Archive | février 2017

La trilogie Jim Chee, tome 1 : le peuple des ténèbres

Mon avis :

Après une premier lecture d’un roman de Tony Hillerman, j’ai profité des vacances pour découvrir la trilogie Jim Chee, trois livres (logique pour une trilogie) centrés autour de Jim Chee, notamment de son début de carrière. « Plus traditionnel  et moins sûr de lui » selon Tony Hillerman lui-même que Joe Leaphorn, Jim Chee doit faire un choix : entrer au FBI ou dans la police tribale. Pour l’instant, il doit surtout enquêter sur un mystérieux cambriolage, ou plutôt ne pas enquêter sur lui : même dans les réserves indiennes, les querelles de juridiction compliquent bien la vie des valeureux enquêteurs. Le shérif LAWrence Sena (il tient à ce que « Law » soit mis en avant) déconseille fortement à Jim de se mêler de l’affaire. Note : Sena gagne à être connu.

Chee avait déjà reçu un contre-ordre, il en reçoit un autre quand le mari de sa future-ex-cliente lui affirme que c’est sa femme qui a volé le coffret, et qu’elle sait donc où il est  caché. Le croyez-vous ? Non, et Jim Chee non plus. Comme deux négations s’annulent, Jim Chee enquête, et c’est le début d’ennuis assez conséquents, et d’une enquête qui plonge ses ramifications dans le passé, passé qui est encore bien présent pour certains. Ce n’est pas le shérif Sena qui dira le contraire.

Dans une grande phrase bien littéraire, je pourrai vous dire que ce livre nous en apprend beaucoup sur les Navajos. Je préfère vous dire qu’elle nous permet de découvrir un enquêteur qui connaît et respecte la culture et les croyances des Navajos – et l’on comprend très bien quels résultats catastrophiques entraîneraient un enquêteur maladroit et cartésien. A cet égard, Mary, l’institutrice qui se lie d’amitié avec Jim (et plus si dangers communs à affronter), représente l’archétype de la jeune femme blanche autant attirée par la culture indienne que par le bel indien qui lui permettra d’en savoir plus sur elle. Et si elle est (parfois) mise à l’écart par Jim, elle a suffisamment de présence d’esprit pour ne pas s’en formaliser et respecter le rythme, les précautions des interlocuteurs de Jim. Lui-même admet ne pas comprendre certaines pratiques des Blancs – il ne l’admettra pas à haute voix devant Mary.

Si le récit se focalise sur Jim, certains chapitres sont centrés sur le tueur. N’étaient ses actes, il paraîtrait presque touchant par sa quête personnelle obsessionnelle, les manques ressentis dans son enfance. Une bribe d’explication pour ce qu’il est devenu ? Peut-être, mais ce n’est en aucun cas une excuse. D’ailleurs, il est bien des manières de tuer, et Jim, dans sa quête de l’assassin, distingue bien les crimes indiens des crimes des blancs – les mobiles ne sont pas les mêmes.

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Casal Ventoso de Fredrik Ekelund

Présentation du roman :

Dans la tranquille ville suédoise de Malmö, un riche homme d’affaires est assassiné à la hache. Son ex-femme est éplorée, et les flics à pied d’œuvre. Monica Gren et Hjalmar filent le parfait amour, pourtant des lettres anonymes viennent rappeler à ce dernier les années 70, lorsqu’il était le guitariste des Why Men.

Mon avis :

Mon problème est simple, au moment où je rédige cet avis : je me souviens davantage des éléments négatifs que des éléments positifs. Je cherche d’ailleurs les éléments positifs, si ce n’est une peinture désespérante de la société suédoise, de sa jeunesse qui, dépourvu de repère, voulant être cool, part à la dérive et sombre dans la drogue. Ont-ils un espoir de s’en sortir ? Non : en dépit des cures de désintoxication, c’est la mort qui est au bout du chemin, à plus ou moins brève échéance. Est également pointé du doigt ce que d’aucun juge comme le laxisme de pays étrangers et l’incapacité de la police à mettre fin au trafic de drogue. Les personnages voyagent beaucoup pour leur enquête, ce qui leur montre d’autres aspects du trafic de drogue, de la misère humaine.
Maintenant, le négatif : la fin du roman est trop abrupte, comme si l’auteur avait voulu moraliser son intrigue in extremis.
Puis, les lettres qui sont envoyées à l’enquêteur… Je comprends leur utilité pour l’intrigue, relier le présent au passé d’Hjalmar, mais je comprends mal leur utilité pour la construction de la personnalité de l’épistolier. La « spontanéité » de ses actes cadrent mal avec ses lettres fleuves, remplies de références musicales.
Ensuite, j’ai trouvé lassant tout ce qui avait trait au couple Monica/Hjalmar. Je n’ai rien contre les quinquagénaires qui refont leur vie, je n’aime guère suivre leurs amours comme celles de deux ados, et découvrir la jalousie de Monica, qui n’a pas vraiment sa place dans une enquête. Hjalmar a un passé, trois enfants, deux beaux enfants, quinze ans de vie commune avec son ex, et Monica « se prend la tête » parce qu’il a revu son ex pour protéger leurs enfants – pas très professionnel, surtout quand des vies sont en jeu. Elle est également prête à faire une scène au moindre retard – un comble pour la conjointe d’un policier.
Casal Ventoso, ou une vision noire de la société suédoise, un peu parasité par l’histoire d’amour des deux personnages principaux.

