Archive | avril 2019

Hamish Macbeth, tome 1 : Qui prend la mouche de MC Beaton

édition Albin Michel – 252 pages.

Présentation de l’éditeur :

Policier du petit village de Lochdubh situé au beau milieu des Highlands en Écosse, Hamish Macbeth manque totalement d’ambition professionnelle mais il peut cependant compter sur son intuition naturelle pour mener à bien ses enquêtes. Ses qualités lui seront bien utiles quand le corps sans vie de Lady Jane Winters, langue de vipère notoire et participante au stage de pêche à la mouche du village, est retrouvé dans la rivière. Secondé par la délicieuse Priscilla Halburton-Smythe, Hamish s’immerge en eaux troubles pour démasquer l’assassin.

Mon avis :

Tout d’abord, il est difficile de résister à la tentation de dresser un parallèle entre Hamish MacBeth, héros de M.C. Beaton apparu en 1995 et Agatha Raisin, dont traduction de la dix-septième aventure paraîtra bientôt . Je vais donc tacher de vous parler simplement de Hamish. Il est un personnage rare, parce qu’il en faut beaucoup pour lui faire perdre son calme. D’ailleurs, je ne suis même pas sûre qu’il soit capable de perdre son calme, de s’énerver, de cracher des jurons à droite et à gauche, non. Par contre, Il est capable de dire posément ce qu’il pense à quelqu’un, et tant pis si son propos est particulièrement vache. La peur de perdre son poste à cause de son franc-parler ? Il ne connait pas, puisque je ne suis pas sûre que beaucoup de policiers aient envie de s’enterrer au beau milieu des Highlands – par contre, fermer ce petit poste isolé, pourquoi pas ?
Non loin de là, se trouve une école de pêche à la mouche, dont les propriétaires John et Heather accueillent de nouveaux stagiaires. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’amour de la pêche réunit des personnes pour le moins disparate, dont une a vite fait de se mettre tout le monde à dos : Lady Janes Winters. J’aimerai bien vous dire que je lui trouve des circonstances atténuantes, c’est faux. Cependant, je dois dire qu’elle tire sa force du fait que tous ou presque ont des choses à cacher – ou plutôt des choses qu’ils n’assument pas, contrairement à Hamish. En lisant ses propos, je n’ai rêvé que d’une chose : que tous se liguent contre elle et l’envoient dans les bruyères de la lande. Ce n’est pas vraiment ce qui va se passer, mais c’est ainsi que va débuter l’enquête, quand le cadavre de lady Jane est retrouvé.
Nous sommes dans les années 90, ou plutôt, nous sommes dans les années Tchatcher. Même au fin fond des Highlands, les différences entre les classes sociales sont très marquées, alors quand s’ajoute en plus un portefeuille bien garnie, il devient impossible, impensable, de nouer une relation, ou d’envisager d’en nouer une à moins d’être rêveur(se). Il est plus facile d’enquêter, ou presque, à condition de rester à l’écoute de ce que l’on ne vous dit pas vraiment.
Dernier point : ne ratez pas les superbes descriptions des Highlands.

Journal d’u louveteau garou – 29 avril 2019

Cher journal,
je ne pouvais recommencer ton écriture que pour te signaler une catastrophe.
Non, pas le fait que le principal soit tombé dans le lac du collège. Là, c’était un accident dû à un saint-Bernard prénommé Sara.
Non, pas le fait que le CPE n’a plus d’ordinateur et que, quand il a une communication à faire, il le fait par haut-parleur. On s’y fait, même si ce n’est pas discret.
Non, pas le fait que la choral du collège a été dissoute parce que, mystérieusement, tous les louveteaux choristes sont devenus subitement muets.
Non, la catastrophe, c’est qu’Enguerrand Pouic, notre Pouic de l’année, a raté dans les grandes largeurs les épreuves du brevet blanc. Alors que ces aînés avaient eu 390 ou 380 sur 400, lui a … 140. Oui, 140 sur 400. Autant dire que l’heure est grave, et je lui conseillerai plutôt de fuir dans la forêt la plus proche afin de n’en plus jamais ressortir, ou alors, de n’en ressortir qu’après avoir trouvé un remède miracle contre la calvitie lupine, ou toute autre invention utile pour la meute ! Non, mais franchement, cela a servi à quoi qu’il ait été martyrisé forcé à lire plusieurs heures par jour, à étudier quotidiennement pendant des années pour en arriver à un tel échec. Tous les espoirs du clan Pouic reposent maintenant sur François Pouic, le sixième de la porté, qui a intérêt à égaler le niveau de ses aînés, et puis quoi encore !!!
Certes, Valère me souffle que je n’ai pas atteint les « hauteurs », les « sommets » gravis par nos aînés. Je n’ai pas démérité non plus. Et, contrairement aux Pouic, je n’ai jamais eu une pression démesurée sur les épaules.
– J’en ai eu moins encore, crut bon d’ajouter Valère.
Des bruits me forcèrent à m’interrompre : Enguerrand Pouic courait après l’un de ses frères aînés et avait bien l’intention de le … et bien oui, de le zigouiller !
Il s’en passe des choses, au pensionnat et au lycée.
@bientôt
Anatole et Valère Sganou, journal à quatre mains.

