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Les secrets de Brocéliande de Jean-Luc Bannalec

Présentation de l’éditeur :

Le commissaire Dupin et son équipe s’apprêtent à passer un moment de détente en forêt de Brocéliande – officiellement forêt de Paimpont –, la plus grande de Bretagne. En effet, Nolwenn, sa fidèle assistante, lui a proposé d’allier obligations professionnelles et découverte du « dernier royaume des fées », l’épicentre breton du fantastique, l’endroit mythique par excellence. Pendant que son équipe prépare la visite de l’église du Graal et du Val sans retour, Dupin va interroger pour le compte d’un collègue parisien le directeur du centre de Recherches arthuriennes. Mais, quand il se présente, il découvre un cadavre. Premier meurtre d’une série…

Mon avis :

Finalement, j’ai préféré le tome 7 au tome 8, lu voici une semaine, à peu près. Je me suis donc interrogée sur la raison qui m’a fait préférer cette septième enquête à la huitième et qui fait que, si je les avais lues dans l’ordre, j’aurai été encore plus déçue.

Tout d’abord, ce n’est pas les personnages secondaires qui m’ont conquises. Ils sont tous parfaitement imbuvables, imbus d’eux-mêmes, sûrs de leur prestige, et ne se préoccupent pas plus que cela d’aider les policiers à résoudre l’enquête. Protéger ceux qui sont encore en vie et pourraient être sauvés s’ils se décidaient à coopérer un peu ? Cela ne leur traverse même pas l’esprit. Avec de futures victimes potentielles pareilles, le(s) coupable(s) peuvent agir en paix. Non, cette fois-ci, le commissaire Dupin est entouré de ses enquêteurs habituels, et cela change tout pour l’enquête. Nolwenn n’est pas présente sur les lieux de l’enquête, pourtant, de son bureau, quasiment « de commandement », elle coordonne, recherche, et bien sûr trouve, à croire que c’est elle la commissaire, et non pas Dupin. Quant à ses deux autres enquêteurs, ils ne se ménageront pas non plus, vivant là une des enquêtes les plus douloureuses de leur carrière. Une des plus rapides aussi, parce qu’il ne faudra que deux jours au commissaire pour résoudre l’enquête. Deux jours entiers – on ne dort guère quand le danger est tout proche.

Puis je me suis demandé si, finalement, cette enquête ne m’avait pas plu parce que le personnage principal était la forêt de Brocéliande elle-même, ses mystères, son atmosphère, ses créatures merveilleuses aussi. J’ai retrouvé la fontaine, le chevalier Noir, Yvain, tous les personnages de la légende Arthuréenne n’étaient jamais loin – et ce n’était pas désagréable.

Dupin n’est pas le chevalier Yvain : il respecte les promesses faites à Claire qui, de toute façon, lui a bien dit qu’elle aurait su attendre la fin de son enquête.

 

Enquête troublante à Concarneau de Jean-Luc Bannalec

éditions Presse de la Cité – 352 pages

Présentation de l’éditeur :

Le docteur Chaboseau, notable respecté de Concarneau, est retrouvé défenestré. Ni sa femme ni ses proches amis, un pharmacien et un négociant en vins, n’ont idée du mobile du crime. Alors que ses collaborateurs sont en vacances, et que ses beaux-parents arrivent pour le week-end de la Pentecôte, le commissaire Dupin découvre que le médecin était investi dans de multiples domaines : une collection de tableaux, des brasseries et conserveries locales, des projets immobiliers, sans oublier la construction navale. Autant de sources de conflit, et de pistes à suivre. Pour démêler l’écheveau, il lui faudra attendre le retour de sa fidèle assistante Nolwenn, puis trouver un appui inattendu auprès de Simenon et de son roman Le Chien jaune, qui voit Maigret enquêter à Concarneau.

Merci aux éditions Presses de la Cité et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai passé quinze jours difficiles d’un point de vue professionnel, et là, je commence dix jours difficiles d’un point de vue… félin. Il ne s’agit pas ici de justifier pour quelles raisons j’ai moins apprécié ce livre que je ne l’aurai apprécié dans d’autres conditions, non. Il s’agit simplement de dire qu’un livre qui vous plait, vous emporte, vous émeut, le fera en toutes circonstances. Si j’ai lu ce livre, j’ai que j’ai apprécié les enquêtes précédentes que j’ai lu de cet auteur. Là, pourtant, la magie n’a pas opéré. Pourquoi ?

