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Trompettes et tracas de Katarina Mazetti

Présentation de l’éditeur :

C’est les vacances de la Pentecôte, et pour les cousins Karlsson, direction l’île de Grèbes ! Regine, la demi-soeur allemande de George, a décidé de les rejoindre. Mais en accostant, elle découvre un mystérieux colis dans son sac à dos. Qui a pu l’y glisser ? Serait-ce le paquet à l’origine de l’alerte à la bombe déclenchée à leur départ de Suède ? Et qui sont ces hommes qui circulent en barque autour de l’île à la nuit tombée ? Une nouvelle enquête pour les cousins Karlsson !

Mon avis :

Dans quel monde vit-on, je vous le demande un peu ! Non, je ne vous parle pas de ce monde dans lequel des cousins qui s’entendent bien vont en vacances chez leur tante, toujours débordante de projets divers et variés. Non, je vous parle de ce monde où l’on peut soupçonné une adolescente allemande d’être une terroriste, sous prétexte que quelqu’un, en difficulté, lui a mis un colis dans le sac, espérant qu’elle passe la douane sans problème. Ce ne fut pas le cas, et au terme d’une alerte à la bombe – bon prétexte pour s’enfuir, bon moyen de faire monter la tension et de mettre encore plus à cran les policiers. Oui, le climat n’est plus à l ‘insouciance.

Fort heureusement, les policiers chargés de l’enquête sont compétents – cela n’a pas toujours été le cas. Maya, l’enquêtrice, est secondé par l’inénarrable Karl Crayon, qui rêve de percer en temps que journaliste, non de végéter dans ce coin, et cette affaire de terrorisme qui n’en est pas une est pour lui une occasion en or. Il faut dire que l’île aux Grebes ne change pas vraiment, sauf à voir les nouveaux aménagements faits par Frida et Victor. Elle ne cesse d’attirer des personnes qui misent sur son calme, son isolement  – Frida y vit seule, est souvent absente, l’île est donc pratiquement inhabitée et ne cesse de susciter des convoitises. Quant aux quatre cousins, ce sont des adolescents, autant dire qu’ils ne pèsent pas lourds dans l’esprit des malfaiteurs – nommons-les ainsi, ce sera plus simple.

Ils grandissent, les chers enfants, ils font des projets d’avenir et vivent pleinement le présent. Leur situation évolue aussi : George a découvert l’existence de sa demi-sœur Régine, que vous pouvez voir sur la couverture en bas à droite. En Allemagne, elle préfère le sport à la littérature, elle n’est pas très bonne élève, la filière classique lui a donc été refusée. Georges vit mieux que sa mère sa présence – l’absence de son père ne l’a pas fait souffrir puisqu’il n’a jamais connu sa présence, et Régine n’est pour rien dans cet état de fait. Tant pis si cela choque certains lecteurs, il n’est pas d’âge pour accepter sereinement les faits. Une qui prend mal les choses, en revanche, c’est Bourdon ; elle n’est pas prête à partager son cousin Alex, dont Régine se retrouve proche. Grand débat à venir sur la jalousie ? Non, les autres cousins se rendent compte, ne jugent pas les sentiments de Bourdon, et ne la mettent surtout pas à l’écart – il n’y a pas d’âge pour faire preuve de bon sens. D’ailleurs, Bourdon, qui était une végétarienne forcenée, remange de la viande dans ce tome, et le débat sur le végétarisme est lancé. George pense en effet qu’être végétarien, c’est constamment, pas seulement quand on « connaît » personnellement la bête qui a fourni la viande, ou que l’on aime bien l’animal en question, ce sera trop simple. Sa demi-sœur l’appuie, le végétarisme progressant chez les jeunes allemands. Oui, un coup à couper l’appétit, mais il est intéressant de voir de vrais échanges d’idées dans un livre jeunesse.

De même, se pose également la question de la place des femmes. L’enquêtrice en est une. Les garçons veulent protéger les filles dans ce tome – dans une autre histoire, cela s’arrêterait là. Dans celle-ci, Julia rappelle qu’elles sont tout à fait apte à se défendre, les seules membres de la famille Karlsson à repousser les ennemis sont Bourdon accompagnée de son célèbre chat et Regine, grande boxeuse. Eux-même sont pris à leur propre piège quand on leur annonce l’arrivée du colonel, qui travaillera avec leur tante Frida : aucun ne pense qu’un colonel peut être une femme.

