Archive | 19 août 2020

Marie-Antoinette de Stefan Zweig

édition Le livre de poche – 506 pages

Ma présentation du livre :

Ce livre a été publié en 1932 pour l’édition allemande, en 1933 en France, traduction à mes yeux assez rapide pour un livre fondateur : Stefan Zweig a eu accès, le premier, à la correspondance d’Axel de Fersen, il a pu consulter les archives de l’empire autrichien.

Mon avis  :

Lecture à contre-courant, puisque j’ai lu ce livre alors que la rentrée littéraire 2020 battait son plein – et je publie mon avis le jour officiel du début de cette fameuse rentrée littéraire. Il est deux figures historiques sur lesquelles je lis à peu près tout ce que je trouve, sur lesquelles je regarde tous les documentaires (rares, il est vrai) qui passent à la télévision – sans oublier les expositions : Elisabeth d’Autriche dite Sissi, et Marie-Antoinette, deux femmes autrichiennes. J’ai lu plusieurs biographies de Marie-Antoinette, de Louis XVI et c’est d’elles que je tiens une certaine prise de distance avec ce genre littéraire (et la lecture d’autres biographies sur d’autres personnages historiques ont conforté mon point de vue) : trop souvent, l’auteur/l’autrice prend fait et cause pour la personne dont il rédige la biographie, cherche tout ce qui peut le valoriser, et dévaloriser les autres. Que n’ai-je lu sur Marie-Antoinette, les souffrances qu’elle affligea à Louis XVI, sur Mesdames, filles de Louis XV, qui souffrirent extrêmement de l’animosité de la Dauphine, bref, sur toutes les souffrances dont la reine fut responsable. Pour faire court : pour rendre une personne meilleure, on rend les autres pire. Heureusement, il existe des auteurs qui font véritablement leur travail, et qui nous apprennent véritablement qui était la personne dont ils écrivent la biographie.

Oui, en lisant Marie-Antoinette de Stefan Zweig, j’ai appris des choses sur Marie-Antoinette que j’ignorai, en dépit de tout ce que j’avais déjà lu sur elle. Déjà, Stefan Zweig est le premier à parler d’Axel de Fersen, personnage qui est au cœur de tous les romans et mangas mettant en scène Marie-Antoinette (je pense au très célèbre Rose de Versailles). Il parle de lui comme de l’homme aimé et amoureux de Marie-Antoinette, non comme d’un être immonde qui l’aurait abandonné (il suffit de se fier aux faits historiques pour s’en rendre compte). Les faits, rien que les faits, ils suffisent à bâtir un portrait de la reine, du roi, sans les embellir, sans les dévaloriser non plus, cherchant toujours à être au plus près, au plus juste de ce qui s’est passé, n’essayant pas non plus de voir des signes funestes là où à l’époque, personne n’avait rien vu, mais disant bien que, sachant ce que l’on sait après coup, l’on ne peut qu’être étonné de certaines formulations. Ainsi, Marie-Thérèse ne cesse d’avertir sa fille, de lui demander de changer de comportement, bref, de craindre pour elle. Joseph, son frère, dont le voyage en France permettra enfin à la vie de couple de Marie-Antoinette de véritablement commencer, l’avertira également. Il est de bon ton aujourd’hui de dire que Marie-Antoinette défia les conventions, qu’elle fut une femme libre. Certes. Elle fut aussi extrêmement dépensière. Une icône de la mode ? Oui, et Stefan Zweig, si le terme n’est pas véritablement dans le lexique des années 30, montre à quel point la vie de Marie-Antoinette tourne autour de la mode : robe, bijoux, coiffure sont les trois domaines qui occupent le plus ses journées. A de très rares exceptions près, Marie-Antoinette ne s’intéressait guère à la culture – et Zweig de ne quasiment pas parler d’Elisabeth Vigée-Lebrun. Pour lui, les portraits qu’elle a fait de la reine ne sont pas ceux qui la montrent véritablement, alors que Marie-Antoinette se reconnaissait parfaitement dans ce que madame Vigée-Lebrun, une des très rares femmes peintres de son époque, une des rares artistes que la reine protégea. Oui, l’on peut estimer que je chipote un peu, surtout que Zweig, constamment, répond à de futurs détracteurs, justifiant chaque fait qu’il avance, chaque point de vue qu’il partage. Il cite les correspondances auxquelles il a eu accès, donnant ainsi à voir, à lire, ce qu’était Marie-Antoinette, mais aussi ce qu’étaient ses correspondants. Il ne minimise pas non plus la bravoure ou la lâcheté de ceux qui l’entouraient, ou, pour dire un défaut généralisé, l’incapacité à prendre des décisions fortes. Et il ne s’agit pas seulement de jugements après coup  : Louis XVI n’était pas Louis XIV, il n’était pas non plus Louis XIII et il n’a pas su, pu, voulu avoir près de lui un ministre capable d’agir, de gouverner en somme. Etre un brave homme n’était pas suffisant.

Il est deux raisons de lire ce livre : lire la meilleure biographie de Marie-Antoinette qui existe, et lire une oeuvre de Stefan Zweig. Une seule suffit largement.