Je crois que la faute en ait à toutes les digressions qui prennent place au cours de ses deux jours d’enquête, au point que je me suis demandée comment l’enquête avait pu être résolue si rapidement. Alors oui, elle a pu l’être grâce à l’interaction entre la réalité et le roman, ou plutôt grâce à l’intertextualité. Enquête troublante à Concarneau est un hommage au Chien Jaune de Simenon, écrit après que l’écrivain a séjourné à Concarneau. Il se serait inspiré d’un authentique fait divers, et c’est à cause de cet authentique fait divers que le meurtre d’aujourd’hui aurait eu lieu. L’enquête actuelle bouclerait la boucle, en quelque sorte.

Oui, l’enquête fut résolue, et pourtant, j’ai eu un immense sentiment d’inachevé, non qu’il reste des zones d’ombres mais parce que certains arc narratifs n’ont pas été assez exploités. J’ébauche quelque chose ici, ah, non, finalement, je n’expliquerai pas ce qui s’est passé. J’ébauche une autre piste là, qui nous plonge dans le passé d’une des personnes qui gravite autour de la victime. Finalement, non, je n’irai pas au bout des choses non plus.

Et les appels téléphoniques… Je n’ai pas compté le nombre de fois où le commissaire a été interrompu lors d’un interrogatoire par un appel, cassant ainsi le rythme et de l’intrigue et de l’interrogatoire. Je ne compte plus non plus les interrogatoires qui n’ont pas servi à grand chose. Finalement, la partie la plus intéressante est sans doute celle où le commissaire déploie des efforts énormes pour retrouver Nolwenn, sa fidèle adjointe, la plus indispensable membre de son équipe, qui est partie en congé. Sans elle, tout tourne moins bien. Avec elle, tout avance plus vite.

J’ai aussi oublié le nombre de fois où la nourriture, que ce soit à la conserverie ou au restaurant, sera longuement décrite. Bizarrement, quand c’est le commissaire Montalbano qui fait une pause déjeuner, cela ne me pose pas de problème. Ici, cela m’a semblé totalement parasiter le récit, tout comme les interventions des beaux-parents du commissaire, venus passer le week-end en famille, et dont les apparitions ne feront guère avancer le récit – si ce n’est pour nous faire comprendre qu’Hélène ne tient pas son beau-fils en haute estime.

Enquête troublante à Concarneau ne fut pas une lecture désagréable. Elle ne fut pas inoubliable non plus.

Les disparues de la lande de Charlotte Link

éditions Presse de la cité – 464 pages

Présentation de l’éditeur :

Plusieurs adolescentes disparues, un cadavre découvert sur la lande et pas l’ombre d’une piste… Trois ans après le meurtre de son père, le sergent-détective de Scotland Yard Kate Linville, de retour dans le nord de l’Angleterre pour vendre la maison de ses défunts parents, se trouve impliquée malgré elle dans une affaire qui secoue la petite ville côtière de Scarborough : le corps sans vie de Saskia Morris, 14 ans, disparue depuis un an, vient d’être découvert sur la lande. Elle semble être morte de faim. Peu après, une autre jeune fille, Amelie Goldsby, manque elle aussi à l’appel, puis réapparaît quelques jours plus tard en affirmant avoir été enlevée. Traumatisée, elle est cependant incapable de donner les détails nécessaires à l’identification

Mon avis : 

Il peut s’en passer des choses, dans les petites villes anglaises bien tranquilles, les charmantes stations balnéaires totalement désertées. D’ailleurs, que se passe-t-il donc quand ce n’est pas la saison des vacances ? Deborah, qui tient des chambres d’hôtes, peut vous le dire : c’est très calme. Cela lui laisse donc le temps pour les conflits avec sa fille Amélie, qu’elle ne comprend plus, qu’elle ne reconnait plus. Cela a beau s’appeler la crise d’adolescence, les proportions prises par la mésentente entre la mère et la fille sont énormes. Jason, le père, est presque extérieur à la situation, lui qui se débat avec les énormes dettes du couple. Puis, un jour, alors qu’Amélie attendait sa mère dans la voiture sur le parking du supermarché, elle disparaît. Que s’est-il passé ? Une fugue ? Au même moment, le cadavre de Saskia, adolescente disparue depuis un an, est retrouvé : elle est morte de faim. Angoissant ? Oui.

