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Casal Ventoso de Fredrik Ekelund

Présentation du roman :

Dans la tranquille ville suédoise de Malmö, un riche homme d’affaires est assassiné à la hache. Son ex-femme est éplorée, et les flics à pied d’œuvre. Monica Gren et Hjalmar filent le parfait amour, pourtant des lettres anonymes viennent rappeler à ce dernier les années 70, lorsqu’il était le guitariste des Why Men.

Mon avis :

Mon problème est simple, au moment où je rédige cet avis : je me souviens davantage des éléments négatifs que des éléments positifs. Je cherche d’ailleurs les éléments positifs, si ce n’est une peinture désespérante de la société suédoise, de sa jeunesse qui, dépourvu de repère, voulant être cool, part à la dérive et sombre dans la drogue. Ont-ils un espoir de s’en sortir ? Non : en dépit des cures de désintoxication, c’est la mort qui est au bout du chemin, à plus ou moins brève échéance. Est également pointé du doigt ce que d’aucun juge comme le laxisme de pays étrangers et l’incapacité de la police à mettre fin au trafic de drogue. Les personnages voyagent beaucoup pour leur enquête, ce qui leur montre d’autres aspects du trafic de drogue, de la misère humaine.
Maintenant, le négatif : la fin du roman est trop abrupte, comme si l’auteur avait voulu moraliser son intrigue in extremis.
Puis, les lettres qui sont envoyées à l’enquêteur… Je comprends leur utilité pour l’intrigue, relier le présent au passé d’Hjalmar, mais je comprends mal leur utilité pour la construction de la personnalité de l’épistolier. La « spontanéité » de ses actes cadrent mal avec ses lettres fleuves, remplies de références musicales.
Ensuite, j’ai trouvé lassant tout ce qui avait trait au couple Monica/Hjalmar. Je n’ai rien contre les quinquagénaires qui refont leur vie, je n’aime guère suivre leurs amours comme celles de deux ados, et découvrir la jalousie de Monica, qui n’a pas vraiment sa place dans une enquête. Hjalmar a un passé, trois enfants, deux beaux enfants, quinze ans de vie commune avec son ex, et Monica « se prend la tête » parce qu’il a revu son ex pour protéger leurs enfants – pas très professionnel, surtout quand des vies sont en jeu. Elle est également prête à faire une scène au moindre retard – un comble pour la conjointe d’un policier.
Casal Ventoso, ou une vision noire de la société suédoise, un peu parasité par l’histoire d’amour des deux personnages principaux.

Les mercredis avec Ziggys de Linn Hallberg

Présentation de l’éditeur :

Ziggy a été très malade mais il est maintenant de retour, :et en pleine forme. Elina voudrait tout de suite le récupérer pour elle toute seule, mais cela ne va pas être si facile : toutes les filles du Club veulent s’approprier Ziggy !. L’hiver arrive bientôt, et la neige se met à tomber sur la Suède.

Mon avis :

Le livre prend place juste après le premier tome. Il se lit tout aussi facilement que le premier. Il ravira les amateurs de poneys comme le premier. Il met en scène les rivalités entre les membres du Club, ce qui est assez traditionnel dans ce genre de livre, des livres mettant en valeur le sport, la compétition. Avantage : il montre qu’il faut prendre soin de son poney, qu’il a droit aussi de ne pas toujours bien se comporter. Il nous apprend aussi certaines coutumes suédoises, comme la célébration de la Sainte Lucie. Inconvénient : ce roman est vraiment très genré. N’y a-t-il vraiment que les filles qui aiment l’équitation ?

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A tout moment la vie de Tom Malmquist



Présentation de l’éditeur :

Pour Tom, il y aura désormais un avant et un après. Dans la fracture du temps, dans les profondeurs d’un hôpital de Stockholm, un corps dévasté, comme un autre lui-même, est arraché à tous ses liens terrestres. Mais au-delà des moindres signes cliniques émerge encore, par moments, la conscience d’une femme aimée, Karin, qu’il faut délivrer d’urgence de l’enfant qu’elle porte. Sa famille, ses amis veillent dans l’ombre, séparés d’elle, mis à nu devant la finalité obscure des jours.

