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Les marais sanglants de Guérande de Jean-Luc Bannalec

Présentation de l’éditeur : 

En ce jour de la fin d’été, le commissaire Dupin arpente les sentiers labyrinthiques de Gwen Ran, le pays blanc, où s’étendent à perte de vue les marais salants de Guérande. C’est à la demande de Lilou Breval, journaliste d’investigation à Ouest-France, qu’il est venu fureter à la recherche de mystérieux barils. Soudain, Dupin est la cible d’une fusillade. Il se réfugie in extremis dans un grenier à sel. Le lendemain, la journaliste est injoignable… Dupin mène son enquête auprès des propriétaires de salines. Epaulée par la fidèle Nolwenn, Dupin plonge une fois encore au cœur des mystères du pays breton et découvre les multiples enjeux de la récolte de l’or blanc… et les convoitises qu’il suscite…

Mon avis : 

Voici, enfin, ma première participation à mon propre challenge. Il était temps ! Cependant, autant l’an dernier je commençais par une valeur sûre (Indridason) autant cette année, je découvre un auteur et je suis  un peu dubitative.

Derrière le pseudonyme se cache un auteur allemand, tombé amoureux de la Bretagne. Cela se sent à la lecture et parfois, franchement, j’avais bien envie de sauter des pages tant j’avais l’impression de lire un guide touristique spécialisé dans la géographie et les légendes bretonnes – sachant, de plus, que la majorité de l’action se situe en Loire Atlantique. Il faut passer outre, de même qu’il faut passer outre le fait que le commissaire est complètement accro au café – j’ai renoncé à compter le nombre de tasse de café qu’il ingurgite et qui sont, selon lui, nécessaires au bon déroulement de l’enquête.

Au début, le commissaire s’était mis dans de sales draps. Il avait accepté le rendez-vous d’une amie journaliste, et voilà qu’il se trouve pris au milieu d’une fusillade, puis au milieu d’un groupe de policiers pas vraiment satisfaits de voir un collègue venir sur leur territoire. La situation devient plus dramatique encore quand Lilou Bréval est retrouvée assassinée, preuve s’il en est qu’elle avait trouvé quelque chose de gênant – mais quoi ? Elle était une journaliste intègre, et, pour Dupin, il est hors de question que son travail reste ignoré.

Il a de la chance : la commissaire chargée du dossier veut bien faire équipe avec lui – une guerre d’égo en haut lieu facilite les rapprochements. Il pénètre alors dans le monde des paludiers, entre savoirs ancestraux, rivalités et modernités – pour ne pas dire sabotage aussi. Tous les coups semblent permis, tant l’or blanc suscite des convoitises. Plus les enjeux financiers sont importants, plus les tentations sont grandes, ainsi que les risques, pour ceux qui ne voudraient pas plier.

Enquêter est un travail d’équipe – et heureusement, les équipes sont soudées, efficaces. Identifier le ou les coupables n’est pas si simples, surtout quand les suspects n’ont pas la gentillesse d’avoir des alibis en or blanc massif.

Les marais sanglants de Guérande – une enquête pour les amoureux de la Bretagne.

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Breaking news de Frank Shätzing

Présentation de l’éditeur : 

Partout où le monde est en feu, le grand reporter Tom Hagen est présent, prêt à tout pour être le premier sur le lieu de l’action. Jusqu’au jour où, par sa faute, une libération d’otages en Afghanistan tourne à la catastrophe. Trois ans plus tard, l’occasion de relancer sa carrière se présente enfin lorsqu’il met la main sur des données ultra confidentielles volées au Shin Bet, le service de sécurité intérieur israélien. Mais ce qui devait être un énorme scoop se transforme en une mortelle réaction en chaîne. Poursuivi par des agents secrets et de mystérieux tueurs, Hagen doit lutter pour sa survie, pris dans une gigantesque conspiration dont les racines remontent à la Palestine sous mandat britannique.

Merci à Netgalley et aux éditions Piranha pour ce partenariat

Mon avis :

Je ne vous cache pas que le nombre de pages – presque mille – peut refroidir les ardeurs des lecteurs. J’aime lire, mais j’ai franchement du mal avec des livres aussi épais.

