Toute la violence des hommes de Paul Colize

Merci à Be polar et à HC éditions pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Une jeune femme est retrouvée dans son appartement bruxellois, tuée de plusieurs coups de couteau. Tout accuse Nikola Stankovic, artiste marginal, dernière personne que la victime a appelée avant sa mort. Il apparaît sur les caméras de surveillance juste après le meurtre, la police retrouve ses vêtements maculés de sang et découvre des croquis de la scène de crime dans son atelier.

Sous ses airs d’enfant perdu, Niko est un graffeur de génie que la presse a surnommé le Funambule après l’apparition d’une série de fresques anonymes ultra-violentes dans les rues de la capitale. Muré dans le silence, sous surveillance psychiatrique, le jeune homme nie tout en bloc. Pour seule ligne de défense, il ne répète qu’une phrase : « c’est pas moi ».

Mon avis :

La guerre en ex-Yougoslavie, en avez-vous entendu parler ? Si vous êtes de ma génération, oui, sans doute, vous en avez entendu parler alors que vous étiez au collège. Peut-être même vous êtes vous étonnés que les américains, auto-proclamés sauveurs du monde, ne soient pas intervenus là-bas. L’ONU pas vraiment non plus, d’ailleurs. Ah, oui : il n’y avait pas de pétrole. Paul Colize nous en (re)parle dans ce roman, à travers le personnage de Nikola Stankovic, graffeur de son état, et surtout, unique suspect d’un meurtre sordide.

Je ne sais même pas pourquoi j’utilise le mot « suspect » : mis à part son avocat, tout le monde le croit coupable. La presse s’en est donnée à cœur joie, au mépris de ce que l’on appelle la présomption d’innocence. Le seul fait sur lequel police et justice débattent, c’est de savoir si oui ou non Niko est responsable de ses actes. A se demander aussi comment l’on a pu penser passer de la recherche d’un coupable au fait qu’il soit décrété pour tous coupable. Ce ne sont pas là les méandres de la justice, ce sont plutôt ses idées fixes, qui emmènent les justiciables droits dans les murs. Les murs du palais de justice, les murs de la prison, les murs de l’hôpital psychiatrique qui se referme inexorablement sur Nikola.

J’ai connu Paul Colize grâce à un roman bourré d’humour L’avocat, le nain et la princesse masquée. Je découvre ici un auteur d’une rare noirceur. Il expose sans fard ce qui attend ceux qui ont le malheur d’être internés. Leur avenir ? Entre quatre murs, dans une camisole chimique. La thérapie par la parole ? Cela dépend qui la pratique. Un retour à une vie en dehors des murs ? Prévoir quelques années, au mieux. Une quelconque liberté entre les murs ? Pas vraiment. Il faut dire que certains patients doivent être isolés, tels des bombes humaines qui ne demandent qu’à exploser – comment en sont-ils arrivés là ? Comment la société en est-elle arrivée là ? L’auteur n’apportera pas de réponses pour eux, il nous amènera pourtant à nous interroger face à cet état des lieux désastreux. Il nous montrera cependant comment Nikola en est arrivé là – dans cet établissement. C’est encore, aussi, une question de murs.

Nikola est graffeur, un excellent graffeur, même. Attention : pas un artiste consensuel et « joli », un artiste qui veut être vu et qui choque ceux qui voient son œuvre, en respect pour cet homme qui a pris des risques insensés et dégoût profond. Un véritable artiste ne suscite pas l’indifférence, il nous interroge. Ses oeuvres, qu’elles soient recouvertes ou non, font partie de la vie, du paysage urbain de ceux qui l’auront vu. Lui transpose, finalement, les tourments qui sont les siens depuis des années, tout ce qu’il a vu de la face sombre de l’humanité, donnant à voir que la violence est toujours là, quoi que l’on en dise.

Toute la violence des hommes est un roman particulièrement prenant, riche de sens et de questionnement.

 

 

Une réflexion sur “Toute la violence des hommes de Paul Colize

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