Ce qui est angoissant aussi, sans que autant d’intérêt lui soit porté, c’est qu’une autre adolescente, Mandy, n’est pas rentrée chez elle, n’est pas allée au lycée. La différence ? Mandy a grandi dans une famille dysfonctionnelle, entre père soumis et mère volcanique, famille suivie par les services sociaux – ce sont d’ailleurs eux qui, prévenus par le lycée, se lancent à la recherche de la jeune fille, sans trop recevoir au début l’aide de la police. Mandy est forcément une fugueuse. Elle va forcément revenir, elle est forcément hébergée par une amie. Forcément. Les clichés ont la vie dure quand il s’agit de jeunes filles que l’on ne voit pas – soit parce qu’elles sont trop discrètes, soit parce qu’elles appartiennent à un milieu défavorisé peu susceptible de retenir l’attention. Oui, ce n’est pas la disparition d’une de ses filles qui fera la une des journaux et sera susceptible d’émouvoir les foules.

S’il en est une qui est émue, pourtant, c’est Kate Linville. Elle vient de Scotland Yard, ce qui lui confère aux yeux de certains l’aura de la célèbre police londonienne. Elle n’est pas là pour enquêter, non, elle est là pour vider et vendre la maison de ses parents, saccagée par ses locataires. Elle ne veut se mêler de rien, simplement, elle ne peut s’empêcher d’être touchée, et de penser qu’il existe un lien avec la disparition d’une autre jeune fille, Hannah, quelques années plus tôt. Elle non plus n’a pas été retrouvée, mais pour son père, le coupable est tout désigné : Kevin, le jeune homme qui l’a ramené jusqu’à la ville en voiture, son petit ami, un garçon peu fiable aux yeux de son père, un homme pour lequel pourtant Kate ne parvient pas à éprouver autant de compassion qu’elle le voudrait, lui qui a réussi à se mettre à dos même la meilleure amie de sa fille.

Est-ce parce que Kate est devenue extérieure à cette petite ville ? Elle jette un regard neuf sur ce qui l’entoure, même si elle ne peut, pas plus que les enquêteurs, imaginer l’ampleur de ce qu’elle va découvrir, se perdant dans les méandres des actes d’esprits tordus. Pas plus que Kate, je n’éprouve de la compassion pour ces personnes qui font souffrir les autres, je m’inquiète simplement des êtres fragiles qui n’ont pu être protégés. Et quand je vois le destin d’Amélie, j’espère qu’elle sera mieux prise en charges que d’autres l’ont été par le passé. Mais la plus attachante de toutes ces jeunes filles est pour moi Mandy, elle qui rue dans les brancards, se bat et se débat pour s’en sortir coûte que coûte.

Je n’ai presque pas parlé de l’enquêteur officiel, qui a pourtant fort à faire et doit faire face à des développements inattendus. Plus que son enquête, plus que les hommes et les femmes qui sont sous ses ordres et qu’il rudoie parfois, c’est sa lutte constante contre l’alcoolisme qui est mis en avant. Et pourtant, il reste un bon policier, tout comme Kate.