Surtout, je pensais que le livre serait consacré à Tom Hagen, et uniquement à lui. Il en est à dire sur un grand reporter. Et bien non : le lecteur est invité à retourner en arrière pour découvrir la naissance d’Israël et pour suivre le destin de trois garçons, les jumeaux Jehuda et Benjamin ainsi que leur ami Arik, qui deviendra Ariel Sharon. Ces parties m’ont moins intéressées parce que j’avais lu récemment Une nuit, Markovitch d’Ayelet Gundar-Goshen et qu’il me paraît difficile de faire plus juste. Breaking news reste à mes yeux un livre essentiellement masculin, les rares personnages féminins, que ce soit Rachel ou Yaël, ne sont pas suffisamment mis en valeur. Je ne parlerai pas non plus de Leah ou Anastasia, qui n’existent que vu à travers des regards masculins, sans que l’on s’intéresse vraiment à leur motivation à elles. Il en est de même pour Inga, la stagiaire du grand Tom Hagen, qui n’a pas représenté grand chose à ses yeux.

L’auteur s’est beaucoup documenté pour écrire ce livre. On peut le voir, mais cela ne transforme pas en pensum pour autant puisque les éléments historiques sont bien intégrés dans l’intrigue. J’ai aussi pensé aux films israéliens que j’allais voir – à l’époque où j’allais encore au cinéma. Nous en apprenons beaucoup, pas seulement sur Israël, mais aussi sur les conséquences pour tous les pays qui l’entourent – ou comme une explication pour sur ce qui passe en ce moment dans cette région du monde.

Breaking news – un livre assez ardu, mais qui contient des moments véritablement prenants.

 

Agatha Raisin, tome 4 : randonnée mortelle

Mon résumé :

Après six mois passés à Londres, à avoir exercé un métier qui ne lui convient plus, Agatha n’aspire qu’à une chose : retrouver son cher village. Elle découvre que James, son ami, participe à un club de randonnée : Agatha veut aussitôt s’inscrire. Après tout, tout est calme, non ? Non. Figurez-vous qu’un corps va être retrouvé, et qu’Agatha, bien sûr, va enquêter.

Mon avis :

On ne le dira jamais assez : le militantisme est dangereux pour la santé. Non, la randonnée, là, je suis formelle, il n’y a quasiment pas de problème. Je connais même un couple qui s’est formé en pratiquant cette activité et qui dure toujours, une bonne dizaine d’années plus tard ! Non, je ne parlais pas de James et Agatha, même si, il semble bien que dans ce tome… mais n’anticipons pas !

La victime semble une maîtresse femme, une femme qui s’investit dans une cause. C’est magnifique ! Sauf que… Jessica est prête à s’investir dès qu’elle peut être mise en valeur, dès qu’elle peut prendre un commandement quelconque – et l’ascendant sur pas mal de personnes. Là, son dernier cheval de bataille consiste à trouver tous les droits de passage oubliés et les revendiquer. Gare à ceux qui s’opposeraient à ce qu’elle traverse leur propriété ! Pas la peine de tenter de négocier, de trouver un arrangement acceptable, pas la peine non plus de rester poli : elle passera ! Rien n’entravera sa liberté – et sa capacité à mettre un bordel qui n’a rien de joyeux. Jessica joue un combat non pas perdu d’avance – il est des personnes, comme elle, qui aime se battre pour tout et n’importe quoi tant qu’elle se batte – mais désuète : le droit d’être propriétaire ne dérange pas grand monde, et vociférer contre les affreux propriétaires terriens rappellent d’autres temps.

Et c’est avec des méthodes pas très modernes que Jessica a été tuée : à coups de pelle. Moralité : il faut toujours ranger ses outils, on ne sait pas ce que certains peuvent faire avec. Le principal suspect est Sir Charles, l’affreux nobliau avec lequel elle était en conflit. Oui, elle seule : les autres randonneurs avaient apprécié la proposition du baronnet, sa politesse, et ne voyaient franchement pas pourquoi ils ne l’auraient pas accepté (pour une fois que quelqu’un leur répondait, cela se fête).

Agatha enquête, et elle enquête cette fois-ci elle enquête à la demande d’une proche d’une des suspectes. Que ne ferait-on pour aider une amie, assouvir sa passion pour les enquêtes et être près de James ? Et bien on ferait ce que ferait Agatha et cela donne des scènes absolument succulentes.

Je n’ai garde non plus d’oublier le personnage de Gustav, majordome entièrement dévoué à son maître, et tant pis si les invités ne l’apprécient pas : sir Charles et sa tante avant tout.

Randonnée mortelle : une enquête tout sauf ennuyeuse.

