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Chambre 213 par Ingelin Angerborn

Présentation de l’éditeur :

Cet été, Elvira, 12 ans, part pour la première fois en colonie de vacances. Mais à peine est-elle installée dans la chambre 213, une chambre inoccupée depuis des années, avec deux camarades que des incidents étranges se produisent. Une bague disparaît puis réapparaît, des objets sont déplacés, la porte de leur chambre s’ouvre toute seule… Quelqu’un s’amuse-t-il à leur faire peur ou bien des événements plus surnaturels sont-ils à l’œuvre ?

Mon avis :

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour ce partenariat.

Ce que j’aime dans la littérature jeunesse suédoise, c’est sa capacité à être originale. Je pourrai dire qu’il appartient au genre policier – des objets disparaissent, et les adolescentes enquêtent pour les retrouver. Je pourrai dire aussi qu’il s’agit d’un roman assez classique : il est fréquent que la littérature jeunesse fasse se rencontrer des personnes d’horizons différents et montrent ce que leur a apporté leur confrontation. Je pourrai ajouter que le roman se teinte peu à peu de fantastique. Ce serait à chaque fois réducteur parce que l’autrice Ingelin Angerborn connaît les codes des différents genres et jouent avec eux.

Le récit est rétrospectif, l’on sait donc qu’Elvira et ses amies Bea et Maja vont s’en sortir. L’on sait aussi qu’elles n’ont plus envie de parler de ce qui s’est passé, preuve que les événements qu’elles ont vécus les ont marqués, plus profondément qu’un lecteur adulte pourrait le penser. Comme dans tout bon roman proche du genre fantastique, il restera des zones d’ombre, des faits pas entièrement expliqués, des doutes, enfin, puisque seules les jeunes filles sont témoins de certains phénomènes, et elles ont beau les vivre, elles n’ont pas elles-même d’explications rationnelles de ce qu’elles ont vécu, doutant de leur propre perception.

Plus légèrement, le lecteur peut voir aussi que la colonie de vacances se passe bien, que des amitiés se nouent, malgré les différences. Les activités se passent bien, les adultes prennent soin des jeunes qui leur sont confiés. C’est sans doute parce que tout se passe bien que le fantastique peut s’épanouir – parce que tout va bien.

Chambre 213 – une lecture pour frissonner.

Le retour du professeur de danse d’Henning Mankell

Présentation de l’éditeur ;

Le jeune policier Stefan Lindman est sous le choc : il vient d’apprendre qu’il a un cancer, et que son ancien collègue Herbert Molin a été torturé à mort. Pour tromper son angoisse, il part à l’autre bout de la Suède enquêter sur le meurtre de Molin. Que signifient les traces sanglantes sur le parquet, comme si le tueur avait dansé un tango avec le corps de sa victime ? Les ombres d’un passé très noir se réveillent. Elles ont frappé et vont frapper encore. Mais Stefan n’a plus rien à perdre..

Mon avis :

Je n’avais pas lu de romans d’Henning Mankell depuis le décès de l’auteur. Je dois dire que j’avais oublié à quel point je pouvais être happée par la lecture de ses oeuvres.

Nous sommes en Suède, en 1999, une époque que l’on a un peu oublié, comme si elle avait été balayée par tous les événements qui sont survenus depuis. Et pourtant, il était des faits qui étaient déjà là, qui étaient toujours là devrai-je dire. Stefan a 37 ans, et il a un cancer. Clair, net, précis. Cependant, la médecin le rassure : un traitement est possible, il débutera même dans trois semaines. En attendant, elle le place en arrêt-maladie. Que va-t-il faire pendant les semaines qui lui restent ? Partir en vacances ? C’est alors qu’il découvre la mort de son ancien collègue Herbert Molin, assassiné. Pourquoi ? Il décide alors de se rendre sur place. Il n’enquête pas officiellement, non, mais il veut comprendre ce qui fait qu’un ancien policier a pu être torturé à mort.

Nous ne sommes pas dans une histoire classique, dans le sens où l’on a l’habitude de lire, de voir des intrigues dans lequel le policier est tué par une personne qu’il a mis en prison, ou par un proche de cette personne. Je le dis d’entrée de jeu : ce n’est pas le cas ici, l’hypothèse n’est même pas soulevée. Herbert Molin a été assassiné dans un lieu particulièrement paisible, au point que les policiers n’ont jamais eu à enquêter sur un meurtre. Oui, la population les sollicite très souvent, mais il s’agit le plus souvent d’affaires sans gravité, quasiment banales. Là, dès le départ, rien ne l’est, concernant la mort de cet homme qui tenait plus que tout à rester isolé, à n’avoir que le minimum de contact avec les autres. Comme le pense Stefan, craignait-il quelqu’un en particulier ?