Ce neuvième tome des cousins Karlsson sait renouveler la série sans perdre ce qui a fait son succès.

Le testament de Nobel de Liza Marklund

édition France Loisirs – 578 pages.

Présentation de l’éditeur :

Lors du banquet organisé à la remise du prix Nobel, la directrice du prestigieux institut est abattue par une tueuse à gages. Principale témoin de la scène, Annika, journaliste. Malgré la menace qui plane sur sa vie, la jeune femme décide de mener sa propre enquête. Entre l’implacable tueuse et la journaliste, le duel s’annonce sanglant… et sans merci.

Mon avis :

Bonjour à tous !
Je conclus le mois de juillet sur mon blog avec cette sixième aventure d’Annika, une héroïne dont j’ai suivi la trajectoire tout au cours du mois. Oui, je me suis vraiment attachée à elle, et je me demandais, après tout ce qui lui était arrivé le tome précédent, ce qu’elle pouvait bien devenir.
Soyons clair : c’est une catastrophe. Elle fait n’importe quoi dans sa vie personnelle, mais alors là, n’importe quoi. Je ne parviens même pas à trouver des arguments pour la sauver. Un exemple, parmi d’autres : elle et son mari sont invités à manger chez ses beaux-parents, avec d’autres convives. Ils viennent avec les enfants – normal – sauf que rien ne convient aux enfants, donc Annika s’en va et les emmène dîner au MacDo le plus proche. Spontanément, je me dis que ce n’est pas le meilleur moyen d’être appréciée par ses beaux-parents (qui n’ont jamais pu l’encadrer) et qu’il devait bien exister d’autres moyens de nourrir ses enfants, non ? Ce n’est rien de dire que le couple bat de l’aile. Thomas ne se sent pas assez soutenu par sa femme, il ne supporte pas sa profession, elle ne se remet pas de l’adultère de son mari, elle lui a soigneusement dissimulé qu’elle sait, et ce « secret » qui en est à peine un pourrit leur relation. Quant à Anne, meilleure amie d’Annika, elle se laisse furieusement aller – je ne donne pas cher de leur amitié, surtout qu’Anne a emprunté de l’argent à Annika, et que celle-ci manque d’énergie pour à peu près tout.
Surtout, il y a son métier, et là, ce n’est pas terrible non plus. Elle a assisté, lors de la remise du prix Nobel, à un assassinat, elle ne peut même pas écrire un papier là-dessus, secret de l’instruction oblige. Son chef, qu’elle a mis dans une position délicate dans le tome précédent, ne l’apprécie plus vraiment, et voudrait même, lui qui avait pourtant fondé de grands espoirs sur elle, la voir quitter le journal.
Et pendant que chacun a ses soucis personnels, il ne faut pas oublier que la directrice du prestigieux institut Nobel a été assassinée, après que le titulaire du prix Nobel de médecine a reçu une balle dans la jambe (et Annika et ses confrères feront plus de commentaires sur leur apparence que sur le meurtre). Tout de suite, c’est la piste terroriste qui est privilégiée, et l’on nous montre, incidemment, les dérives que la lutte contre le terrorisme peut engendrer. Ne me faites pas écrire ce que je n’écris pas : oui, le terrorisme existe, et ses conséquences sont terribles (26 juillet 2016, la date qui m’a le plus touchée à titre personnel) mais la peur, aveugle, le fait de frapper « préventivement », de traquer pour une phrase de trop, une opinion jetée aux quatre vents, me terrifient tout autant. Et c’est ce qui est au coeur du couple Thomas/Annika : l’opposition entre deux visions du problème et de la manière de le régler.