Le prophète du temps d’Arthur Upfield

Mon résumé :

On a besoin de l’aide de l’inspecteur Bony. Ben Wickham, météorologiste de renom, est mort. Delirium termens, dit le médecin. Assassinat, disent ses amis. Bony enquête.

Note : le bandeau dit « la dernière enquête de Napoléon Bonaparte ». Cependant, d’après Wikipedia, il en reste encore six.

Mon avis :

Bony a une définition bien à lui des vacances. Alors que, pour la plupart des enquêtes, le crime vient aux enquêteurs qui n’avaient rien demandé, là, c’est Bony qui vient au crime, qui n’avait rien demandé.
Est-ce vraiment un crime? Ce n’est pas que certains en doutent, c’est qu’il n’est qu’une seule personne, le vieil ami de Ben Wickham, pour croire à un meurtre puisqu’il s’y connait assez bien en méfaits en tout genre de l’alcool. Le médecin ? Il a signé le certificat de décès sans ciller – il est sur le testament de la victime. La police locale ? Elle menace le vieil ami, qu’elle soupçonne de vivre aux crochets du météorologiste décédé, de le placer dans un asile pour vieillards. Oui, il est des policiers vraiment brillants qui se fient aux apparences et ne voient pas plus loin que le bout de leur insigne.
Très vite, Bony dérange, et pas qu’un peu. Ces adversaires ne sont même pas discrets, disons même qu’ils étaient attendus. Plus complexe encore, Bony est rappelé au beau milieu de ses vacances, de manière très officielle – bien plus qu’il n’en a l’habitude quand il sort des sentiers battus. Qui peut-il déranger à ce point ?
L’intrigue est peut-être un peu plus confuse que d’habitude. Nous sommes dans les années 50, deux guerres mondiales sont passées par là. La guerre froide est loin, géographiquement. Elle peut cependant s’inviter dans la brousse, puisque certains ont refait leur vie en Australie. Et si le pays a changé, entre broussards, on se comprends toujours.
Féministe, Arthur Upfield ? En tout cas, c’est un plaisir de retrouver Alice, et ses méthodes d’interrogatoires hors norme.A méditer, même si certains pourraient crier à la torture morale.
Allez, venez disputer une partie de pèche avec l’inspecteur Bony !

Links de Natsuki Kizu

Présentation de l’éditeur :

8 hommes, 4 couples… certains se connaissent depuis plusieurs années, d’autres depuis seulement quelques jours. Chacun à son histoire, mais tous se retrouvent dans le fait qu’une simple rencontre a bouleversé le cours de leur existence. Links est l’histoire de ces 4 couples réunis par le destin. Une destinée qui leur a accordé la possibilité de vivre une histoire qu’ils n’auraient pu imaginer avant et (re)trouver, peut-être, un sentiment qui reste unique à chacun.

Merci à Livraddict et aux éditions Taifu Comics pour ce partenariat.

Mon avis :

Ce manga est un yaoï, et pourtant, il est très différent de tout ceux que j’ai lus jusqu’à présent. Ce qui m’a frappé d’abord est le graphisme, d’une grande finesse, que ce soit dans la conception des décors ou dans le portrait des personnages. Bref, ce yaoï possède de vraies compositions picturales qui méritent qu’on s’y attarde.
Il en est de même pour l’intrigue, ou plutôt pour les quatre fils narratifs subtilement reliés entre eux – si le lecteur lit distraitement ce manga, il se retrouvera perdu. Au contraire, il faut prendre le temps de le lire, ne pas hésiter à revenir en arrière pour saisir comment ces quatre couples sont unis les uns aux autres.
Bien sûr, avant de s’intéresser à cela, il faut aussi regarder chacun de ses couples. Aucune histoire n’est une bluette comme on peut en lire habituellement, il n’est pas non plus de scènes véritablement osées ou choquantes, mis à part à l’extrême fin du manga. Non, ce sont les personnalités de ces hommes, leurs difficultés à aimer, à accepter d’être aimés qui les singularisent. C’est aussi leur passé qui rend leur présent si compliqué : l’un a perdu son amant, l’autre son frère, et il leur faut apprendre à vivre avec cette absence.
Si tous les personnages sont gays, tous ne l’ont pas toujours été – preuve que la sexualité peut variée, dans les mangas comme dans la vie. Cependant, les personnages féminins restent absents de ce récit.
Tout n’est pas sombre dans ce manga : Kameda et Ogikawa ont sympathisé (et bien plus puisqu’affinités) grâce à un chat, et certains faits (la constitution d’un arbre à chats) ne manquent pas d’humour. C’est sans doute pour cette raison que ce couple est celui qui m’a le plus intéressé.
Links – un one-shot bien nommé qui sort des sentiers battus.

