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Agatha Raisin, tome 4 : randonnée mortelle

Mon résumé :

Après six mois passés à Londres, à avoir exercé un métier qui ne lui convient plus, Agatha n’aspire qu’à une chose : retrouver son cher village. Elle découvre que James, son ami, participe à un club de randonnée : Agatha veut aussitôt s’inscrire. Après tout, tout est calme, non ? Non. Figurez-vous qu’un corps va être retrouvé, et qu’Agatha, bien sûr, va enquêter.

Mon avis :

On ne le dira jamais assez : le militantisme est dangereux pour la santé. Non, la randonnée, là, je suis formelle, il n’y a quasiment pas de problème. Je connais même un couple qui s’est formé en pratiquant cette activité et qui dure toujours, une bonne dizaine d’années plus tard ! Non, je ne parlais pas de James et Agatha, même si, il semble bien que dans ce tome… mais n’anticipons pas !

La victime semble une maîtresse femme, une femme qui s’investit dans une cause. C’est magnifique ! Sauf que… Jessica est prête à s’investir dès qu’elle peut être mise en valeur, dès qu’elle peut prendre un commandement quelconque – et l’ascendant sur pas mal de personnes. Là, son dernier cheval de bataille consiste à trouver tous les droits de passage oubliés et les revendiquer. Gare à ceux qui s’opposeraient à ce qu’elle traverse leur propriété ! Pas la peine de tenter de négocier, de trouver un arrangement acceptable, pas la peine non plus de rester poli : elle passera ! Rien n’entravera sa liberté – et sa capacité à mettre un bordel qui n’a rien de joyeux. Jessica joue un combat non pas perdu d’avance – il est des personnes, comme elle, qui aime se battre pour tout et n’importe quoi tant qu’elle se batte – mais désuète : le droit d’être propriétaire ne dérange pas grand monde, et vociférer contre les affreux propriétaires terriens rappellent d’autres temps.

Et c’est avec des méthodes pas très modernes que Jessica a été tuée : à coups de pelle. Moralité : il faut toujours ranger ses outils, on ne sait pas ce que certains peuvent faire avec. Le principal suspect est Sir Charles, l’affreux nobliau avec lequel elle était en conflit. Oui, elle seule : les autres randonneurs avaient apprécié la proposition du baronnet, sa politesse, et ne voyaient franchement pas pourquoi ils ne l’auraient pas accepté (pour une fois que quelqu’un leur répondait, cela se fête).

Agatha enquête, et elle enquête cette fois-ci elle enquête à la demande d’une proche d’une des suspectes. Que ne ferait-on pour aider une amie, assouvir sa passion pour les enquêtes et être près de James ? Et bien on ferait ce que ferait Agatha et cela donne des scènes absolument succulentes.

Je n’ai garde non plus d’oublier le personnage de Gustav, majordome entièrement dévoué à son maître, et tant pis si les invités ne l’apprécient pas : sir Charles et sa tante avant tout.

Randonnée mortelle : une enquête tout sauf ennuyeuse.

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La fille sans nom d’Angelika Klussendorf

Présentation de l’éditeur :

C’est l’histoire d’une fille livrée à la fureur destructrice d’une mère infantile et sadique. La fille se défend comme elle peut contre cette femme instable, mais aussi contre le monde extérieur : les adultes qui la jugent, ses camarades de classe qui l’évitent. Elle tourmente son petit frère, vole dans les magasins, partout elle se distingue par son comportement asocial. Jamais elle ne demande d’aide. A qui, d’ailleurs, pourrait-elle s’adresser ? Elle est seule et doit se construire seule. C’est la trajectoire bouleversante d’une fille mal aimée qui, malgré tout, possède une force et un appétit de vivre qui lui permettent d’avancer.

Merci à Babelio et aux éditions Presses de la Cité.

Mon avis :

Avant de rédiger mon avis proprement dit, je sens poindre un léger énervement. Non pas contre ceux qui n’aimeraient pas cet avis – ce qui est leur droit le plus absolu – mais contre ceux qui m’expliqueraient que le comportement de la mère de la « fille sans nom » n’est pas si atroce que cela. Si, si, je vous assure, ce genre de personnes existent, elles sont capables de trouver des signes d’amour dans les coups et les injures, de justifier les comportements les plus destructeurs en disant que l’enfant sent bien l’amour qu’il y a derrière tous ces gestes (explications entendues à la radio il y a quinze jours environ). Si vous pensez ainsi, merci de passer votre chemin.