Leur couple. On en revient toujours là. On tourne en rond. On en revient aussi à la parentalité, parce qu’Annika se pose maintenant des questions qu’elle aurait dû se poser avant. Ai-je le droit de mettre au monde des enfants dans le monde où nous vivons ? Et bien, tu en as mis deux au monde, il est trop tard pour revenir en arrière. Ne puis-je laisser couper mon portable pendant quatre heures sans qu’un problème ne surgisse ? Logiquement, oui, sauf que mes proches qui ont des enfants le savent, le portable ne doit pas être « complètement » éteint – je trouve même étonnant qu’une journalise prenne ainsi quatre heures d’injoignabilité (si ce mot n’existe pas, je l’invente) à peine a-t-elle reprit le travail. Pour le coup, Annika m’a fait penser à une gamine qui chouine parce que sa sortie ne s’est pas déroulée comme prévue. Même, j’ai trouvé assez indécent le comportement de son mari. Qu’il quitte une réunion importante parce que la crèche l’appelle, son enfant s’est blessé est pour moi normal : la mère n’a pas seule la charge des enfants. Mais qu’il fasse téléphoner son fils pour que les messages culpabilisent sa mère me paraît plus que moyen. Thomas et Annika ne communiquent plus réellement, les désirs de chacun sont différents, et Annika interprète mal les désirs de son mari, quand (et c’est traditionnel) elle n’est pas la seule à assumer la charge mentale. Pour ma part, puisque son mari tient à ce que des légumes soient servis tous les soirs, pourquoi ne les cuisine-t-il pas ? Je m’étonne aussi de la violence du voisin, devant témoin, et que personne ne réagisse, surtout pas les collègues de Thomas qui travaillent au ministère de la justice.
Je parle, je parle, et j’en oublie presque le sujet du livre : le prix Nobel de médecine, et la manière dont il est attribué. Nous découvrons le petit monde des chercheurs, la manière dont il est facile de « magouiller », de s’approprier les recherches d’autrui, à croire que c’est une matière comme une autre dans la recherche. En conséquence, à moins d’être un véritable chercheur, les hommes et les femmes pourraient oublier la finalité de leur travail : oeuvrer pour le bien commun, non pour sa renommée personnelle. Oui, cela n’occupe qu’une toute petite partie du roman. Ce n’est pas dommage, pourtant, parce qu’il brasse des thèmes riches, comme l’évolution de la presse – pour avoir jeté un coup d’oeil aux cinq tomes suivants, pas encore traduits en français, la saga suit l’évolution du monde de la presse sur une quinzaine d’années, quinze ans qui ont tout changé pour la presse écrite.
Il est question aussi, j’ai presque failli l’oublier, de tueuse à gage. Un métier rare pour une femme. Nous avons le rare privilège d’être dans la tête de la tueuse, qui fait son métier avec un grand professionnalisme – voir le sort qu’elle réserve aux amateurs. Oui, dès le début, nous connaissons son identité, nous ignorons simplement le nom de son (ou sa) commanditaire.
Je n’ai pas envie de dire au revoir à Annika ainsi, non, j’ai envie de lui dire au revoir comme a choisi de le faire son autrice. Alors, je lis la suite en italien ou en anglais, seules traductions disponibles à ce jour ?

