Archive | 25 août 2020

Twisted tree de Kent Meyers

Présentation de l’éditeur :

Twisted Tree, dans le Dakota du Sud, a tout de la petite ville silencieuse, au coeur de la nature sauvage qui s’étend à perte de vue. Mais l’infinie solitude des grands espaces rend chacun prisonnier de ses obsessions : sur l’autoroute 1-90, un tueur en série assassine la jeune Hayley Jo. Dans un troublant jeu d’écho, les âmes tourmentées des habitants se racontent alors tour à tour, dévoilant les minuscules tragédies de cette communauté du Midwest. De Sophie Lawrence, qui fait mine de s’occuper de son beau-père invalide pour mieux se venger de lui, à Shane, qui se recrée une vie au fil des lettres adressées à sa mère, douze voix se font entendre, comme autant de pièces décisives pour reconstituer le puzzle complexe des relations humaines.

Mon avis :

Le Dakota du Sud fait partie de ses états dont on parle peu, qui est le sujet de peu de romans – du moins, de peu de romans traduits en français. Chacun des chapitres de ce livre est consacré à un personnage. Il ne s’agit pas de nouvelles, non, il s’agit plutôt de morceaux d’un puzzle qui, une fois tous lus et assemblés, créer un portrait d’une communauté, des éléments dévoilés dans un chapitre éclairant des faits racontés dans un autre chapitre.

Au coeur de l’intrigue se trouve Hayley Jo Zimmermann. Elle est morte, assassinée par le tueur en série de l’autoroute 1-90. Il l’a choisi parce qu’elle est anorexique. Au cours du premier chapitre, nous découvrons comment il choisit ses proies, comment il les isole peu à peu, perfectionnant sa technique à chaque fois. Son scénario est tellement bien rodé qu’il ne supporte pas quand une de ses victimes change le texte qu’il avait prévu pour elle. L’anorexie est une maladie terrible et, malheureusement, il existe des sites pro-ana, ceux qui soutiennent les anorexiques en les confortant dans leur maladie. Problème, pour Hayley Jo : il y a ceux qui ne savaient pas, et on ne peut pas le leur reprocher, et il y a ceux qui savaient, et n’ont rien dit. Hayley Jo était donc seule, totalement seule, à l’exception des personnes qu’elle côtoyait sur le forum, et qui ne pouvaient pas l’aider.

Quelles sont donc ces personnes qui vivent à Twisted Tree et qui vont devoir survivre à l’assassinat de la jeune fille ? Nous avons les parents d’Hayley, bien sûr que nous croisons de loin en loin. Nous avons Angela Morrisson, mère de la meilleure amie d’Hayley Jo, Laura. Nous la découvrons jeune mariée, jeune mariée qui a failli ne pas se marier, et qui ne s’est mariée, finalement, que parce qu’elle n’a pas osée, soutenue par personne, faire marche arrière. Elle ne s’y fait pas, elle ne parvenait pas à vivre dans cette ferme éloignée de tout, ferme où elle ne faisait pas grand chose non plus, regardant la télévision ou attendant le retour de son mari, qui communique peu avec elle, ou imparfaitement, d’où leur incompréhension mutuelle. Nous découvrons Sophie, qui a un passé complexe et prend soin de son beau-père, ou plutôt se venge de lui, nous découvrons qui connaît tous les habitants de la ville, qui scanne leurs courses jour après jour et en déduit ainsi leur situation, leurs états d’âme.

Dis ainsi, le roman pourrait passer pour uniquement réaliste. Il nous entraîne aussi sur la voie des légendes indiennes, du passé de la ville, d’événements déjà sanglants qui nimbent le récit d’un halo pourpre. Oui, il peut se passer des événements atroces dans une toute petite ville, et l’enquêteur n’a pas vraiment envie d’approfondir certains faits – surtout quand le coupable ne fait aucun doute, tout en laissant tout de même derrière lui suffisamment d’énigmes pour écrire un roman à lui tout seul. Et les serpents ! Nous les retrouvons d’un chapitre à l’autre, non seulement parce qu’ils font partie des animaux sauvages dans cet Etat, mais encore parce qu’ils apparaissent comme une anormalité, presque des créatures légendaires qui auraient investi les lieux – à chacun de déterminer ce qu’ils pourraient symboliser, dans un contexte où la religion tient une place importante. Prenons le personnage de Caleb, ancien prêtre redevenu éleveur, qui lui aussi se souvient très bien d’Hayley Jo, et se retrouve à exercer à nouveau, bien malgré lui – parce que tout le monde, finalement, peut apporter du réconfort à quelqu’un qui en a besoin.

S’il est un chapitre que j’ai beaucoup aimé, c’est le tout dernier. Ce n’est pas parce que l’on saura ce qu’il est advenu du tueur, c’est parce que le dernier chapitre est rempli d’humour et est un bel hymne à l’amitié.