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Deadline de Lisa Marklund

Présentation de l’éditeur :

Stockholm, une semaine avant Noël.
C’est la course pour trouver les cadeaux de fin d’année, et avec deux enfants, la journaliste Annika Bengtzon a fort à faire. Mais un appel reçu au beau milieu de la nuit va la pousser à se rendre, glacée jusqu’aux os, sur une nouvelle scène de crime, une scène de cauchemar. Le prochain gros titre de son journal. Et pas le moindre. Car une violente explosion a détruit le chantier du stade olympique, quelques mois à peine avant les jeux. Parmi les débris, la police retrouve les restes d’une femme. Il s’agit de Christina Furhage, la charismatique présidente du Comité olympique suédois. Le pays entier redoute la prochaine attaque terroriste, qui semble inévitable. Pour Annika, ce n’est pas si simple. Mais en voulant démasquer le poseur de bombes, Annika risque fort d’apparaître sur la liste de ses prochaines cibles…

Mon avis :

Ce tome marque une grande étape dans la vie d’Annika :  elle a été promue à un poste à responsabilité. Elle qui a largement prouvé son amour pour son travail passe de plus en plus de temps au journal et en reportage, au grand dam de Thomas, son mari, le père de ses deux enfants. Tout est loin d’être idyllique, Thomas apprécie peu qu’elle s’investisse autant dans son travail, et ses subordonnés ont du mal à accepter ses directives, quand ils ne contestent pas le moinde de ses actes. Bienvenue dans le monde de la presse, un monde pas du tout puéril.

Je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle entre Annika et Christina, la victime de l’attentat. Elles sont réussies, bien qu’elles soient des femmes – ou parce qu’elles sont des femmes, là est toute la question. Christina a sacrifié sa vie de femme et de mère pour son travail, elle a sacrifié ses amours aussi. La presse a été très importante dans la construction de cette image de femme parfaite, masquant généreusement, en un photoshop littéraire, toutes les failles, toutes les blessures, de Christina et des siens. Surtout des siens. La résilience est cependant possible, comme le prouvera, bien plus loin dans le récit, un personnage dont l’importance avait été dissimulé au public – la presse peut faire beaucoup, y compris quand elle croit tout savoir.

L’attentat a eu lieu dans un stade en construction pour les jeux olympiques, et pourtant, de sport, il en sera fort peu question. S’il faut chercher un sujet central, il s’agit vraiment des violences faites aux femmes, et leur impuissance à lutter contre ce fléau. Le signaler ? En théorie, ou, en pratique, les plaintes aboutissent rarement, quand elles sont véritablement prises par la police. Les soucis au travail ? Si un homme et une femme se retrouvent mis dans la balance, c’est l’homme que l’on favorise le plus souvent. Ne parlons même pas des histoires d’amour que certains font interdire sur les lieux de travail (Christina, la victime, avait crée un article de règlement dans ce sens) : c’est toujours la femme qui paie les pots cassés, pas l’homme, même si, pour vivre une histoire d’amour, il faut être deux. Une femme, en difficulté, s’appuiera toujours sur un homme pour l’aider – Annika elle-même ne s’en sort que parce qu’elle a le soutien de son supérieur. De même, il ne faut surtout pas croire qu’une femme qui a réussi aidera d’autres femmes, non, sa réussite ne se voit véritablement que si elle est la seule femme à être arrivée au sommet. Oui, un peu, mais Annika elle-même, parfois, préfère écouter des témoignages masculins plutôt que féminins – être journaliste et coller à l’actualité l’empêche aussi de prendre son temps et de se poser des questions. J’ai failli dire « les bonnes questions », mais Annika cherche parfois, simplement, à être efficace.

Oui, bien sûr, il y a une enquête, et Annika retrouve son informateur habituel de la police, son « contact » devrai-je dire. Les attentats sont bien réels, et il est hors de question qu’ils se poursuivent – heureusement, me direz-vous, une société ne peut laisser la violence l’envahir ainsi. Il faut aussi se demander, encore et toujours, comment on en est arrivé là.

Je terminerai sur un dernier point, plus léger, qui m’a questionné. Il est toujours fait question de ce que mange Annika, déjeuner, dîner, c’est quasiment systématiquement noté. Ce n’est pas simplement pour meubler, non, cela renforce le côté humain d’Annika, qui ne peut pas tenir, faire son travail, si elle ne se nourrit pas correctement. Logique.