Fondation Paradis de Liza Marklund

Présentation de l’éditeur :

Annika Bengtzon travaille à La Presse du soir, dans l’équipe de nuit, depuis presque deux ans. Deux ans que l’affaire Sven, durant laquelle la reporter a été inculpée de meurtre, est bouclée. Deux ans qu’elle bosse la nuit et que le jour, elle survit.  Mais un nouveau drame ébranle la Suède. Double meurtre à Frihamnen : un scoop de rêve pour tout journaliste. Cependant, tandis que ses collègues enquêtent, Annika doit servir de secrétaire à la rédaction. Une véritable corvée ! Jusqu’à l’appel d’Aïda, une jeune femme désespérée : un homme en voudrait à sa vie. Sans réfléchir, Annika lui donne le numéro de la Fondation Paradis, sur laquelle elle compte écrire un article. Mais cette mystérieuse Fondation protège-t-elle vraiment, comme elle le prétend, les gens menacés de mort ?

Merci à Netgalley et aux éditions Hlab pour ce partenariat.

Mon avis :

Je rédige cet avis sas me lancer avant dans l’écriture d’un brouillon. Tant pis ! Je verrai bien ce que cela donnera.

Dans l’ordre chronologique de la vie d’Annika, c’est la deuxième enquête. Deux ans ont passé depuis qu’elle a été disculpée de la mort de Sven, son petit ami qui l’avait totalement vampirisée. Elle travaille comme correctrice à La Presse du soir, c’est à dire qu’elle ne se contente pas de corriger les articles, mais le plus souvent de les réécrire, petite main de l’ombre pour que le journal paraisse en temps et en heure. Ses relations avec les autres sont compliquées et difficiles. Deux ans après la mort de Sven, Annika ne s’en est toujours pas complètement remise, parce qu’on ne peut pas complètement se remettre d’avoir tué quelqu’un, parce que la psychanalyse, pardon, l’obligation de soin, ne remplace pas le soutien, la bienveillance de proches. La seule personne sur qui elle a pu s’appuyer est sa grand-mère, ou encore, mais un peu moins, Anne, son amie hypocondriaque.

Annika en est là quand une femme la contacte, elle fait partie de la fondation Paradis, une fondation qui aide les personnes à « disparaître » quand elles sont en danger, menacés. Oui, l’état suédois fait déjà pour protéger ces personnes, mais la fondation Paradis va encore plus loin. Rebecca (prénom de la jeune femme) ne peut bien sûr tout révéler. Elle sent cependant qu’elle a fait vibrer la corde sensible chez Annika, elle qui sait ce que le mot « violence » signifie.

D’un autre côté, nous suivons monsieur Propret. Ah, pardon, il se nomme Thomas et il est comptable. Il vit dans une belle maison, il a une très belle femme, même s’il se plaint que son ventre n’est plus aussi ferme, qu’elle ne sait pas se servir d’un magnétoscope, qu’elle aime regarder des débats ennuyeux et qu’elle n’est pas toujours disponible pour lui. Bref, il se plaint, alors qu’il n’a pas de réels problèmes. Il veut changer sa vie, déménager ? Il n’a même pas pensé à la solution que lui propose sa femme : pourquoi, s’il veut vraiment travailler à Stockholm, ne va-t-il pas y travailler avec sa voiture ? Ressasser des problèmes n’est pas chercher à les résoudre. Il rencontre alors dans le cadre de son travail Annika. Non, elle n’a toujours pas la possibilité d’écrire à nouveau des articles, elle a reçu le droit d’enquêter plus avant sur la fondation Paradis. Ces deux-là vont se rencontrer et tomber dans les bras l’un de l’autre. Cliché ? Oui, un peu, parce qu’Annika est dans l’excès, tout de suite, imprudente, et que Thomas est capable de se comporter, que ce soit envers elle ou envers sa femme comme le dernier des goujats. Voilà, c’est dire : même s’il est un personnage « de papier », il se comporte comme un macho qui feint de comprendre les femmes.

Les femmes. Dans la série des enquêtes d’Annika, nous sont racontées tout ce qu’elles subissent, endurent, et pour une qui parvient à s’en sortir, combien remplissent les hôpitaux, les cimetières ? Et combien se font du beurre sur le dos de leur souffrance ? Que dire aussi de ses guerres et de ses victimes oubliées, qui cherchent à se reconstruire après avoir dû fuir leur pays, parce qu’elles n’y étaient plus/pas en sécurité ? Beaucoup de questions, et c’est un des mérites de ce livre de nous les poser. Il nous demande aussi quelles informations l’on a vraiment envie de lire, quelles manipulations peuvent se trouver derrière elles. Etre journaliste est une chose, accomplir pleinement son métier en est trop souvent une autre.

