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Le village perdu de Camilla Sten

Présentation de l’éditeur :

Alice Lindstedt veut savoir ce qu’il s’est passé en 1959 à Silvertjärn, petite cité minière reculée de la Suède. Comment tous ses habitants ont-ils disparu ne laissant derrière eux qu’un corps ligoté à un pieu et un nourrisson ? Sa grand-mère lui a laissé des indices, une piste, elle avait quitté le village avant le drame. Décidant d’enquêter sur cet étrange évènement, et grâce à une campagne de financement participatif, Alice monte une équipe afin de réaliser une série documentaire sur ces mystérieuses disparitions. Accompagnée de Tone, elle aussi liée à la tragédie de Silvertjärn, Emmy, Max et Robert, ils iront explorer les bâtiments décrépis à la rencontre des spectres de la ville fantôme. Leurs recherches les mèneront sur la piste du pasteur du temple au passé énigmatique. Mais à l’abri des ruines de
Silvertjärn, des ombres se profilent et des voix résonnent. Le village perdu semble animé de sombres intentions.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Be polar et les éditions Seuil pour ce partenariat.
Je découvre Camilla Sten, autrice et fille de Viveca Sten. Je découvre, et je m’étonne d’avoir ressenti si peu d’émotions, au regard de la richesse des thématiques évoqués. Pourquoi ?
Ce roman se déroule sur deux époques, de nos jours, et en 1959, les deux périodes sont clairement délimités, présent pour l’une, passé pour l’autre. Un dénominateur commun : le lieu, ce village de Silvertjärn, dont tous les habitants, sauf deux, ont été portés disparus. Ma première interrogation est, tout de même, pour quelles raisons une enquête poussée n’a pas été menée, tant il paraît étonnant que tous les habitants aient disparu ainsi ? Certes, depuis Indridason, le lecteur amateur de polars nordiques sait que des personnes peuvent disparaître, que leur corps peut ne jamais être retrouvé. Pour quelques personnes, pas pour un village entier.
Enfin, si, il restait le corps de Gitta, assassinée, et une seule survivante, un bébé laissée seule dans une école. Le lecteur saura ce qu’est devenue cette enfant, il saura également que sa descendante fait partie des personnes venues tournées ce documentaire qui doit faire la lumière sur ce qui s’est déroulé dans le village. Non, il ne s’agit pas d’Alice, cependant, elle aussi est liée à son village : sa grand-mère y a vécu, elle vivait avec mari et enfant à Stockholm quand le drame est arrivé, ses parents et sa soeur font partie des disparus.
Et si le drame de Silverjärn avait eu lieu bien avant ? Nous avons tendance à penser que les difficultés économiques sont uniquement contemporaines, alors que le premier drame de ce village fut la fermeture de la mine, et avec elle le chômage, la dépression, l’alcoolisme, des êtres humains déjà transformés en fantôme. Elsa, l’arrière-grand-mère d’Alice, assiste impuissante à la lente dégradation morale, physique de son mari. Elle assiste aussi à l’éloignement de sa fille cadette Aina, fortement influencée par le tout nouveau pasteur, venu en soutien de leur propre pasteur, aussi alcoolisé que ses paroissiens. Elsa est pourtant extrêmement combattive, elle qui s’occupe, seule ou presque, de Gitta, jeune femme qui serait (du moins je l’espère) sans doute prise en charge de nos jours, soignées comme il se doit : sans le dévouement et le courage d’Elsa, Gitta serait morte depuis longtemps. Et la lecture devient douloureuse, à la limite du supportable, quand Elsa en est presque à se battre seule contre toute. Son adversaire ? le fanatisme religieux, sectaire, hier comme aujourd’hui. Hier comme aujourd’hui, il embrigade ceux qui ne savent plus à quoi se raccrocher, cherchent une voie pour s’en sortir, sans se rendre compte qu’il est facile, très facile, beaucoup trop facile de chercher un bouc émissaire.
Si j’ai aimé le personnage d’Elsa, force est de constater que son arrière-petite-fille n’a pas été crée avec autant de force. Pourtant, son personnage était lui-même fort riche : la dépression est rarement abordée dans un roman, ses conséquences sur l’entourage de la personne dépressive encore moins. Mais…. longtemps flottera un doute sur la nature des relations qui unissent Alice à Emmy, à Tone. Ni elles, ni les personnages masculins ne sont suffisamment caractérisés pour m’emporter comme s’ils étaient déjà eux-mêmes des fantômes avant même d’arriver à Silvertjärn. C’est un regret, pour moi, de ne pas m’être attachée à eux, alors que le roman était bien construit et que son intrigue nous mène jusqu’au point de non-retour.

Les otages du Paradis de Kristina Ohlsson

édition J’ai lu – 508 pages.

Présentation de l’éditeur :

Quelques minutes après son décollage de Stockholm, un avion à destination des États-Unis est détourné. Les terroristes exigent que le gouvernement suédois revienne sur sa décision d’expulser un ressortissant marocain. Si leur demande n’est pas satisfaite, l’avion explosera en plein vol.
Fredrika Bergman, le commissaire Alex Recht et Eden Lundell, des services antiterroristes, sont chargés de l’affaire. Très vite, ils se rendent compte que ce détournement implique Tennyson Cottage, une prison américaine située en Afghanistan. Quel est le lien entre ce lieu ultra secret et un homme peut-être innocent? Alors que les heures passent, l’équipe est à court d’options, et l’avion bientôt à court de carburant…

Mon avis :