Pour répondre à cette question, il faut déjà dresser la biographie d’Herbert Molin, combler les blancs qu’il a laissés. Se pencher sur la jeunesse d’Herbert Molin, c’est découvrir tout un pan de l’histoire suédoise, celle dont on parle peu, parce qu’elle n’est pas très reluisante. Puis, l’on se dit aussi que c’est le passé, c’était il y a plus d’un demi-siècle, les choses ont bien changé. Oui, si l’on s’en tient simplement au fait. Non, si l’on tient compte des idées qui sont véhiculées. Cette enquête laissera des traces durables sur ceux qui l’ont menées. Et j’ai l’impression, en terminant ce billet, de n’avoir pas forcément retranscrit la force de ce récit.

 

Les Mamies font parler la Poudre par Catharina Ingelman-Sundberg

édition Fleuve noir – 432 pages

Présentation de l’éditeur :

Dagny Svensson, 74 ans, a tout pour passer une retraite heureuse. Son centre de divertissement et bien-être pour personnes âgées, qu’elle a fondé avec sa sœur dans la campagne suédoise, rencontre un franc succès. Elle décide pourtant de se lancer dans un nouveau défi : créer le collectif « Les Mamies pour la paix » pour lutter contre la prolifération des armes. Le jour où ses nouveaux voisins, officiellement en train de développer le premier champagne nordique, se révèlent être des trafiquants d’armes, Dagny comprend que cette nouvelle étape ne sera pas un long fleuve tranquille ! Quant à la police locale, elle n’a pas l’intention de se laisser marcher sur les pieds…

Mon avis :

Ce roman semble presque, de prime abord, un roman de feel-good. Il s’agirait simplement de lire l’histoire de deux soeurs, Dagny et Marie, deux retraitées qui peuvent désormais profiter de ce que la vie leur réserve. Comme si c’était si simple, comme si ce simple résumé ne cachait pas autre chose. J’ai eu plus de mal que je ne pensais à avancer dans le livre, sans que je sache vraiment pourquoi, et surtout, sans que je me questionne sur les raisons de cette lenteur. Peut-être parce que je m’attendais à plus d’humour, plus de cohérences entre les différentes parties. C’est vrai qu’elles débordent d’énergie, ces vieilles dames, qu’elles nous font réfléchir ce que signifie vraiment la course à l’armement. Je les ai tout de même trouvées parfois un peu naïves, j’avais envie de les secouer. Elles mettent beaucoup de temps à se rendre compte que quelque chose cloche chez leurs gentils voisins, à croire qu’elles n’ont jamais été réellement confrontées à des personnes qui ont quelque chose à cacher.

Est-ce parce que l’on est au pays d’une certaine Greta ? Une autre Greta, octogénaire, se montre particulièrement active, tout le monde la tolère même si elle parle parfois à tort et à travers : elle est toujours partante pour tout, elle est tellement en forme pour son âge ! Leurs actions font parler d’elles, et c’est ce qu’elles voulaient. Elles expérimentent les nuits en garde à vue, la prison…. et moi de m’interroger sur les méthodes de fonctionnement du système judiciaire suédois (oui, la durée d’incarcération m’a semblé bien floue).

Oui, d’un côté, cela fait plaisir de voir des mamies aussi actives. De l’autre, je me suis dit que, parfois, elles se réveillent bien tard. Dagny, par exemple, aurait voulu avoir d’autres enfants, mais son mari lui en a refusé le droit – pourquoi, dans ce pays que l’on montre toujours comme un modèle pour le droit des femmes, ne s’est-elle pas battue pour ce qu’elle désirait vraiment ? Oui, je sais, ce ne sont que quelques lignes en passant, mais Dagny ne se remet pas (le peut-on ?) de la mort de sa fille unique, enceinte, lors d’une mission humanitaire. Quand je dis que les thématiques de ce roman ne sont pas drôles, elles ne le sont pas, tout comme il n’est pas drôle de s’enrichir en créant des armes toujours plus efficaces, et de penser que, pour se débarrasser de ses problèmes, il suffit de tuer.

J’ai lu aussi que ce roman était qualifié de « cosy mystery ». Franchement, non, et pourtant, j’adore ce genre littéraire ! Ce n’est pas parce qu’il est en vogue qu’il faut mettre cette étiquette partout, à croire que les romains suédois n’ont pas connu d’heures de gloire.

Les Mamies font parler la Poudre ? Un roman que j’aurai aimé davantage apprécier.

L’argent de monsieur Arne de Selma Lagerlof

Présentation de l’éditeur :

Monsieur Arne est un pasteur, riche propriétaire. Sa fortune en argent, qu’il garde dans un coffre, fait des envieux jusqu’au drame. Elsalil, sa fille adoptive, va se retrouver face à son destin, funeste

Mon avis :

Nous sommes dans un conte fantastique, si je puis qualifier ainsi cette oeuvre. Nous en sommes en Suède, c’est certain, une Suède où la foi se dispute avec la superstition. Monsieur Arne est pasteur. Il ne craint pas les malédictions, comme celle qui serait sur l’argent contenu dans son coffre. Il ne croit pas non plus les prémonitions de sa femme, qui, pourtant, entend aiguiser les couteaux qui viendront les tuer, eux et leurs hôtes quelques heures plus tard. Il n’y aura qu’une survivante, une jeune fille adoptée par les Arne. Thoarin, le premier personnage que nous avons croisé dans le récit, a survécu également – il faut dire qu’il était parti bien avant que les trois voleurs-assassins ne viennent. A lui, à Elsalil de venger les morts.