 

 

Deadline de Lisa Marklund

Présentation de l’éditeur :

Stockholm, une semaine avant Noël.
C’est la course pour trouver les cadeaux de fin d’année, et avec deux enfants, la journaliste Annika Bengtzon a fort à faire. Mais un appel reçu au beau milieu de la nuit va la pousser à se rendre, glacée jusqu’aux os, sur une nouvelle scène de crime, une scène de cauchemar. Le prochain gros titre de son journal. Et pas le moindre. Car une violente explosion a détruit le chantier du stade olympique, quelques mois à peine avant les jeux. Parmi les débris, la police retrouve les restes d’une femme. Il s’agit de Christina Furhage, la charismatique présidente du Comité olympique suédois. Le pays entier redoute la prochaine attaque terroriste, qui semble inévitable. Pour Annika, ce n’est pas si simple. Mais en voulant démasquer le poseur de bombes, Annika risque fort d’apparaître sur la liste de ses prochaines cibles…

Mon avis :

Ce tome marque une grande étape dans la vie d’Annika :  elle a été promue à un poste à responsabilité. Elle qui a largement prouvé son amour pour son travail passe de plus en plus de temps au journal et en reportage, au grand dam de Thomas, son mari, le père de ses deux enfants. Tout est loin d’être idyllique, Thomas apprécie peu qu’elle s’investisse autant dans son travail, et ses subordonnés ont du mal à accepter ses directives, quand ils ne contestent pas le moinde de ses actes. Bienvenue dans le monde de la presse, un monde pas du tout puéril.

Je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle entre Annika et Christina, la victime de l’attentat. Elles sont réussies, bien qu’elles soient des femmes – ou parce qu’elles sont des femmes, là est toute la question. Christina a sacrifié sa vie de femme et de mère pour son travail, elle a sacrifié ses amours aussi. La presse a été très importante dans la construction de cette image de femme parfaite, masquant généreusement, en un photoshop littéraire, toutes les failles, toutes les blessures, de Christina et des siens. Surtout des siens. La résilience est cependant possible, comme le prouvera, bien plus loin dans le récit, un personnage dont l’importance avait été dissimulé au public – la presse peut faire beaucoup, y compris quand elle croit tout savoir.

L’attentat a eu lieu dans un stade en construction pour les jeux olympiques, et pourtant, de sport, il en sera fort peu question. S’il faut chercher un sujet central, il s’agit vraiment des violences faites aux femmes, et leur impuissance à lutter contre ce fléau. Le signaler ? En théorie, ou, en pratique, les plaintes aboutissent rarement, quand elles sont véritablement prises par la police. Les soucis au travail ? Si un homme et une femme se retrouvent mis dans la balance, c’est l’homme que l’on favorise le plus souvent. Ne parlons même pas des histoires d’amour que certains font interdire sur les lieux de travail (Christina, la victime, avait crée un article de règlement dans ce sens) : c’est toujours la femme qui paie les pots cassés, pas l’homme, même si, pour vivre une histoire d’amour, il faut être deux. Une femme, en difficulté, s’appuiera toujours sur un homme pour l’aider – Annika elle-même ne s’en sort que parce qu’elle a le soutien de son supérieur. De même, il ne faut surtout pas croire qu’une femme qui a réussi aidera d’autres femmes, non, sa réussite ne se voit véritablement que si elle est la seule femme à être arrivée au sommet. Oui, un peu, mais Annika elle-même, parfois, préfère écouter des témoignages masculins plutôt que féminins – être journaliste et coller à l’actualité l’empêche aussi de prendre son temps et de se poser des questions. J’ai failli dire « les bonnes questions », mais Annika cherche parfois, simplement, à être efficace.

Oui, bien sûr, il y a une enquête, et Annika retrouve son informateur habituel de la police, son « contact » devrai-je dire. Les attentats sont bien réels, et il est hors de question qu’ils se poursuivent – heureusement, me direz-vous, une société ne peut laisser la violence l’envahir ainsi. Il faut aussi se demander, encore et toujours, comment on en est arrivé là.

Je terminerai sur un dernier point, plus léger, qui m’a questionné. Il est toujours fait question de ce que mange Annika, déjeuner, dîner, c’est quasiment systématiquement noté. Ce n’est pas simplement pour meubler, non, cela renforce le côté humain d’Annika, qui ne peut pas tenir, faire son travail, si elle ne se nourrit pas correctement. Logique.