Ce n’est pas simple.
Comme si lire un roman puis rédiger son avis pouvait l’être.
Nous sommes dans une tragédie en huis-clos, ou plutôt, nous aurions dû l’être : un terroriste menace de faire exploser un avion si on ne cède pas à ses exigences. Classique, presque. Si ce n’est que les deux exigences semblent n’avoir aucun lien entre elles, si ce n’est qu’elles nous parlent à la fois de réfugiés, d’expulsion et des prisons secrètes américaines. Si ce n’est… que j’aurai aimé être davantage dans l’avion (le lecteur y est fort peu invité).
Cependant, c’est vraiment mon seul bémol. Il est des moments qui sont très intéressants dans l’intrigue, tout ce qui est mis en œuvre du côté suédois ou du côté américain pour que l’avion et ses passagers atterrissement sans dommage – l’Amérique ne sait que trop les conséquences de telles catastrophes. J’ai aimé… les négociations, les pourparlers, les recherches qui ne vont jamais assez vite, parce que les enquêteurs n’ont que treize heures devant eux, maximum, pour sauver tout le monde. Et la confiance ne règne pas forcément entre les différents services, certains ayant même gardé depuis (trop ?) longtemps des informations importantes.
Alors… les romans de Kristina Ohlsson n’étant pas forcément faciles à se procurer, j’ai déjà lu le tome suivant, et je sais ce qu’il adviendra d’un personnage qui apparaît ici pour la première fois : Eden Lundell. Elle est le seule personnage de l’intrigue à faire passer, toujours, sa vie professionnelle avant sa vie de famille. Ce n’est pas que les autres ne sont pas obligées de faire des concessions : Fredrika ne peut pas rentrer chez elle, mais cela ne pose pas de problèmes à son mari d’aller chercher leurs enfants à la crèche, de préparer le repas. Ils sont tous les deux des parents, et ils savent parfaitement quelles sont leurs responsabilités. Nous découvrons aussi qu’ils ont passé une année aux Etats-Unis, année de congé pour Fredrika, qui a pleinement profité de sa vie de famille et de l’Amérique. Vie de famille ? Pour Alex Recht, c’est sans doute le pire pour lui qui est en première ligne puisque son fils Erik est le pilote de l’avion (le pilote, pas le commandant de bord, et cela change tout).  Fredrika qui travaille pour le ministère de la justice, puis se retrouve en liaison avec la criminelle, avec son ancienne équipe, dont Alex, qui ne souhaite qu’une chose : qu’elle réintègre son poste, même si, lors de sa toute première enquête, il n’avait pas vraiment cru en ses capacités, ce qui ne l’empêche pas de reconnaître ses erreurs de jugement, et de regrette aussi l’absence de Peder, qui sera dans les pensées de ses anciens collègues – lui sait ce que perdre un membre de sa famille veut dire.
Je me dis que certaines choses semblent faciles, très faciles, notamment la capacité à faire croire à des personnes des faits qui ne sont pas vrais, à mettre aussi les enquêteurs sur une fausse piste en leur livrant des indices gros comme des maisons. Cela paraît si terriblement simple que cela en devient inquiétant. Je me dis que, comme souvent, beaucoup de problèmes viennent de ne pas avoir su, ou voulu parler, dire, parce qu’il valait mieux « attendre » – dans le domaine du privé – ou parce que les contingences de l’enquête faisaient que ce n’était pas le « bon » moment – croyait-on. Le bon moment, c’est maintenant, c’est celui où l’on découvre le fait, où l’on doit le transmettre au plus vite – et il n’est jamais trop tôt pour dire à une personne tout le bien que l’on pense d’elle, toute l’affection que l’on a pour elle.
Le sous-titre a beau être « les enquêtes de Fredrika Bergmann », elle reste, pour moi, dans ce livre, plus mis en avant pour ses choix de vie que pour son enquête. Alex et Eden ont été bien plus en première ligne qu’elle, de même que la question, souvent posée par l’autrice, de la place des migrants, des réfugiés en Suède – la question mérite largement d’être posée, et elle l’est au fur et à mesure des volumes de cette série.
La postface de l’autrice est à lire également – elle revient sur ses sources d’inspiration, mais aussi sur des reproches qui lui ont été faits pour son dénouement. Je le trouve pour ma part très bien, très crédible en tout cas – malheureusement, ai-je envie de dire, pour certains aspects.

L’archipel des larmes de Camilla Grebe

édition Calmann-Lévy – 448 pages.

Mon avis :

C’est à un voyage de l’autrice  nous convie. Un voyage dans le temps, un voyage dont les deux fils conducteurs sont une série d’assassinats et le droit des femmes. Ou plutôt l’absence de droit des femmes.

Elsie, Britt-Marie, Hanne, et Malin. Ces deux dernières, nous les connaissons déjà, du moins si, comme moi, vous avez lu les trois précédents romans de Camilla Grebe. Hanne est une profileuse, et nous découvrons ici une de ses premières enquêtes, au milieu des années 80. Malin est enquêtrice dans les années 2010. Elsie et Britt-Marie sont en quelques sorte des pionnières dans la police. Elsie est une auxiliaire de police en 1944, elle est tuée, presque accidentellement, sur une scène de crime. Je dis « presque », parce que c’est le meurtrier qui a causé sa mort, sans qu’il ait vraiment prémédité de la tuer. Elle avait perdu son fiancé à la guerre, et avait eu une petite fille, qu’elle avait dû confier à un couple. Elle espérait encore, au moment de sa mort, pouvoir vivre la vie dont elle avait rêvé – se marier, élever sa fille.

Trente ans passent, et sa fille est à son tour dans la police, à une époque où les droits des femmes auraient dû progresser, ont progressé, mais où des hommes refusent cette évolution de la société, refusent que des femmes travaillent dans la police, et trouvent que les femmes devraient se contenter de métiers féminins. Britt-Marie pensait pourtant avoir accompli son rêve, et déchante vite : elle est cantonnée à des taches de bureau, des taches même pas utiles, que n’importe quelle secrétaire pourrait effectuer. Elle a réussi sa vie personnelle, pourtant, elle est mariée, avec un homme qu’elle aime, elle a un petit garçon, Erik, et aimerait lui donner un petit frère ou une petite sœur. Le seul moment où elle est enfin envoyée sur le terrain, c’est malheureusement pour l’une des seules raisons pour laquelle on estimait les femmes utiles : elle doit interroger une victime de viol, agressée selon le même mode opératoire que la victime de 1944. Yvonne n’est que la première victime, une seconde suit, qui a eu moins de chance : elle a été assassinée. Les victimes sont-elles vraiment des victimes ? Oui, ce n’est pas écrit ainsi, mais le responsable de l’enquête le pense tellement fort que cela se ressent dans l’enquête, lui qui les voit comme des femmes légères, lui qui pense, pour la survivante comme pour la jeune femme défunte, elles avaient forcément un lien avec le meurtrier.