Le loup rouge de Lisa Marklund

Présentation de l’éditeur :

Mon avis :

Mais qu’arrive-t-il  à Annika ? Oui, elle a vécu des événements particulièrement douloureux dans le volume précédent, et elle a mis du temps, beaucoup de temps à s’en remettre. Il n’est même pas sûr, d’ailleurs, qu’elle en soit totalement remise. Elle a repris le travail, à sa manière, sans avoir, comme toujours, le plein soutien de son mari, qui trouve tout de même qu’une femme à la maison, qui fait la cuisine et s’occupe à temps plein des enfants, c’est bien.

Il faut dire que Thomas, son mari, est un homme comme on en fait trop, ou plutôt comme on imagine qu’il n’en existe plus. En apparence, il est le mari idéal, il a une bonne situation, il s’occupe des enfants. En réalité, il ne s’est toujours pas fait à son mariage avec Annika, qui ne correspond pas du tout à son idéal féminin. Oui, il regrette Eleonor, sa première femme, encore et toujours, parce qu’elle était parfaitement assortie à ses meubles. Non, je ne blague pas, je cite quasiment le texte de mémoire : elle se fondait en souplesse dans le décor, elle ne dépareillait pas, ni par son physique, ni par sa manière d’occuper l’espace, ni par ses tenues, encore moins par son métier. Les principes qu’il a reçus de ses parents, qu’il a intégrés, si j’ose dire, sont bien vifs, et que la solution qu’il trouve à ses contradictions est somme toute bien classique. Par contre, ce que fait Annika la fait plonger du côté obscure du journalisme, et ce qui était une gaffe quand elle a débuté neuf ans plus tôt est bien loin d’en être une. Voilà pour son parcours personnel, qui ne peut absolument pas être séparé de son parcours professionnel.

Là, rien ne va plus non plus, et son chef ne veut plus la suivre. Des terroristes en Suède ? Impossible. Pas vendeurs. Il ne faut pas exagérer. Il a d’autres priorités : réussir à faire vendre son journal, et d’autres choses encore qui ont tout à voir avec les finances, et fort peu avec l’intégrité journalistique. Pour Annika, il ne s’agit plus seulement de ménager la police, et surtout son contact attitré, il s’agit de mener l’enquête contre l’aval de son chef et mentor, c’est à dire en étant totalement démolie moralement, mais en étant persuadée, eu égard aux preuves qu’elle a collectées, qu’elle est sur la bonne piste.

Rendons leur justice : la police sait se taire si c’est nécessaire. Plus nous progressons dans le récit, plus nous devons constater que l’assassin ne recule devant rien – était-ce celui qui a commis un attentat trente ans plus tôt ? Il est en tout cas un fil conducteur, qui replonge certains protagonistes dans un passé qu’ils auraient bien voulu oublier. Et il a été curieux, pour moi, de voir mai 68 du point de vue des Suédois, qui auraient souhaité qu’un autre mai 68 surviennent dans leur pays. Utopie ? Pas seulement.

Le loup rouge est un opus sombre, sanglant, inquiétant – et pourtant, les tomes précédents étaient sans concession sur ce que l’homme était capable de faire à ses semblables. Qu’adviendra-t-il d’Annika et des siens après ? Difficile à dire.

L’ombre de la baleine de Camilla Grebe

Présentation de l’éditeur :

Quand des cadavres de jeunes hommes échouent sur les côtes de l’archipel de Stockholm, la jeune flic Malin et son supérieur, Manfred, sont missionnés pour résoudre ce sombre mystère. Hélas, chacun est plus vulnérable que d’habitude : Malin est très enceinte, et Manfred meurtri par le terrible accident qui a plongé sa petite fille dans le coma. En parallèle, nous rencontrons Samuel, adolescent rebelle, dealer à mi-temps, élevé par une mère célibataire aussi stricte que dévote. Sa vie bascule quand celle-ci jette à la poubelle des échantillons de cocaïne que le baron de la drogue de Stockholm lui a confiés.