Ce n’est pas tant que j’ai beaucoup de mal à rédiger cet avis (en retard, selon de bonnes habitudes), c’est que j’ai eu du mal à rentrer dans ce livre. Pourquoi la « fille sans nom » n’est-elle jamais nommée, autrement que par des surnoms péjoratifs et dévastateurs – autrement dit, des insultes ? Parce qu’elle est le symbole de toutes les enfants maltraitées ? Parce que personne, pas même elle, n’est capable de lui accorder une identité ? Parce que ne peut vivre que ce qui a été nommé ? Autant de pistes à explorer, mais surtout une mise à distance qui augmente le sentiment de malaise.

Cette petite n’a ni repos, ni répit, à aucun moment. Et si j’emploie le mot « petite », c’est parce que j’ai pensé à un autre roman, où l’héroïne non plus n’est pas nommé : Muette d’Eric Pessan, dans lequel l’auteur donne la parole à cette adolescente mal-aimée, maltraitée moralement par ses parents. La fille sans nom n’a pas la parole, elle n’a pas les mots pour le dire, d’ailleurs il n’y a aucun dialogue dans ce livre, c’est à dire aucun véritable échange. Juste des insultes, des ordres.

Serait-ce une tragédie ? Après tout, le lecteur sait très bien, en tournant les pages qu’il n’y aura pas de fin heureuse, qu’il n’y aura même pas d’amélioration, mais une succession d’humiliation. La fille sans nom rend les coups, aussi. Les paroles, les actes, blessent, et la naissance d’Elvis, le petit frère désiré (par la mère) au prénom si déroutant en RDA (les communistes n’avaient-ils pas accusé Elvis et le rock d’avoir perverti la jeunesse occidentale) n’est même pas un moment de bonheur, juste un contraste entre lui et sa soeur aînée, qui va le chercher régulièrement à la crèche : en RDA, les femmes n’avaient aucun problème pour faire garder leurs enfants, et les aînés sont là pour s’occuper des plus jeunes. Non, cette dernière phrase n’est pas exclusivement est-allemande, ni datée « années 80 ». C’est un discours que j’entends encore, y compris venant de futures mamans, qui comptent bien sur leurs aînées pour leur suppléer.

Mais que se passait-il, en RDA, pour ses enfants dont les parents étaient inaptes à s’occuper ? La même chose que pour les enfants dit « difficiles » : ils ont placés dans des foyers. La « fille sans nom » partagera le sort de près d’un demi-million de jeunes allemands de l’Est dans ses années-là : la violence quotidienne, l’orientation précoce, l’accent mis sur les travaux manuels. Angelika Klüssendorf s’est très bien documentée pour écrire ce premier roman, cependant elle a mis tellement de distance dans son écriture que je n’ai que trop rarement ressenti de l’empathie pour son personnage principal. Peut-être était-ce le but recherché. Peut-être pas. Je garde cependant l’impression d’avoir raté ma rencontre avec cette héroïne.

 

 

La décision de Britta Böhler

couv6744809Présentation de l’éditeur :

En 1933, Thomas Mann quitte Munich pour un voyage d’agrément en Suisse, avec sa femme Katia et les petits. Pendant ce temps, dans la patrie, le monde s’écroule. C’est le début de l’exil… Un exil d’abord résigné, jusqu’à ce jour de février 1936 où Thomas Mann se résout à condamner publiquement le régime nazi dans une lettre qu’il destine au Neue Zürcher Zeitung.
Lorsque le roman s’ouvre, Thomas Mann pénètre dans l’enceinte du journal pour remettre la lettre à son ami Korodi, mais ce dernier est souffrant et la publication retardée de trois jours. Trois longs jours durant lesquels le doute va s’emparer de lui. Peut-on continuer à être un écrivain lorsqu’on a perdu la reconnaissance de sa patrie, de ses lecteurs ? En tant que père a-t-on le droit de mettre en péril la vie des siens ?

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Mon avis :

J’ai longtemps hésité avant de lire ce roman, et maintenant que je l’ai fait, je ne le regrette pas du tout.

Thomas Mann est au coeur de ce roman. Il vit en Suisses, ses vacances de quelques semaine se sont transformées en années d’exil. Il n’est pas à plaindre, il mène une vie sans trop de soucis financiers, avec sa femme, Katia (qui veille sur le budget), ses deux derniers enfants, qui reviennent régulièrement de pension, et son chien Toby. Une vie paisible, sereine, bien réglée, y compris dans l’acte d’écrire, une vie que nous raconte Britta Böhler sans qu’elle nous paraisse ennuyeuse.