Pourquoi venger ? Parce que la justice a été curieusement aveugle. Personne n’a fait le rapprochement entre les trois criminels et les trois riches étrangers – je trouve d’ailleurs peu réalistes qu’ils aient pu écouler si vite l’argent volé, qu’ils aient pu si vite acquérir tant d’objets de luxe sans attirer les soupçons. Nous sommes dans un conte, et Elsalil se retrouve très vite devant un dilemme. Ce n’est pas elle qui a découvert l’identité des coupables, c’est le fantôme de sa sœur adoptive. Ce n’est pas elle qui ne trouve pas de repos dans la mort, c’est la jeune fille qui n’est plus qu’une ombre. Elsalil regrette la vie choyée qui était la sienne auprès des Arne, elle regrette peu ceux qui sont morts, finalement. Elle est aussi très naïve, n’ayant pas mesuré la dangerosité de ceux à qui elle s’attaque. Lui même n’a plus vraiment toute sa lucidité, étant tourmenté non par les remords, mais par une violence qui ne demandait qu’à s’exprimer.

C’est Thoarin qui a ouvert le récit, c’est lui, quasiment, qui le clôt. Témoin courageux, il n’hésite pas à agir là où d’autres ont reculé. La paix est à ce prix.

Les morts n’ont rien à souhaiter sinon de reposer en paix.

Les cousins Karlsson, tome 10 de Katarina Mazetti

Présentation de l’éditeur :

Passer Noël sur l’île aux Grèbes ? Les cousins Karlsson en rêvaient. Mais une nuit, George disparaît mystérieusement… Puis c’est au tour de Chatpardeur ! Serait-ce un coup du « Joueur de flûte », ce dangereux individu à l’origine de plusieurs disparitions dans la région ?
Quoi qu’il en soit, il se trame quelque chose sur cette île, et les cousins sont bien décidés à ne pas se laisser faire. Malheur à celui ou celle qui oserait gâcher le Noël des cousins Karlsson !

Mon avis :

Qu’on se le dise ! Les cousins Karlsson sont grands, ils sont presque des adultes, du moins, c’est ce que dit Bourdon. Ils peuvent donc passer Noël seuls, tous les quatre, sur l’île au Grebe. Même les chevaux qui vivent traditionnellement sur l’île ne seront pas là – on ne va pas les laisser seuls, sur l’île, en plein hiver. Les enfants sont seuls, oui, mais après tout, ils l’ont toujours plus ou moins été. La différence ? Certains adultes savent que les dangers peuvent être bien réels – comme Taximaxi. E effet, quatre adolescents ont disparu, il faut donc être véritablement attentifs !
Surtout, les quatre cousins découvrent très vite qu’ils ne sont pas seuls sur l’île. Non, je ne parle pas de Chapardeur, qui a suivi Bourdon – forcément – je parle de personne qui ont laissé des traces de pas sur l’île, difficile de se cacher quand il neige ! Très vite, le mystère s’épaissit quand Chapardeur disparaît, puis George, puis….
Plus ludique que les tomes précédents, Squelettes et démons nous montrent quatre cousins parfois plus matures que leurs propres parents. Ils ne sont pas les seuls enfants à ne pas manquer de ressources – ou à se rendre compte que, parfois, ils ont vraiment fait de grosses bêtises, ou à s’interroger sur le fait de consommer (trop) de viandes. C’est la bonne humeur et la gastronomie (française -les treize desserts de Provence, la bûche de Noël) qui vont finir par prendre le dessus, dans une intrigue qui fleure bon l’esprit de Noël.

Le village perdu de Camilla Sten

Présentation de l’éditeur :

