Archive | 30 août 2020

Qui sème le vent de M.C. Beaton

édition Albin Michel – 230 pages

Présentation de l’éditeur :

Persuadée qu’on cherche à la tuer, la riche Jane Wetherby demande à Hamish Macbeth de jouer les gardes du corps en l’accompagnant dans son Spa sur l’île d’Eileencraig, au large de l’Ecosse, avec un petit groupe d’amis.
Dès son arrivée, un mauvais pressentiment chatouille notre flegmatique policier : les habitants sont menaçants et les invités de Jane à peine polis. Et, lorsque Heather, la plus snob d’entre eux, est retrouvée, le cou brisé, au bord d’une falaise, ses craintes se confirment. Sur cette île inhospitalière où les événements étranges ne manquent pas, Hamish va devoir jouer les fins limiers pour retrouver le coupable..

Mon avis :

C’est quasiment la fin du monde pour Hamish ! Il est malade, complètement malade, au point de se contenter de donner des croquettes à son chien, pas plus – par contre, il a encore la force de se lamenter sur son sort, sur sa famille, ses amis, qui ne prennent pas de ses nouvelles ! Forcément, ils ne savent pas qu’il est malade, et ne savent pas qu’il est à l’agonie (ou presque). Heureusement, Priscilla, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis que le château familial a été transformé en hôtel et qu’elle travaille avec acharnement pour que tout aille bien – le colonel se contente de mettre les pieds sous la table et de froisser ses hôtes – arrive chez lui pour lui demander un service : on veut tuer une de ses amies ! Hamish étant seul et abandonné à Noël (décidément, rien ne va pour lui) il accepte.

Il prend alors la direction de l’île d’Eileencraig, accompagnant Jane, et rencontrant les amis qu’elle a invités pour les fêtes de Noël. S’il sympathise rapidement avec Harriet, autrice de livres de cuisine, il se rend vite compte que Heather est totalement insupportable : si elle n’existait pas, il ne faudrait surtout pas l’inventer ! Plus que l’intrigue policière, c’est vraiment le côté psychologique qui est intéressant. Nous avons des personnes, toutes relativement aisées, qui cherchent à donner un sens à leur vie. Jane a usé et abusé des articles de magazines féminins, ceux qui donnent des conseils type « comment rester ami avec son ex » ou « comment séduire à tous les coups » – j’en passe et des pires. Heather, elle, veut régenter la vie de tous, ayant des idées strictes sur à peu près tout, de la littérature à l’écologie, et il faut un Hamish Macbeth pour lui tenir tête, enfin. Avoir des convictions, c’est bien, les appliquer dans sa vie, c’est formidable, pourrir celles des autres, cela l’est nettement moins, et montre un déséquilibre du point de vue de son engagement, surtout quand on voit qu’elle copie Jane en tout point. Chacun semble, finalement, chercher sa personnalité.

Un meurtre va-t-il survenir ? Oui, un seul. Le tout est de faire comprendre aux policiers que c’en est bien un, problème qu’Hamish rencontre dans presque toutes ses enquêtes. C’est Noël, c’est le jour de l’An, alors personne n’a envie d’enquêter, sauf Hamish qui est officiellement en vacances. Il faudra toute sa persévérance, et le soutien d’Harriet, autrice de livres de cuisine qui ne laisse pas Hamish indifférent pour parvenir à arrêter le/la coupable – je ne vais tout même pas dévoiler son identité. Même si le lien n’apparaîtra qu’à la toute fin de l’intrigue, il est question du monde de l’édition, de la capacité à « vendre » un livre et à en toucher le plus possible. Il ne s’agit pas de savoir si le livre est de qualité, ou pas, il s’agit que ce livre soit vendeur.

Plus qu’une histoire policière, c’est aussi une histoire sociale que nous compte M.C. Beaton. Ainsi quand le résumé d’une romance est déroulé sous les yeux ébahis d’Hamish, romance dans laquelle l’héroïne finit par tomber amoureuse de son tortionnaire, Harriet pense ce n’est pas normal – et il ne l’est pas non plus de publier ce genre de livres, qui « normalise » la violence, et donne de sacrés modèles aux jeunes femmes. Dans un autre registre, quand il est dit « Honnêtement, Jane, vous êtes en train de devenir comme ces gens qui se vantent de leur franchise alors qu’ils ne font que piétiner la sensibilité d’autrui », l’autrice, par la bouche de ce personnage sympathique, nous rappelle qu’il est facile de se valoriser, sans penser à la sensibilité d’autrui.

Encore une très bonne et très divertissante enquête à lire.