Dix ans plus tard, il le pensera encore, il pensera encore beaucoup de mal de Britt-Marie, qui a mystérieusement disparu au plus fort de l’enquête, alors qu’elle menait des investigations de son côté. Dix ans plus tard, les violences faites aux femmes sont toujours là, le nombre de mères célibataires a par contre drastiquement augmenté. Les femmes peuvent faire le choix de ne pas avoir d’enfants, comme Hanne, pour vivre une vie de couple uniquement tournée vers le couple, sans les contraintes liées aux enfants. Hanne et son mari ont comme point commun une histoire familiale complexe et non résolue – Hanne aurait sans doute trop de travail pour tenter de mettre de l’ordre dans les conséquences de ce qu’elle a vécu, dans son ressenti. Nous sommes dans les années 80, nous sommes en Suède, Hanne est sure d’elle, de ses choix, et pourtant, elle constate. Elle constate le snobisme de son mari, qui ne comprendrait pas son amitié avec Linda, une jeune policière pleine de vie, mais qui n’est pas une intellectuelle. Elle constate qu’un homme peut ne pas supporter d’être repoussé, calmement, fermement, mais repoussé tout de même, et que cela peut jouer dans le travail – au détriment du travail, une belle femme se devant, dans l’esprit de certains hommes, d’accepter les hommages qui lui sont rendus. Elle constate que les moyens de la police sont donnés avant tout pour protéger les personnes aisés, les personnes qui vivent dans les beaux quartiers, non pour ceux, encore moins celles, qui manquent de tout ou presque dans la vie.

Puis vient Malin. Elle est mariée, elle a un petit garçon, Otto. Son mari a pris un congé paternité et pourtant, la charge mentale repose toujours partiellement sur elle. Faire la cuisine, donner éventuellement le biberon, coucher et changer le bébé, oui. Tout nettoyer, tout ranger, non. Si aucun nouveau meurtre n’a eu lieu, en revanche, un corps réapparaît, relançant l’enquête. Les méthodes ont changé, les échantillons peuvent enfin être analysés plus finement – le tout est de trouver un ADN avec lequel le comparer. Il faut aussi pouvoir enquêter. J’aime beaucoup les gens qui voient le monde avec de petites lunettes roses, et pensent que jamais une femme ne nuira à une autre femme, qu’une rivalité entre deux femmes est impossible. Bienheureux ceux qui n’ont pas compris que ce n’est pas parce qu’une femme a atteint des sommets, en vivant quasiment comme un homme, qu’elle a envie que d’autres l’atteignent à son tour. Quant à ses fameuses réunions, et autres commissions pour l’égalité homme/femme, elles ne distillent jamais que des mots dont quelques-uns aiment se gorger. Des mots, pas des solutions : « Nous exerçons notre pouvoir sur tous ceux qui représentent une menace, parce que nous le pouvons, et nous le voulons. Que nous soyons homme ou femme« .

Et, pour unir ces quatre femmes, une voix. Une voix qui sait presque tout sur elles, qui unit et commente leur destin, qui anticipe aussi, sans, parfois, en savoir forcément beaucoup plus que le lecteur du récit. Une voix qui s’est chargée de reconstituer ces quarante-cinq années d’impunité. Le choix est de parler des femmes, de ces « femmes devenues ombres qui n’ont pu vivre leur vie. De femmes dont les espoirs se sont dissous en un archipel de larmes. Celles qui se sont éteintes comme des bouts de chandelles dans le faible courant d’air d’une fenêtre ouverte ». Oui, il est temps de ne plus admirer et glorifier les bourreaux, et de redonner une voix à celles qui en ont été privées.

La fille qui avait de la neige dans les cheveux de Ninni Schulman

Présentation de l’éditeur :

De retour dans sa ville natale après son divorce, Madga décroche un poste au journal local. Entre fermetures d’écoles et expositions canines, il ne se passe pas grand-chose, à Hagfors. Quand Hedda, 16 ans, est portée disparue, Magda s’empare de l’affaire.

Mon avis :

La fille qui avait de la neige dans les cheveux. Un livre qui était dans ma PAL depuis à peu près quatre ans, voir plus. Un livre que j’avais déjà tenté de lire, puis reposer, avant de me dire, que là, il faudrait peut-être que je l’en sorte enfin, de ma PAL. Je l’avais acheté à cause de ce titre énigmatique, je l’avais acheté aussi parce que je lis beaucoup de romans policiers suédois, et que cela me fait une autrice de plus découverte.
Ce qui fait l’originalité première de ce polar est que l’héroïne, Magdalena dite Magda ou Maggie (pour les vraiment très intimes) est journaliste. Après son divorce, elle a pris son fils sous le bras et est retournée dans sa ville natale. Elle travaille donc pour le journal local, et tant pis si les articles qu’elle rédige ne sont pas vraiment sur des sujets très folichons – une exposition de peinture, par exemple. Ayant très bien su gérer son argent, elle a pu s’acheter une maison – et tant pis si cela ne plaît pas à tout le monde. Son ex-mari, déjà remarié, futur père d’un second enfant, n’a pas très bien pris l’éloignement de son ex-femme, lui qui aurait voulu s’impliquer davantage dans la vie de leur fils, qui aurait même voulu la garde alternée – ce qui est impossible vu la distance. Il accueille néanmoins Nils un week-end sur deux, Nils ayant fait le trajet de quatre heures en bus. Nils a été adopté, on le sait brièvement au début du livre. A aucun moment Magda ne voit Nils autrement que comme son fils – un net progrès, par rapport à des ouvrages où le mot « adoptif » est toujours mis. Pour dire quoi ? Non, si quelqu’un est bien incapable de voir les liens entre Magda et son fils, c’est bien la personne qui la menacera et traitera Nils de « chinetoque ».
Oui, être journaliste, c’est risqué, même si la police ne démérite pas dans cet ouvrage. Elle est simplement débordée, entre les vols, dont on parle peu mais sur lesquels il faut bien enquêter, la disparition d’une jeune fille de seize ans et le meurtre d’une autre toute jeune fille, retrouvée nue dans une cave. Qui est-elle ? Et qu’est devenue Hedda ?
La famille, ou plutôt les familles sont au coeur de ce roman, ainsi que l’égalité homme/femme. Christian, commissaire adjoint, et ami d’enfance de Madgalena, est célibataire ; il admet lui même rêver sa vie sentimentale plutôt que de la vivre. Ses parents ? Sa mère voit à quel point la vie de sa fille Tina et de son gendre est difficile, entre travail et enfants. Elle s’interroge aussi sur ce « besoin » d’égalité, elle qui pense (encore) que certaines tâches sont réservées aux femmes, et d’autres aux hommes. Petra, policière elle aussi, vit un partage des tâches presque théorique : son mari, depuis le début de cette enquête qui les nerfs de Petra à rude épreuve, est celui qui accomplit le plus de tâches ménagères, au point que c’est lui qui craque. De plus, leur fille Nellie se comporte d’étrange façon, ce qui est trop pour Petra. Quant elle saura pourquoi, eh bien, c’est elle qui sera soulagée, et c’est son mari qui aura plus de mal à l’être. Il est facile d’être ouvert d’esprit tant que l’on n’est pas concerné par le sujet.
S’il en est d’autres qui ne trouveront jamais l’apaisement, ce sont les parents d’Hedda. Si son père craignait au départ que l’on s’aperçoive qu’ils ne formaient pas la famille modèle qu’ils paraissaient être, il doit surtout se rendre compte qu’il ne savait rien de sa fille, qu’il ne s’était aperçu de rien – et que celle-ci en avait souffert.
Combien de famille semble seulement heureuse ? Petra, Madga, le diront : connaissons-nous vraiment ceux qui nous entourent ? Soupçonnons-nous véritablement les horreurs qui peuvent être commises tout prêt de nous ? Et au nom de quoi ? Magda se met en danger pour son métier, mais elle veille à protéger son fils de son mieux : prévenir la police est toujours LA bonne solution.
La fille qui avait de la neige dans les cheveux, un polar plus prenant que je ne l’aurai cru.