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La fille sans nom d’Angelika Klussendorf

Présentation de l’éditeur :

C’est l’histoire d’une fille livrée à la fureur destructrice d’une mère infantile et sadique. La fille se défend comme elle peut contre cette femme instable, mais aussi contre le monde extérieur : les adultes qui la jugent, ses camarades de classe qui l’évitent. Elle tourmente son petit frère, vole dans les magasins, partout elle se distingue par son comportement asocial. Jamais elle ne demande d’aide. A qui, d’ailleurs, pourrait-elle s’adresser ? Elle est seule et doit se construire seule. C’est la trajectoire bouleversante d’une fille mal aimée qui, malgré tout, possède une force et un appétit de vivre qui lui permettent d’avancer.

Merci à Babelio et aux éditions Presses de la Cité.

Mon avis :

Avant de rédiger mon avis proprement dit, je sens poindre un léger énervement. Non pas contre ceux qui n’aimeraient pas cet avis – ce qui est leur droit le plus absolu – mais contre ceux qui m’expliqueraient que le comportement de la mère de la « fille sans nom » n’est pas si atroce que cela. Si, si, je vous assure, ce genre de personnes existent, elles sont capables de trouver des signes d’amour dans les coups et les injures, de justifier les comportements les plus destructeurs en disant que l’enfant sent bien l’amour qu’il y a derrière tous ces gestes (explications entendues à la radio il y a quinze jours environ). Si vous pensez ainsi, merci de passer votre chemin.

Ce n’est pas tant que j’ai beaucoup de mal à rédiger cet avis (en retard, selon de bonnes habitudes), c’est que j’ai eu du mal à rentrer dans ce livre. Pourquoi la « fille sans nom » n’est-elle jamais nommée, autrement que par des surnoms péjoratifs et dévastateurs – autrement dit, des insultes ? Parce qu’elle est le symbole de toutes les enfants maltraitées ? Parce que personne, pas même elle, n’est capable de lui accorder une identité ? Parce que ne peut vivre que ce qui a été nommé ? Autant de pistes à explorer, mais surtout une mise à distance qui augmente le sentiment de malaise.

Cette petite n’a ni repos, ni répit, à aucun moment. Et si j’emploie le mot « petite », c’est parce que j’ai pensé à un autre roman, où l’héroïne non plus n’est pas nommé : Muette d’Eric Pessan, dans lequel l’auteur donne la parole à cette adolescente mal-aimée, maltraitée moralement par ses parents. La fille sans nom n’a pas la parole, elle n’a pas les mots pour le dire, d’ailleurs il n’y a aucun dialogue dans ce livre, c’est à dire aucun véritable échange. Juste des insultes, des ordres.

Serait-ce une tragédie ? Après tout, le lecteur sait très bien, en tournant les pages qu’il n’y aura pas de fin heureuse, qu’il n’y aura même pas d’amélioration, mais une succession d’humiliation. La fille sans nom rend les coups, aussi. Les paroles, les actes, blessent, et la naissance d’Elvis, le petit frère désiré (par la mère) au prénom si déroutant en RDA (les communistes n’avaient-ils pas accusé Elvis et le rock d’avoir perverti la jeunesse occidentale) n’est même pas un moment de bonheur, juste un contraste entre lui et sa soeur aînée, qui va le chercher régulièrement à la crèche : en RDA, les femmes n’avaient aucun problème pour faire garder leurs enfants, et les aînés sont là pour s’occuper des plus jeunes. Non, cette dernière phrase n’est pas exclusivement est-allemande, ni datée « années 80 ». C’est un discours que j’entends encore, y compris venant de futures mamans, qui comptent bien sur leurs aînées pour leur suppléer.

Mais que se passait-il, en RDA, pour ses enfants dont les parents étaient inaptes à s’occuper ? La même chose que pour les enfants dit « difficiles » : ils ont placés dans des foyers. La « fille sans nom » partagera le sort de près d’un demi-million de jeunes allemands de l’Est dans ses années-là : la violence quotidienne, l’orientation précoce, l’accent mis sur les travaux manuels. Angelika Klüssendorf s’est très bien documentée pour écrire ce premier roman, cependant elle a mis tellement de distance dans son écriture que je n’ai que trop rarement ressenti de l’empathie pour son personnage principal. Peut-être était-ce le but recherché. Peut-être pas. Je garde cependant l’impression d’avoir raté ma rencontre avec cette héroïne.