Préambule :

Il est des gens qui sont nés, ont grandi, et vivent encore au pays des bisounours. Grand bien leur fasse. Ce ne fut pas mon cas, et personne ne me racontait, enfant, des histoires au sujet de personnes « parties en voyage ». C’est sans doute une des raisons qui fait que les sujets « difficiles » ne me posent pas vraiment de problèmes.

Mon avis :

Merci à Babelio et aux éditions Noir sur blanc pour ce partenariat. A tout moment la vie est un livre réaliste, cru parfois : les descriptions ne sont pas aseptisées. Le narrateur ne cherche pas à se voiler la face, il raconte, sans nous livrer des états d’âme superflu, et il refuse d’être tenu à l’écart. Du coup, les termes médicaux sont bien présents, sans être des entraves à la lecture puisque nous recevons les explications en même temps que le narrateur.

Est-ce à cause de l’histoire qui est raconté – la mort de la femme aimée, la naissance prématurée de leur fille ? La forme du texte est oppressante, le texte apparaît d’un bloc, dialogue compris, et si cela ne m’a pas posé de problèmes tant que je me suis trouvée plongée dans l’histoire, je conçois que cela puisse déranger.

Ce qui m’a frappée dans ce roman est l’impression de solitude qui se dégage. Oui, le personnel médical se relaie au chevet de Karin. Oui, Tom reçoit des informations fréquemment sur l’état de santé de sa femme – parce qu’il l’a exigé. Il forme une protection autour de Karin, protection qu’elle a désirée, pour des raisons que nous apprendrons dans la seconde partie du livre, ce qui fait que les parents de la jeune femme semblent un peu mis à l’écart.

Les cent premières pages sont le récit d’un combat. Les deux cents suivantes sont celles de la survie. La situation de Tom est kafkaïenne, lui qui n’est pas, de prime abord, reconnu comme le tuteur de sa fille puisqu’il n’était pas marié avec Karin et qu’aucun acte de reconnaissance n’a été rédigé avant la naissance de leur enfant. Nous en apprenons un peu plus que la jeune femme, qui, par le passé, a survécu à deux problèmes de santé conséquents, écrivait des poèmes, s’interrogeait, aussi, sur la future implication de Tom dans son rôle de père. Ecrire ne signifie pas céder au pathos ou enjoliver les souvenirs. Encore moins enjoliver le présent : Tom souffre, physiquement, moralement. Il doit faire face à la mort de son père, malade depuis dix ans.

Ni espoir, ni désespoir : Tom raconte, de façon brute. Au lecteur de s’approprier – ou non – cette histoire, forte, qui ne laisse pas indifférent.

Papas et pirates de Katarina Mazetti

Présentation de l’éditeur :

Pour la première fois, les cousins découvrent l’île aux Grèbes sous la neige. Le cadre idéal pour des vacances d’hiver inoubliables ! Au programme, batailles de boules de neige, séances de patinage et goûters réconfortants… Jusqu’à ce que les amis remarquent des phénomènes étranges. Les bonshommes de neige se déplacent la nuit, des lumières s’allument dans la forêt : et si les cousins n’étaient pas seuls sur l’île ?

Mon avis :

Les cousins Karlsson, c’est un peu le club des cinq en Suède : quatre cousins, deux garçons et deux filles, un animal de compagnie sous la forme d’un chat obèse et d’un poney sauvage nommé Gervir, une île, théâtre d’aventures mouvementées mais crédibles, et une certaine liberté offerte par des parents, puisque, dans cette épisode, ils vont rester tous les quatre seuls sur l’île. En effet, Frida, leur tante, la seule à ne pas avoir d’enfants, s’est cassé la jambe en des circonstances qu’elle refuse de révéler, et prépare une nouvelle reconversion professionnelle – et il suffit d’avoir lu les tomes précédents pour savoir qu’elle n’a jamais manqué de créativité dans ce domaine.

