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Le lagon noir d’Arnaldur Indridason

Mon résumé :

1979. Une jeune femme se baigne dans les eaux du lagon parce que sa boue a la vertu d’apaiser les maladies de peau. Ce jour-là, elle a le malheur (pour elle et pour lui) de trouver un corps dans le lagon. Marion et le jeune Erlendur sont chargés de l’enquête. Lui-même, à ses heures perdues (il vient de divorcer) enquête sur la disparition d’un jeune fille, 26 ans plus tôt.

Mon avis :

J’aimerai dire simplement : c’est un roman d’Arnaldur Indridason alors lisez-le. Ce serait tellement plus simple de rédiger une critique ainsi, vous ne trouvez pas ?

Ce roman nous permet de découvrir Arnaldur jeune enquêteur, peu loquace sur sa vie privée et personnelle. Pourtant, cela ne l’empêche pas, déjà, de faire preuve d’empathie envers les proches des victimes, comme Nanna, la soeur du jeune homme retrouvé assassiné, ou Svava, la tante de la jeune fille disparue presque trente ans plus tôt. De ténacité aussi, lorsqu’il interroge quelqu’un qui n’a pas envie de se livrer. Il faut dire qu’avec Marion, il est à bonne école : elle renonce très rarement et sait utiliser tous les arguments dont elle dispose pour parvenir à ses fins. Marion, ou l’art de maîtriser le langage et de l’utiliser à bon escient. La pugnacité aussi, comme il le prouvera lors du dénouement.

N’anticipons pas trop. Pour l’instant, nous sommes non loin de la base américaine, et la victime avait des liens avec elle. Il avait fait ses études aux Etats-Unis, s’habillait de vêtements américains à une époque où ce n’était pas légion, et travaillait en liaison avec cette fameuse base américaine, qui comportait autant de fans que de détracteurs. La base jouit de la même impunité qu’une ambassade, et il est difficile de savoir ce qui s’y trame réellement. Et les américains ne sont pas tendres avec les islandais, qu’ils méprisent, voire insultent, comme si l’Islande ne devait être qu’une vaste base américaine (je paraphrase Erlendur).

Ne rien lâcher, être patient, écouter, écouter même les silences qui en disent longs sur la volonté de ne pas se confier. Prendre des risques aussi. Marion pourra compter sur Caroline, une jeune officier de la base. Point qui ne sera dévoilé qu’au cours de l’enquête : Caroline est noire. Cela n’a pas d’importance pour Marion, cela en a pour certains membres de la base. Et cela en dit long sur eux, et sur la ténacité de Caroline, pour être parvenue jusque là.

Le lagon noir est – encore – une très bonne double enquête d’Erlendur. Ne passez pas à côté d’elle, ce serait vraiment dommage.

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L’ange du matin d’Arni Thorarinsson

Mon résumé :

La crise secoue l’Islande gravement. La criminalité semble augmenter. Une postière, sourde, est tuée à Akureyri, et Einar, dont le journal est en perte de vitesse, se demande bien sile coupable sera retrouvé un jour. Le journaliste est alors amené à interviewer un « nouveau viking », qui laisse dans son sillage dettes et sociétés en faillite. Peu après, Margret Bra, sa fille, est enlevée. Contre l’avis de la police, Einar enquête.

Mon avis :

Quelle est le rôle d’un journaliste ? Informer. Pour informer, il lui faut enquêter, et c’est ce que font Einar et ses collègues. Attention ! Ne les prenez pas pour des solitaires prétentieux, vous savez, le type même du baroudeur solitaire un peu méprisant.Einar et ses collègues sont bien ancrés dans le réel, ils savent qu’ils ont à faire avant tout avec de l’humain, même si la finance semble, un temps, avoir pris le dessus.