Le portrait brisé d’Alice Quinn

Présentation de l’éditeur :

En cette année 1888, la brillante ville de Cannes est secouée par un scandale immobilier qui entraîne la faillite de nombreux notables. En cette période tourmentée, la jeune courtisane Lola tente de faire son entrée dans le monde tandis que sa gouvernante, Miss Fletcher, lutte contre l’amour qu’elle éprouve pour elle. Le célèbre écrivain, Guy de Maupassant, traverse une phase difficile : son jeune frère, Hervé, semble sombrer peu à peu dans la folie. C’est alors que survient un drame : la jeune orpheline protégée de Lola, Anna, disparaît tandis que l’homme qui tentait de la séduire, le banquier Henri Cousin, est retrouvé assassiné. Lorsqu’elle refait surface, elle est accusée du meurtre et emprisonnée. Lola, Miss Fletcher et Maupassant se lancent dans une course contre la montre qui les mènera jusqu’au terrifiant asile d’aliénés de l’île de Lérins. Parviendront-ils à sauver Anna de la guillotine ? Qui est la mystérieuse femme au portrait brisé ?

Merci à Netgalley et à Alice Quinn pour leur confiance.

Mon avis :

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Miss Gabriella Fletcher et Lola. Quatre ans ont passé, Anna, leur protégée, grandit, et les deux femmes cherchent à garder stable leur situation financière. Ce n’est pas facile, parce que la crise financière est là, oui, même au cours de ce XIXe siècle finissant, l’on n’était pas à l’abri d’un placement bancaire douteux. Aussi, trouver un protecteur sérieux est difficile, même si les deux jeunes femmes ont su conserver l’amitié de Guy de Maupassant. Lui-même ne va pas très fort, puisqu’il est obligé de prendre en charge son frère Hervé, qui sombre peu à peu dans la folie.
Oui, si la médecine psychiatrique est en danger en France actuellement, à cause d’un manque cruel de moyen, je vous laisse imaginer quelle était la situation en 1888, pour cette branche naissante de la médecine. Pour quelqu’un qui souffrait vraiment, comme Hervé de Maupassant, et d’autres encore que nous croiserons dans ce roman, combien de femmes se sont retrouvées internées parce que leur comportement dérangeait leur famille, leur mari, la bonne société ? Beaucoup. Je citerai Sophie de Bavière, soeur cadette de l’impératrice Sissi.
Ce n’est pas tant un détour que j’ai emprunté qu’un retour vers l’intrigue : Lady Sarah, celle à cause de qui Gabriella a voulu mettre fin à ses jours, revient dans sa vie et lui demande son aide, en tant que détective. Lola a pourtant fort à faire avec Anna, qui grandit, et qui découvre des faits que les deux femmes auraient voulu qu’elle découvre autrement. Préserver Anna, c’était aussi tenter de lui assurer un avenir plus conforme à la norme. Tenter, parce qu’Anna, qui ne sait plus vraiment vers qui se tourner, se retrouve accusée du meurtre d’un banquier.  la préserver ne suffit plus, il faut maintenant la sauver.
La grande force de ce roman historique est que j’ai vraiment eu l’impression d’être plongée dans le Cannes des années 1880, et pour parvenir à un tel effet de réalisme, il faut à la fois s’être beaucoup documenté et avoir suffisamment intégré sa documentation pour qu’elle ne se voit plus. Puis, l’intrigue policière n’est pas négligée au profit de la reconstitution historique. Plus nous progressons dans le récit, plus les événements s’enchaînent avec rapidité, pour tendre vers le dénouement. Il ne faut pas oublier que Gabriella et Lola ont beau être norme, elles vivent dans une société dans laquelle rien ne doit dépasser, tous les moyens sont bons pour préserver les apparences.
Si ce premier tome peut être lu indépendamment du premier, il apporte cependant des réponses à des questions laissés en suspens dans le tome 1 : de quoi plaire à la fois au lecteur qui découvrirait la série, et à ceux qui suivent les aventures de Miss Fletcher.
Un roman policier historique hautement recommandable.

