraient, on se retrouve très vite face au combat du pot de terre contre le pot de fer – être brisé est très facile.
Au coeur de ce livre aussi, le sort des femmes, hier, aujourd’hui. Comme un symbole, le destin de Faria, qui aura bien de la chance que Lisbeth croise sa route. Pour que la violence s’installe, il suffit de presque rien : laisser faire, fermer les yeux ou les détourner aux bons moments, ne surtout pas prendre de risque.
Un bon moment de lecture policière.

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Marquée à vie d’Emelie Schepp

Présentation de l’éditeur :

Nörrkoping, l’hiver.
La procureure Jana Berzelius arrive sur la scène du meurtre d’un haut responsable de l’Immigration en Suède, assassiné dans sa maison, au bord de la mer Baltique. Le tueur n’a laissé aucune trace. Etrangement, les seules empreintes que l’on retrouve sont celles d’un enfant – or, la victime n’en a pas… Quelques jours plus tard, le meurtrier est identifié. Mais il est mort. On retrouve son corps sur un rivage désolé, l’arme tout près de lui. Il s’agit bien d’un enfant. Signe particulier, il présente sur la nuque une scarification énigmatique.
Ce nom, gravé grossièrement à même la chair, provoque brutalement chez l’impénétrable Jana, pourtant réputée insensible et glaciale, un véritable séisme intérieur. Car elle porte la même scarification à la base du cou. La marque d’un passé qui ne lui revient que par flashes incontrôlables…

Mon avis :

S’il est un point positif à soulever dans ce roman, c’est qu’aucun personnage n’est sympathique, sauf Gunnar et Anneli, qui travaillent tout deux dans le domaine de la police scientifique et, dans une moindre mesure, Jana, la procureure, qui doit régler les comptes avec son passé, sans personne sur qui réellement compter. Oui, j’anticipe un peu mais ceci est bien la preuve que j’ai lu le roman jusqu’au bout.
Il n’est pas, sauf peut-être dans les ultimes pages, de lueurs d’espoir dans ce livre. Les policiers ? Parlons-en. Je suis pour l’égalité homme-femme, pas pour le fait qu’un homme, Heinrick en l’occurrence, devienne entièrement soumis à sa femme, au point de ne rien pouvoir faire sans sa permission, plus surveillé qu’un gamin de six ans. Je vous en passe et des meilleures. Quant à Mia, l’autre policier, consommatrice compulsive, au caractère insupportable, je lui donnerai volontiers des baffes tant elle passe son temps à gruger les autres et à se gruger elle-même. Certes, on peut penser qu’elle a dû subir des choses difficiles dans son passé pour en être arrivée là, et bla bla bla mais je l’ai trouvée constamment insupportable, sauf quand elle est en présence de victime – elle est professionnelle, c’est tout de même le minimum.
Revenons-en à l’enquête policière, et avec la première victime. Un être fort antipathique, dont l’existence tout entière nous interroge sur les violences faites aux femmes, notamment les violences morales, physiques, faites très rapidement à sa propre femme. Si nous savons pourquoi elle ne l’a pas quitté alors qu’elle aurait très bien pu le faire, nous ne savons pas pourquoi elle l’a épousé – a-t-il seulement été un prince charmant avant d’être un immonde macho ? Second triste constat sur la Suède (qui peut s’appliquer à d’autres pays) : avoir du pouvoir, quel qu’il soit, peut donner envie d’en abuser et certains ne s’en privent pas. S’il est une leçon à retenir, c’est que cette situation ne peut durer que si personne ne se bouge, si personne n’agit pour faire cesser cet état de fait – parce qu’il est des personnes, autour de cet « homme de pouvoir » ou autour des victimes (j’ai bien dit « autour », je ne parle pas des victimes elles-mêmes) qui y trouvent leur compte, d’une manière ou d’une autre.
Si les actes qu’a commis Hans Juhlen sont sordides, attendez-vous à bien pire en poursuivant votre lecture. Déjà, nous en avions eu des signes avant-coureurs quand nous avons découvert, lors de retours en arrière, le passé d’une petite fille qui pourrait bien être Jana, la procureure. Ce passé expliquerait bien des choses au sujet de sa personnalité, il n’explique pas celles de ses parents. Oui, ils ont adopté un enfant parce qu’ils ne pouvaient pas en avoir, semble-t-il. Cependant, ils n’ont pas donné à Jana l’affection dont elle avait et a toujours besoin. La stérilité, le désir d’enfants sont des thèmes sous-jacents à ce roman. Etre parents, oui, mais quels liens a-t-on après avec sa progéniture ? Et comment protéger ses enfants contre tous les dangers qui les entourent ? Des questions qui ne reçoivent pas forcément de réponse dans ce livre.