Alice Lindstedt veut savoir ce qu’il s’est passé en 1959 à Silvertjärn, petite cité minière reculée de la Suède. Comment tous ses habitants ont-ils disparu ne laissant derrière eux qu’un corps ligoté à un pieu et un nourrisson ? Sa grand-mère lui a laissé des indices, une piste, elle avait quitté le village avant le drame. Décidant d’enquêter sur cet étrange évènement, et grâce à une campagne de financement participatif, Alice monte une équipe afin de réaliser une série documentaire sur ces mystérieuses disparitions. Accompagnée de Tone, elle aussi liée à la tragédie de Silvertjärn, Emmy, Max et Robert, ils iront explorer les bâtiments décrépis à la rencontre des spectres de la ville fantôme. Leurs recherches les mèneront sur la piste du pasteur du temple au passé énigmatique. Mais à l’abri des ruines de
Silvertjärn, des ombres se profilent et des voix résonnent. Le village perdu semble animé de sombres intentions.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Be polar et les éditions Seuil pour ce partenariat.
Je découvre Camilla Sten, autrice et fille de Viveca Sten. Je découvre, et je m’étonne d’avoir ressenti si peu d’émotions, au regard de la richesse des thématiques évoqués. Pourquoi ?
Ce roman se déroule sur deux époques, de nos jours, et en 1959, les deux périodes sont clairement délimités, présent pour l’une, passé pour l’autre. Un dénominateur commun : le lieu, ce village de Silvertjärn, dont tous les habitants, sauf deux, ont été portés disparus. Ma première interrogation est, tout de même, pour quelles raisons une enquête poussée n’a pas été menée, tant il paraît étonnant que tous les habitants aient disparu ainsi ? Certes, depuis Indridason, le lecteur amateur de polars nordiques sait que des personnes peuvent disparaître, que leur corps peut ne jamais être retrouvé. Pour quelques personnes, pas pour un village entier.
Enfin, si, il restait le corps de Gitta, assassinée, et une seule survivante, un bébé laissée seule dans une école. Le lecteur saura ce qu’est devenue cette enfant, il saura également que sa descendante fait partie des personnes venues tournées ce documentaire qui doit faire la lumière sur ce qui s’est déroulé dans le village. Non, il ne s’agit pas d’Alice, cependant, elle aussi est liée à son village : sa grand-mère y a vécu, elle vivait avec mari et enfant à Stockholm quand le drame est arrivé, ses parents et sa soeur font partie des disparus.
Et si le drame de Silverjärn avait eu lieu bien avant ? Nous avons tendance à penser que les difficultés économiques sont uniquement contemporaines, alors que le premier drame de ce village fut la fermeture de la mine, et avec elle le chômage, la dépression, l’alcoolisme, des êtres humains déjà transformés en fantôme. Elsa, l’arrière-grand-mère d’Alice, assiste impuissante à la lente dégradation morale, physique de son mari. Elle assiste aussi à l’éloignement de sa fille cadette Aina, fortement influencée par le tout nouveau pasteur, venu en soutien de leur propre pasteur, aussi alcoolisé que ses paroissiens. Elsa est pourtant extrêmement combattive, elle qui s’occupe, seule ou presque, de Gitta, jeune femme qui serait (du moins je l’espère) sans doute prise en charge de nos jours, soignées comme il se doit : sans le dévouement et le courage d’Elsa, Gitta serait morte depuis longtemps. Et la lecture devient douloureuse, à la limite du supportable, quand Elsa en est presque à se battre seule contre toute. Son adversaire ? le fanatisme religieux, sectaire, hier comme aujourd’hui. Hier comme aujourd’hui, il embrigade ceux qui ne savent plus à quoi se raccrocher, cherchent une voie pour s’en sortir, sans se rendre compte qu’il est facile, très facile, beaucoup trop facile de chercher un bouc émissaire.
Si j’ai aimé le personnage d’Elsa, force est de constater que son arrière-petite-fille n’a pas été crée avec autant de force. Pourtant, son personnage était lui-même fort riche : la dépression est rarement abordée dans un roman, ses conséquences sur l’entourage de la personne dépressive encore moins. Mais…. longtemps flottera un doute sur la nature des relations qui unissent Alice à Emmy, à Tone. Ni elles, ni les personnages masculins ne sont suffisamment caractérisés pour m’emporter comme s’ils étaient déjà eux-mêmes des fantômes avant même d’arriver à Silvertjärn. C’est un regret, pour moi, de ne pas m’être attachée à eux, alors que le roman était bien construit et que son intrigue nous mène jusqu’au point de non-retour.

Les otages du Paradis de Kristina Ohlsson

édition J’ai lu – 508 pages.

Présentation de l’éditeur :

Quelques minutes après son décollage de Stockholm, un avion à destination des États-Unis est détourné. Les terroristes exigent que le gouvernement suédois revienne sur sa décision d’expulser un ressortissant marocain. Si leur demande n’est pas satisfaite, l’avion explosera en plein vol.
Fredrika Bergman, le commissaire Alex Recht et Eden Lundell, des services antiterroristes, sont chargés de l’affaire. Très vite, ils se rendent compte que ce détournement implique Tennyson Cottage, une prison américaine située en Afghanistan. Quel est le lien entre ce lieu ultra secret et un homme peut-être innocent? Alors que les heures passent, l’équipe est à court d’options, et l’avion bientôt à court de carburant…

Mon avis :