Pour les cousins, tout se passait bien – ou presque. Ils arrivent sur l’île, heureux de se retrouver, malgré le froid et l’isolement relatif – on peut compter sur Taxi-Maxi pour les approvisionner et ne pas manquer d’ingéniosité pour se rendre sur l’île, même quand elle paraît coupée du monde. Et justement, là est son avantage et son inconvénient, déjà prouvé dans le passé. Mais qui peut avoir envie de se réfugier dans cette île qui ne compte à l’année que deux habitants, cheval compris ?

Sous couvert de vacances et de gastronomie (Alex expérimente toujours pour ses cousins de nouvelles recettes), ce roman questionne sur les liens parents/enfants, sur ce que l’on a envie de leur transmettre, ou pas, et sur comment leur transmettre. Qui a dit qu’être parents était facile ?

Tout le monde aime Ziggy de Lin Hallberg

linPrésentation de l’éditeur :

Elina, une jeune écolière suédoise, rêve de faire du poney. Avec ses amies, elle s’inscrit au Poney-Club du Petit Galop, tenu par Ingela, la meilleure monitrice du monde ! Lors de son premier cours, Elina fait la connaissance de Ziggy, un magnifique petit shetland blanc qu’elle adore et dont elle ne veut plus se séparer.

Mon avis :

Cette auteur est très connue en Suède, et est l’auteur de plusieurs séries de littérature jeunesse. Ziggy est l’une d’entre elles. Ce livre est destiné aux fans de poneys, ou à ceux qui sont amenés à le devenir. L’intrigue se situe dans une écurie, dont nous découvrons les différents membres, c’est à dire les poneys. Mais le poney vedette, c’est Ziggy, celui que tout le monde veut, même si Sam, son frère aîné, est le poney dominant de l’écurie. Ce livre est intéressant, en ce qu’il montre les différentes étapes avant de monter, les soins à donner aux poneys. Je lui adresse tout de même un reproche : tous les personnages sont féminins, aucun garçon ne monte ! Faut-il vraiment être une fille pour aimer l’équitation ?

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L’homme qui souriait d’Henning Mankell

Hommage à Henning Mankell, un mois après sa mort, organisé par Cryssilda Collins.

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J’ai choisi ce quatrième tome, parce que j’ai lu les trois précédentes enquêtes de Kurt Wallander.

Mon résumé : Au début de ce tome, un an s’est écoulé depuis sa précédente enquête. Il n’est plus que l’ombre de lui-même après avoir tué un homme. Certes, il était en état de légitime défense, cependant il ne se remet pas. Il a même rédigé sa lettre de démission, quand un ami avocat vient lui rendre visite et lui demande d’enquêter sur la mort de son père, qu’il pense ne pas être un accident. Wallander refuse. En rentrant à Ystad, il découvre que son ami a été assassiné. Il déchire alors sa démission, et reprend l’enquête. L’homme qui souriait, ou le retour de Wallander.

Mon avis :

Un roman policier comme on en lit peut, puisqu’il est celui d’une renaissance, celle du commissaire Wallander. Ayons une pensée émue pour toutes ses séries françaises où les policiers tirent sur tous les suspects qui bougent (ou presque) et n’ont pas vraiment de problèmes avec leur(s) acte(s). Lui ne se remet pas d’avoir tué et il faut vraiment :
– qu’on vienne le chercher.
– qu’il soit replonger bien malgré lui dans un bain de violence
pour qu’il redevienne celui qu’il était. Cela ne signifie pas qu’il oublie.
Enquêter n’est pas une partie de plaisir, qui reposerait sur des intuitions. Des faits, rien que des faits, des preuves, des déductions, des recherches intenses et pas toujours faciles. La violence est là, aussi, omniprésente parce qu’insidieuse. Enquêter sereinement ? Impossible, quand chaque acte expose un peu plus un enquêteur ou un témoin. Comme dans Printemps de Mons Kallentoft, le lecteur peut retrouver les louanges de l’industrie suédoise, si ce n’est que Kurt Wallander et à travers lui son auteur porte un regard critique sur ce qu’on lui a appris à louer sans nuance. La réussite, oui, mais laquelle et à quel prix sont des questions que ce livre nous pose – questions qui, je le crains, restent intemporelles.
Et Kurt Wallander avait-il encore des illusions sur ce dont l’homme est capable ? Je ne pense pas.

