Archive | 1 août 2020

Ce que j’ai oublié de te dire de Joyce Carol Oates

édition Le livre de poche – 336 pages

Présentation de l’éditeur :

C’est la dernière année de lycée pour Merissa et Nadia. Les deux filles ont plus que jamais besoin de leur meilleure amie, la singulière, l’étrange et abrupte Tink qui s’est suicidée six mois plus tôt. Chacune est seule avec des secrets qu’elles ne pouvaient partager qu’avec Tink. Des secrets inavouables qui ont mis en péril leur amitié, mais qui les ont également mises en danger. Tink aussi avait un secret, un secret très lourd mais jamais elle ne leur a confié son tourment… Comment continuer à vivre avec ses silences quand la seule personne qui vous comprenait est morte ?

Mon avis :

Trois cents pages, trois points de vue, celui de trois adolescentes qui auraient tout pour être heureuses, et qui pourtant, ne le sont pas. Merissa, c’est la fille à qui tout réussit, et qui pourtant cache une vie de famille qui se déglingue jour après jour. Il est nécessaire pour elle, toujours, de faire bonne figure, au lycée, à la maison. Lâcher prise ? Impossible. Se laisser aller ? Impossible. Alors elle a trouvé un moyen pour tenir. Non, pas la drogue, pas l’alcool : l’auto-mutilation. Ses parents sont trop occupés par leur propre souci (sa mère) ou leur vie personnelle (son père) pour se rendre compte de quoi que ce soir. Pas dupe, Mérissa décrypte bien la réalité que cache le langage tout fait de son père. Mérissa est la fille parfaite au lycée, et pourtant, elle est loin d’être la pimbêche inaccessible que d’autres ne se priveraient pas d’être, et elle le prouvera en agissant au cours de cette dernière année de lycée, particulièrement marquante.

Nadia, elle, c’est la fille qui n’a pas vraiment un physique de rêve, contrairement à sa belle-mère. Ni elle ni son père ne se préoccupe d’elle. Comme Mérissa, elle a des secrets, et elle sera amenée à faire face, au milieu de son extraordinaire solitude.

Puis, il y a Tink. Au début du récit, elle est déjà morte. Elle aura pourtant fortement marqué de son emprunte ses camarades de classe, par sa personnalité hors-norme, par son refus des convenances scolaires – et peu importe son passé d’enfant star, peu importe la profession de sa mère. Elle bouscule tout sur son passage, n’ayant strictement rien à faire des codes, des règles. Comme si elle n’avait strictement rien à perdre, aucun moule dans lequel rentrer, aucun code auquel se conformer.

Oui, la vie de Mérissa et de Nadia a été bouleversée. Surtout, elles ont, toutes les deux, eu la force, chacune à leur manière, d’aller de l’avant, de dépasser ce qui leur arrivait. Joyce Carol Oates, une autrice que j’apprécie énormément, dresse un portrait tout en finesse de ses adolescentes livrées à elles-mêmes, ces petites filles riches qui vivent leur vie avec le regard des autres braquées sur elles, et qui doivent faire avec. Il faut une grande force de caractère pour aller de l’avant, et les héroïnes de Joyce Carol Oates l’ont.