Ce n’est pas simple.
Comme si lire un roman puis rédiger son avis pouvait l’être.
Nous sommes dans une tragédie en huis-clos, ou plutôt, nous aurions dû l’être : un terroriste menace de faire exploser un avion si on ne cède pas à ses exigences. Classique, presque. Si ce n’est que les deux exigences semblent n’avoir aucun lien entre elles, si ce n’est qu’elles nous parlent à la fois de réfugiés, d’expulsion et des prisons secrètes américaines. Si ce n’est… que j’aurai aimé être davantage dans l’avion (le lecteur y est fort peu invité).
Cependant, c’est vraiment mon seul bémol. Il est des moments qui sont très intéressants dans l’intrigue, tout ce qui est mis en œuvre du côté suédois ou du côté américain pour que l’avion et ses passagers atterrissement sans dommage – l’Amérique ne sait que trop les conséquences de telles catastrophes. J’ai aimé… les négociations, les pourparlers, les recherches qui ne vont jamais assez vite, parce que les enquêteurs n’ont que treize heures devant eux, maximum, pour sauver tout le monde. Et la confiance ne règne pas forcément entre les différents services, certains ayant même gardé depuis (trop ?) longtemps des informations importantes.
Alors… les romans de Kristina Ohlsson n’étant pas forcément faciles à se procurer, j’ai déjà lu le tome suivant, et je sais ce qu’il adviendra d’un personnage qui apparaît ici pour la première fois : Eden Lundell. Elle est le seule personnage de l’intrigue à faire passer, toujours, sa vie professionnelle avant sa vie de famille. Ce n’est pas que les autres ne sont pas obligées de faire des concessions : Fredrika ne peut pas rentrer chez elle, mais cela ne pose pas de problèmes à son mari d’aller chercher leurs enfants à la crèche, de préparer le repas. Ils sont tous les deux des parents, et ils savent parfaitement quelles sont leurs responsabilités. Nous découvrons aussi qu’ils ont passé une année aux Etats-Unis, année de congé pour Fredrika, qui a pleinement profité de sa vie de famille et de l’Amérique. Vie de famille ? Pour Alex Recht, c’est sans doute le pire pour lui qui est en première ligne puisque son fils Erik est le pilote de l’avion (le pilote, pas le commandant de bord, et cela change tout).  Fredrika qui travaille pour le ministère de la justice, puis se retrouve en liaison avec la criminelle, avec son ancienne équipe, dont Alex, qui ne souhaite qu’une chose : qu’elle réintègre son poste, même si, lors de sa toute première enquête, il n’avait pas vraiment cru en ses capacités, ce qui ne l’empêche pas de reconnaître ses erreurs de jugement, et de regrette aussi l’absence de Peder, qui sera dans les pensées de ses anciens collègues – lui sait ce que perdre un membre de sa famille veut dire.
Je me dis que certaines choses semblent faciles, très faciles, notamment la capacité à faire croire à des personnes des faits qui ne sont pas vrais, à mettre aussi les enquêteurs sur une fausse piste en leur livrant des indices gros comme des maisons. Cela paraît si terriblement simple que cela en devient inquiétant. Je me dis que, comme souvent, beaucoup de problèmes viennent de ne pas avoir su, ou voulu parler, dire, parce qu’il valait mieux « attendre » – dans le domaine du privé – ou parce que les contingences de l’enquête faisaient que ce n’était pas le « bon » moment – croyait-on. Le bon moment, c’est maintenant, c’est celui où l’on découvre le fait, où l’on doit le transmettre au plus vite – et il n’est jamais trop tôt pour dire à une personne tout le bien que l’on pense d’elle, toute l’affection que l’on a pour elle.
Le sous-titre a beau être « les enquêtes de Fredrika Bergmann », elle reste, pour moi, dans ce livre, plus mis en avant pour ses choix de vie que pour son enquête. Alex et Eden ont été bien plus en première ligne qu’elle, de même que la question, souvent posée par l’autrice, de la place des migrants, des réfugiés en Suède – la question mérite largement d’être posée, et elle l’est au fur et à mesure des volumes de cette série.
La postface de l’autrice est à lire également – elle revient sur ses sources d’inspiration, mais aussi sur des reproches qui lui ont été faits pour son dénouement. Je le trouve pour ma part très bien, très crédible en tout cas – malheureusement, ai-je envie de dire, pour certains aspects.

L’archipel des larmes de Camilla Grebe

édition Calmann-Lévy – 448 pages.

Mon avis :

C’est à un voyage de l’autrice  nous convie. Un voyage dans le temps, un voyage dont les deux fils conducteurs sont une série d’assassinats et le droit des femmes. Ou plutôt l’absence de droit des femmes.

Elsie, Britt-Marie, Hanne, et Malin. Ces deux dernières, nous les connaissons déjà, du moins si, comme moi, vous avez lu les trois précédents romans de Camilla Grebe. Hanne est une profileuse, et nous découvrons ici une de ses premières enquêtes, au milieu des années 80. Malin est enquêtrice dans les années 2010. Elsie et Britt-Marie sont en quelques sorte des pionnières dans la police. Elsie est une auxiliaire de police en 1944, elle est tuée, presque accidentellement, sur une scène de crime. Je dis « presque », parce que c’est le meurtrier qui a causé sa mort, sans qu’il ait vraiment prémédité de la tuer. Elle avait perdu son fiancé à la guerre, et avait eu une petite fille, qu’elle avait dû confier à un couple. Elle espérait encore, au moment de sa mort, pouvoir vivre la vie dont elle avait rêvé – se marier, élever sa fille.