 

 

La décision de Britta Böhler

couv6744809Présentation de l’éditeur :

En 1933, Thomas Mann quitte Munich pour un voyage d’agrément en Suisse, avec sa femme Katia et les petits. Pendant ce temps, dans la patrie, le monde s’écroule. C’est le début de l’exil… Un exil d’abord résigné, jusqu’à ce jour de février 1936 où Thomas Mann se résout à condamner publiquement le régime nazi dans une lettre qu’il destine au Neue Zürcher Zeitung.
Lorsque le roman s’ouvre, Thomas Mann pénètre dans l’enceinte du journal pour remettre la lettre à son ami Korodi, mais ce dernier est souffrant et la publication retardée de trois jours. Trois longs jours durant lesquels le doute va s’emparer de lui. Peut-on continuer à être un écrivain lorsqu’on a perdu la reconnaissance de sa patrie, de ses lecteurs ? En tant que père a-t-on le droit de mettre en péril la vie des siens ?

150113081711974778Défis Premier roman

Mon avis :

J’ai longtemps hésité avant de lire ce roman, et maintenant que je l’ai fait, je ne le regrette pas du tout.

Thomas Mann est au coeur de ce roman. Il vit en Suisses, ses vacances de quelques semaine se sont transformées en années d’exil. Il n’est pas à plaindre, il mène une vie sans trop de soucis financiers, avec sa femme, Katia (qui veille sur le budget), ses deux derniers enfants, qui reviennent régulièrement de pension, et son chien Toby. Une vie paisible, sereine, bien réglée, y compris dans l’acte d’écrire, une vie que nous raconte Britta Böhler sans qu’elle nous paraisse ennuyeuse.

Thomas est également le père d’Erika et de Klaus Mann, deux personnes qui me fascinent. Eux se sont engagés, très tôt. Erika a pressé leur père, Thomas, de s’engager à son tour en condamnant la politique menée par Hitler. Il l’a fait, dans une lettre, au début de ce livre, mais il recule sa publication. Il a trois jours pour prendre sa décision. Thomas Mann a tout : une famille heureuse, des livres qui se vendent bien, du moins en dehors de l’Allemagne , une reconnaissance internationale qui connut son point culminant avec le prix Nobel de la paix. Il est relativement protégé, et ne semble pas courir de risques personnels dns l’immédiat. Il a aussi su mettre les siens à l’abri – pour combien de temps ? Au moment où s’ouvre le récit, il semble que plus aucun Mann ne vive en Allemagne. Thomas a su également mettre à l’abri ses secrets. Je pense notamment à cette malle, pleine de ses journaux intimes, que son second fils Golo lui a envoyé à a demande et qui, en dépit d’un contrôle minutieux, parvint à destination. Il nous permet de nous intéresser à e qu’est la richesse – biens matériels, or, argent pour les uns, fruits de l’esprit pour les autres.

Au cours de ses promenades, de ses déambulations dans sa maison, Thomas revit des épisodes de son passé – son amour pour Katia, la première guerre mondiale, sa tournée promotionnelle aux Etats-Unis – et s’interroge sur la notion de l’engagement, question centrale de ce roman. Nous voyons d’un côté les auteurs qui ont adhéré aux idées du nazisme, avec délectation parfois, et ceux qui furent mis à l’index, dont les livres furent brûlés. Nous voyons le dégoût de Thomas Mann, son incompréhension envers ceux qui furent ses amis – il n’attendait déjà plus rien de la part de ceux qui s’acharnaient sur ses écrits.

La décision est le récit de cette lutte intime, intellectuel, sans bruit, sans fracas. Katia, sa femme, soutient Erika leur fille aînée dans son combat pour pousser son père à s’engager. Elle le connaît si bien qu’elle fait exactement ce qu’elle doit faire, en douceur, par d’infimes changements dans leurs habitudes, pour montrer ce qu’elle pense.

L’engagement, c’est aller jusqu’au bout. L’esprit d’un pays peut survivre au-delà de ses frontières. C’est par ces deux messages, optimistes malgré tout, que je souhaite conclure ce billet.

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Le soldat et le gramophone de Sasa Stanisic

Présentation de l’éditeur :

Aleksandar grandit près de Višegrad, dans ce qui est encore la Yougoslavie, quand se produit un drame : la mort de son grand-père Slavko. Celui dont les récits légendaires du communisme l’ont enchanté, et auquel il a fait le serment de transformer la réalité en histoires, l’enfant espère jusqu’au bout le réveiller. Son grand-père adoré n’a t- il pas fait de lui un magicien ? Mais il faudra que les pouvoirs d’Aleksandar soient grands car la guerre est proche. Viendront le temps de l’exil et d’une intégration difficile dans l’Allemagne des années 1990, obsédée par le productivisme et le coût de la réunification.