Bretzel blues de Rita Falk

édition J’ai lu – 303 pages
Présentation de l’éditeur :
En ce moment, ça marche impeccable pour le commissaire Franz Eberhofer : ses amours roulent, la porcherie qu’il rénove est pratiquement habitable, il tient la forme grâce aux bières régulières et aux promenades quotidiennes avec Louis II – son chien, son coach fitness, son fidèle compagnon. Mais voilà que l’ambiance tourne à l’aigre dans le village de Niederkaltenkirchen : quelqu’un a tagué en rouge sur la maison du directeur du collège M. Höpfl « Crève, sale porc ! ». Le directeur disparaît plusieurs jours, pour revenir une nuit sous une forme plutôt macabre. D’accord, il n’aurait jamais gagné un concours de popularité, mais est-ce une raison pour finir ainsi ? Franz est furieux. Comme si cet homicide stressant ne suffisait pas, on l’oblige à pouponner l’affreux bébé de son frère Léopold, libraire et lèche-bottes de première classe. Heureusement qu’il a sa Mémé déjantée et sa robuste cuisine pour se refaire une santé…
Préambule :
Oui, je me suis planté dans la programmation, et j’ai interverti les tomes 2 et 3. Ce sont des choses qui m’arrivent.
Mon avis :
L’erreur est humaine, et après l’affaire du quadruple meurtre de Choucroute maudite, il avait bien le droit de se fourvoyer légèrement non ? Non. Qu’à cela ne tienne, il se retrouve assez rapidement (après avoir esquivé le fait de se transformer en garde du corps d’un footballeur brillant) à enquêter sur une affaire de disparition, celle du directeur du collège dont la maison avait été préalablement taguée. Il faut bien que certains jeunes expriment leur talent artistique et leur revendication sociétale, mais tout de même ! Surtout, le directeur est rapidement retrouvé – mort, sur une voie de chemin de fer. Et s’il est difficile de savoir s’il est arrivé là tout seul ou s’il a été aidé. Malencontreusement, personne ne semble véritablement décidé, sauf Eberhofer, à approfondir cette enquête. D’abord, il est difficile de prouver que le directeur, Höpf, n’ait pas été victime d’un malheureux accident. Puis, soyons clair : les suspects sont très nombreux, la moitié de l’établissement scolaire qu’il dirigeait le détestait et est ravi de le savoir disparu. Va-t-on vraiment questionner toutes ses personnes ? Non.
La vie continue pour Eberhofer. Le divorce de son frère Léopold. Son remariage avec la mère de sa fille Sushi, Panida – oui, elle se prénomme en fait « Ushi », comme sa grand-mère, mais pour Frank, il est impossible de nommer sa nièce comme sa mère, il n’est qu’une seule Ushi, et bientôt, tous sont d’accord avec lui. Les cours d’allemand Panida, qui saura très vite comment demander le chemin de l’aéroport, ce qui est très utile quand on est marié à Léopold. Le chauffeur pour sa Mémé et pour toutes les dames de Niederkanltenkirchen – les promos, cela n’attend pas. Et Susie qui revient de son voyage en Italie, amoureuse d’un italien beau comme un italien et qui prend un congé sans soldes. Oui, la vie familiale et personnelle d’Eberhofer est compliquée, et pourtant, il enquête ! C’est tout un art, parce que d’autres ont une vie de famille bien plus douloureuse que la sienne, et parce qu’il est aussi des personnes prêtes à profiter de ceux qui sont en souffrance.
Oui, Niederkaltenkirchen est une bourgade (imaginaire) mais les problèmes qui sont évoqués (la drogue, la difficulté à élever un enfant seule, la difficulté à assumer ses responsabilités) sont les mêmes.

Pression fatale de Rita Falk

Présentation de l’éditeur :

Dans le paisible village de Niederkaltenkirchen, le dîner est servi. Là, dans le lit du juge Moratschek, en plein sur ses draps tout blanc, une tête de cochon sanglante, façon Parrain bavarois. Sinistre. Juste après qu’on a signalé l’évasion d’un dangereux prisonnier, à côté de qui les exploits d’Hannibal Lecter ne sont rien. Pour ce psychopathe en cavale, l’heure de la vengeance contre le magistrat qui l’a mis à l’ombre a sonné.
De quoi plonger le commissaire Franz Eberhofer dans une véritable détresse existentielle. Déjà que la belle Susie s’est enfuie en Italie, que le Papa casse les oreilles de tout le monde avec ses chers Beattles, et qu’en cuisine la Mémé leur inflige un Carême plus catholique que le pape… Maintenant, il a un tueur fou à attraper, et un juge fan des Stones à protéger.

Mon avis :

Je serai brève : rien ne va pas dans la vie du commissaire Franz Eberhofer, rien. Enfin, presque rien parce qu’il a tout de même une satisfaction personnelle intense : sa nièce Ushi, dite « Sushi » ou « Pif-de-nain » en référence au nom d’une célèbre poupée allemande, l’adore. Il a aussi les promenades avec son chien, mais sinon, j’insiste, rien ne va. Dans le tome précédent, la belle Susie (à qui, avec un manque de tact absolu, Franz avait parlé de la cellulite qu’il voyait sur ses cuisses) était partie en vacances en Italie. Vous savez quoi ? Eh bien, elle y est restée, pour travailler (hum, hum), en compagnie d’un bel italien (re hum hum) et l’ambiance au commissariat s’en ressent énormément. Ce n’est rien de le dire, il faut le subir. Comme si cela ne suffisait pas – travailler dans une ambiance morose, avec un café dégueulasse, est hautement pénible – voilà qu’un psychopathe s’évade et menace le juge qui l’a fait mettre en prison. Les menaces ne sont pas prises au sérieux par la police – sauf par Franz Eberhofer, nanmého, il connaît son métier ! Le tout est de réussir à mettre la main sur ce tueur qui prend un malin plaisir à les narguer. D’ailleurs, au vue du nombre de fois où il leur a filé entre les doigts, on peut se demander s’il avait vraiment l’intention de dégommer le juge, ou simplement de jouer avec leurs nerfs.