Trente ans passent, et sa fille est à son tour dans la police, à une époque où les droits des femmes auraient dû progresser, ont progressé, mais où des hommes refusent cette évolution de la société, refusent que des femmes travaillent dans la police, et trouvent que les femmes devraient se contenter de métiers féminins. Britt-Marie pensait pourtant avoir accompli son rêve, et déchante vite : elle est cantonnée à des taches de bureau, des taches même pas utiles, que n’importe quelle secrétaire pourrait effectuer. Elle a réussi sa vie personnelle, pourtant, elle est mariée, avec un homme qu’elle aime, elle a un petit garçon, Erik, et aimerait lui donner un petit frère ou une petite sœur. Le seul moment où elle est enfin envoyée sur le terrain, c’est malheureusement pour l’une des seules raisons pour laquelle on estimait les femmes utiles : elle doit interroger une victime de viol, agressée selon le même mode opératoire que la victime de 1944. Yvonne n’est que la première victime, une seconde suit, qui a eu moins de chance : elle a été assassinée. Les victimes sont-elles vraiment des victimes ? Oui, ce n’est pas écrit ainsi, mais le responsable de l’enquête le pense tellement fort que cela se ressent dans l’enquête, lui qui les voit comme des femmes légères, lui qui pense, pour la survivante comme pour la jeune femme défunte, elles avaient forcément un lien avec le meurtrier.

Dix ans plus tard, il le pensera encore, il pensera encore beaucoup de mal de Britt-Marie, qui a mystérieusement disparu au plus fort de l’enquête, alors qu’elle menait des investigations de son côté. Dix ans plus tard, les violences faites aux femmes sont toujours là, le nombre de mères célibataires a par contre drastiquement augmenté. Les femmes peuvent faire le choix de ne pas avoir d’enfants, comme Hanne, pour vivre une vie de couple uniquement tournée vers le couple, sans les contraintes liées aux enfants. Hanne et son mari ont comme point commun une histoire familiale complexe et non résolue – Hanne aurait sans doute trop de travail pour tenter de mettre de l’ordre dans les conséquences de ce qu’elle a vécu, dans son ressenti. Nous sommes dans les années 80, nous sommes en Suède, Hanne est sure d’elle, de ses choix, et pourtant, elle constate. Elle constate le snobisme de son mari, qui ne comprendrait pas son amitié avec Linda, une jeune policière pleine de vie, mais qui n’est pas une intellectuelle. Elle constate qu’un homme peut ne pas supporter d’être repoussé, calmement, fermement, mais repoussé tout de même, et que cela peut jouer dans le travail – au détriment du travail, une belle femme se devant, dans l’esprit de certains hommes, d’accepter les hommages qui lui sont rendus. Elle constate que les moyens de la police sont donnés avant tout pour protéger les personnes aisés, les personnes qui vivent dans les beaux quartiers, non pour ceux, encore moins celles, qui manquent de tout ou presque dans la vie.

Puis vient Malin. Elle est mariée, elle a un petit garçon, Otto. Son mari a pris un congé paternité et pourtant, la charge mentale repose toujours partiellement sur elle. Faire la cuisine, donner éventuellement le biberon, coucher et changer le bébé, oui. Tout nettoyer, tout ranger, non. Si aucun nouveau meurtre n’a eu lieu, en revanche, un corps réapparaît, relançant l’enquête. Les méthodes ont changé, les échantillons peuvent enfin être analysés plus finement – le tout est de trouver un ADN avec lequel le comparer. Il faut aussi pouvoir enquêter. J’aime beaucoup les gens qui voient le monde avec de petites lunettes roses, et pensent que jamais une femme ne nuira à une autre femme, qu’une rivalité entre deux femmes est impossible. Bienheureux ceux qui n’ont pas compris que ce n’est pas parce qu’une femme a atteint des sommets, en vivant quasiment comme un homme, qu’elle a envie que d’autres l’atteignent à son tour. Quant à ses fameuses réunions, et autres commissions pour l’égalité homme/femme, elles ne distillent jamais que des mots dont quelques-uns aiment se gorger. Des mots, pas des solutions : « Nous exerçons notre pouvoir sur tous ceux qui représentent une menace, parce que nous le pouvons, et nous le voulons. Que nous soyons homme ou femme« .