Einar, d’ailleurs, est en retard ce matin-là, quand il bute dans du courrier éparpillé sur le sol. Il découvre ensuite le corps de la postière, alors à l’agonie. Il a beau faire ce qu’il faut (et se reprocher après de ne pas avoir fait assez), elle décède à l’hôpital. S’il n’a pu la sauver, s’il n’a rien entendu de son agression, qui s’est déroulée non loin de chez lui, il suit les investigations de près, sans hésiter à s’y mêler si nécessaire. La police a peu d’indices, et la seule piste qu’elle ait semble avoir presque été tracée par l’agresseur lui-même. La fréquentation des romans et des séries policiers nuit gravement aux policiers eux-mêmes.

D’ailleurs, personne n’était préparé à l’enlèvement de la jeune Margret. Pour les policiers, ce crime est totalement inédit, et ils doivent faire avec le peu qu’ils ont. Pour les lecteurs occidentaux, les enlèvements sont des rebondissements très fréquents, et nous connaissons bien les mécanismes de cette branche du genre policier. Einar aussi, qui pose les questions qui pourraient déranger les enquêteurs (nous les voyons d’ailleurs fort peu en action, si ce n’est pour se refuser à tout commentaire). Nous voyons également grâce à quel système d’informateurs il parvient à se tenir au courant le mieux possible de ce qu’il se passe – et comment aussi, parfois, il faut se méfier de ceux auxquels on ne fait pas attention.

L’ange du matin est un roman policier contemporain qui nous interroge sur notre société, même si l’auteur est islandais. Quelle place accordons-nous à nos aînés ? Comment éduquons-nous nos enfants, que comptons-nous leur transmettre ? Connaissons-nous bien nos proches ? Et la culture, dans tout cela, peut-on encore parler d’elle alors que les nouveaux supports semblent plus importants que les contenus ? A l’heure où les témoignages en tout genre foisonnent, qu’a réellement le droit de révéler un journaliste ? Einar, et avec lui l’auteur, se garde bien de porter des jugements moraux, il questionne, pose des constats, et ce n’est pas aussi réjouissant que le tout dernier message qui clôture ce roman.

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Betty d’Arnaldur Indridason

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Présentation de l’éditeur :

Dans ma cellule je pense à elle, Bettý, si belle, si libre, qui s’avançait vers moi à ce colloque pour me dire son admiration pour ma conférence. Qui aurait pu lui résister… Ensuite, que s’est-il passé ? Je n’avais pas envie de ce travail, de cette relation. J’aurais dû voir les signaux de danger. J’aurais dû comprendre bien plus tôt ce qui se passait. J’aurais dû… J’aurais dû… J’aurais dû…
Maintenant son mari a été assassiné et c’est moi qu’on accuse.

Mon avis :

Arnaldur Indridason est bien sûr l’auteur des enquêtes d’Erlendur. Il est aussi l’auteur de romans noirs, dont ce magistral Betty.

Il est difficile de parler de ce roman, il faut vraiment le lire pour apprécier le talen, magistral, d’Indridason. Le lecteur, dès les premières pages, croient en savoir beaucoup : le narrateur, qui aime Betty, se trouve en prison, la police l’accuse d’être coupable du meurtre du mari de Betty, Tomas, un riche homme d’affaires. Qu’y a-t-il à dire de plus, si ce ne sont les circonstances du meurtre ? Beaucoup.

Le récit alterne le présent, en prison, et le passé, de la rencontre avec Betty jusqu’à ce que passé et présent se rejoignent. Le choix d’un narrateur à la première personne, forcément subjectif, clamant à la fois son amour et son innocence ne peut que modifier la perception qu’a le lecteur de cette histoire. De plus, le narrateur, mutique sauf dans ses longs monologues intérieurs, se trouve confronté à d’autres personnes, les enquêteurs, bien sûr, mais aussi son avocat, les psychiatres, et même sa mère, qui est venue lui rendre visite, pour tenter de renouer les liens après des années de brouille. De là, émerge un autre récit, d’autres visions de cette affaire, qui montre aussi à quel point la perception du narrateur peut être brouillée par ses émotions, et pas seulement par son amour.