Agatha Raisin enquête, tome 15 : Bal fatal par M.C. Beaton


Présentation de l’éditeur :

Au cours de cette nouvelle enquête, la détective Agatha Raisin est chargée de découvrir qui menace de mort la fille de la riche divorcée Catherine Laggat-Brown. Avec l’aide de son fidèle ami sir Charles Fraith, elle tente de résoudre la première grosse affaire de sa nouvelle agence de détectives.

Mon avis :

Autant vous le dire tout de suite, ce quinzième tome est à mes yeux un des meilleurs de la série. Agatha Raisin a enfin ouvert une agence de détective et celle-ci marche très bien ! Certes, il lui faut parfois effectuer des enquêtes « de routine », comme retrouver un animal perdu ou trouver les preuves d’un adultère, mais globalement, ce nouveau métier l’enchante, elle a engagé du personnel, et parfois, des affaires singulières se présentent, comme ce père qui préfère retrouver sa voiture plutôt que son fils, ou cette femme qui engage Agatha parce que sa fille, bientôt mariée, est menacée de mort. La menace est d’ailleurs mise à exécution, et après cette tentative ratée, il ne reste plus à Agatha qu’à enquêter.

L’action ne manque pas dans ce volume. L’action, et l’introspection : Agatha se remet en cause, et se rend compte à quel point l’amitié est précieuse, au point de vraiment donner du sien pour préserver ses amitiés. Les exemples en seront nombreux dans ce roman, dans lequel elle ne cesse de se démener, pour trouver la vérité. Elle ne cesse aussi d’être menacée : jamais nous n’avons été aussi prêts de perdre Agatha Raisin ! Il faut dire qu’elle a vraiment un don pour se bien entourer, et oublier, parfois, les précautions les plus élémentaires.

Féministe, Agatha Raisin ? Oui, même si elle passe son temps à tomber amoureuse, et ne parvient pas toujours à oublier James.  Pourtant, elle reste indépendante et aide certaines des femmes qu’elle croise à se libérer d’une relation toxique. Oui, il n’est pas toujours facile d’aller porter plainte, oui, un homme qui vous bat un jour peut vous battre à nouveau et ne s’arrêtera pas. Il est des femmes qui laissent les hommes qui partagent leur vie leur imposer leur point de vue – cela leur épargne aussi de réfléchir. Il est aussi des femmes, comme la douce Mrs Bloxby, qui respecte l’opinion de leur mari et agisse cependant comme elle l’entende : Agatha reste son ami, quoi qu’en dise son mari.

Ce quinzième tome montre Agatha en action, Agatha vieillissante, mais aussi sir Charles et son cher Gustav, Roy, ou encore les chats d’Agatha, dont elle prend grand soin.