Le loup rouge de Lisa Marklund

Présentation de l’éditeur :

Mon avis :

Mais qu’arrive-t-il  à Annika ? Oui, elle a vécu des événements particulièrement douloureux dans le volume précédent, et elle a mis du temps, beaucoup de temps à s’en remettre. Il n’est même pas sûr, d’ailleurs, qu’elle en soit totalement remise. Elle a repris le travail, à sa manière, sans avoir, comme toujours, le plein soutien de son mari, qui trouve tout de même qu’une femme à la maison, qui fait la cuisine et s’occupe à temps plein des enfants, c’est bien.

Il faut dire que Thomas, son mari, est un homme comme on en fait trop, ou plutôt comme on imagine qu’il n’en existe plus. En apparence, il est le mari idéal, il a une bonne situation, il s’occupe des enfants. En réalité, il ne s’est toujours pas fait à son mariage avec Annika, qui ne correspond pas du tout à son idéal féminin. Oui, il regrette Eleonor, sa première femme, encore et toujours, parce qu’elle était parfaitement assortie à ses meubles. Non, je ne blague pas, je cite quasiment le texte de mémoire : elle se fondait en souplesse dans le décor, elle ne dépareillait pas, ni par son physique, ni par sa manière d’occuper l’espace, ni par ses tenues, encore moins par son métier. Les principes qu’il a reçus de ses parents, qu’il a intégrés, si j’ose dire, sont bien vifs, et que la solution qu’il trouve à ses contradictions est somme toute bien classique. Par contre, ce que fait Annika la fait plonger du côté obscure du journalisme, et ce qui était une gaffe quand elle a débuté neuf ans plus tôt est bien loin d’en être une. Voilà pour son parcours personnel, qui ne peut absolument pas être séparé de son parcours professionnel.

Là, rien ne va plus non plus, et son chef ne veut plus la suivre. Des terroristes en Suède ? Impossible. Pas vendeurs. Il ne faut pas exagérer. Il a d’autres priorités : réussir à faire vendre son journal, et d’autres choses encore qui ont tout à voir avec les finances, et fort peu avec l’intégrité journalistique. Pour Annika, il ne s’agit plus seulement de ménager la police, et surtout son contact attitré, il s’agit de mener l’enquête contre l’aval de son chef et mentor, c’est à dire en étant totalement démolie moralement, mais en étant persuadée, eu égard aux preuves qu’elle a collectées, qu’elle est sur la bonne piste.

Rendons leur justice : la police sait se taire si c’est nécessaire. Plus nous progressons dans le récit, plus nous devons constater que l’assassin ne recule devant rien – était-ce celui qui a commis un attentat trente ans plus tôt ? Il est en tout cas un fil conducteur, qui replonge certains protagonistes dans un passé qu’ils auraient bien voulu oublier. Et il a été curieux, pour moi, de voir mai 68 du point de vue des Suédois, qui auraient souhaité qu’un autre mai 68 surviennent dans leur pays. Utopie ? Pas seulement.

Le loup rouge est un opus sombre, sanglant, inquiétant – et pourtant, les tomes précédents étaient sans concession sur ce que l’homme était capable de faire à ses semblables. Qu’adviendra-t-il d’Annika et des siens après ? Difficile à dire.

L’ombre de la baleine de Camilla Grebe

Présentation de l’éditeur :

Quand des cadavres de jeunes hommes échouent sur les côtes de l’archipel de Stockholm, la jeune flic Malin et son supérieur, Manfred, sont missionnés pour résoudre ce sombre mystère. Hélas, chacun est plus vulnérable que d’habitude : Malin est très enceinte, et Manfred meurtri par le terrible accident qui a plongé sa petite fille dans le coma. En parallèle, nous rencontrons Samuel, adolescent rebelle, dealer à mi-temps, élevé par une mère célibataire aussi stricte que dévote. Sa vie bascule quand celle-ci jette à la poubelle des échantillons de cocaïne que le baron de la drogue de Stockholm lui a confiés.