Bien sûr, il y a le coup de théâtre qui survient au milieu du récit. Je ne l’ai pas vu venir, je ne pense pas être la seule dans ce cas. Il permet vraiment de voir la suite du roman autrement, et, contrairement à maints coups de théâtre qui ressemblent davantage à des tours de magie, celui-ci est totalement crédible. Le tout est vraiment de résister à la tentation d’expliquer en quoi il change bien des choses à notre propre perception de l’intrigue – et à celles des enquêteurs, au sens large du terme.

Betty, un livre à lire pour tout ceux qui hésitent encore à découvrir l’oeuvre d’Indridason.

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L’énigme de Flatey de Victor Anar Ingolfsson

9782021071238Présentation de l’éditeur :

Flatey, petite île isolée à l’ouest de l’Islande, dans les années 60. La découverte d’un corps quasiment à l’état de squelette sur un ilôt désert perturbe la vie paisible de la communauté de pêcheurs, à peine une quarantaine, qui peuplent l’île. Comment a-t-il pu arriver là? Personne ne l’a vu sur le bateau postal qui passe une fois par semaine. Kjartan, juriste dépêché du continent par le procureur, se retrouve à enquêter malgré lui.

Mon avis :

Ce livre est à recommander hautement à tous les fans de la littérature islandaise, et pas seulement aux amateurs de romans policiers. En effet, il nous fait vraiment découvrir la vie quotidienne, dans une toute petite île, peuplée de courageux éleveurs et des pêcheurs non moins courageux. L’ecclésiastique du lieu apprécie beaucoup ses ouailles, son épouse, qui a grandi dans la capitale, nettement moins : ces braves gens ne jugent pas utile de se laver au cours de la journée, préférant un décrassage complet le soir, quand toutes les taches éprouvantes et salissantes auront été accomplies. On peut les comprendre.

Et c’est sur une petite île qu’une famille de pêcheur – le grand-père, qui perd la tête, le fils et le petit-fils – trouve un cadavre en état de décomposition. Comment est-il arrivé là ? Qui est-il ? Aucun élément ne permet de le déterminer. Et le jeune enquêteur dépêché sur les lieux ne progresse guère, jusqu’à ce que l’on découvre son illustre identité, et son intérêt pour le légendaire livre de Flatey et ses énigmes, qui ponctuent chaque fin de chapitre.

Ce n’est pas parce que Flatey est une petite île qu’elle est coupée du reste de l’Islande. Certains de ses habitants ont même un très riche passé, comme Johanna, la doctoresse et son père. Un autre habitant, bien au contraire, n’a pas quitté l’île depuis cinquante ans et n’en vit pas plus mal, lui qui est passé maître dans l’interprétation des rêves (des siens et ceux des autres).

Alors oui, l’enquête progresse très lentement, au rythme des interrogatoires de chacun, des vérifications pas toujours faciles. Un journaliste, même, vient jouer les troubles-fêtes, flairant le scoop, à la fois sur la mort de Gaston Lund et sur le livre de Flatey. Il réussit l’exploit d’être le seul personnage réellement antipathique de ce roman , provoquant gêne et hostilité partout où il passe. Néanmoins, l’enquête finit par aboutir, et l’auteur ne tombe pas dans la facilité, que j’avais pourtant vu poindre cinquante pages avant la fin du livre. Jouer avec les attentes du lecteur et prendre le risque de le décevoir en proposant un dénouement loin des schémas classiques était osé, et je dois dire que c’est réussi. Il est rare d’éprouver un sentiment d’apaisement lors du dénouement, et pourtant, c’est ce que j’ai ressenti. Être un bon auteur de romans policiers signifie aussi construire un univers sans chercher à générer la terreur à tout prix.

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L’ombre des chats d’Arni Thorarinsson

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Mon résumé :

Einar est invité au mariage de Saga et de Kristin, une amie d’Heida, sa complice au journal. Oui, vous avez bien lu : ce sont deux femmes qui se marient et cela semble ne poser aucun problème ni aux amis, ni à la famille, ni même à l’ex-mari de Kristin, qui se félicite que son ex-femme se soit trouvé. Alors, qui a fait ce cadeau d’un goût douteux aux jeunes mariées ? Pendant ce temps, Einar reçoit des textos à caractère fortement sexuel. Qui s’amuse à de telles plaisanteries ?

