Archive | 29 mars 2020

Kim Jiyoung, née en 1982 par Cho Nam-Joo

Présentation de l’éditeur :

Kim Jiyoung est une femme ordinaire, affublée d’un prénom commun – le plus donné en Corée du Sud en 1982, l’année de sa naissance. Elle vit à Séoul avec son mari, de trois ans son aîné, et leur petite fille. Elle a un travail qu’elle aime mais qu’il lui faut quitter pour élever son enfant. Et puis, un jour, elle commence à parler avec la voix d’autres femmes. Que peut-il bien lui être arrivé ? En six parties, qui correspondent à autant de périodes de la vie de son personnage, d’une écriture précise et cinglante, Cho Nam-joo livre une photographie de la femme coréenne piégée dans une société traditionaliste contre laquelle elle ne parvient pas à lutter. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Kim Jiyoung est bien plus que le miroir de la condition féminine en Corée – elle est le miroir de la condition féminine tout court.

Mon avis :

Encore un livre que j’ai lu, et dont j’ai peiné à rédiger mon avis. Pourquoi ? Peut-être parce que j’ai enchaîné des livres sur la même thématique, et qu’il était important pour moi de distinguer les uns des autres.
Alors oui, pour moi, ce livre est effrayant, parce que l’on se rend compte qu’à chaque étape de sa vie, une femme souffre – si tant est qu’elle vienne au monde. L’avortement de foetus féminin existe, quoi qu’en disent certains esprits optimistes. Ce constat n’est pas seulement valable dans la jeunesse de Kim Jiyoung : adulte, elle sait, elle entend ses femmes qui disent qu’elles sont fières d’attendre un garçon, qu’elles honorent leur belle-famille, qu’elles n’ont plus honte. Au delà du réflexe de base – personne ne leur a donc jamais appris que c’était l’homme qui déterminait le sexe de l’enfant ? – je me rends compte que ce discours n’est pas si éloigné que cela de ce que j’ai pu lire dans la littérature française contemporaine – je me souviens d’un extrait de livre dans lequel une femme se sentait éminemment supérieure à une autre, puisqu’elle avait mis au monde un fils.
Chaque chapitre, chaque étape de la vie de Kim est une lutte perpétuelle : les filles sont préférés aux garçons, surtout au sein de la famille. Les garçons passent en premier à l’école. Ne parlons même pas des études : je me souviens qu’en 2017 un élève (j’insiste sur le masculin) m’avait dit qu’il existait encore des familles où les études des filles étaient sacrifiées au profit de celles des garçons. Tout cela pour dire que l’action a beau se dérouler en Corée, elle a beau être éloignée géographiquement, elle doit nous amener à nous interroger sur ce que nous vivons en France. Rien n’est jamais gagné.
Et à l’âge adulte ? Pas mieux. En Corée, les mariages sont arrangés le plus souvent, les naissances viennent très vite, et la femme est le plus souvent, pour ne pas dire toujours, obligée d’arrêter sa carrière pour élever son enfant, au moins pour un certain temps, sans avoir la certitude de retrouver du travail, dans un mode où être une femme vous ferme encore et toujours énormément de porte. Quant à être mère au foyer, c’est être immédiatement taxé de « mère parasite », vivant aux crochets de son mari – comme si elle-même n’accomplissait pas des tâches répétitives, ingrates, soulageant son mari de beaucoup de préoccupations, et ce, pour aucune rémunération. L’aveuglement masculin sur la condition féminine est unanime, y compris du point de vue de ceux qui ont fait des études, de ceux qui les soignent et voient au quotidien leur tourment.
Oui, c’est une lecture très pessimiste, finalement, parce que, pour obtenir quelques avancées dans la société, il faut mener un combat constant, quel que soit le pays où l’on vit. Il suffit de pas grand chose pour faire régresser les droits chèrement acquis.