Mon avis :

Tous les personnages de ce roman ont une vie familiale complexe. Tous. Les enquêteurs aussi, et pourtant, cela ne va pas les empêcher d’enquêter, c’est le cas de le dire, même si cela leur impose une course perpétuelle du lieu de l’enquête au lieu où ils doivent se rendre pour leur famille. Note : on évite aussi les sempiternels « je ne peux pas, je travaille », qui peuvent être franchement agaçants, pour ne pas dire qu’il s’agit de clichés franchement éculés. Manfred ne partage pas forcément le point de vue d’Afsaneh, son épouse, il le respecte néanmoins, se refusant à perdre espoir, et préférant un enfant handicapé mais vivant à un enfant mort. Petit rappel : tout le monde ne pense pas comme lui, mais lui, sa femme, et ses enfants nés de son premier mariage sont prêts à entamer une longue route pour que Nadja reprenne une vie la plus normale possible. Malin, sa coéquipière, s’est quant à elle à peine remise de l’enquête précédente, qui contenait des révélations fracassantes sur ses origines (je spoile ? il s’agit du tome précédent) qu’elle s’apprête à devenir mère. Tous deux doivent enquêter sur le meurtre de jeunes gens, tous morts de la même manière  : les fractures ont été faites post-mortem (pourquoi ? comment ?) reste à savoir ce qui les a vraiment tués.

Comment souvent, nous entendons trois voix dans un roman de Camilla Grebe. Si la première est celle de Manfred, la seconde et la troisième sont étroitement liées : Samuel est en effet le fils de Pernilla. Il n’est pas le fils que tout parent rêve d’avoir, non, plutôt l’enfant turbulent, mais gentil, ce qui n’empêche pas les regards lourds de jugement de la communauté. En effet, Pernilla est la fille d’un pasteur très strict, qui ne l’a pas renié quand elle est devenue fille mère; Il lui a même toujours apporté son soutien, tout comme l’actuel pasteur, qui a fait d’elle un pilier de la communauté, prenant soin des jeunes, la conseillant au besoin avec son fils, l’enjoignant à être plus stricte, beaucoup plus. Pourtant, Samuel a besoin de sa mère, qui, sans le vouloir, l’a mis dans une situation intenable. Il faut dire que Pernilla a de grands principes, elle ne voit qu’à travers le prisme de la religion, et les pasteurs qui l’entourent, qui la guident, ont des points de vue qui datent au moins du début du XXe siècle, si ce n’est plus tôt encore, des points de vue que je ne croyais plus possible d’entendre. Il faut une série de geste, un changement d’emploi et une collègue qui n’a pas la langue dans sa poche, ainsi que la révélation que Samuel est véritablement en danger pour que Pernilla fasse enfin bouger tout ce qu’elle avait tenu pour acquis depuis sa jeunesse. Quel choc pour elle.

Féministe, Camilla Grebe ? Sûrement. Elle montre à quel point certains hommes peuvent tenir les femmes sous leur emprise, les considérer comme des moins que rien, et en profiter, bien entendu, moralement et physiquement. Pernilla s’est retrouvée isolée pendant longtemps – on peut être isolée même au sein d’une communauté – et lui voir reprendre sa vie en main n’est pas si simple, parce que cela veut dire aussi tirer son fils de la situation dans laquelle il s’est fourré, et personne, pas même les enquêteurs, n’ont la moindre idée de l’ampleur de ce désastre.

Désastre, oui, c’est le mot que je donnerai de prime abord, parce qu’il n’est pas facile de nommer ce qui se passe réellement. Disons qu’il est aussi question de filiation (comme dans le tome précédent) et de parentalité. Le fils de Pernilla a grandi sans père, Pernilla a grandi sans mère – celle-ci a quitté son père quand Nilla était enfant, et elle ne l’a jamais revue, sa mère étant morte quand elle avait treize ans. La compagne de l’un des jeunes hommes assassinés allait devenir mère, lui ne voulait pas de cet enfant et elle comptait bien se débrouiller sans lui. Ailleurs, Rachel se bat pour maintenir en vie son fils Jonas, elle engage garde-malade sur garde-malade, tous finissant par craquer, Samuel, le dernier en date, ne fera pas exception. Symboliquement ou pas.

L’ombre de la baleine est un roman policier où, en dépit d’heure sombre, l’espérance a toujours sa place, pour peu que l’on veuille bien faire preuve de persévérance.