La bibliothèque des coeurs cabossés de Katarina Bivald

Présentation de l’éditeur : 

Tout commence par les lettres que s’envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l’Iowa. Après deux ans d’échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu’Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine. Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis – et pas uniquement les personnages de ses romans préférés –, qui l’aident à monter une librairie avec tous les livres qu’Amy affectionnait tant.

Mon avis :

Je lis ce livre après tout le monde ou presque. Est-ce si grave ? Non, je ne crois pas. Pour moi, c’est avant tout un roman sympathique, mais pas un livre à lire absolument, de toute urgence. Ce n’est pas un coup de coeur, loin de là. Il est même certains propos sur les livres, tenus par Sara, l’héroïne, qui ont un peu freiné ma lecture.
Alors, pourquoi l’avoir terminé ? Déjà, parce que l’action se passe dans l’Iowa, un état américain dont on parle peu, sur lequel on écrit peu, sauf les romans policiers de Donald Harstad. Pourquoi si peu de roman s’y déroulent-ils ? Sans doute parce que dans cet état, il ne se passe rien. A Broken Wheel, contrairement à la ville voisine de Hope, on peut d’ailleurs parler de désertification rurale – les jeunes s’en vont, les quadragénaires et les personnes plus âgées restent.
On peut parler aussi du point des regards d’autrui. Mener sa vie comme on l’entend semble quasiment impossible, tant tout se sait, tout est jugé – oui, un constat un peu rude pour un livre que, finalement, on peut ranger dans les feel good. D’ailleurs, pour Sara, un véritable livre feel good est un livre dans lequel les personnages ont rencontré maintes difficultés avant d’avoir enfin un dénouement heureux (oui, je paraphrase). Les difficultés, ce sont souvent les personnages eux mêmes qui se les imposent. Parce qu’ils n’osent pas, parce qu’ils pensent que la relation ne sera pas durable. L’un des personnages les plus sympathiques est à mes yeux Georges, parce qu’il fait avec – ou plutôt sans.
Sara, avec les livres, ou plutôt avec la manière de trouver des livres pour les autres, bouscule leurs petits habitudes et si tout ne change pas, certains entrevoient cependant l’avenir différemment, remettent en cause certains préjugés. A l’image de Sara qui ne recommande pas un livre sans l’avoir lu (et je connais des vendeurs de livres qui feraient bien de s’en inspirer), il ne faut pas juger, condamner simplement parce que l’on vous aura dit que ce n’était pas bien – principe simple que beaucoup n’applique pas. Mention spécial pour Gavin, très à cheval sur les lois et qui a bien du mal avec les habitants de cette charmante petite ville, dans ce charmant état dont l’arbre symbole est le chêne.

Grand-père et les loups de Per Olov Enquist

Présentation de l’éditeur : 

Une expédition sur la montagne des trois grottes: voilà la magnifique idée de grand-père ! Les parents ne doivent surtout rien savoir. Ils se font toujours trop de souci ! Le grand écrivain suédois Per Orlov Enquist raconte les aventures d’un grand-père, que tout enfant rêverait d’avoir.