Thomas est également le père d’Erika et de Klaus Mann, deux personnes qui me fascinent. Eux se sont engagés, très tôt. Erika a pressé leur père, Thomas, de s’engager à son tour en condamnant la politique menée par Hitler. Il l’a fait, dans une lettre, au début de ce livre, mais il recule sa publication. Il a trois jours pour prendre sa décision. Thomas Mann a tout : une famille heureuse, des livres qui se vendent bien, du moins en dehors de l’Allemagne , une reconnaissance internationale qui connut son point culminant avec le prix Nobel de la paix. Il est relativement protégé, et ne semble pas courir de risques personnels dns l’immédiat. Il a aussi su mettre les siens à l’abri – pour combien de temps ? Au moment où s’ouvre le récit, il semble que plus aucun Mann ne vive en Allemagne. Thomas a su également mettre à l’abri ses secrets. Je pense notamment à cette malle, pleine de ses journaux intimes, que son second fils Golo lui a envoyé à a demande et qui, en dépit d’un contrôle minutieux, parvint à destination. Il nous permet de nous intéresser à e qu’est la richesse – biens matériels, or, argent pour les uns, fruits de l’esprit pour les autres.

Au cours de ses promenades, de ses déambulations dans sa maison, Thomas revit des épisodes de son passé – son amour pour Katia, la première guerre mondiale, sa tournée promotionnelle aux Etats-Unis – et s’interroge sur la notion de l’engagement, question centrale de ce roman. Nous voyons d’un côté les auteurs qui ont adhéré aux idées du nazisme, avec délectation parfois, et ceux qui furent mis à l’index, dont les livres furent brûlés. Nous voyons le dégoût de Thomas Mann, son incompréhension envers ceux qui furent ses amis – il n’attendait déjà plus rien de la part de ceux qui s’acharnaient sur ses écrits.

La décision est le récit de cette lutte intime, intellectuel, sans bruit, sans fracas. Katia, sa femme, soutient Erika leur fille aînée dans son combat pour pousser son père à s’engager. Elle le connaît si bien qu’elle fait exactement ce qu’elle doit faire, en douceur, par d’infimes changements dans leurs habitudes, pour montrer ce qu’elle pense.

L’engagement, c’est aller jusqu’au bout. L’esprit d’un pays peut survivre au-delà de ses frontières. C’est par ces deux messages, optimistes malgré tout, que je souhaite conclure ce billet.

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Le soldat et le gramophone de Sasa Stanisic

Présentation de l’éditeur :

Aleksandar grandit près de Višegrad, dans ce qui est encore la Yougoslavie, quand se produit un drame : la mort de son grand-père Slavko. Celui dont les récits légendaires du communisme l’ont enchanté, et auquel il a fait le serment de transformer la réalité en histoires, l’enfant espère jusqu’au bout le réveiller. Son grand-père adoré n’a t- il pas fait de lui un magicien ? Mais il faudra que les pouvoirs d’Aleksandar soient grands car la guerre est proche. Viendront le temps de l’exil et d’une intégration difficile dans l’Allemagne des années 1990, obsédée par le productivisme et le coût de la réunification.

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Mon avis :

J’ai lu ce roman dimanche 24 août, en me disant que j’étais capable d’aller jusqu’au bout de cette lecture, qui est tout sauf facile.

Ce premier roman est autobiographique, sans être pour autant centrée sur la seule personne Aleksander, le narrateur. Il vit au milieu d’une famille incroyable, certes, mais avec laquelle j’ai eu peu d’empathie. Ils sont tous présentés de manière hyperbolique. La tante Typhon, par exemple, qui va plus vite que tout le monde – et finalement, se moque un peu du ressenti de chacun. Le grand-père maternel était tout entier dévoué à la Drina, « son » fleuve, au point de ne pas se préoccuper de ceux qu’il laisse derrière lui (et il ne s’en préoccupait pas non plus de son vivant). Le grand-père paternel est une figure du Parti, un fidèle de Tito. , mort subitement. Son petit-fils n’a de cesse de perpétuer son souvenir, celui des histoires qu’il racontait, tout au long des 376 pages du roman.