Les étoiles de David de Kristina Ohlsson

Présentation de l’éditeur :

À Stockholm, alors qu’Efraim Kiel vient recruter un nouveau responsable de la sécurité pour la synagogue de Salomon, l’alarme se déclenche : une institutrice a été abattue devant une école juive, peu de temps avant que deux enfants disparaissent sur le chemin de leur cours de tennis. Crimes antisémites ? Vengeance personnelle ? Y aurait-il même un lien entre les crimes ? Alex Recht et Fredrika Bergman sont chargés de l’affaire, mais une tempête de neige a fait disparaître tout indice. Pendant ce temps, Eden Lundell, à la tête de l’unité antiterroriste de la police suédoise, mène sa propre enquête sur Efraim Kiel. Qui est ce Garçon de papier qui ne cesse d’apparaître durant les recherches ? Les enquêteurs seront amenés jusqu’en Israël pour déterminer s’il s’agit d’un simple mythe, ou d’une réalité…

Merci à Babelio et aux éditions J’ai lu pour ce partenariat.

Mon avis :

Cet été, je me suis offert une cure de romans policiers suédois, en découvrant l’oeuvre de Liza Marklund, et Annika, son héroïne. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement entre ses deux autrices suédoises, parce qu’elles exploitent, comme Sjöwall et Wählöö l’avaient fait avant elles, sur la place de la femme dans la société suédoise et sur la parité. En effet, ce n’est pas un vain mot dans ce roman. Frederika, l’héroïne de Kristina Ohlsson, est mariée, elle a deux enfants avec l’homme avec lequel elle a eu une relation de longue date, avant qu’il ne quitte sa femme et ne l’épouse. Il n’a pas quitté sa femme parce que Frederika lui avait fait un enfant dans le dos, non, la naissance de leur premier enfant a été choisi, voulu. Ils l’élèvent donc ensemble, et il n’est pas question pour Frederika qu’il en soit autrement : ne comptez pas sur elle pour donner sa bénédiction à son mari pour qu’il parte quinze jours pour son métier. Attention ! Elle n’est pas contre ses déplacements professionnels, tout comme il n’est pas contre les siens : il faut simplement planifier leur organisation afin que l’un ou l’autre se retrouve seul avec leurs deux enfants pendant un long moment. Alex, le chef de la bridage, a refait sa vie après son veuvage, et auprès de Diana, qui veut que leur vie commune le soit vraiment, il comprend ce que sa femme a dû assumer pendant leurs années de mariage, la laissant seule alors qu’il se consacrait à leur métier. Même Peder a mis de l’eau dans son vin – avec lui, qui n’est plus dans la police, nous revenons de loin du point de vue de la misogynie.

C’est par son biais, presque, que nous entrons dans l’enquête. Peder travaille à divers postes de sécurité depuis qu’il a été licencié de la police. Il vient d’être embaucher comme nouveau responsable de la sécurité de la synagogue de Salomon. Une jeune institutrice a été tuée, deux enfants ont été enlevés puis ont été retrouvés assassinés. Ce n’est pas un crime antisémite, c’est du moins ce que les policiers veulent croire. Le but est de ne pas provoquer d’accès de panique – comme si trois meurtres, à eux seuls, n’étaient pas inquiétants.

Autre fait : le rôle des services secrets, et je ne parle pas forcément des services secrets suédois. Nous croisons aussi le Mossad, et non, l’on ne se demande pas ce qu’ils viennent faire là : toutes les pistes mènent en Israël, toutes. Elles renvoient au passé des parents de deux des victimes, qui ont émigré en Suède peu avant la naissance de leur fils respectif. Alors, oui, ce n’est pas forcément facile d’interroger des parents qui viennent de perdre leur enfant dans des circonstances atroces. Il est tout aussi difficile de se dire qu’ils cachent peut-être des éléments utiles à l’enquête sans s’en apercevoir – ou en s’en apercevant trop bien. Mener une enquête, dans son pays, hors de son pays, n’est pas chose facile, mais aucun des enquêteurs ne recule devant les tâches qui leur incombent.