Agatha Raisin, tome 4 : randonnée mortelle

Mon résumé :

Après six mois passés à Londres, à avoir exercé un métier qui ne lui convient plus, Agatha n’aspire qu’à une chose : retrouver son cher village. Elle découvre que James, son ami, participe à un club de randonnée : Agatha veut aussitôt s’inscrire. Après tout, tout est calme, non ? Non. Figurez-vous qu’un corps va être retrouvé, et qu’Agatha, bien sûr, va enquêter.

Mon avis :

On ne le dira jamais assez : le militantisme est dangereux pour la santé. Non, la randonnée, là, je suis formelle, il n’y a quasiment pas de problème. Je connais même un couple qui s’est formé en pratiquant cette activité et qui dure toujours, une bonne dizaine d’années plus tard ! Non, je ne parlais pas de James et Agatha, même si, il semble bien que dans ce tome… mais n’anticipons pas !

La victime semble une maîtresse femme, une femme qui s’investit dans une cause. C’est magnifique ! Sauf que… Jessica est prête à s’investir dès qu’elle peut être mise en valeur, dès qu’elle peut prendre un commandement quelconque – et l’ascendant sur pas mal de personnes. Là, son dernier cheval de bataille consiste à trouver tous les droits de passage oubliés et les revendiquer. Gare à ceux qui s’opposeraient à ce qu’elle traverse leur propriété ! Pas la peine de tenter de négocier, de trouver un arrangement acceptable, pas la peine non plus de rester poli : elle passera ! Rien n’entravera sa liberté – et sa capacité à mettre un bordel qui n’a rien de joyeux. Jessica joue un combat non pas perdu d’avance – il est des personnes, comme elle, qui aime se battre pour tout et n’importe quoi tant qu’elle se batte – mais désuète : le droit d’être propriétaire ne dérange pas grand monde, et vociférer contre les affreux propriétaires terriens rappellent d’autres temps.

Et c’est avec des méthodes pas très modernes que Jessica a été tuée : à coups de pelle. Moralité : il faut toujours ranger ses outils, on ne sait pas ce que certains peuvent faire avec. Le principal suspect est Sir Charles, l’affreux nobliau avec lequel elle était en conflit. Oui, elle seule : les autres randonneurs avaient apprécié la proposition du baronnet, sa politesse, et ne voyaient franchement pas pourquoi ils ne l’auraient pas accepté (pour une fois que quelqu’un leur répondait, cela se fête).

Agatha enquête, et elle enquête cette fois-ci elle enquête à la demande d’une proche d’une des suspectes. Que ne ferait-on pour aider une amie, assouvir sa passion pour les enquêtes et être près de James ? Et bien on ferait ce que ferait Agatha et cela donne des scènes absolument succulentes.

Je n’ai garde non plus d’oublier le personnage de Gustav, majordome entièrement dévoué à son maître, et tant pis si les invités ne l’apprécient pas : sir Charles et sa tante avant tout.

Randonnée mortelle : une enquête tout sauf ennuyeuse.

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Piste noire d’Antonio Manzini

Présentation de l’éditeur (extrait) :

Muté à Champoluc dans le val d’Aoste, Rocco Schiavone vit son départ en province comme un exil. A son corps défendant, il doit quitter sa paire de Clarks adorée pour porter de répugnants après-ski et considère ses nouveaux collègues comme des ploucs. Peu après son arrivée, on trouve le cadavre d’un homme sur une piste de ski, écrasé sous une dameuse. Accident ou meurtre ? Quand le médecin légiste découvre un foulard dans la gorge de la victime, le doute n’est plus permis.