1312260953408502211846257Défi premier roman

Mon avis :

J’ai lu ce roman dimanche 24 août, en me disant que j’étais capable d’aller jusqu’au bout de cette lecture, qui est tout sauf facile.

Ce premier roman est autobiographique, sans être pour autant centrée sur la seule personne Aleksander, le narrateur. Il vit au milieu d’une famille incroyable, certes, mais avec laquelle j’ai eu peu d’empathie. Ils sont tous présentés de manière hyperbolique. La tante Typhon, par exemple, qui va plus vite que tout le monde – et finalement, se moque un peu du ressenti de chacun. Le grand-père maternel était tout entier dévoué à la Drina, « son » fleuve, au point de ne pas se préoccuper de ceux qu’il laisse derrière lui (et il ne s’en préoccupait pas non plus de son vivant). Le grand-père paternel est une figure du Parti, un fidèle de Tito. , mort subitement. Son petit-fils n’a de cesse de perpétuer son souvenir, celui des histoires qu’il racontait, tout au long des 376 pages du roman.

Tout est raconté à hauteur d’enfant, sans recul, sans analyse, et c’est ce qui fait en partie le charme de ce roman. En lisant son enfance, de la cueillette des prunes à l’inauguration des nouvelles toilettes, j’ai peine à croire que nous sommes au tout début des années 90 – et je ne vous parle pas non plus des sujets de devoirs qu’il doit rédiger à l’école. Le mot « homophobie » n’existe pas encore, et ce n’est pas vraiment de cela dont Francesco, l’italien venu travailler quelques temps au village, est victime, non, plutôt des commérages et de la bétise de ceux qui se retournent contre celui qui est vraiment étranger, donc différent. Rien ne semble préfigurer la guerre qui dévastera tout – guerre qui a eu lieu juste à côté de chez nous (mais c’est vrai que, contrairement au Koweit, il n’y avait pas de pétrole).

Certaines scènes m’ont rappelé J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir de Christine Arnothy. « Guerre » n’est pas vraiment le nom qui convient, puisque les soldats s’en prennent presque exclusivement aux populations civiles, et dévastent tout sur leur passage. « Carnage » et « génocide » sont plus appropriés. Ils restent presque tout anonymes, ces soldats aussi bêtes que haineux, au contraire de leurs victimes. Les parents d’Aleks, eux, choisissent de partir, en Allemagne, chez le frère qui y travaille « au noir », puis, les années passant, de partir encore plus loin, aux Etats-Unis, pour enfin revivre. Aleks reste en Allemagne, dans ce qui fut « la meilleure partie de l’Allemagne » (la RDA) puis revient au pays, cherche à savoir qui a survécu, ce que sont devenus ceux qu’il a connus. Il retrouve Katrina, sa grand-mère paternelle, qui a voulu rester auprès de la tombe de son mari. Auprès de son fils Miki, aussi, dont on comprend à demi-mots qu’il a participé activement à la guerre. Il découvre et raconte l’horreur, en mots simples et crus.

Le livre se termine sur une lueur d’espoir.

Wormwold, tome 1 : le voyage commence de Daniel Lieske

Merci à Babelio et aux éditions Casterman pour ce partenariat.

Mon avis :

Pour Jonas, c’est le dernier jour d’école, les vacances commencent. Pourtant, l’on sent tout de suite que l’univers de Jonas n’est pas aussi tranquille que devrait l’être celui d’un enfant de son âge. Sa mère n’est plus, et je me suis demandé si sa disparition n’était pas liée à la phobie du feu du jeune garçon. Chez sa grand-mère, il doit faire impérativement des devoirs de vacances, si ce n’est qu’il préfère s’évader dans son monde, avant de découvrir véritablement un autre monde.

Visuellement, ce livre est très beau. Les couleurs sont chatoyantes, les personnages fortement caractérisés. Les créatures du « Wormworld » sont intrigantes, tout comme la mission que devra mener à bien le jeune Jonas. Pourtant, je suis restée sur ma faim, justement parce que l’aventure ne fait que commencer, et que j’aurai aimé que l’intrigue soit plus développée. J’espère que ce sera le cas dans le second tome.

Néanmoins, je suis certaine que ce livre plaira aux plus jeunes, et leur permettra de stimuler leur imagination. A ne pas rater, le bonus final, qui explique la genèse de l’oeuvre.