Le clou de l’intrigue ? Le voyage en Italie ! Rien à voir avec une quelconque volonté de déécouvrir ce beau pays. Non, un seul mot d’ordre : il faut ramener Susie à la maison, au commissariat, sinon… Sinon le commissaire Eberhofer est privé de rester dehors, parce que son bureau est en rénovation/en train d’être désinfecté/rénové et désinfecté. La durée des travaux à caractère désinfectant ? Jusqu’au retour de Susie ! Jamais une date n’a été donnée de manière aussi précise par l’administration ! Le lecteur découvrira ainsi à quel point Susie manie le fer à repasser avec précision. Non, Eberhofer n’est pas parti tout seul en Italie, ils sont presque tous partis avec lui. La mission « il faut ramener Susie » est tout de même une mission très importante, non ? Le psychopathe ? A ce moment du récit, il a peu attendre un peu. Puis, il faut vraiment hiérarchiser ses priorités, et même si la vie du juge et celle de sa femme sont en jeu, le prisonnier semble, pour une fois, être loin. Puis (bis), franchement, quand un prisonnier s’évade, il devrait logiquement penser à partir le plus loin possible. Certains psychopathes manquent franchement de logique !

Il en est d’autres qui manquent de logique, mais ceci est une autre histoire, que j’espère bientôt traduite en français : une demi-douzaine d’autres volumes des enquêtes du commissaire Eberhofer sis à NiederKaltenkircher nous attend !

L’été des fleurs sauvages de Kathryn Taylor

édition l’Archipel – 336 pages

Présentation de l’éditeur :
Zoé fait face à une décision difficile : une opération chirurgicale à haut risque peut lui sauver la vie.
Sur un coup de tête, elle décide de retourner à Penderak, station balnéaire des Cornouailles où elle a passé, adolescente, les plus beaux étés de son existence – et connu un drame.
Quatorze ans ont passé. Pour la trentenaire encore célibataire, il est temps de lever le voile sur le cauchemar qu’elle a vécu. Et de revoir Jack, qu’elle n’a cessé d’aimer. De s’imaginer vivre à ses côtés.
Mais les ombres du passé peuvent resurgir à tout moment…

Merci aux éditions de l’Archipel et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

J’ai lu plusieurs romans « feel good », « romance » récemment, et celui-ci est mon préféré. Pourquoi ? Zoé, l’héroïne, est à un tournant de sa vie, un tournant qui n’est pas de son fait : elle doit subir une intervention chirurgicale lourde, et même si elle la subit le plus rapidement possible, des séquelles sont toujours possibles. Par expérience familiale, je note le soin et le réalisme avec lesquels la pathologie dont est atteinte Zoé est décrite, ainsi que ses conséquences possibles. Le ton est donné : la romance restera de bout en bout crédible.

Pour Zoé, le temps est compté, et pour elle, il est temps de savoir enfin ce qu’il est arrivé à son frère aîné, Chris, la nuit où il est mort. Accident ? Suicide ? Quatorze années ont beau avoir passé, la douleur est toujours là, moins fréquente, mais présente, et Zoé sait que c’est sans doute sa dernière chance pour savoir. Pour cela, elle retourne sur les lieux où elle a été heureuse, avant, sur les lieux aussi de son premier grand amour, qui s’est interrompu aussi avec la mort de Chris. La réussite professionnelle (après ses études, Zoé a pris la place qu’aurait dû occuper son frère dans la société familiale) et personnelle (elle est sur le point de se marier) n’ont pas comblé le vide laissé par Chris, doublé par l’incertitude. Oui, Zoé est allée de l’avant – pour ne pas dire qu’elle a fui en avant.

