Un traitre à Kensington Palace d’Anne Perry

édition 10/18 – 384 pages

Présentation de l’éditeur :

Londres, 1899. Tandis que son règne touche à sa fin, la reine Victoria veut s’assurer que son héritier, le prince de Galles, mène une existence irréprochable. Elle charge son confident John Halbert d’enquêter sur l’entourage du Prince, en particulier le riche Alan Kendrick, flambeur et séducteur impénitent. Mais lorsque le corps de John est retrouvé flottant dans une barque sur la Serpentine, la Reine n’a d’autre choix que de convoquer Thomas Pitt à Buckingham Palace pour lui confier une mission secrète : enquêter sur les circonstances douteuses de cette mort que tout le monde croit accidentelle.

Mon avis :

Le livre m’a été offert par une amie. C’était la première enquête de Pitt qu’elle lisait, c’est aussi sa dernière puisque, dans le tome suivant, c’est son fils Daniel qui est le personnage principal. Elle m’avait dit en me le donnant : « je ne te raconte pas la fin, mais tu verras, elle est bien ». Je confirme, elle est bien, et elle clôture avec émotion les trente-deux enquêtes de Thomas et Charlotte Pitt – ne pas oublier le « et ».

Nous sommes en 1899 : la reine Victoria est fatiguée. Elle a perdu deux de ses enfants (Alice et Léopold), elle est veuve, et le poids du royaume, de l’empire pèse sur elle. Surtout, elle est inquiète pour son fils aîné, le futur roi, dont la vie n’a pas été de tout repos – femme, femme, et encore femme, mais pas la sienne. Aussi, elle est très inquiète pour lui, elle craint qu’il soit mal entouré, que des personnes profitent de lui. Elle sait l’empire fragile. Aussi demande-t-elle au chef de la Special Branch d’enquêter, sur un proche de son fils, Alan Kendrick, mais aussi sur la mort de la personne qu’elle avait déjà chargé d’enquêter sur Kendrick. Le titre anglais (Murder on the Serpentine) était à mon sens plus évocateur – en français, on sait d’entrée de jeu que l’on trouvera un traitre, et l’on se doute un tout petit peu de qui il s’agit. Pitt, lui, est seul, quasiment. Certes, il peut compter sur son adjoint de longue date, mais il ne peut s’appuyer ni sur Narraway, ni sur Vespasia, qui sont tous les deux en voyage en Europe. Il aurait bien besoin de l’expérience du terrain de l’un, des contacts mondains de l’autre. Surtout, il découvre profondément l’envers du renseignement dans cette enquête – ou comment il faut parfois se servir de renseignements que l’on possède sur quelqu’un pour obtenir ce qui est nécessaire à sa propre enquête, à la sûreté du pays. Oui, Pitt s’interroge toujours sur la nécessité d’utiliser ses renseignements, sur le fait que, lui aussi, ses enfants pourraient, s’il n’y prenait garde, devenir à son tour une cible.

Plus que protéger le prince héritier, qui sera bientôt son roi, il s’agit pour Thomas Pitt d’empêcher une nouvelle guerre avec les Boers, épisode qu’en France nous connaissons peu, voire pas du tout. Pourtant, le souvenir en Angleterre est encore vif en 1899 (elle s’est terminée 18 ans plus tôt) et la seconde guerre ne tardera pas à éclater – et elle fut atroce, et pas seulement pour le camp anglais dont nous suivons le point de vue. Les enjeux ? Économiques, comme toujours. Ne changeons pas un motif de guerre qui a fait ses preuves.

J’ai insisté plus haut sur le « et » : déjà vingt ans que Charlotte et Thomas sont mariés, et Thomas, comme Charlotte, regrettent qu’ils ne leur soient plus possibles d’enquêter ensemble. Thomas se doit de garder le secret, et ce n’est pas facile pour lui, et ce n’est pas sans créer des tensions, aussi. Il se pose aussi la question du vieillissement, moins pour Charlotte que pour sa soeur Emily, pour des femmes du monde qui ont du mal à accepter de ne plus être aussi séduisantes, attirantes, charmantes, de perdre, finalement, leur place au milieu des mondanités.  Ces même femmes ont soif de liberté et se réunissent dans le but d’obtenir elles aussi des changements. Pourquoi pas le droit de vote ? Oui, pourquoi pas – et le club de compter un nouveau membre en la personne de Charlotte, qui dit ce qu’elle a à dire, et n’hésite pas à soutenir celle(s) qui en a besoin – la calomnie n’épargne personne. Il est difficile de lui résister, comme le verra Thomas au cours de sa propre enquête.

Une belle conclusion pour trente-deux enquêtes.

6 réflexions sur “Un traitre à Kensington Palace d’Anne Perry

  1. Je devrais mettre à jour mes dernières lectures de leurs enquêtes, je dois recommencer avec « la disparue d’Angel court ». Bon, j’espère que tout se termine bien pour notre couple préféré…

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