Mon avis :

Revoilà Einar ! Il m’avait manqué, lui, sa nonchalance, et sa capacité à se retrouver au milieu des affaires les plus compliquées.

Oui, il n’est pas éloigné des stéréotypes du poor lonesome policier. Il est divorcé, a une fille – avec laquelle il s’entend très bien – a eu un gros problème avec l’alcool, qu’il a fort heureusement résolu, tout en sachant qu’on n’en a jamais réellement fini, et qu’une rechute est toujours possible. Il n’est pas policier, mais journaliste d’investigation – quitte à entretenir des liens étroits avec la police. Je te donne des indices, tu me dis si je suis sur la bonne voie.

Alors que la situation financière de son journal n’est pas excellente, alors que les rédacteurs ont des soucis de santé, ou des problèmes d’ordre privé, Einar doit mener de front son travail de journaliste et effectué la coordination au sein de la rédaction. Pas toujours facile, face à la concurrence de sites internet nettement moins scrupuleux. Vous avez dit éthique ? Morale ? Sources sûres et fiables ? Les scrupules sont disparus pour la jeune génération. Quant à l’ancienne (déjà), avec Einar, elle découvre avec ébahissement les joies de tout ce que l’on peut trafiquer grâce à la technologie. Rester dans la course, oui. Faire éclater la vérité – aussi, sans rester dupe des manœuvres de certains hommes politiques.

Internet, un moyen de tout savoir, très vite, sur des sujets qui n’intéressent que vous. Et, se demande Einar, qui peut bien s’intéresser à ses morts étranges, ses suicides assistés par ordinateur – ou quand la technologie fait froid dans le dos. Qui peut être assez pervers pour s’inspirer de tout ce que le net peut faire de pire ? Quand Einar cherche, il trouve – même s’il y met du temps, même si les fausses pistes sont nombreuses, dans cette société islandaise si renfermée sur elle-même que tout le monde se connaît, tout le monde s’est croisé un jour ou l’autre. Cette société reste fortement imprégnée par ses légendes, elle qui n’a acquis son indépendance que soixante-dix ans plus tôt. Les contes populaires sont connus de tous, et les elfes, forcés de vivre cachés, sont comparés aux homosexuels, qui sont eux sortis de leur cachette.

Ce roman nous questionne aussi sur ce qui pousse deux personnes à se marier. L’amour, me répondra-t-on. La volonté de fonder une famille. Pour beaucoup dans ce récit, il s’agit d’une question d’argent. Et plus que le chagrin, il s’agit de déterminer qui héritera. Mariage et bataille pour tous.

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Etranges rivages d’Arnaldur Indridason

tous les livres sur Babelio.com

Présentation de l’éditeur :

Erlendur est de retour ! Parti en vacances sur les terres de son enfance dans les régions sauvages des fjords de l’est, le commissaire est hanté par le passé. Le sien et celui des affaires restées sans réponse. Dans cette région, bien des années auparavant, se sont déroulés des événements sinistres. Un groupe de soldats anglais s’est perdu dans ces montagnes pendant une tempête. Certains ont réussi à regagner la ville, d’autres pas. Cette même nuit, au même endroit, une jeune femme a disparu et n’a jamais été retrouvée. Cette histoire excite la curiosité d’Erlendur, qui va fouiller le passé pour trouver coûte que coûte ce qui est arrivé …
C’est un commissiare au mieux de sa forme que nous retrouvons ici !

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Mon avis :

Si vous aimez Arnaldur Indridason et son enquêteur Erlendur, vous aimerez ce roman à coup sûr. Après deux romans consacrés aux adjoints du commissaire, nous découvrons les vacances d’Erlendur, qui n’ont rien d’une sinécure.

Rien n’est pire qu’une disparition. Rien n’est pire que de ne pas savoir, de ne rien savoir. Inlassablement, Erlendur revient sur les lieux de son enfance, là où son frère Bergur a disparu lors d’une tempête de neige. Si nous avions découvert des bribes de souvenir au cours des opus précédents, nous revivons ici cette tragédie qui a fait d’Erlendur l’homme qu’il est devenu.