Bienvenue au Mordret’s Pub, tome 1 de Cloé et Tatiana Duc

Présentation de l’éditeur :
Quels lâches ! Jamais Naola n’aurait pu imaginer que ses parents puissent agir ainsi. Elle ne peut plus rester avec eux. Elle ne peut plus leur faire confiance. Pas après ce qu’il s’est passé, pas après ce qu’ils ont fait.Déçue mais déterminée, la jeune sorcière décide de fuguer et échoue aux Halles Basses, le quartier le plus mal famé de Stuttgart, la capitale de la fédération des Enchanteurs. L’endroit parfait pour se faire oublier. Très vite, Naola se rend compte qu’elle détonne dans ce repère de mercenaires et de vampires.Mais elle n’a pas le choix, si elle veut démarrer une nouvelle vie loin de ses parents, elle doit travailler  ! Il n’y a qu’un micro-détail à régler  : comment dénicher un emploi dans un endroit pareil  ?
Merci à Netgalley et aux éditions HLAB pour ce partenariat.
Mon avis :
Soyons claire, nette et précise : c’est la couverture qui m’a attirée quand j’ai découvert ce livre. Elle est singulière, et le contenu est singulier également
Oui, il est courant, surtout depuis Harry Potter, qu’un roman se situe dans un univers magique. Il l’est moins que les auteurs ne prennent pas des pages et des pages pour nous présenter à quoi ressemble cet univers, alternant description et explication. Oui, Naola vit dans un monde magique, elle connaît le mode d’emploi de ce monde, et y vit parfaitement, ou presque, du coup, c’est au lecteur de se fondre à son tour dans cet univers.
Après tout, Naola a une très grande faculté d’adaptation, pour une adolescente qui a grandi de manière choyée, protégée, et une très grande impulsivité aussi. Après l’événement dont elle a été témoin chez ses parents, elle quitte leur domicile sur ce qui peut sembler un coup de tête et mettra tout en oeuvre pour conserver cette indépendance. Autant dire que ce n’est pas facile.  Elle est un peu coléreuse, cette Naola, elle s’emporte facilement, a le verbe assez haut – quand on travaille pour un vampire, c’est sans doute mieux.
Autre point fort de ce livre : l’ambivalence des personnages. Tout n’est pas tout blanc, tout n’est pas tout noir, et surtout, l’on ne sait pas sur qui s’appuyer, ni ce qu’il va advenir, quelles alliances vont se nouer, ou pas, qui va trahir, ou pas.
Un premier tome très intéressant.

L’expérience de la pluie de Clélie Avit

Présentation de l’éditeur :

Camille et Arthur vivent dans une bulle. Pourquoi cette mère et son fils de 6 ans vivent-ils seuls, dans cette bulle ouatée en évitant tout contact et interaction avec le monde qui les entoure ? Tous les deux atteints du syndrome d’Asperger, leur quotidien est rythmé par un emploi du temps très précis et chaque contact physique, s’il n’est pas anticipé et prévu est une souffrance, parfois à la limite du supportable. Aurélien entre dans leur vie par hasard et fera peu à peu tomber les murs qu’elle a érigés autour d’eux.

Mon avis :

Je remercie les éditions Plon et Netgalley pour ce partenariat.

J’ai voulu lire ce livre parce que le sujet – l’autisme – m’intéressait. Et le problème n’est pas Camille et Arthur, une mère et un fils tous les deux autistes Asperger hypersensoriels, mais le problème est toutes les personnes qui les entourent. Trop, c’est trop : toutes les personnes de leur entourage ont un problème grave ou très grave, et à force, je me suis sentie noyée dans le trop de douleurs, comme si je me retrouvais moi-même hyper sollicitée par chacune de ses histoires qui se juxtaposent, se superposent les unes aux autres. C’était peut-être l’effet recherché, cependant, je n’ai du coup ressenti aucune empathie pour les personnages secondaires comme Eloïse ou Lucile – pour ne pas dire Caroline.

Puis, nous avons l’effet inverse : le pas-assez. Nous n’avons pas suffisamment d’informations pour appréhender le personnage d’Aurélien, ou alors ces informations viennent trop tard, un peu comme pour Lucile. Parfois, nous n’avons même aucune information, j’ai eu l’impression de rester dans un flou artistique concernant les relations entre certains personnages, les non-dits. Or, comme je suis quelqu’un de très terre à terre, j’ai vraiment besoin d’un minimum d’explication pour comprendre certains faits, surtout quand j’ai droit à des commentaires philosophiques et répétitifs.