Ce n’est pas tant que l’enquête nous emmène de rebondissements en rebondissements, c’est que nous nous retrouvons face à des pistes que les enquêtes creusent sans relâche, face à des suspects qui ne cessent de nous surprendre, face à des révélations que certain(e)s auraient voulu garder pour toujours.

Ce n’est pas une lecture agréable, dans le sens où ce qui est raconté ne l’est pas. C’est une lecture qui nous montre une réalité qui n’est pas évidente à découvrir. Il est des personnes, fort heureusement, qui mènent leur vie intime, familiale, paisiblement. Il en est d’autres pour qui la vie de leur pays passe avant – et tant pis pour les dégâts. Les étoiles de David est une oeuvre forte, bien maîtrisée – que les six cents pages de ce pavé ne vous effraie pas.

 

La fille au tatouage de Kristina Ohlsson

Présentation de l’éditeur :

La nuit de la Saint-Jean, une jeune Suédoise est agressée et violée. Malgré ses cris, personne ne vient à son secours… Quinze ans plus tard, à Stockholm, un pasteur et sa femme sont retrouvés morts : les Alhbin se seraient suicidés en apprenant le décès par overdose de leur fille aînée. L’affaire est confiée à Fredrika Bergman. Epuisée par sa grossesse mais toujours aussi déterminée, celle-ci ne tarde pas à mettre au jour un sordide réseau de passeurs exploitant la détresse des réfugiés clandestins. A l’autre bout du monde, une mystérieuse jeune femme travaille en Thaïlande sur un dossier sensible. Si sensible que quelqu’un cherche à la faire taire définitivement : son téléphone ne marche plus, son billet d’avion est annulé, et on glisse de la drogue dans sa valise… Alors que le piège menace de se refermer sur elle, Fredrika se lance dans une course contre la montre pour démêler les fils d’un complot monstrueux. L’heure tourne, et ceux qui savent se taisent…

Mon avis :

Attention : polar suédois. Quel est sa spécificité ? Certaines informations ne seront pas du tout traités par eux de la manière dont elles sont traitées en France. Ainsi, un policier chevronné a la main un peu leste, il fait des plaisanteries sexistes. En France, dans certains polars (et plus encore dans les séries télévisées véritablement catastrophiques) cela passe totalement inaperçu. Ici, non seulement Peder est sévèrement recadré par sa hiérarchie, mais il doit suivre un stage sur la parité. Oui, totalement impensable dans notre beau pays de France.

De même, l’on met en scène une enquêtrice enceinte, une enquêtrice dont la grossesse ne se passe pas très bien, et qui bénéficie pour cela d’un aménagement du temps de travail. Je ne dis pas que ce n’est pas possible en France, je dis qu’il est rarissime de voir un tel personnage.

Maintenant, revenons tout de même à l’enquête. J’ai moins apprécié ce titre que la toute première enquête de Frédrika, ou que la toute dernière dont la chronique… suivra. Déjà le double meurtre puise son origine, comme souvent, dans le passé des deux victimes. Leur présent est entouré de brouillard, d’un voile, comme si personne n’avait les mêmes informations – les bonnes informations pour découvrir la vérité. Et qui est cette mystérieuse jeune femme, coincée de manière très improbable en Thaïlande ? Si je n’ai rien contre les complots en tout genre, je trouve que celui-ci est tout de même bien tiré par les cheveux.

Alors oui, les thématiques qui sont abordées sont importantes. Il est question d’émigration, d’aide aux clandestins. Il est aussi question du soin que l’on apporte – ou non – à sa famille. Je sais (malheureusement, chacun jugera) qu’il arrive que des personnes préfèrent aider de parfaits inconnus et ne s’aperçoivent que trop tard de l’état dans lequel leurs tout proches se trouvent; des risques qu’on leur a fait courir. Faire confiance aux autres, c’est bien, je ne dis pas le contraire, mais prendre soin des siens est important aussi. Il est question de résilience, il est question aussi de vengeance, de haine, du besoin d’avoir toujours l’attention sur soi – pourquoi l’amour inconditionnel que l’on a reçu devrait-il cesser ?

Bref, un polar qui m’a laissé une impression mitigée, un goût d’inachevé sur le plan de l’enquête. Par contre, sur le plan de la vie familiale des enquêteurs, elle est particulièrement riche et aboutie. Les enquêteurs sont des être humains qui enquêtent sur ce que d’autres être humains sont capable de faire de pire – ou de meilleur parfois. Ne l’oublions pas.

Trompettes et tracas de Katarina Mazetti

Présentation de l’éditeur :

C’est les vacances de la Pentecôte, et pour les cousins Karlsson, direction l’île de Grèbes ! Regine, la demi-soeur allemande de George, a décidé de les rejoindre. Mais en accostant, elle découvre un mystérieux colis dans son sac à dos. Qui a pu l’y glisser ? Serait-ce le paquet à l’origine de l’alerte à la bombe déclenchée à leur départ de Suède ? Et qui sont ces hommes qui circulent en barque autour de l’île à la nuit tombée ? Une nouvelle enquête pour les cousins Karlsson !

Mon avis :

Dans quel monde vit-on, je vous le demande un peu ! Non, je ne vous parle pas de ce monde dans lequel des cousins qui s’entendent bien vont en vacances chez leur tante, toujours débordante de projets divers et variés. Non, je vous parle de ce monde où l’on peut soupçonné une adolescente allemande d’être une terroriste, sous prétexte que quelqu’un, en difficulté, lui a mis un colis dans le sac, espérant qu’elle passe la douane sans problème. Ce ne fut pas le cas, et au terme d’une alerte à la bombe – bon prétexte pour s’enfuir, bon moyen de faire monter la tension et de mettre encore plus à cran les policiers. Oui, le climat n’est plus à l ‘insouciance.

Fort heureusement, les policiers chargés de l’enquête sont compétents – cela n’a pas toujours été le cas. Maya, l’enquêtrice, est secondé par l’inénarrable Karl Crayon, qui rêve de percer en temps que journaliste, non de végéter dans ce coin, et cette affaire de terrorisme qui n’en est pas une est pour lui une occasion en or. Il faut dire que l’île aux Grebes ne change pas vraiment, sauf à voir les nouveaux aménagements faits par Frida et Victor. Elle ne cesse d’attirer des personnes qui misent sur son calme, son isolement  – Frida y vit seule, est souvent absente, l’île est donc pratiquement inhabitée et ne cesse de susciter des convoitises. Quant aux quatre cousins, ce sont des adolescents, autant dire qu’ils ne pèsent pas lourds dans l’esprit des malfaiteurs – nommons-les ainsi, ce sera plus simple.