 

Meurtre en prime time Une enquête d’Annika Bengtzon par Lisa Marklund

Présentation de l’éditeur :

Alors qu’Annika Bengtzon allait partir en week-end avec sa famille, elle est appelée par son journal. Nouveau meurtre. Et pas n’importe lequel : Michelle Carlson, vedette du petit écran, a été tuée d’une balle dans la tête. En acceptant de couvrir l’événement, Annika ne s’attendait pas à ce que ce drame la touche d’aussi près. C’est Anne, une de ses amies, qui a découvert le corps. La veille même de l’assassinat, elle s’était violemment disputée avec Michelle. Il n’en faut pas plus à la police pour faire d’Anne le principal suspect. Annika n’a pas le choix. Elle doit découvrir la vérité… ou son amie passera le reste de ses jours derrière les barreaux.

Merci à Netgalley et aux éditions HLAB pour ce partenariat.

Mon avis :

Soyons clair : c’est le bordel dans le monde de la presse et de la télévision suédoise, et je pèse mes mots. Je retrouve Annika dans le tome 3 de ses enquêtes, et s’il est des choses qui ont changé, d’autres par contre sont toujours présentes. Annika est aujourd’hui en couple (elle n’est pas mariée) et mère de deux jeunes enfants. Seulement, sa vie de couple est loin d’être idyllique, au point qu’elle préfère partir en urgence sur un reportage – le meurtre d’une vedette du petit écran – que d’accompagner son mari en week-end dans sa famille, qui ne l’a jamais acceptée. Et oui : Thomas, son compagnon, était marié à une femme ayant une très belle situation, et sa liaison avec Annika a bousillé son mariage. La naissance de deux enfants n’a pas réconcilié la famille : d’ailleurs, la mère de Thomas se préoccupe peu de ses petits enfants, et met son fils face à ses devoirs de père. Thomas se demande si être père compense le fait d’avoir quitté une femme aussi formidable que son ex-femme, Annika elle-même parfois s’interroge sur le fait d’être mère – bref, tout ne va pas très bien aux royaumes des amoureux.

Au royaume de la presse encore moins. L’éthique ? Elle existe réellement ? Je n’en ai pas vu de trace dans ce roman, ou si peu. Le journal a eu des procès, des menaces de procès, des médiations, et ceux qui le dirigent ne suivent pas vraiment la même ligne éditorial, pour ce journal dit « familial » qui ne recule cependant pas devant des informations croustillantes ou des reportages un peu controversés. L’important : qui finance le journal, et tant pis si les petits protégés des généreux gestionnaires ne sont pas les meilleures plumes de la rédaction, encore moins ceux qui savent prendre des précautions oratoires en écrivant.

La victime ? On l’oublierait presque, tant le frémissement médiatique est intense. Nous sommes littéralement au cœur du travail de l’info, qui consiste autant à chercher, à tenter de recueillir des informations, quitte à attendre, à guetter, un peu comme des paparazzi (ou plutôt comme des paparazzi) des personnes qui ont peut-être des éléments qui serviront de base à un futur article. Ou à faire progresser l’enquête. Parce que l’on ne peut rien y changer : Michelle Carlson a bel et bien été assassinée, et elle était une vedette, aimée des téléspectateurs, pas vraiment de ses collègues – tout le monde voulait sa place, tout le monde, ou presque, pensait qu’elle ne méritait pas sa place. Un exemple ? Anne, amie d’Annika, à la vie sentimentale particulière – en couple, une fille, vit dans un appartement avec elle mais sans son compagnon. Elle était bourrée de rancoeur, ne supportait plus les conditions de tournage imposée, et fait une suspecte idéale – ce n’est pas les dix petits nègres, ce sont les douze suspects. Non, suivre l’enquête n’est pas difficile, il s’agit simplement de comprendre que, contrairement aux séries télévisées, l’on n’a pas qu’un suspect, mais tout une ribambelle, et que les enjeux sont le pouvoir, et la prise de pouvoir au sein de la rédaction du journal.

Meurtre en prime time est un roman intéressant pour tous ceux qui s’intéressent aux journalismes. Il l’est peut-être un peu moins pour ceux qui aiment les romans policiers purs et durs. Il ne faut cependant pas oublier que, questions détails sordides, le lecteur est particulièrement servi dans cette enquête.