Mon avis :

C’est tout de même ennuyeux de se dire que j’aurai beau faire, beau dire, certaines personnes se refuseront à lire ce livre, voire le reposeront dès qu’elles liront les premières paroles du sous-préfet Rocco Schiavone : « Qui me les brise ? » Tout un programme, et le reste est à l’avenant. Vous êtes prévenu, et si cela vous arrête, c’est vraiment dommage.
Non, le sous-préfet n’est pas content d’enquêter. Non, il n’est pas content d’arpenter les pistes de ski, ou même une seule. Il n’aime pas la neige, il n’aime pas le froid, il n’aime pas la région dans laquelle il est obligé de vivre depuis quatre mois, par rapport à certaines choses qu’il a faites dans le passé, et qu’il ne regrette pas. Pas sympa du tout avec les autres (à de très rares exceptions près), le sous-préfet l’est encore moins avec lui-même : « Non, je suis le pire des fils de pute […] Et je dois me faire face chaque jour. […] Un jour ou l’autre, je paierai mon dû. Mais je n’ai pas de cadavres innocents sur la conscience.  »
Cependant, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, il enquête tout de même, parce qu’il est hors de question que le malheureux qui a été retrouvé assassiné façon puzzle voit sa mort restée impunie. Il a la chance d’être entouré par une grande bande de policiers incompétents (ou comment saloper une scène de crime en deux temps trois mouvements), un légiste qui prend son métier à coeur, un préfet très occupé par une autre affaire et, tout de même, un ex-futur policier qui n’a pas vraiment envie de faire carrière, vu la faiblesse de son salaire. Il emploie aussi des méthodes dignes d’un film d’action, pas vraiment compatibles avec son métier, mais elles sont véritablement efficaces. Ce ne sont pas les coupables qui diront le contraire.
Attachant par l’ampleur et la démesure de ses défauts comme de ses qualités, Rocco Schiavone est aussi le héros de Froid comme la mort : je l’ai déjà réservé à la bibliothèque.

Agatha Raisin, tome 3 : pas de pot pour la jardinière

Présentation de l’éditeur :

De retour dans les Cotswolds après de longues vacances, Agatha Raisin découvre que son voisin James Lacey, objet de tous ses fantasmes, est tombé sous le charme d’une nouvelle venue au village. Aussi élégante qu’amusante, Mary Fortune est une jardinière hors pair, et la journée portes ouvertes approchent.

Mon avis :

« J’ai fait trois fois le tour du monde ». Ah, pardon, je m’égare, je suis en train de reprendre les Cloches de Corneville, grand succès de l’opérette. Il n’empêche : Agatha revient d’un long voyage et… bof. Elle se surprend à aimer de plus en plus le petit village où elle vit depuis sa retraite dorée.
En son absence, miracle : pas un meurtre. Peut-être justement parce qu’Agatha n’était pas là, aurait lancé une toute nouvelle habitante du village, Mary. Elle semble pourtant charmante, tout le monde l’apprécie, y compris James Lacey, pour lequel Agatha soupire toujours en secret. Cependant, Agatha a changé – et oui. Elle sympathise avec Mary – ne peuvent-elles être toutes les deux amies avec James ? Ne peuvent-elles pas être toutes les deux amies ? Après tout, Mary et Agatha sont toutes les deux des étrangères dans ce village !
Agatha s’est de plus trouvée un nouveau dada – non, elle ne s’est pas mise à l’équitation. Elle se lance dans le jardinage, discipline dans laquelle elle est aussi douée que la cuisine. Le fait que Mary et James jardinent tout deux n’est pas du tout en lien avec cette décision, non.
Bref, tout va bien, absolument tout. Agatha retrouve ses chats, ses amis, reprend le rythme de la vie au village, se met même au régime, et … quelqu’un saccage les uns après les autres les jardins des participants au concours – non, parce qu’il y a un concours, sinon, à quoi bon jardiner ? (Note : à quand un concours mêlant cuisine et jardinage, avec l’obligation de cuisiner des produits de son potager ? La police enquête, et Agatha ronge son frein, parce que, franchement, elle n’est pas très efficace. Surtout, le pire survient bientôt : un meurtre est commis et c’est Agatha, accompagnée de James, qui a découvert le corps, placé de manière à humilier la personne assassinée. Qui a pu commettre ce meurtre ?
Agatha a beau être sous le choc, elle ne va pas rester sans rien faire, même si presque tout le monde lui dit de ne pas le faire et que James constate que… Agatha est devenue raisonnable. Enfin presque.
Lire ce roman est agréable, pas tant pour l’aspect policier mais pour la peinture de la vie dans un petit village anglais, village que les londoniens en visite peuvent critiquer vertement pour leur moeurs, eux qui les accusent de consanguinité et de sorcellerie, eux qui trouvent leurs meurtres plus civilisés. Mais bien sûr.
Ce qui est certain est l’attachement d’Agatha pour son village, et l’attachement que certains villageois ont pour elle. Qu’en sera-t-il dans le tome suivant, alors qu’Agatha s’apprête à passer six mois à Londres ? Vous le saurez…. demain.