Tout est raconté à hauteur d’enfant, sans recul, sans analyse, et c’est ce qui fait en partie le charme de ce roman. En lisant son enfance, de la cueillette des prunes à l’inauguration des nouvelles toilettes, j’ai peine à croire que nous sommes au tout début des années 90 – et je ne vous parle pas non plus des sujets de devoirs qu’il doit rédiger à l’école. Le mot « homophobie » n’existe pas encore, et ce n’est pas vraiment de cela dont Francesco, l’italien venu travailler quelques temps au village, est victime, non, plutôt des commérages et de la bétise de ceux qui se retournent contre celui qui est vraiment étranger, donc différent. Rien ne semble préfigurer la guerre qui dévastera tout – guerre qui a eu lieu juste à côté de chez nous (mais c’est vrai que, contrairement au Koweit, il n’y avait pas de pétrole).

Certaines scènes m’ont rappelé J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir de Christine Arnothy. « Guerre » n’est pas vraiment le nom qui convient, puisque les soldats s’en prennent presque exclusivement aux populations civiles, et dévastent tout sur leur passage. « Carnage » et « génocide » sont plus appropriés. Ils restent presque tout anonymes, ces soldats aussi bêtes que haineux, au contraire de leurs victimes. Les parents d’Aleks, eux, choisissent de partir, en Allemagne, chez le frère qui y travaille « au noir », puis, les années passant, de partir encore plus loin, aux Etats-Unis, pour enfin revivre. Aleks reste en Allemagne, dans ce qui fut « la meilleure partie de l’Allemagne » (la RDA) puis revient au pays, cherche à savoir qui a survécu, ce que sont devenus ceux qu’il a connus. Il retrouve Katrina, sa grand-mère paternelle, qui a voulu rester auprès de la tombe de son mari. Auprès de son fils Miki, aussi, dont on comprend à demi-mots qu’il a participé activement à la guerre. Il découvre et raconte l’horreur, en mots simples et crus.

Le livre se termine sur une lueur d’espoir.

Wormwold, tome 1 : le voyage commence de Daniel Lieske

Merci à Babelio et aux éditions Casterman pour ce partenariat.

Mon avis :

Pour Jonas, c’est le dernier jour d’école, les vacances commencent. Pourtant, l’on sent tout de suite que l’univers de Jonas n’est pas aussi tranquille que devrait l’être celui d’un enfant de son âge. Sa mère n’est plus, et je me suis demandé si sa disparition n’était pas liée à la phobie du feu du jeune garçon. Chez sa grand-mère, il doit faire impérativement des devoirs de vacances, si ce n’est qu’il préfère s’évader dans son monde, avant de découvrir véritablement un autre monde.

Visuellement, ce livre est très beau. Les couleurs sont chatoyantes, les personnages fortement caractérisés. Les créatures du « Wormworld » sont intrigantes, tout comme la mission que devra mener à bien le jeune Jonas. Pourtant, je suis restée sur ma faim, justement parce que l’aventure ne fait que commencer, et que j’aurai aimé que l’intrigue soit plus développée. J’espère que ce sera le cas dans le second tome.

Néanmoins, je suis certaine que ce livre plaira aux plus jeunes, et leur permettra de stimuler leur imagination. A ne pas rater, le bonus final, qui explique la genèse de l’oeuvre.

 

 

Blanche Neige doit mourir de Nele Neuhaus

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Mon résumé :

Tobias a purgé sa peine de prison : dix ans, pour le double meurtre de sa petite amie et de la meilleure amie de celle-ci. Les corps n’ont jamais été retrouvés, il n’a jamais su dire où ils étaient, il ne se souvient de rien, pas même d’avoir tué. Son retour au village ne fait plaisir à personne, sauf peut-être à Nathalie, son amie d’enfance, devenue une célèbre actrice. Et à Amélie, la jeune voisine gothique, qui s’ennuie ferme à Altenheim. Elle ressemble trait pour trait à une des victimes, qui avait été choisie pour interpréter Blanche-Neige, onze ans plus tôt.

Mon avis :

Ce livre aurait dû me plaire, si je parle que de l’intrigue. Et encore. Deux personnages sortent du lot : Amélie, la jeune fille qui se mêle de se ce qui ne la regarde pas, car elle n’a aucun préjugé, et Thiès, l’autiste abruti de calmants par sa famille, trop imbue d’elle-même pour prendre soin de lui. Les autres personnages concentrent tout ce qui peut exister de bassesse, de mesquinerie sans âge, j’aurai presque envie de dire d’abjection, s’ils n’étaient tous aussi minables. L’action a lieu de nos jours, elle pourrait avoir eu lieu il y a cinquante ou cinq cents ans, tant les habitants du village sont repliés sur eux-même et sont dépendants de leur seigneur et maître, Claudius. Il n’a même pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour faire le mal autour de lui, puisque les êtres qui l’entourent sont très heureux de leurs existences. Les familles des victimes ? Elles ont toutes pu voir à quel point il était généreux….