 

 

 

Studio 6 de Liza Marklund

Présentation de l’éditeur :

Annika Bengtzon est chargée de répondre aux appels de la Hot Line de La Presse du soir, quotidien suédois à sensation où elle est stagiaire. Un jour, un anonyme lui livre un scoop : le corps nu d’une jeune fille a été découvert dans un cimetière de Stockholm. Elle a visiblement été étranglée. C’est le meurtre de l’été ! Le rédacteur en chef met Annika sur le coup. La victime s’appelait Josefin, elle n’avait que dix-neuf ans et travaillait au Studio Sex, une boîte de nuit porno. Contre toute attente, son enquête la conduit à un ministre. ​Comment s’est-il retrouvé impliqué dans cette affaire sulfureuse ? Quels secrets cache-t-il ? Pour devenir journaliste, Annika va devoir le découvrir. Mais à quel prix ?

Merci à Netgalley et aux Editions HLab pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce ne fut pas une lecture plaisante, autant vous le dire tout de suite.
Vous me direz « pas de chance ».
Ce fut une lecture poisseuse mais intéressante : j’estime toujours que ce n’est pas parce que je n’ai pas aimé un livre qu’il n’est pas bon !
Nous sommes en Suède, à la rédaction d’un journal, et permettez-moi de vous dire que ce journal n’est pas très bien organisé : il s’agit de presse à sensation, non d’un journal d’investigation, avec enquête sérieuse à la clef. J’ai presque envie de dire : « regardez un peu cette ligne où n’importe quel individu un peu zinzin peut appeler et dire ce qu’il a envie de dire, avec, parfois, une petite chance que ce soit publié dans le journal. » Où va-t-on ? Droit dans le sensationnalisme et le mur. Je vous rassure : les émissions dites « sérieuses », les concurrents de la presse écrite qu’il s’agit de battre ne sont pas épargnés. La chasse au scoop est leur sport favori, le tout est de se demander quel prix ils sont prêts à payer pour cela, dans tous les sens du terme. Quand aux dites enquêtes « de fond », il faut se demander là aussi quel moyen l’on met pour les faire, et quelle complicité permet de les mener à bien. Dernier élément : les stagiaires. OU la chair fraîche pour alimenter la rédaction à peu de frais. Laissons-les se battre entre eux, au sens figuré, pour obtenir une place, pour placer le bon article. Laissons-les surtout faire ce qu’ils veulent, tant qu’ils publient, et s’ils commettent des erreurs, et bien lavons-nous en les mains. Personne pour les chapeauter, personne pour s’assurer qu’un minimum d’éthique est assuré.
On en oublierait presque qu’un meurtre a été commis. J’ai failli ajouter « un meurtre atroce » mais tous les meurtres, si l’on y réfléchit un peu, sont atroces. Le regard change selon les circonstances – selon aussi la manière dont la victime est présentée. La presse ou le pouvoir de manipuler. La justice, ou l’impossibilité d’enquêter ou de coincer le meurtrier. Oui, à l’heure où les séries télévisées nous gavent d’enquêtes résolues en 52 minutes, il est bon de rappeler que les policiers se retrouvent pieds et poings liés quand ils manquent de preuves et quand le meurtrier a un alibi solide.
A une époque où l’on a encore une forte tendance à montrer certaines victimes comme des coupables, surtout si elles sont des jeunes filles qui ne suivent pas la voie tracée par leurs parents, ce roman montre à quel point il est facile, sur un terme plus ou moins long, d’enfermer une jeune femme dans une prison mentale, de lui faire croire qu’elle ne vaut rien et que seule, elle ne s’en sortira pas. Les extraits du journal intime d’une des victimes sont là pour nous le rappeler, de l’intérieur.
Alors oui, je n’ai pas aimé ce roman, il ne correspond pas à mes goûts. Il parle néanmoins de sujets forts, qu’il est toujours intéressant de voir mis en lumière.