Vivre avec cette douleur, c’est ce qu’elle a fait, quatorze ans durant, presque comme si c’était un secret. Aussi va-t-elle continuer, un peu, en trouvant un moyen de retourner sur les lieux de son enfance. Le temps ne s’est pas arrêté non plus pour les personnes qu’elle a connues à cette époque. Rose, la soeur de Jack ? Elle est divorcée, elle élève sans le soutien de son ex-mari ses trois enfants, mais elle est très entourée par sa famille et elle a conservé des ambitions créatrices, qu’elle développe de son mieux, dans cette station balnéaire des Cournouailles où elle a toujours vécu. Et Jack ? Oui, il est le personnage attendu de toute romance, le grand amour qui revient. Comme pour sa soeur, comme pour Zoé, sa vie ne s’est pas arrêtée quatorze ans plus tôt : il a vécu au Canada, il n’a pas complètement accompli ses ambitions professionnelles, il s’est marié, a eu un enfant, a divorcé, et après la mort de son ex-femme, est revenu au pays avec son fils. Lui aussi a des choses à régler avec son passé. Oui, le retour de Zoé tombe à point.

J’ai aimé les personnages sympathiques, parce que pas manichéens qui composent ce roman. Ils ne sont pas lisses, leur trajectoire n’est pas fluide, ils vivent avec leurs erreurs, avec la nécessité d’assumer le quotidien, de prendre soin de ceux qui dépendent d’eux aussi – au sens large du terme. Il est des péripéties qui aboutissent à des changements, il en est d’autres qui se referment sur des impasses. Il est des parents qui pensent faire pour le mieux pour leurs enfants, pour préserver leur avenir – et qui se trompent aussi. Il est question des normes sociales, et de son contraire : la difficulté à assumer les différences, quelles qu’elles soient.

Ce roman est crédible parce que ce qui est arrivé aurait pu arriver à n’importe qui, sans exagération ni invraisemblances. Les thèmes qui parcourent ce roman sont des thèmes forts, certains très actuels, d’autres plus intemporels. S’il n’est pas trop tard pour infléchir le cours de sa vie, cette oeuvre nous rappelle que la vie est courte, et que c’est à nous d’en faire ce que nous voulons vraiment.

La justice de l’inconscient de Franck Tallis

Présentation de l’éditeur :

En ce début de XXe siècle à Vienne, où l’on peut croiser Freud, SchSnberg, Klimt et bien d’autres encore, les cafés sont le lieu de débats fiévreux. C’est dans cette atmosphère d’effervescence artistique et scientifique que Max Liebermann, jeune psychiatre et pianiste à ses heures, mène ses enquêtes avec son ami Oskar Rheinhardt, inspecteur et… chanteur lyrique amateur.
Et ils vont avoir fort à faire avec le cas de cette jeune et jolie médium retrouvée morte chez elle dans une pièce fermée de l’intérieur.
Une note griffonnée de ses mains laisse penser à un suicide. Pourtant, les indices déroutants s’accumulent : l’arme du crime, un pistolet, a disparu, et aucune trace de la balle n’est retrouvée durant l’autopsie…
Serait-ce l’intervention d’un esprit maléfique ?

Mon avis :

Le livre était dans ma PAL depuis au moins six ans. Je l’ai lu depuis deux mois, et c’est seulement maintenant que je prends le temps de rédiger mon avis – de mémoire, donc, comme je le fais souvent.
En le lisant, j’ai pensé à Sissi, à sa soeur Sophie, à toutes ces femmes nobles, riches, qui se sont retrouvées enfermées dans des asiles parce qu’elles étaient qualifiées d’hystériques – et il ne fallait pas grand chose pour être qualifiées ainsi. Oui, Sissi n’a pas été internée, mais sa soeur si, la soeur de sa belle-fille également.
Les jeunes filles, les femmes dont on nous décrit les symptômes dans ce roman sont-elles souffrantes ? Oui, certainement. Mais de quoi souffrent-elles ? Qu’expriment leur corps que leurs paroles ne peuvent exprimer ? Ils expriment les contraintes, les souffrances, les violences qu’elles ont subies. Elles sont coincées, parce que la déchéance est à craindre, pour elles, pour leurs enfants, parce que personne ne veut écouter ce qu’elles ont à dire, parce que la société donne toujours raison à l’homme contre la femme, forcément faible, forcément sujettes à inventer, à ne pas comprendre ce qui s’est passé. Il n’existe pas de solutions : les femmes sont toujours perdantes. Toujours.
La preuve : la victime est une femme. Une femme qui a essayé de survivre, de s’en sortir, avec les moyens qui étaient les siens. Max Liebermann croise d’autres femmes qui, elles aussi, veulent s’en sortir, et n’ont pas vraiment d’espoir. D’autres s’accommodent d’une vie faite de réceptions, de dîner, de goûter, de potins divers et variés. Celles-ci iront toujours bien, à moins d’être confrontées à des drames puisqu’elles s’accommodent d’une vie assez vide. Ce n’est pas le cas de Lydia, une jeune femme qui n’a pas reçu la même éducation que les autres, qui a des ambitions scientifiques, et qui doit lutter contre une société presque unanimement misogyne.
J’en oublie presque de vous parler de l’enquête, et pourtant, elle est là, et bien là. Oskar et Max ont bien l’intention de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé, et ils y arrivent. Plus que l’enquête, ce qui compte à mes yeux est l’exploration de cette société d’avant la première guerre mondiale, cette société où l’antisémitisme ne gène presque pas, où la thérapie par la parole n’en est qu’à ses premiers mots, où les militaires jouissent d’un très grand prestige.
Si j ‘ai manqué d’élan après la lecture pour écrire mon avis, j’ai enchaîné avec le tome 2.

