Archive | 21 mars 2020

L’homme aux murmures d’Alex North

Présentation de l’éditeur :

Si tu laisses la porte entrebâillée, les murmures viendront se glisser…
Un écrivain veuf, Tom, et son fils de 8 ans, Jake, emménagent dans une nouvelle ville.
Featherbank. Si charmante et calme en apparence.
Où vingt ans plus tôt, un serial killer a été arrêté après avoir tué plusieurs enfants.
On l’appelait l’Homme aux murmures.
Des murmures que Jake a entendus. A la porte de sa maison.
Et si tout recommençait ?

Merci à Bepolar et aux éditions du Seuil pour ce partenariat.

Mon avis :

Bienvenue à Fetherbank. Une ville très calme. C’est là que Tom a décidé de poursuivre sa vie, avec son fils Jake. Tom est écrivain, comme nous le prouve les premières pages du roman pendant lesquels il s’adresse à son fils. Tom fait de son mieux, il se sent dépassé par la mort brutale de sa femme. Il a l’impression de ne pas comprendre son fils, de ne pas faire assez pour lui, se demandant sans arrêt ce que Rebecca, sa femme, aurait fait à sa place. Oui, l’ombre de Rebecca plane sur Tom, sur Jake, elle est beaucoup plus sympathique que l’héroïne de Daphné du Maurier. Rebecca était tout amour pour son mari, pour son fils, et elle l’est encore, par-delà son décès.
Sans le savoir, ils arrivent tous les deux au mauvais endroit, au mauvais moment. Ils ne peuvent se douter qu’un enfant de l’âge de Jake a été retrouvé mort, deux mois après sa disparition, et que l’enquête piétine. Personne n’en parle – sauf quelques enfants à l’école. Personne ne parle non plus de la mort violente de l’ancien locataire de la maison achetée par Tom, maison choisie sur photo par son fils Jake. Encore un secret bien gardé.
Puis, les phénomènes paranormaux débutent. Il est le propre de la littérature fantastique (je pense notamment au Tour d’écrou d’Henry James) d’avoir au coeur de son intrigue un enfant particulièrement sensible qui perçoive des entités que les adultes, bien plus rationnels, ne soupçonnent pas, ou plus. Tom était aussi sensible que son fils à son âge, et, d’ailleurs, sa propre perception de certains faits, son écriture, prouve qu’il n’a pas temps perdu que cela. A lui de s’abandonner, d’oublier les conventions, si j’ose dire. Fréquents dans la littérature fantastique, oui, nettement moins dans la littérature policière. Et pourtant : il est, dans le roman policier aussi, des victimes qui ne trouvent pas l’apaisement, et elles se trouvent ainsi, si j’ose dire, matérialisées. Les victimes sont souvent les grandes oubliées, au profit des criminels.
Oui, ce roman nous emporte, finalement, sur plusieurs temporalités, l’affaire en cours renvoie à une affaire jugée, classée, qui a eu lieu vingt ans plus tôt et qui a laissé des traces : cinq jeunes garçons ont été assassinés, quatre corps ont été retrouvés. Le policier en charge de l’enquête à l’époque, Pete Willis, continue de rendre visite au tueur – parce qu’il n’a jamais dit ce qu’il avait fait du cinquième corps. Dire que le policier, qui se trouve de plus vivre non loin du lieu où le nouveau meurtre a eu lieu, reste très marqué par ce qui s’est passé est peu dire. La discipline que Pete s’impose est liée à sa volonté de ne pas sombrer. Est-ce facile, quand l’on voit que Carter, le tueur, fascine, qu’il existe un véritable business autour des criminels, que des femmes sont presque prêtes à se jeter à leurs pieds. Même s’il est enfermé, un tueur parvient encore à nuire – alors que peu, finalement, parlent au nom des victimes. Et pourtant, nous les voyions, dans ce livre, les victimes, nous les découvrons, nous passons beaucoup de temps avec l’une d’entre elles, qui sait bien, se doute bien que tout est prétexte pour, finalement, en finir avec elle. Les tueurs, celui du passé, celui du présent, ne sont jamais idéalisés, excusés. Avoir une enfance difficile n’est pas rare. S’en détacher est indispensable pour grandir. S’en sortir est possible, avec plus ou moins de séquelles, avec de grandes difficultés à bâtir des liens avec les autres. A construire sa propre famille aussi, sa vie d’adulte (sa carrière est trop réducteur).
Avant de terminer ma chronique, je me rends compte qu’en parlant de transmission, je n’ai pas parlé de ces comptines typiquement anglaise, qui rythmaient déjà les romans d’Agatha Christie. Il en est une ici aussi, plus inquiétante qu’apaisante, parce que sa transmission se fait en secret, furtivement, comme un moyen de ne pas oublier le danger qui rôde.
L’espoir est-il possible ? Pas toujours. Il faut beaucoup de force pour le conserver.