Mon avis : 

C’est une belle histoire que nous conte ici Per Orlov Enquist, auteur que je découvre ici grâce à ce roman de littérature jeunesse. Il nous parle de féminisme, d’écologie, de la transmission grands-parents/petits-enfants, de solidarité en 124 pages. Et il a sûrement mis beaucoup de lui dans la personnalité de ce grand-père hors-norme.
Il faut dire qu’il n’a de préoccupations majeures, aux yeux de ses petits-enfants, non parce qu’il est retraité, mais parce qu’il est écrivain. Contrairement à leurs parents, il ne leur demande jamais de les laisser tranquille parce qu’il a besoin de dormir/de repos/de se reposer. Il prend très au sérieux leurs peurs enfantines et cherche à les résoudre, même si ses méthodes peuvent surprendre.
Ainsi, lui et ses quatre petits enfants partent explorer la montagne avec Misha, chienne louve de son état, fort âgée. Les parents sont au courant, puisqu’ils savent qu’un camp de base a été établi. Ils ne savent pas en revanche qu’ils ont décidé de se rendre bien plus loin et de découvrir, qui sait ? des loups, des ours !
Ils ne se doutaient pas que leur chemin croiserait celui de prédateurs bien plus dangereux : des braconniers ! Heureusement, il est d’autres personnes pour se préoccuper de la préservation de la nature et des animaux, des policiers qui prennent ces enquêtes très au sérieux – et l’auteur aussi.
Pas de morale étriquée, pas de niaiserie, des faits, vus par les yeux d’une petite fille et de son grand-père attentif et généreux. Une belle lecture à partager en famille.

Casal Ventoso de Fredrik Ekelund

Présentation du roman :

Dans la tranquille ville suédoise de Malmö, un riche homme d’affaires est assassiné à la hache. Son ex-femme est éplorée, et les flics à pied d’œuvre. Monica Gren et Hjalmar filent le parfait amour, pourtant des lettres anonymes viennent rappeler à ce dernier les années 70, lorsqu’il était le guitariste des Why Men.

Mon avis :

Mon problème est simple, au moment où je rédige cet avis : je me souviens davantage des éléments négatifs que des éléments positifs. Je cherche d’ailleurs les éléments positifs, si ce n’est une peinture désespérante de la société suédoise, de sa jeunesse qui, dépourvu de repère, voulant être cool, part à la dérive et sombre dans la drogue. Ont-ils un espoir de s’en sortir ? Non : en dépit des cures de désintoxication, c’est la mort qui est au bout du chemin, à plus ou moins brève échéance. Est également pointé du doigt ce que d’aucun juge comme le laxisme de pays étrangers et l’incapacité de la police à mettre fin au trafic de drogue. Les personnages voyagent beaucoup pour leur enquête, ce qui leur montre d’autres aspects du trafic de drogue, de la misère humaine.
Maintenant, le négatif : la fin du roman est trop abrupte, comme si l’auteur avait voulu moraliser son intrigue in extremis.
Puis, les lettres qui sont envoyées à l’enquêteur… Je comprends leur utilité pour l’intrigue, relier le présent au passé d’Hjalmar, mais je comprends mal leur utilité pour la construction de la personnalité de l’épistolier. La « spontanéité » de ses actes cadrent mal avec ses lettres fleuves, remplies de références musicales.
Ensuite, j’ai trouvé lassant tout ce qui avait trait au couple Monica/Hjalmar. Je n’ai rien contre les quinquagénaires qui refont leur vie, je n’aime guère suivre leurs amours comme celles de deux ados, et découvrir la jalousie de Monica, qui n’a pas vraiment sa place dans une enquête. Hjalmar a un passé, trois enfants, deux beaux enfants, quinze ans de vie commune avec son ex, et Monica « se prend la tête » parce qu’il a revu son ex pour protéger leurs enfants – pas très professionnel, surtout quand des vies sont en jeu. Elle est également prête à faire une scène au moindre retard – un comble pour la conjointe d’un policier.
Casal Ventoso, ou une vision noire de la société suédoise, un peu parasité par l’histoire d’amour des deux personnages principaux.

Les mercredis avec Ziggys de Linn Hallberg

Présentation de l’éditeur :

Ziggy a été très malade mais il est maintenant de retour, :et en pleine forme. Elina voudrait tout de suite le récupérer pour elle toute seule, mais cela ne va pas être si facile : toutes les filles du Club veulent s’approprier Ziggy !. L’hiver arrive bientôt, et la neige se met à tomber sur la Suède.