Ils grandissent, les chers enfants, ils font des projets d’avenir et vivent pleinement le présent. Leur situation évolue aussi : George a découvert l’existence de sa demi-sœur Régine, que vous pouvez voir sur la couverture en bas à droite. En Allemagne, elle préfère le sport à la littérature, elle n’est pas très bonne élève, la filière classique lui a donc été refusée. Georges vit mieux que sa mère sa présence – l’absence de son père ne l’a pas fait souffrir puisqu’il n’a jamais connu sa présence, et Régine n’est pour rien dans cet état de fait. Tant pis si cela choque certains lecteurs, il n’est pas d’âge pour accepter sereinement les faits. Une qui prend mal les choses, en revanche, c’est Bourdon ; elle n’est pas prête à partager son cousin Alex, dont Régine se retrouve proche. Grand débat à venir sur la jalousie ? Non, les autres cousins se rendent compte, ne jugent pas les sentiments de Bourdon, et ne la mettent surtout pas à l’écart – il n’y a pas d’âge pour faire preuve de bon sens. D’ailleurs, Bourdon, qui était une végétarienne forcenée, remange de la viande dans ce tome, et le débat sur le végétarisme est lancé. George pense en effet qu’être végétarien, c’est constamment, pas seulement quand on « connaît » personnellement la bête qui a fourni la viande, ou que l’on aime bien l’animal en question, ce sera trop simple. Sa demi-sœur l’appuie, le végétarisme progressant chez les jeunes allemands. Oui, un coup à couper l’appétit, mais il est intéressant de voir de vrais échanges d’idées dans un livre jeunesse.

De même, se pose également la question de la place des femmes. L’enquêtrice en est une. Les garçons veulent protéger les filles dans ce tome – dans une autre histoire, cela s’arrêterait là. Dans celle-ci, Julia rappelle qu’elles sont tout à fait apte à se défendre, les seules membres de la famille Karlsson à repousser les ennemis sont Bourdon accompagnée de son célèbre chat et Regine, grande boxeuse. Eux-même sont pris à leur propre piège quand on leur annonce l’arrivée du colonel, qui travaillera avec leur tante Frida : aucun ne pense qu’un colonel peut être une femme.

Ce neuvième tome des cousins Karlsson sait renouveler la série sans perdre ce qui a fait son succès.

Le testament de Nobel de Liza Marklund

édition France Loisirs – 578 pages.

Présentation de l’éditeur :

Lors du banquet organisé à la remise du prix Nobel, la directrice du prestigieux institut est abattue par une tueuse à gages. Principale témoin de la scène, Annika, journaliste. Malgré la menace qui plane sur sa vie, la jeune femme décide de mener sa propre enquête. Entre l’implacable tueuse et la journaliste, le duel s’annonce sanglant… et sans merci.

Mon avis :