Et à l’enquêteur. Erlendur est persuadé que certaines disparitions – elles sont si nombreuses en Islande – cachent en fait des meurtres. Presque à la demande de la famille, il enquête sur ce que l’on désigne comme un cold case – à l’époque, la sœur de Mathildur, la disparue, aurait aimé qu’une enquête approfondie soit ouverte. Mais qu’y faire ?

Pas de scènes de crime, pas de corps, pas ou peu d’indices : la tâche d’Erlendur est aussi rude que le climat qu’il affronte. Il va, il vient, il persévère, il écoute, il lit, il s’acharne. Il ne s’agit pas de satisfaire sa curiosité, ni de rendre justice, mais d’apporter enfin la paix aux survivants. Tâche ardu, livre aride, et je peux comprendre que cette lecture puisse rebuter. La violence est sourde, intime, étouffée, insoutenable parfois. Les tragédies qui se déroulent derrière les portes closes des chaumières n’ont rien à envier à celles qui se passent dans les grandes villes.

Etranges rivages, ou un étrange voyage sur les rives du souvenir.

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La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson

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Présentation de l’éditeur :

« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

Tout d’abord merci à Olivier, à Priceminister  pour ce livre, reçu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire.

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Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce livre, même s’il manque un petit quelque chose pour qu’il soit un coup de coeur.

Ce livre est une lettre d’amour, une réponse tardive à la femme aimée, de la part d’un homme qui n’a pas voulu la suivre.

Cet amour n’a rien d’éthéré ou d’inabouti. Il fut sensuel, charnel, et quand Bjarni évoque Helga, ce n’est pas sa belle âme qu’il regrette, mais ses hanches et ses seins. Il m’a fait penser – et les rapprochements en littérature sont parfois étranges – au boulanger de Marcel Pagnol évoquant le souvenir de la belle boulangère partie.

D’ailleurs, l’Islande dont parle Bjarni est très éloigné des romans urbains d’Indridason ou de Thorarinsson, à l’exception des retours en arrière de La femme en vert. Nous découvrons une Islande rurale, où l’on s’occupe des moutons, des modifications à apporter -ou non) à leur race, du fourrage. On utilise des techniques certes étranges, archaïques diront certains, elles ont cependant fait leur preuve. L’isolement, en hiver, lors de tempête, est bien réel et provoque des situations dont on ne sait si l’on doit en rire ou en pleurer.

Dans cette petite communauté, rythmée par les saisons, les cancans vont bon train, vivre sous le regard des autres est parfois difficile. Pourtant, Bjarni n’imaginera pas vivre loin de son village, de sa campagne, de ses traditions. Sensible à la nature, hostile à l’influence de la ville et des modes étrangères, il peut être sensible au vol d’une bergeronnette – il faut admettre aussi que les oiseaux sont un bon prétexte pour acheter des jumelles… En outre, certaines pratiques, certaines techniques, l’emploi de termes crus – il appelle toujours un chat un chat – peuvent heurter des lecteurs amateurs de textes aseptisés, désinfectés, garanti sans aspérités. L’Islande est rude, sa langue et ses sagas aussi.

En effet, les villageois ont beau être coupés du monde, ils ne le sont pas de la littérature. Bjarni est d’ailleurs chargé des achats de livres, et connaît les sagas islandaises, qu’il cite à bon escient. Seule Unnur, sa femme, n’est pas réceptive, elle n’a pas besoin de livres pour vivre (me rappelant en cela les paroles du père dans La Place).

Unnur. Si cette lettre à Helga est centrée sur leur amour, j’aurai aimé savoir ce qui a amené Bjarni à se marier avec Unnur, une femme dure envers les autres, plus encore envers elle-même. L’a-t-il aimé, et si oui, comment son amour s’est-il éteint ? A Unnur, le dur quotidien et les souffrances dans sa chair. A Helga, la lettre d’amour, souvenirs de brefs moments heureux.

Ce roman islandais est l’une des plus belles découvertes de cette rentrée littéraire.

Ma note : 18/20.

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