Et, pour unir ces quatre femmes, une voix. Une voix qui sait presque tout sur elles, qui unit et commente leur destin, qui anticipe aussi, sans, parfois, en savoir forcément beaucoup plus que le lecteur du récit. Une voix qui s’est chargée de reconstituer ces quarante-cinq années d’impunité. Le choix est de parler des femmes, de ces « femmes devenues ombres qui n’ont pu vivre leur vie. De femmes dont les espoirs se sont dissous en un archipel de larmes. Celles qui se sont éteintes comme des bouts de chandelles dans le faible courant d’air d’une fenêtre ouverte ». Oui, il est temps de ne plus admirer et glorifier les bourreaux, et de redonner une voix à celles qui en ont été privées.

La fille qui avait de la neige dans les cheveux de Ninni Schulman

Présentation de l’éditeur :

De retour dans sa ville natale après son divorce, Madga décroche un poste au journal local. Entre fermetures d’écoles et expositions canines, il ne se passe pas grand-chose, à Hagfors. Quand Hedda, 16 ans, est portée disparue, Magda s’empare de l’affaire.

Mon avis :

La fille qui avait de la neige dans les cheveux. Un livre qui était dans ma PAL depuis à peu près quatre ans, voir plus. Un livre que j’avais déjà tenté de lire, puis reposer, avant de me dire, que là, il faudrait peut-être que je l’en sorte enfin, de ma PAL. Je l’avais acheté à cause de ce titre énigmatique, je l’avais acheté aussi parce que je lis beaucoup de romans policiers suédois, et que cela me fait une autrice de plus découverte.
Ce qui fait l’originalité première de ce polar est que l’héroïne, Magdalena dite Magda ou Maggie (pour les vraiment très intimes) est journaliste. Après son divorce, elle a pris son fils sous le bras et est retournée dans sa ville natale. Elle travaille donc pour le journal local, et tant pis si les articles qu’elle rédige ne sont pas vraiment sur des sujets très folichons – une exposition de peinture, par exemple. Ayant très bien su gérer son argent, elle a pu s’acheter une maison – et tant pis si cela ne plaît pas à tout le monde. Son ex-mari, déjà remarié, futur père d’un second enfant, n’a pas très bien pris l’éloignement de son ex-femme, lui qui aurait voulu s’impliquer davantage dans la vie de leur fils, qui aurait même voulu la garde alternée – ce qui est impossible vu la distance. Il accueille néanmoins Nils un week-end sur deux, Nils ayant fait le trajet de quatre heures en bus. Nils a été adopté, on le sait brièvement au début du livre. A aucun moment Magda ne voit Nils autrement que comme son fils – un net progrès, par rapport à des ouvrages où le mot « adoptif » est toujours mis. Pour dire quoi ? Non, si quelqu’un est bien incapable de voir les liens entre Magda et son fils, c’est bien la personne qui la menacera et traitera Nils de « chinetoque ».
Oui, être journaliste, c’est risqué, même si la police ne démérite pas dans cet ouvrage. Elle est simplement débordée, entre les vols, dont on parle peu mais sur lesquels il faut bien enquêter, la disparition d’une jeune fille de seize ans et le meurtre d’une autre toute jeune fille, retrouvée nue dans une cave. Qui est-elle ? Et qu’est devenue Hedda ?
La famille, ou plutôt les familles sont au coeur de ce roman, ainsi que l’égalité homme/femme. Christian, commissaire adjoint, et ami d’enfance de Madgalena, est célibataire ; il admet lui même rêver sa vie sentimentale plutôt que de la vivre. Ses parents ? Sa mère voit à quel point la vie de sa fille Tina et de son gendre est difficile, entre travail et enfants. Elle s’interroge aussi sur ce « besoin » d’égalité, elle qui pense (encore) que certaines tâches sont réservées aux femmes, et d’autres aux hommes. Petra, policière elle aussi, vit un partage des tâches presque théorique : son mari, depuis le début de cette enquête qui les nerfs de Petra à rude épreuve, est celui qui accomplit le plus de tâches ménagères, au point que c’est lui qui craque. De plus, leur fille Nellie se comporte d’étrange façon, ce qui est trop pour Petra. Quant elle saura pourquoi, eh bien, c’est elle qui sera soulagée, et c’est son mari qui aura plus de mal à l’être. Il est facile d’être ouvert d’esprit tant que l’on n’est pas concerné par le sujet.
S’il en est d’autres qui ne trouveront jamais l’apaisement, ce sont les parents d’Hedda. Si son père craignait au départ que l’on s’aperçoive qu’ils ne formaient pas la famille modèle qu’ils paraissaient être, il doit surtout se rendre compte qu’il ne savait rien de sa fille, qu’il ne s’était aperçu de rien – et que celle-ci en avait souffert.
Combien de famille semble seulement heureuse ? Petra, Madga, le diront : connaissons-nous vraiment ceux qui nous entourent ? Soupçonnons-nous véritablement les horreurs qui peuvent être commises tout prêt de nous ? Et au nom de quoi ? Magda se met en danger pour son métier, mais elle veille à protéger son fils de son mieux : prévenir la police est toujours LA bonne solution.
La fille qui avait de la neige dans les cheveux, un polar plus prenant que je ne l’aurai cru.