Péril en mer d’Iroise de Jean-Luc Bannalec

Présentation de l’éditeur :

Périls et mystères en mer d’Iroise… Trois cadavres en trois lieux de crime, et le commissaire Dupin est sur le pont ! Le premier corps est retrouvé au petit matin dans un local à filets de la criée de Douarnenez ; la victime est une pêcheuse professionnelle. Sur l’île de Sein, le corps sans vie d’une jeune chercheuse spécialiste des dauphins gît dans le cimetière dit  » des cholériques « . Le troisième cadavre, enfin, sur la presqu’île de Crozon, est celui d’un professeur de biologie à la retraite, passionné d’histoire. Ces trois meurtres sont liés, cela ne fait aucun doute… Mais qui serait le coupable parmi les pêcheurs et les travailleurs de la mer ? Quel est le motif de ces crimes ?

Mon avis :

Un an que Claire, la compagne du commissaire Dupin, a pu le rejoindre en Bretagne. Un an, et pourtant, ils ne parviennent pas à se voir aussi souvent qu’il le désirerait. Ce sont des choses qui arrivent, surtout quand les deux compagnons ont des vies professionnelles très prenantes. Justement, le commissaire a un meurtre, suivi d’un deuxième puis qu’un troisième qui ont lieu, en une seule et même journée. Pour ne pas changer les mauvaises habitudes, le préfet met un peu de pression sur le commissaire.
Heureusement, le commissaire peut compter sur son équipe, même s’ils restent égaux à eux mêmes, efficaces, certes, mais passionnés. Dupin, lui, essaie de rester le plus rationnel possible, même si Le Ber lui raconte la légende de la cité d’Ys en long, en large, et en travers, et qu’il n’est pas le seul à relayer les légendes bretonnes. Comment parvenir à rester logique jusqu’au bout quand vous-même vous doutez des renseignements que vos sens vous envoient ?
J’anticipe, j’anticipe dans le déroulement de cette enquête qui traite de problèmes très contemporains (la pêche intensive, la contrebande) au coeur de la Bretagne. L’auteur aime cette région, cela se sent à ses nombreuses descriptions, riches et variées et il fait tout pour partager cet amour avec ses lecteurs. Il faut dire que le commissaire Dupin est particulièrement sympathique, tout comme Nolwenn, sa très dynamique collaboratrice.
A bientôt pour une prochaine enquête.

Celle qui racontait des histoires d’amour de Friedrich Christian Delius

 

Présentation de l’éditeur (extraits) : 

Marie, mère de famille et écrivain, s’échappe au bord de la mer du Nord et entreprend un voyage de cinq jours et un siècle à travers trois époques, trois guerres, trois histoires d’amour.

Merci à Netgalley et aux éditions Fayard pour ce partenariat.

Mon avis : 