Bonjour à tous !
Je conclus le mois de juillet sur mon blog avec cette sixième aventure d’Annika, une héroïne dont j’ai suivi la trajectoire tout au cours du mois. Oui, je me suis vraiment attachée à elle, et je me demandais, après tout ce qui lui était arrivé le tome précédent, ce qu’elle pouvait bien devenir.
Soyons clair : c’est une catastrophe. Elle fait n’importe quoi dans sa vie personnelle, mais alors là, n’importe quoi. Je ne parviens même pas à trouver des arguments pour la sauver. Un exemple, parmi d’autres : elle et son mari sont invités à manger chez ses beaux-parents, avec d’autres convives. Ils viennent avec les enfants – normal – sauf que rien ne convient aux enfants, donc Annika s’en va et les emmène dîner au MacDo le plus proche. Spontanément, je me dis que ce n’est pas le meilleur moyen d’être appréciée par ses beaux-parents (qui n’ont jamais pu l’encadrer) et qu’il devait bien exister d’autres moyens de nourrir ses enfants, non ? Ce n’est rien de dire que le couple bat de l’aile. Thomas ne se sent pas assez soutenu par sa femme, il ne supporte pas sa profession, elle ne se remet pas de l’adultère de son mari, elle lui a soigneusement dissimulé qu’elle sait, et ce « secret » qui en est à peine un pourrit leur relation. Quant à Anne, meilleure amie d’Annika, elle se laisse furieusement aller – je ne donne pas cher de leur amitié, surtout qu’Anne a emprunté de l’argent à Annika, et que celle-ci manque d’énergie pour à peu près tout.
Surtout, il y a son métier, et là, ce n’est pas terrible non plus. Elle a assisté, lors de la remise du prix Nobel, à un assassinat, elle ne peut même pas écrire un papier là-dessus, secret de l’instruction oblige. Son chef, qu’elle a mis dans une position délicate dans le tome précédent, ne l’apprécie plus vraiment, et voudrait même, lui qui avait pourtant fondé de grands espoirs sur elle, la voir quitter le journal.
Et pendant que chacun a ses soucis personnels, il ne faut pas oublier que la directrice du prestigieux institut Nobel a été assassinée, après que le titulaire du prix Nobel de médecine a reçu une balle dans la jambe (et Annika et ses confrères feront plus de commentaires sur leur apparence que sur le meurtre). Tout de suite, c’est la piste terroriste qui est privilégiée, et l’on nous montre, incidemment, les dérives que la lutte contre le terrorisme peut engendrer. Ne me faites pas écrire ce que je n’écris pas : oui, le terrorisme existe, et ses conséquences sont terribles (26 juillet 2016, la date qui m’a le plus touchée à titre personnel) mais la peur, aveugle, le fait de frapper « préventivement », de traquer pour une phrase de trop, une opinion jetée aux quatre vents, me terrifient tout autant. Et c’est ce qui est au coeur du couple Thomas/Annika : l’opposition entre deux visions du problème et de la manière de le régler.
Leur couple. On en revient toujours là. On tourne en rond. On en revient aussi à la parentalité, parce qu’Annika se pose maintenant des questions qu’elle aurait dû se poser avant. Ai-je le droit de mettre au monde des enfants dans le monde où nous vivons ? Et bien, tu en as mis deux au monde, il est trop tard pour revenir en arrière. Ne puis-je laisser couper mon portable pendant quatre heures sans qu’un problème ne surgisse ? Logiquement, oui, sauf que mes proches qui ont des enfants le savent, le portable ne doit pas être « complètement » éteint – je trouve même étonnant qu’une journalise prenne ainsi quatre heures d’injoignabilité (si ce mot n’existe pas, je l’invente) à peine a-t-elle reprit le travail. Pour le coup, Annika m’a fait penser à une gamine qui chouine parce que sa sortie ne s’est pas déroulée comme prévue. Même, j’ai trouvé assez indécent le comportement de son mari. Qu’il quitte une réunion importante parce que la crèche l’appelle, son enfant s’est blessé est pour moi normal : la mère n’a pas seule la charge des enfants. Mais qu’il fasse téléphoner son fils pour que les messages culpabilisent sa mère me paraît plus que moyen. Thomas et Annika ne communiquent plus réellement, les désirs de chacun sont différents, et Annika interprète mal les désirs de son mari, quand (et c’est traditionnel) elle n’est pas la seule à assumer la charge mentale. Pour ma part, puisque son mari tient à ce que des légumes soient servis tous les soirs, pourquoi ne les cuisine-t-il pas ? Je m’étonne aussi de la violence du voisin, devant témoin, et que personne ne réagisse, surtout pas les collègues de Thomas qui travaillent au ministère de la justice.
Je parle, je parle, et j’en oublie presque le sujet du livre : le prix Nobel de médecine, et la manière dont il est attribué. Nous découvrons le petit monde des chercheurs, la manière dont il est facile de « magouiller », de s’approprier les recherches d’autrui, à croire que c’est une matière comme une autre dans la recherche. En conséquence, à moins d’être un véritable chercheur, les hommes et les femmes pourraient oublier la finalité de leur travail : oeuvrer pour le bien commun, non pour sa renommée personnelle. Oui, cela n’occupe qu’une toute petite partie du roman. Ce n’est pas dommage, pourtant, parce qu’il brasse des thèmes riches, comme l’évolution de la presse – pour avoir jeté un coup d’oeil aux cinq tomes suivants, pas encore traduits en français, la saga suit l’évolution du monde de la presse sur une quinzaine d’années, quinze ans qui ont tout changé pour la presse écrite.
Il est question aussi, j’ai presque failli l’oublier, de tueuse à gage. Un métier rare pour une femme. Nous avons le rare privilège d’être dans la tête de la tueuse, qui fait son métier avec un grand professionnalisme – voir le sort qu’elle réserve aux amateurs. Oui, dès le début, nous connaissons son identité, nous ignorons simplement le nom de son (ou sa) commanditaire.
Je n’ai pas envie de dire au revoir à Annika ainsi, non, j’ai envie de lui dire au revoir comme a choisi de le faire son autrice. Alors, je lis la suite en italien ou en anglais, seules traductions disponibles à ce jour ?

Fondation Paradis de Liza Marklund

Présentation de l’éditeur :

Annika Bengtzon travaille à La Presse du soir, dans l’équipe de nuit, depuis presque deux ans. Deux ans que l’affaire Sven, durant laquelle la reporter a été inculpée de meurtre, est bouclée. Deux ans qu’elle bosse la nuit et que le jour, elle survit.  Mais un nouveau drame ébranle la Suède. Double meurtre à Frihamnen : un scoop de rêve pour tout journaliste. Cependant, tandis que ses collègues enquêtent, Annika doit servir de secrétaire à la rédaction. Une véritable corvée ! Jusqu’à l’appel d’Aïda, une jeune femme désespérée : un homme en voudrait à sa vie. Sans réfléchir, Annika lui donne le numéro de la Fondation Paradis, sur laquelle elle compte écrire un article. Mais cette mystérieuse Fondation protège-t-elle vraiment, comme elle le prétend, les gens menacés de mort ?

Merci à Netgalley et aux éditions Hlab pour ce partenariat.

Mon avis :

Je rédige cet avis sas me lancer avant dans l’écriture d’un brouillon. Tant pis ! Je verrai bien ce que cela donnera.

Dans l’ordre chronologique de la vie d’Annika, c’est la deuxième enquête. Deux ans ont passé depuis qu’elle a été disculpée de la mort de Sven, son petit ami qui l’avait totalement vampirisée. Elle travaille comme correctrice à La Presse du soir, c’est à dire qu’elle ne se contente pas de corriger les articles, mais le plus souvent de les réécrire, petite main de l’ombre pour que le journal paraisse en temps et en heure. Ses relations avec les autres sont compliquées et difficiles. Deux ans après la mort de Sven, Annika ne s’en est toujours pas complètement remise, parce qu’on ne peut pas complètement se remettre d’avoir tué quelqu’un, parce que la psychanalyse, pardon, l’obligation de soin, ne remplace pas le soutien, la bienveillance de proches. La seule personne sur qui elle a pu s’appuyer est sa grand-mère, ou encore, mais un peu moins, Anne, son amie hypocondriaque.

Annika en est là quand une femme la contacte, elle fait partie de la fondation Paradis, une fondation qui aide les personnes à « disparaître » quand elles sont en danger, menacés. Oui, l’état suédois fait déjà pour protéger ces personnes, mais la fondation Paradis va encore plus loin. Rebecca (prénom de la jeune femme) ne peut bien sûr tout révéler. Elle sent cependant qu’elle a fait vibrer la corde sensible chez Annika, elle qui sait ce que le mot « violence » signifie.