La maison du bout du monde d’Ake Edwardsons

maison du bout du mondeMon résumé :

Trois meurtres, une survivante : un bébé de quelques mois. Erik Winter enquête.

Mon avis :

Il n’est peut-être pas logique de commencer le mois avec un livre que je n’ai pas aimé. Cependant, j’ai beaucoup de choses à dire à son sujet.
Je commencerai d’abord par le personnage que j’ai le plus apprécié : Christian. Sa femme semble dépressive, en tout cas, elle n’est pas sortie de chez elle depuis… Depuis quand ? Depuis très longtemps. Christian annonce qu’il va sortir faire quelques courses. Acheter des cigarettes, un classique ? Non, pas du tout : acheter un chien, pour la forcer à mettre le nez dehors en le promenant. Ce petit chien, ou plutôt cette petite chienne n’avait pas de nom, aussi la baptisent-ils Jana.
Mauvais endroit, mauvais moment : la famille qui lui a donné ce chien a été assassiné. La mère, Anna, la petite fille, Eric, le garçon. Seule Greta, le bébé, a survécu. Par quelle miracle ? Ce sera à l’enquête de le déterminer. Le légiste est formel : elle aurait dû mourir de déshydratation. La seule solution est que quelqu’un est venu la nourrir. Le tueur ?
L’enquête commence, et Christian est le premier suspect, lui qui fuit devant la police parce qu’il n’a pas la conscience très tranquille. Raciste, il pense avoir un peu trop exprimé sa haine des étrangers. Là, vous vous dites : comment apprécier un personnage pareil ? Tout simplement parce que le roman nous démontre que l’on peut changer, même si la transition peut prendre du temps.
Là, vous vous dites aussi que je n’ai toujours pas parler des enquêteurs. Erik Winter revient prêter main forte à ses collègues, lui qui depuis deux ans vit en Espagne, depuis qu’il a failli se noyer dans une piscine. Et j’ai retrouvé tout ce que je reprochais aux romans d’Ake Edwardson. Une femme, deux enfants ont été assassinés, et les enquêteurs restent très courtois avec les témoins, voire avec les suspects, sauf avec Christian qui focalise toute leur attention. Peut-être est-ce ainsi en Suède, peut-être les témoins ont le droit de ne pas répondre aux questions, voire de dire qu’ils ne comprennent pas qu’on les interroge. Ces trois meurtres ne soulèvent que peu d’émotions finalement. Même Erik est trop occupé par ses problèmes personnels pour se donner pleinement dans cette enquête. d’ailleurs, plus qu’un roman policier, c’est un roman sur un policier qui est sur le point de quitter la police, ses enquêteurs, son pays, un policier qui vit des tourments personnels bien réels. Comme si, finalement, l’auteur n’arrivait pas à dire adieu à son personnage – rien ne l’y oblige.
Le déroulement de l’enquête est vraiment très mou, ou très doux, ce qui est peu approprié. Du coup, il y a quelques accidents de parcours. Quant au dénouement (non, parce qu’en dépit de leur manie de prendre des pincettes avec tout le monde, il faut bien que les policiers trouvent le coupable, non ?), il m’a encore une fois rappelé ce que je n’aimais pas chez cet auteur : il fallait un coupable, on en a trouvé un. Reste un sentiment d’inachevé et de gâchis. Inachevé, parce que j’aurai aimé en savoir plus sur Sarah, la victime, et sur ce qui a conduit à la tuer. Gâchis, parce que sans la lâcheté des uns et l’obsession de la morale des autres, tout aurait pu être évité.

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