Grâce à Marie, le personnage principal, la « voix » qui nous guide dans ce roman, nous faisons un voyage à travers le passé de l’Allemagne. Il est toujours intéressant, surprenant, de voir la guerre, la première et la seconde guerre mondiale, par ceux qui furent nos adversaires.
Marie parle peu d’elle, mais elle fixe son désir d’écrire, au milieu de personnes qui ne le comprennent pas vraiment, parce qu’il s’agit du passé, parce qu’il s’agit d’histoires d’amour qui ne regardent, selon son frère et son mari, personne. Marie fait tout de même état de sa pauvreté relative, elle qui dut, pour subvenir aux besoins de sa famille, accomplir un travail alimentaire dont elle est maintenant, âge des enfants oblige, libérée, ce qui lui permet enfin de donner libre court à son désir de raconter ces trois histoires d’amour hors norme qui touche à sa famille.
Elle est issue d’une famille dans laquelle il a toujours été inculqué aux enfants de réprimer leurs émotions. « Ravaler ses larmes » est un leitmotiv. Quels résultats ? Les parents sont comme des inconnus pour leurs enfants, par leur destin qui défie la norme. Du coup, Marie s’évade en se tournant vers ces amours passées, y compris celui de ses aristocratiques parents, qui s’unirent de façon très réglementaire. Elle avait été fiancé au frère aîné, décédé. Les morts étaient nombreuses en tant de guerre, elles étaient accueillies avec stoïcisme, semble-t-il. Il faut dire que les allemands étaient sûrs de la victoire – ou cherchaient déjà des responsables à la défaite.
Ecrire pour montrer les émotion masquées, qui conduisirent ce père, dont les enfants se préparent à fêter l’anniversaire, à être victime d’un stress post-traumatique et le firent quitter le service de l’empereur pour le service de Dieu.
Le périple de Marie, ces différentes découvertes, sont aussi le moyen pour elle de définir ce qu’elle désire pour les années à venir. On peut aimer, et choisir de ne pas vivre, de ne plus vivre cet amour. On peut aussi fermer les yeux sur certaines choses, pour le vivre.
Celle qui racontait des histoires d’amour est un roman d’amour contemporain et historique.

Sous son toit de Nicole Neubauer

 

Résumé :
Il a du sang sur les mains. Il ne se souvient de rien.
Quand l’avocate Rose Benninghoff est retrouvée morte dans son appartement à Munich, la gorge tranchée, le commissaire Waechter semble tenir le coupable idéal : Oliver Baptiste Junior. Le garçon de quatorze ans était tapi dans le sous-sol de l’immeuble, les mains couvertes de sang. Manifestement battu par son père, un homme que la victime avait fréquenté, Oliver prétend n’avoir aucun souvenir de la soirée qui a précédé le crime.
Par ce rude hiver, le plus froid depuis des années, le commissaire Waechter et son équipe organisent une redoutable chasse à l’homme pour démasquer le meurtrier. Mais le mystère qui entoure Rose, secrète et insaisissable, les ralentit autant que la neige qui recouvre la ville…

Merci à Netgalley et aux éditions Robert Laffont pour ce partenariat.

Mon avis :

Je vous donne en mille pourquoi j’ai sollicité ce partenariat : le nom du commissaire. Si, si. Sont venus ensuite l’éditeur et la collection, que j’apprécie beaucoup (lire Claire Favan, Alexis Aubenque ou Amy Gentry). J’ai laissé mûrir mon avis, parce qu’il n’était pas si facile que cela à rédiger.
Ce que j’ai aimé ? Les enquêteurs, qui sortent de la norme des romans policiers. Ils ne sont pas alcooliques/divorcés/traînant leur solitude et leur mal de vivre dans les bars ou ailleurs, mettant en danger l’enquête. Non, ils sont presque banals. Mention spéciale pour Ellie, remplie de peps et de détermination, plus que son collègue Hannes. A sa décharge, il faut dire que sa vie privée n’est pas simple mais s’inscrit bien dans notre époque.
J’ai aimé aussi les thèmes, forts, qui étaient développés. La justice, ou plutôt la manière dont elle est rendue, est au coeur de ce roman, de même que le sort réservé aux plus vulnérables, et la manière dont ils peuvent se remettre de ce qu’ils ont subi.
Ce que j’ai moins aimé, ce sont les zones d’ombre de l’enquête. J’ai beau avoir relu certains passages, j’ai eu l’impression que tout n’était pas complètement éclairci. Trop d’attente avait été crée pour ne pas être satisfaite. Oui, nous avons un suspect, un suspect-victime puisque les enquêteurs se demandent, tout de même, comment il est arrivé dans un état pareil – à croire que, plus les parents ont le bras long, plus les services sociaux ferment les yeux, l’argent assurant une parfaite protection et une excellente éducation. Olivier Baptiste Junior est quasiment le seul suspect, et l’essentiel de l’enquête tient plus à savoir comment ils parviendront à l’interroger qu’à l’enquête en elle-même.
Sous mon toit est une lecture en demi-teinte. J’espère que le prochain roman de cette série me laissera moins sur ma faim.