Archive | 23 août 2020

Les lettres d’Esther de Cécile Pivot

Présentation de l’éditeur :

« Cet atelier était leur bouée de sauvetage. Il allait les sauver de l’incompréhension d’un deuil qu’ils ne faisaient pas, d’une vie à l’arrêt, d’un amour mis à mal. Quand j’en ai pris conscience, il était trop tard, j’étais déjà plongée dans l’intimité et l’histoire de chacun d’eux. »

En souvenir de son père, Esther, une libraire du nord de la France, ouvre un atelier d’écriture épistolaire. Ses cinq élèves composent un équipage hétéroclite :
une vieille dame isolée, un couple confronté à une sévère dépression post-partum, un homme d’affaires en quête de sens et un adolescent perdu.
À travers leurs lettres, des liens se nouent, des coeurs s’ouvrent. L’exercice littéraire se transforme peu à peu en une leçon de vie dont tous les participants
sortiront transformés.

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Netgalley pour ce partenariat.

Préambule :

J’ai voulu lire ce livre à cause de son titre : Esther est le prénom de deux sœurs (mes arrière-grandes-tantes). Oui, elles vécurent toutes les deux (elles se sont mariées, elles ont encore des descendants à ce jour) et je n’ai pas d’explication logique au fait qu’elles portèrent tous deux ce prénom (Marie-Esther et Esther, pour être juste) pas même l’existence d’une grand-mère ou arrière-grand-mère à qui rendre hommage. Les trois autres soeurs se prénommaient Aimée Eléonore, Françoise Caroline et Eugénie Caroline.

Mon avis :

Le sujet du livre, la manière dont il est rédigé peuvent presque paraître désuets : cinq personnes participent à un atelier d’écriture épistolaire. Surtout, nous lirons leurs lettres et si Esther leur donne des conseils pour améliorer leur style, si elle leur donne des exercices d’écriture à faire, c’est avant tout le contenu de leurs écrits qui comptent, et pas la recherche d’effets d’écriture artificiels.

Autant le dire tout de suite : le genre épistolaire n’est vraiment pas mon genre de prédilection, à la suite de rencontres littéraires ratées. La rencontre a été ici réussie, due en partie à la personnalité des cinq épistoliers. Nicolas, Juliette, Jeanne, Samuel, Jean. Cinq personnes, cinq volontaires qui vont correspondre, qui vont se choisir sans se connaître réellement, sauf Nicolas et Juliette, qui s’écrivent, sur le conseil du médecin qui suit Juliette. Il est des choses qu’il est plus facile de dire par écrit, ne serait-ce que parce qu’on a le temps de mûrir ce que l’on va écrire, de réfléchir aux mots que l’on emploie, de ne pas répondre au tac au tac, de prendre aussi le temps de lire la lettre de son correspondant, de la relire – sans s’enflammer, parfois. Je pense au personnage de Jean, le quinquagénaire qui a réussi professionnellement, ne s’est pas vraiment donné la peine de réussir sa vie de couple, sa vie de père, et l’assume avec un certain cynisme, sans crainte du jugement d’autrui. Nicolas se lâche lui aussi avec Jean, ose les formules directes – les figures de style, ce n’est pas pour lui. Nicolas, marié à Juliette, qui souffre de dépression post-partum et ne parvient plus à communiquer avec lui, à s’occuper de sa fille. Il fait de son mieux, mais rien n’est facile, même si de nos jours cette maladie est mieux prise en compte (pendant que je rédige le brouillon, je regarde une série dans laquelle un médecin dit à sa patiente que sa dépression post-partum « va passer tout seul, vous allez voir ») bien que la prise en charge reste imparfaite, comme le prouve la réaction de son médecin généraliste. Avec ce couple, nous abordons le thème de la filiation, de la transmission, et si ce n’est pas simple pour eux, ce n’est pas facile non plus pour les autres participants. Si Esther a conçu cet atelier d’écriture, c’est en mémoire de son père avec lequel elle a correspondu jusqu’à sa mort, Jeanne n’a presque plus de contact avec sa fille unique Aurélie. Samuel a perdu son frère, et depuis, il se cherche, il cherche sa place dans sa famille, digne mais dévastée. Se confier est-il plus facile quand on ne connaît pas la personne ? Parfois oui, parfois non – réponse de normande. Il pourrait sembler plus facile de se confier à quelqu’un du même sexe, de la même génération, et pourtant Jeanne et Samuel vont développer un des plus beaux échanges du roman, parce qu’ils doivent réinventer leur vie, parce qu’ils ont une préoccupation commune – l’avenir de la planète, et comment l’homme peut influer sur lui – parce que la re-naissance peut être au bout du chemin épistolaire. N’hésitez pas à lire et relire l’ultime lettre de ce récit.