Bref, cette mesquinerie ambiante, et l’incroyable naïveté de certains personnages ne sont pas des points positifs – si encore un style, une force se dégageaient à la lecture, même pas. Et je ne vous parle pas des enquêteurs Pia et Bodenstein. Le mot qui me vient à l’esprit est « gonflant » pour les désigner. Si je lis un roman policier, ce n’est pas pour subir des pages entières sur les déboires sentimentaux de l’enquêteur principal (et pas seulement les siennes) d’autant que ses problèmes ont des conséquences sur l’enquête. J’ai l’impression désagréable de lire un roman policier « pour femme »,  avec en prime une galerie de personnages féminins si nombreux, qu’il s’en trouverait bien un auquel s’identifier. Très peu pour moi.

Cette incursion dans l’univers de Nele Neuhaus restera unique, je n’ai pas envie de lire les autres aventures de Pia et Bodenstein.

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La ferme du crime d’Andrea Maria Schenkel

Andreaédtion Actes Sud noir – 156 pages.

Présentation de l’éditeur :

Toute une famille fut assassinée en 1920 dans un hameau de Bavière. L’affaire n’a jamais été résolue. Andrea Maria Schenkel, à la manière de Truman Capote dans De sang froid, combinant plusieurs témoignages, reprend cette sinistre histoire pour la placer dans les années 1950.
Vaches qui s’agitent à l’étable, vent qui balaie les flocons, coins sombres derrière les granges, brouillard pesant… Tous les ingrédients de l’inquiétude sont là, dans une région catholique très dévote, sur fond d’Allemagne imprégnée de désastre.
[…]
Hanté par les voix des témoins – instituteur, curé, voisin… – le lecteur referme le livre avec un coupable quasi certain, mais le malaise perdure, parce que là-haut à Tannöd, les rancoeurs sont vives, les relations entre les individus basées sur la haine et le désir.

Mon avis :

J’aurai aimé rédiger une très belle critique sur ce livre, longue, circonstanciée, argumentée. J’ai surtout envie de l’écrire au plus vite pour m’en débarrasser.

Ceci est le premier roman de l’auteur, il fut couronné en Allemagne roman policier de l’année en 2006, et adapté au théâtre. Depuis, deux autres romans ont paru en France, tout aussi courts que celui-ci (jamais plus de 150 pages).  La longueur d’une oeuvre ne fait pas sa qualité – lire Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig, chef d’oeuvre absolu, que je vous recommande si vous ne l’avez pas lu. Seulement, voilà, ce n’est pas un billet sur Lettre d’une inconnue, mais sur La ferme du crime…

J’ai lu le roman en une heure – les chapitres sont très courts. Le procédé qui consiste à donner la parole à des personnages secondaires n’est pas très intéressant, car ils n’ont pas grand chose à nous apprendre, une fois qu’un ou deux ont témoigné. Seule la voisine qui a su rester ferme sur ses positions pendant la guerre (et même après) et la meilleure amie de Marianne sortent du lot. Sinon, je me demande encore l’intérêt de fragmenter la découverte des corps en plusieurs chapitres, très lentement, comme une caméra qui décomposerait le mouvement, pour finalement montrer que tous réagissent de la même façon (ou presque). Montrer l’hébétude devant l’horreur ? Prouver que personne ne s’intéressait réellement à cette famille, sinon les corps auraient été découverts plus tôt ?

L’adjectif qui les qualifie le mieux est sordide. Le père est monstrueux. La mère aussi – et même les coups qu’elle a reçue ne sont pas une excuse pour ce qu’elle laisse faire sous son toit, puisqu’elle y trouve son compte et ne s’en cache même pas. Son refuge est la religion – tout ce que je déteste dans la religion. Barbara, la fille, a beaucoup souffert, et fait souffrir en retour. Quant au tueur, il n’est pas besoin de connaître son identité pour savoir qu’il est abject.

Ce roman a néanmoins une qualité : il me donne envie de lire De sang froid de Truman Capote.

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