Puzzle de Brest de Yann Le Rest et Pascale Tamalet

Présentation de l’éditeur :

Un vent de panique s’empare de l’aquarium d’Océanopolis à Brest quand on découvre des restes humains en suspension dans un bassin.
Le capitaine Hadrien Fox, qui commande le commissariat du port, tient une piste intéressante quand il apprend la disparition récente de deux membres de l’équipage du Sea Paradise, un paquebot de croisière retenu à Brest par une avarie. D’autant plus qu’un clochard affirme avoir vu des hommes en combinaison noire porter deux sacs assez grands pour contenir des macchabées près du bureau des Affaires maritimes.
Mais s’il y a un lien entre les deux affaires, comment des morceaux de cadavre ont-ils pu se retrouver dans l’aquarium d’Océanopolis ?
Pour trouver la réponse, Hadrien Fox va devoir plonger en eaux troubles au cœur d’un trafic terrifiant qui mettra en émoi les plus hautes autorités…

Mon avis :

Je citerai Michel Serrault, pour commencer : « J’ai toujours préféré 5 minutes sublimes dans un prétendu navet à 90 minutes banales , sans éclat , dans un film réputé  » bien  » . Je suis d’accord avec ce jugement, et je l’applique aussi à la lecture. J’aime l’idée que si cinq minutes, cinq pages vous transportent dans une oeuvre, c’est déjà beaucoup, et tant pis si tout le reste est « moyen ».

Là, c’est plutôt le contraire, j’ai fait un blocage en début de lecture à cause d’une accumulation de ces petits faits, de ces pages qui m’ont donné envie d’arrêter ma lecture plutôt que de la continuer. Prenons le personnage de Pamela, par exemple. Cette gamine est la risée de ses camarades de classe, qui se moque de sa manière d’être, de faire, sans qu’aucun commentaire, aucune remarque ne vienne apporter un éclairage positif sur elle. Nous assistons à son isolement par ses camarades de classe, les moqueries, dont elle n’a déjà rien à faire, déjà blasée si jeune qu’elle est. Nous assistons aussi à l’impuissance de ses maîtres, qui ont baissé les bras face à ce qui se passe – ou ne les ont jamais levé, comme vous voulez. Pamela, on la reverra peu, mais jamais elle ne sera valorisée, encore moins sa mère que peu apprécie, à cause, notamment, de la manière dont elle habille sa fille.

Deuxième point, qui peut vous sembler anodin : le personnage d’Hadrien Fox et son « machisme ». Si, si. Le pire, c’est que certaines femmes le partagent. je cite : « Même si la féminisation des noms de fonction le heurte, il se plie à l’usage officiel ». Encore heureux. « La fonction que l’on occupe, pour lui, n’est pas l’identité d’une personne ». Mais une fonction n’a pas à être masculine ou féminine. Je n’ai jamais vu personne qui soit heurté parce que l’on dit une coiffeuse, une esthéticienne, une femme de ménage – non, certaines personnes sont heurtées dès que l’on touche à un métier « noble »  – pharmacien, docteur, procureur. Il n’est pas le seul, puisque le personnage donne l’exemple d’une jeune femme qui « tenait à être « avocat ». Le patriarcat bien intégré. Ne bougez pas, Hadrien est au commande, et nous aurons droit à maintes notes sur l’aspect physique de la superbe procureur, de sa magnifique compagne journaliste, de la « tignasse rousse » de ne je sais plus quelle policière. Nous aurons aussi les inévitables problèmes de couple du policier avec sa compagne, qui est journaliste.

Là, ceux qui me lisent se disent peut-être « mais qu’est-ce qui prend à Sharon aujourd’hui ? Et en plus, c’est un partenariat !’ Et bien oui, c’est cela le pire, j’avais vraiment très envie de lire, de découvrir ce livre, et je suis déçue. Oui, il se lit facilement, mais j’ai buté sur plusieurs obstacles, au point que j’en viens à me demander ce que j’ai vraiment aimé dans cet ouvrage. J’ai eu aussi l’impression que l’enquête (non parce que, avec tout ce que j’ai écrit, on pourrait presque croire que j’ai oublié que je parlais d’un roman policier) partait dans beaucoup de direction, que l’on parlait de beaucoup d’éléments, dont certains absolument atroces, sans jamais véritablement approfondir chacun d’entre eux, comme si l’horreur de ce qui était arrivé était oublié.

Il était pourtant des faits importants, graves qui étaient traités dans ce roman : les crimes de guerre, les violences conjugales, la résilience après une enfance difficile, le sort des SDF. Il est dommage que je n’ai pas réussi à ressentir davantage la force de ces thèmes à ma lecture. L’épilogue servira à clôturer certains points de l’enquête, sans réellement me donner un sentiment de satisfaction ou d’apaisement, peut-être aussi parce que j’ai dû lire deux autres passages obligés du roman policier, le fait qu’ici, on n’est pas dans une série télévisée, et le remontage de bretelles du stagiaire qui a désobéi une fois de plus (bonne nouvelle, s’il s’est fait vertement tancer, c’est qu’il est vivant).

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Lévy pour ce partenariat.