D’un autre côté, nous suivons monsieur Propret. Ah, pardon, il se nomme Thomas et il est comptable. Il vit dans une belle maison, il a une très belle femme, même s’il se plaint que son ventre n’est plus aussi ferme, qu’elle ne sait pas se servir d’un magnétoscope, qu’elle aime regarder des débats ennuyeux et qu’elle n’est pas toujours disponible pour lui. Bref, il se plaint, alors qu’il n’a pas de réels problèmes. Il veut changer sa vie, déménager ? Il n’a même pas pensé à la solution que lui propose sa femme : pourquoi, s’il veut vraiment travailler à Stockholm, ne va-t-il pas y travailler avec sa voiture ? Ressasser des problèmes n’est pas chercher à les résoudre. Il rencontre alors dans le cadre de son travail Annika. Non, elle n’a toujours pas la possibilité d’écrire à nouveau des articles, elle a reçu le droit d’enquêter plus avant sur la fondation Paradis. Ces deux-là vont se rencontrer et tomber dans les bras l’un de l’autre. Cliché ? Oui, un peu, parce qu’Annika est dans l’excès, tout de suite, imprudente, et que Thomas est capable de se comporter, que ce soit envers elle ou envers sa femme comme le dernier des goujats. Voilà, c’est dire : même s’il est un personnage « de papier », il se comporte comme un macho qui feint de comprendre les femmes.

Les femmes. Dans la série des enquêtes d’Annika, nous sont racontées tout ce qu’elles subissent, endurent, et pour une qui parvient à s’en sortir, combien remplissent les hôpitaux, les cimetières ? Et combien se font du beurre sur le dos de leur souffrance ? Que dire aussi de ses guerres et de ses victimes oubliées, qui cherchent à se reconstruire après avoir dû fuir leur pays, parce qu’elles n’y étaient plus/pas en sécurité ? Beaucoup de questions, et c’est un des mérites de ce livre de nous les poser. Il nous demande aussi quelles informations l’on a vraiment envie de lire, quelles manipulations peuvent se trouver derrière elles. Etre journaliste est une chose, accomplir pleinement son métier en est trop souvent une autre.

 

 

Deadline de Lisa Marklund

Présentation de l’éditeur :

Stockholm, une semaine avant Noël.
C’est la course pour trouver les cadeaux de fin d’année, et avec deux enfants, la journaliste Annika Bengtzon a fort à faire. Mais un appel reçu au beau milieu de la nuit va la pousser à se rendre, glacée jusqu’aux os, sur une nouvelle scène de crime, une scène de cauchemar. Le prochain gros titre de son journal. Et pas le moindre. Car une violente explosion a détruit le chantier du stade olympique, quelques mois à peine avant les jeux. Parmi les débris, la police retrouve les restes d’une femme. Il s’agit de Christina Furhage, la charismatique présidente du Comité olympique suédois. Le pays entier redoute la prochaine attaque terroriste, qui semble inévitable. Pour Annika, ce n’est pas si simple. Mais en voulant démasquer le poseur de bombes, Annika risque fort d’apparaître sur la liste de ses prochaines cibles…

Mon avis :

Ce tome marque une grande étape dans la vie d’Annika :  elle a été promue à un poste à responsabilité. Elle qui a largement prouvé son amour pour son travail passe de plus en plus de temps au journal et en reportage, au grand dam de Thomas, son mari, le père de ses deux enfants. Tout est loin d’être idyllique, Thomas apprécie peu qu’elle s’investisse autant dans son travail, et ses subordonnés ont du mal à accepter ses directives, quand ils ne contestent pas le moinde de ses actes. Bienvenue dans le monde de la presse, un monde pas du tout puéril.

Je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle entre Annika et Christina, la victime de l’attentat. Elles sont réussies, bien qu’elles soient des femmes – ou parce qu’elles sont des femmes, là est toute la question. Christina a sacrifié sa vie de femme et de mère pour son travail, elle a sacrifié ses amours aussi. La presse a été très importante dans la construction de cette image de femme parfaite, masquant généreusement, en un photoshop littéraire, toutes les failles, toutes les blessures, de Christina et des siens. Surtout des siens. La résilience est cependant possible, comme le prouvera, bien plus loin dans le récit, un personnage dont l’importance avait été dissimulé au public – la presse peut faire beaucoup, y compris quand elle croit tout savoir.

L’attentat a eu lieu dans un stade en construction pour les jeux olympiques, et pourtant, de sport, il en sera fort peu question. S’il faut chercher un sujet central, il s’agit vraiment des violences faites aux femmes, et leur impuissance à lutter contre ce fléau. Le signaler ? En théorie, ou, en pratique, les plaintes aboutissent rarement, quand elles sont véritablement prises par la police. Les soucis au travail ? Si un homme et une femme se retrouvent mis dans la balance, c’est l’homme que l’on favorise le plus souvent. Ne parlons même pas des histoires d’amour que certains font interdire sur les lieux de travail (Christina, la victime, avait crée un article de règlement dans ce sens) : c’est toujours la femme qui paie les pots cassés, pas l’homme, même si, pour vivre une histoire d’amour, il faut être deux. Une femme, en difficulté, s’appuiera toujours sur un homme pour l’aider – Annika elle-même ne s’en sort que parce qu’elle a le soutien de son supérieur. De même, il ne faut surtout pas croire qu’une femme qui a réussi aidera d’autres femmes, non, sa réussite ne se voit véritablement que si elle est la seule femme à être arrivée au sommet. Oui, un peu, mais Annika elle-même, parfois, préfère écouter des témoignages masculins plutôt que féminins – être journaliste et coller à l’actualité l’empêche aussi de prendre son temps et de se poser des questions. J’ai failli dire « les bonnes questions », mais Annika cherche parfois, simplement, à être efficace.

Oui, bien sûr, il y a une enquête, et Annika retrouve son informateur habituel de la police, son « contact » devrai-je dire. Les attentats sont bien réels, et il est hors de question qu’ils se poursuivent – heureusement, me direz-vous, une société ne peut laisser la violence l’envahir ainsi. Il faut aussi se demander, encore et toujours, comment on en est arrivé là.

Je terminerai sur un dernier point, plus léger, qui m’a questionné. Il est toujours fait question de ce que mange Annika, déjeuner, dîner, c’est quasiment systématiquement noté. Ce n’est pas simplement pour meubler, non, cela renforce le côté humain d’Annika, qui ne peut pas tenir, faire son travail, si elle ne se nourrit pas correctement. Logique.