Mon avis :

Le livre prend place juste après le premier tome. Il se lit tout aussi facilement que le premier. Il ravira les amateurs de poneys comme le premier. Il met en scène les rivalités entre les membres du Club, ce qui est assez traditionnel dans ce genre de livre, des livres mettant en valeur le sport, la compétition. Avantage : il montre qu’il faut prendre soin de son poney, qu’il a droit aussi de ne pas toujours bien se comporter. Il nous apprend aussi certaines coutumes suédoises, comme la célébration de la Sainte Lucie. Inconvénient : ce roman est vraiment très genré. N’y a-t-il vraiment que les filles qui aiment l’équitation ?

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A tout moment la vie de Tom Malmquist



Présentation de l’éditeur :

Pour Tom, il y aura désormais un avant et un après. Dans la fracture du temps, dans les profondeurs d’un hôpital de Stockholm, un corps dévasté, comme un autre lui-même, est arraché à tous ses liens terrestres. Mais au-delà des moindres signes cliniques émerge encore, par moments, la conscience d’une femme aimée, Karin, qu’il faut délivrer d’urgence de l’enfant qu’elle porte. Sa famille, ses amis veillent dans l’ombre, séparés d’elle, mis à nu devant la finalité obscure des jours.

Préambule :

Il est des gens qui sont nés, ont grandi, et vivent encore au pays des bisounours. Grand bien leur fasse. Ce ne fut pas mon cas, et personne ne me racontait, enfant, des histoires au sujet de personnes « parties en voyage ». C’est sans doute une des raisons qui fait que les sujets « difficiles » ne me posent pas vraiment de problèmes.

Mon avis :

Merci à Babelio et aux éditions Noir sur blanc pour ce partenariat. A tout moment la vie est un livre réaliste, cru parfois : les descriptions ne sont pas aseptisées. Le narrateur ne cherche pas à se voiler la face, il raconte, sans nous livrer des états d’âme superflu, et il refuse d’être tenu à l’écart. Du coup, les termes médicaux sont bien présents, sans être des entraves à la lecture puisque nous recevons les explications en même temps que le narrateur.

Est-ce à cause de l’histoire qui est raconté – la mort de la femme aimée, la naissance prématurée de leur fille ? La forme du texte est oppressante, le texte apparaît d’un bloc, dialogue compris, et si cela ne m’a pas posé de problèmes tant que je me suis trouvée plongée dans l’histoire, je conçois que cela puisse déranger.

Ce qui m’a frappée dans ce roman est l’impression de solitude qui se dégage. Oui, le personnel médical se relaie au chevet de Karin. Oui, Tom reçoit des informations fréquemment sur l’état de santé de sa femme – parce qu’il l’a exigé. Il forme une protection autour de Karin, protection qu’elle a désirée, pour des raisons que nous apprendrons dans la seconde partie du livre, ce qui fait que les parents de la jeune femme semblent un peu mis à l’écart.

Les cent premières pages sont le récit d’un combat. Les deux cents suivantes sont celles de la survie. La situation de Tom est kafkaïenne, lui qui n’est pas, de prime abord, reconnu comme le tuteur de sa fille puisqu’il n’était pas marié avec Karin et qu’aucun acte de reconnaissance n’a été rédigé avant la naissance de leur enfant. Nous en apprenons un peu plus que la jeune femme, qui, par le passé, a survécu à deux problèmes de santé conséquents, écrivait des poèmes, s’interrogeait, aussi, sur la future implication de Tom dans son rôle de père. Ecrire ne signifie pas céder au pathos ou enjoliver les souvenirs. Encore moins enjoliver le présent : Tom souffre, physiquement, moralement. Il doit faire face à la mort de son père, malade depuis dix ans.

Ni espoir, ni désespoir : Tom raconte, de façon brute. Au lecteur de s’approprier – ou non – cette histoire, forte, qui ne laisse pas indifférent.