Mon avis :

Tous les personnages de ce roman ont une vie familiale complexe. Tous. Les enquêteurs aussi, et pourtant, cela ne va pas les empêcher d’enquêter, c’est le cas de le dire, même si cela leur impose une course perpétuelle du lieu de l’enquête au lieu où ils doivent se rendre pour leur famille. Note : on évite aussi les sempiternels « je ne peux pas, je travaille », qui peuvent être franchement agaçants, pour ne pas dire qu’il s’agit de clichés franchement éculés. Manfred ne partage pas forcément le point de vue d’Afsaneh, son épouse, il le respecte néanmoins, se refusant à perdre espoir, et préférant un enfant handicapé mais vivant à un enfant mort. Petit rappel : tout le monde ne pense pas comme lui, mais lui, sa femme, et ses enfants nés de son premier mariage sont prêts à entamer une longue route pour que Nadja reprenne une vie la plus normale possible. Malin, sa coéquipière, s’est quant à elle à peine remise de l’enquête précédente, qui contenait des révélations fracassantes sur ses origines (je spoile ? il s’agit du tome précédent) qu’elle s’apprête à devenir mère. Tous deux doivent enquêter sur le meurtre de jeunes gens, tous morts de la même manière  : les fractures ont été faites post-mortem (pourquoi ? comment ?) reste à savoir ce qui les a vraiment tués.

Comment souvent, nous entendons trois voix dans un roman de Camilla Grebe. Si la première est celle de Manfred, la seconde et la troisième sont étroitement liées : Samuel est en effet le fils de Pernilla. Il n’est pas le fils que tout parent rêve d’avoir, non, plutôt l’enfant turbulent, mais gentil, ce qui n’empêche pas les regards lourds de jugement de la communauté. En effet, Pernilla est la fille d’un pasteur très strict, qui ne l’a pas renié quand elle est devenue fille mère; Il lui a même toujours apporté son soutien, tout comme l’actuel pasteur, qui a fait d’elle un pilier de la communauté, prenant soin des jeunes, la conseillant au besoin avec son fils, l’enjoignant à être plus stricte, beaucoup plus. Pourtant, Samuel a besoin de sa mère, qui, sans le vouloir, l’a mis dans une situation intenable. Il faut dire que Pernilla a de grands principes, elle ne voit qu’à travers le prisme de la religion, et les pasteurs qui l’entourent, qui la guident, ont des points de vue qui datent au moins du début du XXe siècle, si ce n’est plus tôt encore, des points de vue que je ne croyais plus possible d’entendre. Il faut une série de geste, un changement d’emploi et une collègue qui n’a pas la langue dans sa poche, ainsi que la révélation que Samuel est véritablement en danger pour que Pernilla fasse enfin bouger tout ce qu’elle avait tenu pour acquis depuis sa jeunesse. Quel choc pour elle.

Féministe, Camilla Grebe ? Sûrement. Elle montre à quel point certains hommes peuvent tenir les femmes sous leur emprise, les considérer comme des moins que rien, et en profiter, bien entendu, moralement et physiquement. Pernilla s’est retrouvée isolée pendant longtemps – on peut être isolée même au sein d’une communauté – et lui voir reprendre sa vie en main n’est pas si simple, parce que cela veut dire aussi tirer son fils de la situation dans laquelle il s’est fourré, et personne, pas même les enquêteurs, n’ont la moindre idée de l’ampleur de ce désastre.

Désastre, oui, c’est le mot que je donnerai de prime abord, parce qu’il n’est pas facile de nommer ce qui se passe réellement. Disons qu’il est aussi question de filiation (comme dans le tome précédent) et de parentalité. Le fils de Pernilla a grandi sans père, Pernilla a grandi sans mère – celle-ci a quitté son père quand Nilla était enfant, et elle ne l’a jamais revue, sa mère étant morte quand elle avait treize ans. La compagne de l’un des jeunes hommes assassinés allait devenir mère, lui ne voulait pas de cet enfant et elle comptait bien se débrouiller sans lui. Ailleurs, Rachel se bat pour maintenir en vie son fils Jonas, elle engage garde-malade sur garde-malade, tous finissant par craquer, Samuel, le dernier en date, ne fera pas exception. Symboliquement ou pas.

L’ombre de la baleine est un roman policier où, en dépit d’heure sombre, l’espérance a toujours sa place, pour peu que l’on veuille bien faire preuve de persévérance.