Les Ames englouties par Susanne Jansson

Présentation de l’éditeur :

Pour travailler à sa thèse de biologie, Nathalie retourne vivre dans sa région natale, au coeur d’une Suède humide et reculée. Dans la petite maison qu’elle habite en forêt, elle se laisse rappeler à son enfance douloureuse, à l’époque où la disparition de la jeune Tracy avait inauguré une succession de drames. Un jour, un cadavre est retrouvé dans la tourbière. Dix années auparavant, déjà, une jeune fille momifiée avait été découverte au même endroit. Bientôt, de nouveaux cadavres affleurent. Alors que la police se met en quête d’un serial killer, Göran, ancien professeur de physique, est convaincu que l’endroit est peuplé de revenants. Cette théorie intrigue aussi Maya, photographe judiciaire. Les trajectoires de Nathalie et de ces deux enquêteurs de l’ombre vont se mêler… et de nombreux secrets seront déterrés. Angoissant et précis, un thriller atmosphérique à la rare puissance suggestive, qui conjugue tentations surnaturelles, croyances populaires, explications scientifiques et fines analyses psychologiques.

Mon avis :

Ce livre pourrait presque ne pas être un thriller. Presque. Disons qu’il ne faut pas se fier aux apparences, aux premières pages qui pourraient nous entraîner dans un tout autre domaine. Nous découvrons Nathalie, une étudiante qui termine sa thèse de biologie. Elle est retournée sur les traces de son passé. Quel était-il ? Nous le saurons, mais pas tout de suite. Nous saurons simplement que retourner sur les lieux était douloureux et nécessaire pour elle. Nous savons aussi qu’elle n’a rien à redouter. Elle a été victime collatérale, elle a souffert, elle s’interroge sur ce que sont devenus ceux qu’elle a connus pendant sa jeunesse, elle qui a choisi de couper les ponts, de « re »naître, elle essaie maintenant de renouer les fils de son passé, parce que couper les ponts n’était peut-être pas la bonne solution.
Elle rencontre un jeune homme, un étudiant lui aussi, Johannes. Il n’est pas indifférent. Elle commence à ressentir quelque chose pour lui. Un soir, la tempête, puis l’accalmie. Elle sait ce que cela signifie. Elle se précipite, trouve Johannes inconscient mais encore vivant. Les secours arrivent, le jeune homme est plongé dans le comas. Qui l’a agressé ?
La police enquête, dans ce patelin coupé de tout, rendu célèbre douze ans plus tôt à cause d’une découverte archéologique importante. Presque personne ne vit dans le coin, tous sont partis ou presque. Qui reste-t-il à interroger ? La jeune étudiante qui a trouvé Johannes, et qui n’a pas envie de trop parler. Attention, cela ne veut pas dire qu’elle est suspecte, c’est simplement qu’elle est extrêmement renfermée, que ce n’est pas un hasard si elle vit (pour un court laps de temps il est vrai) seule dans une maison isolée. Il y a aussi Göran, l’ancien scientifique qui s’est spécialisé dans les fantômes depuis que sa femme l’a plaquée et qui vit assez bien des articles qu’il écrit de temps en temps. Le moins que l’on puisse dire est qu’il est très calé sur le sujet, les tourbières, les fantômes « qui n’existent pas ». Un personnage qui vaut le détour à lui tout seul. De plus, il « reconnaît » Nathalie, sa jeune voisine maintenant adulte. Il est le premier lien qui se recrée avec son passé. Il est aussi un des premiers liens avec la police, lui qui alerte depuis des années au sujet des disparitions près des tourbières. En vain. Tout adulte est libre de disparaître. Ou de rester.
En effet, non loin, se trouvent les parents de sa meilleure amie Julia, devenus des grands parents attentifs pour leurs deux petites filles. Eux aussi ont vécu un drame, et eux non plus ne s’en sont pas remis. La tourbière hante leur vie, et ils ne sont pas près à partir.
Ce livre est un roman policier, oui, mais pas seulement. Il nous interroge sur notre rapport à la mort, à la vie, au souvenir. Il montre notre attachement au corps, par rapport à l’esprit. C’est par Maya, la photographe de la police que l’on entre dans cette interrogation, qu’elle partage avec Göran. Elle est entre deux mondes, à la fois photographe pour la police, et artiste, ce qui ne laisse pas d’étonner certaines personnes. Elle est aussi de la région, et si elle était loin quand les drames ont commencé, elle en a eu connaissance. Il n’est pas besoin que tout nous soit raconté, ce que nous découvrons par le biais de Nathalie, de ses souvenirs, ou de ceux de Göran est bien suffisant.
Comme souvent, le motif (ou le mobile, comme vous voudrez) est à chercher dans le passé, récent, ou ancien. Les proches sont les victimes collatérales, comme Nathalie ou son amie Julia. Vivre après, réapprendre à vivre est un vaste programme, pas toujours respecté. Vivre quand on sait enfin ce qu’il est advenu de nos proches. Vivre quand on a perdu l’espoir. Vivre en retrouvant le corps – et pas l’esprit. Bref, un roman policier qui questionne son lecteur sur des thématiques tout sauf policières. Un livre pour sortir des sentiers policiers battus.
Merci à Netgalley et aux Presse de la cité pour ce partenariat.

