Archive | 9 août 2020

Le club des policiers yiddish de Michael Chabon

Présentation de l’éditeur :
Le district de Sitka, en Alaska, est le nouvel Israël. Y vivent deux millions de Juifs parlant le yiddish. L inspecteur Meyer Landsman, de la brigade des homicides, est chargé de faire régner la paix dans cette communauté désobéissante et encline aux mystères. Ainsi, dans un hôtel minable, Landsman découvre un junkie assassiné qui s avère être le fils du plus puissant rabbin de Sitka, le chef des verbovers, des Juifs ultra-orthodoxes. Des ordres venant de l étranger exigent la clôture de l enquête mais Landsman s obstine : ce mort lui plaît et il refuse de laisser son assassinat impuni… Le rabbin aurait-il commandité le meurtre de son fils ? Dans quel but ? Et quels liens entretient la communauté verbover avec d étranges commandos parlant hébreu ?
Mon avis :
Il m’a fallu deux cents pages pour rentrer dans ce roman – sur 541. Autant vous dire que, pour l’apprécier, ce n’est pas, mais alors, pas du tout gagné. Disons que ce livre n’est pas tout à fait mon genre. Je n’ai rien contre l’Alaska, je n’ai rien contre les romans policiers qui s’y déroulent, je ne suis pas très fan d’uchronie et je ne connais quasiment rien à la culture juive. Aussi, suis-je totalement passée à côté des différentes communautés qui vont et viennent dans ce roman, de leur croyance, de leurs superstitions, de leur attente du Messie ou de leur volonté de conquérir Israël. Oui, nous sommes dans une uchronie, et après les échecs survenus en 1948, les juifs vivent dans une colonie en Alaska. Hélas ! Cette colonie n’a qu’un temps, et il est fortement question d’une rétrocession. La police des lieux sait que leur temps est compté – deux mois, pour résoudre toutes les affaires en cours, dont la toute dernière, la douzième, qui concerne l’assassinat d’un junkie dans l’hôtel où vit, depuis son divorce, l’inspecteur Meyer Landsman. Dire qu’il se laisse aller, tout au désordre de sa vie, est une manière d’évoquer pudiquement sa déprime chronique. Et quand cette affaire se retrouve close par sa supérieure hiérarchique, qui se trouve être son ex-femme, il n’a pas l’intention de se laisser faire. Oui, enquêter sans arme, sans plaque, en quasi solitaire – il ne veut pas entraîner Berko son cousin et collègue, marié, deux enfants, bientôt trois, et heureux dans sa vie personnelle, dans sa disgrâce. Si ce n’est que tous les deux ont des choses à régler avec leur passé : le père de Meyer s’est suicidé, celui de Berko est bien présent, ancien agent très manipulateur, qui a eu un enfant – Berko donc – avec une jeune indienne, morte lors d’émeutes fomentées par des verbovers. J’écris ceci en essayant d’être la plus claire et concise possible, face à une culture que je ne maîtrise pas du tout, à des termes qui m’ont souvent forcée à utiliser le lexique inclus en fin de volume, à lire des scènes, aussi, qui sont totalement étrangères à ma mentalité. Si j’avais un fils, je ne le renierai pas s’il était gay. Je n’ai aucun souci à fréquenter des femmes qui préfèrent les femmes – et je trouve d’ailleurs terriblement réducteur de réduire une personne à ses préférences amoureuses.
Coups bas, violence, complot, attentat. Volonté de faire taire ceux que l’on soupçonne d’en trop savoir, et de le regretter, parfois, après – comme si les regrets pouvaient rendre la vie à une personne. Meyer et Berko découvriront des faits qui les bouleverseront et leur feront prendre des décisions radicales mais justifiées. Il est fort heureusement des personnages positifs, comme la femme de Berko, ou Bina, l’ex-femme de Meyer, sans illusion sur elle-même, mais confiante en les capacités de Meyer d’aller au bout des choses, lui qui est aussi sans illusion sur les extrémistes de tout bord.
A lire si vous aimez les échecs (moi non) et les uchronie policières.