Archive | 29 août 2020

Flashpoint de Mainak Dhar

édition Actes Sud – 414 pages.

Présentation de l’éditeur :

Scénario catastrophe d’une guerre située en 2009 mais parfaitement possible dès demain, Flashpoint est basé sur les réalités de la région mise en cause, qu’elles soient diplomatiques, militaires, stratégiques ou religieuses. Depuis longtemps, imagine l’auteur, les Pakistanais ont infiltré au compte goutte des moudjahidin au-delà d’une frontière contestée. Le chef de l’État pakistanais, à la fois stimulé et pris en otage par les intégristes, va lancer les premiers attentats suicide dans les grandes villes d’Inde. L’armée indienne a du mal à s’imposer dans les montagnes mais tente de réagir en lançant des offensives terrestres dans le désert de Thar. Des escarmouches aux vraies batailles rangées, dans un conflit fait de technologies avancées qui se jouent sur écrans radars en mortels ballets aériens, aussi bien que de combats à l’arme blanche dans le silence de la nuit, le tableau tragique est complet. La mèche nucléaire a commencé à brûler.

Mon avis :

C’est le seul roman policier indien sur lequel j’ai réussi à mettre la main (en ayant déjà lu auparavant une bonne demi-douzaine) et si je devais le classer, je le mettrai dans la catégorie « thriller politique ». Le roman a été écrit en 2006, et situe l’action en 2009 – c’est donc aussi un « roman d’anticipation » au moment de sa parution. L’action se passe en Inde et au Pakistan, et l’on se repère avec les différents lieux, les différents personnages de manière aisée, grâce à la construction soignée de ce roman. Au Pakistan, le chef de l’état souhaite frapper un grand coup : il veut déclarer la guerre à l’Inde, et pour cela, il agira de manière détournée. Soutenu par l’Iman, en Arabie Saoudite, soutenu d’un point de vue spirituel, religieux, financier et politique (oui, cela comment à faire beaucoup), stimulé, devrai-je dire plutôt, le chef de l’état pakistanais a permis l’infiltration des moudjahidin par des intégristes qui, à coup d’actions savamment dosées, font naître l’insécurité dans certaines régions de l’Inde, espérant à la fois créer des réactions locales, entraîner une répression violente, voire une entrée en guerre dont le Pakistan ne serait pas du tout responsable aux yeux de la scène internationale. Oui, le regard porté par les grandes puissances est important, il ne faudrait surtout pas qu’elles penchent en faveur de l’Inde – voir la décision qui est prise aux Nations Unies, et la neutralité, politiquement pesée, de pays pourtant puissants.

Ce roman met en scène des personnalités fortes, à commencer par le Patriote, dont on ne connaîtra l’identité que lors du dénouement. Il est un agent indien infiltré au sein de l’armée pakistanaise, ou plutôt de ses décideurs : il prend beaucoup de risques pour transmettre des informations au gouvernement indien, dans le but d’éviter la guerre, et de faire tomber le gouvernement pakistanais actuel, si possible. Il agit en ayant pleinement conscience des risques qu’il prend, de tous ceux qu’il a pris pendant toutes ses années. Nous avons aussi une journaliste, Neha bien déterminée à couvrir les événements avec son cameraman, Rahul : tous les deux n’hésiteront pas à prendre des risques pour effectuer leurs reportages, accompagnant les soldats au plus près. C’est là que Neha rencontre le colonel Vikram Rathore. Il ne s’est pas remis d’un accident en manoeuvre survenu deux ans plus tôt. Oh, physiquement, il va bien, c’est le moral qui ne suit pas : pourtant, il parvient à donner le change face à ses hommes, les dirigeant parfaitement, et sachant parfaitement les risques liés à leur métier. Commander, c’est aussi conduire ses hommes à la mort, donc choisir la stratégie qui permettra de causer le moins de morts, le moins de blessés possibles, bref, tout le contraire de la stratégie pakistanaise, qui se préoccupe peu des vies humaines (mais sans le formuler ainsi à ses soldats). C’est un thème que j’ai retrouvé dans un autre roman lu récemment : la guerre est faite par des militaires, mais les civils sont les premières victimes, ceux qu’il faut protéger, ceux qu’il ne faut surtout pas oublier pendant les affrontements. Penser aux sacrifices déjà effectués par les combattants, par les civils, aide la relève à tenir (phrase qui peut être appliquée à tous les romans parlant de guerre).

Bref, même si ce roman n’est pas tout à fait un policier au sens strict du terme, j’ai trouvé sa lecture vraiment très intéressante.