Un cri sous la glace

Présentation de l’éditeur :

Emma, jeune Suédoise, cache un secret : Jesper, le grand patron qui dirige l’empire dans lequel elle travaille, lui a demandé sa main. Il ne veut cependant pas qu’elle ébruite la nouvelle.
Deux mois plus tard, Jesper disparait sans laisser de traces et l’on retrouve dans sa superbe maison le cadavre d’une femme, la tête tranchée, que personne ne parvient à identifier.
Peter, policier émérite, et Hanne, profileuse de talent, sont mis en tandem pour enquêter. Seul hic, ils ne se sont pas reparlés depuis leur rupture amoureuse dix ans plus tôt. Et Hanne a aussi un secret : elle vient d’apprendre que ses jours sont comptés.

Mon avis :

Autant vous le dire tout de suite, j’ai eu un peu de mal avec ce roman, qui est un peu long à démarrer. Il faut dire que trois voix s’entrecroisent, Peter et Hanne, les enquêteurs, et Emma. Celle-ci est toute jeune, et elle cache un secret : le grand patron de sa société lui a demandé sa main. Par contre, pour l’instant, il veut encore garder leur histoire secrète, il a quelques petits soucis, une toute petite enquête sur le dos, des pratiques pas très honnêtes, bref, ce n’est pas vraiment Cendrillon et le prince charmant, cela ne s’en approche même pas. Pendant qu’ils vivent ce qui pourraient presque être une non-histoire d’amour, le cadavre d’une femme décapitée est retrouvé dans la maison de Jesper.  Si la situation n’était tragique pour la victime, je dirai que Jesper n’en est pas à une enquête près. En parfait patron, il a d’ailleurs soigneusement muselé ses gentils employés : ne parlez pas aux journalistes !

Le livre nous offre un duo d’enquêteurs différents – heureusement, ai-je envie de dire, même si Hanne et Peter sont vraiment hors-normes. Il est inutile dans leur cas de se demander s’ils vont céder à une quelconque attirance, c’est déjà fait depuis dix ans. Chacun a un parcours de vie, disons-le, chaotique, des failles qui sont carrément des gouffres, des problèmes assez graves, pour ne pas dire très graves. Et pourtant, ils vont enquêter, dans une situation pas vraiment facile.

Alors… il faut vraiment prendre le temps de se laisser porter par cette intrigue, étonnante, par la narration qui épouse parfaitement le point de vue des trois protagonistes. Non, parce que, la jeune fiancée, Emma, est vraiment très particulière. Ce n’est pas seulement son présent qui nous interroge – comment elle, simple vendeuse, peut-elle accepter de prêter de l’argent à son richissime fiancé pour couvrir un travail au noir et faire que Jesper n’ait pas à se fatiguer à aller à la banque ? Elle est amoureuse, certes, elle est aussi un peu naïve. La cause (les causes ?) en est à chercher dans son enfance, entre deux parents pas vraiment en harmonie, pour ne pas dire inadaptés à la vie de couple, à la parentalité, au monde qui les entoure. Emma est seule, terriblement, sans famille, sans amis, sans même quelqu’un qui se rapproche d’une copine. S’il faut vraiment faire un rapprochement entre elle et les enquêteurs, il faudrait parler de leur solitude, ou leur isolement, cela dépend du point de vue – le leur, celui des personnes qui les entourent.

En bref, un polar intéressant, mais je me demande si je lirai les deux enquêtes suivantes de cette auteure.