Les étoiles de David de Kristina Ohlsson

Présentation de l’éditeur :

À Stockholm, alors qu’Efraim Kiel vient recruter un nouveau responsable de la sécurité pour la synagogue de Salomon, l’alarme se déclenche : une institutrice a été abattue devant une école juive, peu de temps avant que deux enfants disparaissent sur le chemin de leur cours de tennis. Crimes antisémites ? Vengeance personnelle ? Y aurait-il même un lien entre les crimes ? Alex Recht et Fredrika Bergman sont chargés de l’affaire, mais une tempête de neige a fait disparaître tout indice. Pendant ce temps, Eden Lundell, à la tête de l’unité antiterroriste de la police suédoise, mène sa propre enquête sur Efraim Kiel. Qui est ce Garçon de papier qui ne cesse d’apparaître durant les recherches ? Les enquêteurs seront amenés jusqu’en Israël pour déterminer s’il s’agit d’un simple mythe, ou d’une réalité…

Merci à Babelio et aux éditions J’ai lu pour ce partenariat.

Mon avis :

Cet été, je me suis offert une cure de romans policiers suédois, en découvrant l’oeuvre de Liza Marklund, et Annika, son héroïne. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement entre ses deux autrices suédoises, parce qu’elles exploitent, comme Sjöwall et Wählöö l’avaient fait avant elles, sur la place de la femme dans la société suédoise et sur la parité. En effet, ce n’est pas un vain mot dans ce roman. Frederika, l’héroïne de Kristina Ohlsson, est mariée, elle a deux enfants avec l’homme avec lequel elle a eu une relation de longue date, avant qu’il ne quitte sa femme et ne l’épouse. Il n’a pas quitté sa femme parce que Frederika lui avait fait un enfant dans le dos, non, la naissance de leur premier enfant a été choisi, voulu. Ils l’élèvent donc ensemble, et il n’est pas question pour Frederika qu’il en soit autrement : ne comptez pas sur elle pour donner sa bénédiction à son mari pour qu’il parte quinze jours pour son métier. Attention ! Elle n’est pas contre ses déplacements professionnels, tout comme il n’est pas contre les siens : il faut simplement planifier leur organisation afin que l’un ou l’autre se retrouve seul avec leurs deux enfants pendant un long moment. Alex, le chef de la bridage, a refait sa vie après son veuvage, et auprès de Diana, qui veut que leur vie commune le soit vraiment, il comprend ce que sa femme a dû assumer pendant leurs années de mariage, la laissant seule alors qu’il se consacrait à leur métier. Même Peder a mis de l’eau dans son vin – avec lui, qui n’est plus dans la police, nous revenons de loin du point de vue de la misogynie.

C’est par son biais, presque, que nous entrons dans l’enquête. Peder travaille à divers postes de sécurité depuis qu’il a été licencié de la police. Il vient d’être embaucher comme nouveau responsable de la sécurité de la synagogue de Salomon. Une jeune institutrice a été tuée, deux enfants ont été enlevés puis ont été retrouvés assassinés. Ce n’est pas un crime antisémite, c’est du moins ce que les policiers veulent croire. Le but est de ne pas provoquer d’accès de panique – comme si trois meurtres, à eux seuls, n’étaient pas inquiétants.

Autre fait : le rôle des services secrets, et je ne parle pas forcément des services secrets suédois. Nous croisons aussi le Mossad, et non, l’on ne se demande pas ce qu’ils viennent faire là : toutes les pistes mènent en Israël, toutes. Elles renvoient au passé des parents de deux des victimes, qui ont émigré en Suède peu avant la naissance de leur fils respectif. Alors, oui, ce n’est pas forcément facile d’interroger des parents qui viennent de perdre leur enfant dans des circonstances atroces. Il est tout aussi difficile de se dire qu’ils cachent peut-être des éléments utiles à l’enquête sans s’en apercevoir – ou en s’en apercevant trop bien. Mener une enquête, dans son pays, hors de son pays, n’est pas chose facile, mais aucun des enquêteurs ne recule devant les tâches qui leur incombent.

Ce n’est pas tant que l’enquête nous emmène de rebondissements en rebondissements, c’est que nous nous retrouvons face à des pistes que les enquêtes creusent sans relâche, face à des suspects qui ne cessent de nous surprendre, face à des révélations que certain(e)s auraient voulu garder pour toujours.

Ce n’est pas une lecture agréable, dans le sens où ce qui est raconté ne l’est pas. C’est une lecture qui nous montre une réalité qui n’est pas évidente à découvrir. Il est des personnes, fort heureusement, qui mènent leur vie intime, familiale, paisiblement. Il en est d’autres pour qui la vie de leur pays passe avant – et tant pis pour les dégâts. Les étoiles de David est une oeuvre forte, bien maîtrisée – que les six cents pages de ce pavé ne vous effraie pas.