Je n’ai pas oublié Camille et son fils Arthur. L’un des faits qui m’a étonné n’est pas qu’Arthur ne soit pas scolarisé mais qu’à aucun moment ( ou alors, j’ai mal lu), on ne lui propose un(e) AESH : tous les élèves atteints de troubles du spectre autistique que je connais en ont un(e), et cette présence a grandement favorisé leur scolarité, leur socialisation. Puis, Camille et Arthur sont autistes Asperger et ont strictement les mêmes troubles, ce qui me semble assez rare. Il est intéressant de mettre en avant l’hypersensibilité, cependant ce n’est pas le seul trouble dont ils peuvent être atteints – et j’ai trouvé souvent qu’Arthur avait un langage très mature pour son âge.

Pour résumé, en dépit d’un sujet intéressant, j’ai un peu l’impression d’être passée à côté de ce livre.

Éliott et la bibliothèque fabuleuse par Pascaline Nolot

Présentation de l’éditeur :

Pour échapper à la terrible Charlie de l’école, Éliott se cache à la bibliothèque. Il ouvre un bon livre et s’endort ! À son réveil, la bibliothèque s’est métamorphosée. Une organisation secrète, l’armée des rats mécaniques, pousse des chariots de livres malades dans les travées sous les ordres d’un chat autoritaire. Mais le voilà accusé d’espionnage ! Pour ne pas voir sa mémoire effacée, il accepte d’effectuer des missions aussi dangereuses que palpitantes : archiver le Capharnaüm, sauver des personnages abandonnés par leurs auteurs, chasser le Gloutomot…

Mon avis :

La couverture est vraiment très belle. Très. La bonne nouvelle est que le contenu l’est tout autant.
Eliott est un enfant qui subit le harcèlement. Ah mais non, le harcèlement, il suffit d’en parler à des adultes, et le problème sera résolu. Oui, mais Eliott en a parlé à sa maman, qui est passée par l’explication psychologisante du comportement du harceleur, et trouve donc que son fils exagère les choses, ne comprend pas forcément le comportement de l’autre, etc, etc… Quant à sa gentille institutrice, qui est réellement gentille, elle ne prendrait sans doute pas les choses au sérieux. Et oui, le harceleur est une adorable petite fille, très mignonne, très bien habillée, qui sait très bien se comporter face aux adultes, bref, si elle était accusée, ce n’est pas que les adultes tomberaient de haut, c’est qu’ils ne le croiraient pas une seule seconde. Y aura-t-il une solution ? Oui, nous sommes dans un roman de littérature jeunesse intelligemment construit, et il faut compter sur le fait que l’enfant n’est pas seul, pas le seul à comprendre ce que fait le harceleur, pas le seul à être victime de harcèlement. Rappelons-nous aussi que pour harceler, il ne faut pas non plus se sentir très bien soi-même.
Après ce premier paragraphe, vous devez vous dire que le livre est un peu sinistre. Pas du tout. Eliott a en effet trouvé refuge à la bibliothèque et va découvrir une brigade chargée de la protection des livres et de la littérature. Il se retrouve embauché d’office dans cette brigade, sinon, sa mémoire sera effacée – sa mémoire de l’événement, pas toute sa mémoire, les protecteurs des livres et de la littérature ne sont pas des monstres, simplement des rats débordées, un chat qui n’aime pas trop les humains (il a ses raisons, et elles sont compréhensibles), un fantôme qui ne comprend pas encore qu’il en est un, et un bibliothécaire charmant, Caleb, qui aime bien Eliott parce qu’il aime lire, justement. Il n’est pas si fréquent de trouver un garçon qui aime lire dans les romans – certes, le public visé est un peu jeune pour apprécier les « bad boys », ces garçons qui ont l’air terriblement méchant mais sont en fait terriblement attachants, mais les garçons sont plutôt fans de console de jeux que de lecture.
Le livre pose des questions intéressantes sur les pratiques de lecture et aussi sur les pratiques d’écriture. Il nous invite à penser à la magie des mots, à tout ce qui peut être créer avec eux, aux mots rares, que l’on utilise plus et se trouvent voués à disparaître, aux personnages secondaires qui se retrouvent abandonnés en cours d’intrigue et auxquels ils seraient intéressants, peut-être, un jour, de redonner vie. J’adresse une mention spéciale pour les soins urgents qui sont prodigués au livre en souffrance « mal en point », dont il faut absolument prévenir l’auteur, comme on le ferait d’un parent proche.
Un roman rempli de qualités, dont celle d’aller à contre-pied des clichés.