 

Meurtre en prime time Une enquête d’Annika Bengtzon par Lisa Marklund

Présentation de l’éditeur :

Alors qu’Annika Bengtzon allait partir en week-end avec sa famille, elle est appelée par son journal. Nouveau meurtre. Et pas n’importe lequel : Michelle Carlson, vedette du petit écran, a été tuée d’une balle dans la tête. En acceptant de couvrir l’événement, Annika ne s’attendait pas à ce que ce drame la touche d’aussi près. C’est Anne, une de ses amies, qui a découvert le corps. La veille même de l’assassinat, elle s’était violemment disputée avec Michelle. Il n’en faut pas plus à la police pour faire d’Anne le principal suspect. Annika n’a pas le choix. Elle doit découvrir la vérité… ou son amie passera le reste de ses jours derrière les barreaux.

Merci à Netgalley et aux éditions HLAB pour ce partenariat.

Mon avis :

Soyons clair : c’est le bordel dans le monde de la presse et de la télévision suédoise, et je pèse mes mots. Je retrouve Annika dans le tome 3 de ses enquêtes, et s’il est des choses qui ont changé, d’autres par contre sont toujours présentes. Annika est aujourd’hui en couple (elle n’est pas mariée) et mère de deux jeunes enfants. Seulement, sa vie de couple est loin d’être idyllique, au point qu’elle préfère partir en urgence sur un reportage – le meurtre d’une vedette du petit écran – que d’accompagner son mari en week-end dans sa famille, qui ne l’a jamais acceptée. Et oui : Thomas, son compagnon, était marié à une femme ayant une très belle situation, et sa liaison avec Annika a bousillé son mariage. La naissance de deux enfants n’a pas réconcilié la famille : d’ailleurs, la mère de Thomas se préoccupe peu de ses petits enfants, et met son fils face à ses devoirs de père. Thomas se demande si être père compense le fait d’avoir quitté une femme aussi formidable que son ex-femme, Annika elle-même parfois s’interroge sur le fait d’être mère – bref, tout ne va pas très bien aux royaumes des amoureux.

Au royaume de la presse encore moins. L’éthique ? Elle existe réellement ? Je n’en ai pas vu de trace dans ce roman, ou si peu. Le journal a eu des procès, des menaces de procès, des médiations, et ceux qui le dirigent ne suivent pas vraiment la même ligne éditorial, pour ce journal dit « familial » qui ne recule cependant pas devant des informations croustillantes ou des reportages un peu controversés. L’important : qui finance le journal, et tant pis si les petits protégés des généreux gestionnaires ne sont pas les meilleures plumes de la rédaction, encore moins ceux qui savent prendre des précautions oratoires en écrivant.

La victime ? On l’oublierait presque, tant le frémissement médiatique est intense. Nous sommes littéralement au cœur du travail de l’info, qui consiste autant à chercher, à tenter de recueillir des informations, quitte à attendre, à guetter, un peu comme des paparazzi (ou plutôt comme des paparazzi) des personnes qui ont peut-être des éléments qui serviront de base à un futur article. Ou à faire progresser l’enquête. Parce que l’on ne peut rien y changer : Michelle Carlson a bel et bien été assassinée, et elle était une vedette, aimée des téléspectateurs, pas vraiment de ses collègues – tout le monde voulait sa place, tout le monde, ou presque, pensait qu’elle ne méritait pas sa place. Un exemple ? Anne, amie d’Annika, à la vie sentimentale particulière – en couple, une fille, vit dans un appartement avec elle mais sans son compagnon. Elle était bourrée de rancoeur, ne supportait plus les conditions de tournage imposée, et fait une suspecte idéale – ce n’est pas les dix petits nègres, ce sont les douze suspects. Non, suivre l’enquête n’est pas difficile, il s’agit simplement de comprendre que, contrairement aux séries télévisées, l’on n’a pas qu’un suspect, mais tout une ribambelle, et que les enjeux sont le pouvoir, et la prise de pouvoir au sein de la rédaction du journal.

Meurtre en prime time est un roman intéressant pour tous ceux qui s’intéressent aux journalismes. Il l’est peut-être un peu moins pour ceux qui aiment les romans policiers purs et durs. Il ne faut cependant pas oublier que, questions détails sordides, le lecteur est particulièrement servi dans cette enquête.