Archive | 9 mars 2020

Agatha Raisin – tome 20 : Voici venir la mariée de MC Beaton

Mon avis :

Vingtième aventure d’Agatha Raisin, et franchement, il m’a fallu beaucoup d’indulgence pour aller au bout de ce récit. Indulgence, parce que j’ai eu l’impression de lire une énième variation sur le couple Agatha/James, et parce que les péripéties ne servent qu’à faire durer une intrigue qui aurait pu se terminer depuis une bonne centaine de pages.

James va se marier, avec une toute jeune femme nommée Felicity. Hélas pour lui, il n’a plus trop envie de se marier, ce sont des choses qui arrivent, mais il y est obligé par sa belle-famille. Agatha plaisante, lui suggérant un moyen de retrouver sa liberté. pas de chance : un strip serveur l’a entendu. Pas de chance pour la fiancée : elle est bel et bien assassinée avant le mariage. Faut-il vraiment que je vous explique qui sont les principaux suspects ?

L’enquête commence, et Agatha se retrouve, comme souvent, embauchée par la mère de la fiancée pour retrouver le coupable. Autant vous le dire, les faits peu réalistes commencent, et je me suis même demandée si l’auteure s’était bien relue, puisqu’elle donne un fait et son contraire deux pages plus loin. Heureusement, c’est fait exprès : Agatha relève cette contradiction, et s’interroge sur le sens qu’elle peut bien avoir. Qui ment ? Le père ou la mère de Felicity, deux nouveaux riches qui tentent de vivre de manière reluisante, après que monsieur a bâti sa fortune sur ce qu’il faut bien appeler une escroquerie. Ni l’un ni l’autre ne semble vraiment chagriné(e) par la mort de leur fille unique – et Agatha d’en être choquée. Alors, oui, l’on nous dit qu’elle a été à  demi adoptée, c’est à dire qu’elle a été adoptée par l’un de ses deux parents – ou les deux, tant ils sont tous les deux englués dans leur mensonge, au point, du moins pour Olivia, la mère, d’en avoir fait une vérité acceptable à ses yeux. Depuis que la littérature existe, ou presque, des auteurs trouvent normal de traiter différemment un enfant biologique d’un enfant adopté. Je ne dis pas que M.C. Beaton pensait ainsi, je dis simplement qu’elle montre des personnes qui pensent ainsi et que ces personnes, dans la vraie vie, sont plus nombreuses qu’on ne le pense. Tout comme elle montre des personnes qui maltraitent leurs enfants. Agatha l’a été, Toni l’a été, et d’autres certainement.

Oui, au milieu d’un récit pour le moins alambiqué, qui mène Agatha en Turquie, en France, dans le petit village normand de Saint-Clair (sur Epte ?) et en Espagne, nous voyons aussi des êtres humains qui abusent d’autres êtres humains, en toute impunité. Les abus peuvent prendre des formes multiples, le tout est que les responsables le fassent si discrètement qu’ils puissent passer inaperçus aux yeux de la police. Chacun y trouve son compte – sauf les victimes, bien sûr. Il est amusant de voir Agatha, si lucide sur les autres, si lucide parfois sur elle-même, être totalement incapable de voir clair sur sa vie amoureuse. En effet, l’essentiel du roman est consacré aux errances sentimentales d’Agatha, qui lui causeront de nombreux ennuis, et lui montreront des hommes très réactionnaires ou très perchés – pour ne pas dire les deux à la fois.

Je terminerai en donnant la parole à Mrs Bloxby, qui a bien du mérite à rester l’amie d’Agatha : Juste une remarque, Mrs Raisin. Ne laissez pas vos hormones affecter votre jugement d’habitude si sûr. 

La machine à brouillard de Tito Desforges

Edition Taurnada – 217 pages

Quatrième de couverture

Mac Murphy est un soldat d’élite. Mac Murphy est fort. Mac Murphy est dur. Mac Murphy est fou. Mac Murphy trimbale dans sa tête une épouvantable machine à brouillard qui engloutit ses souvenirs, sa raison et l’essentiel de son âme, morceau après morceau.
Quand les habitants de Grosvenore-Mine, ce village perdu dans les profondeurs de l’Australie, se hasardent à enlever la fille de Mac Murphy, ils ne savent pas à quel point c’est une mauvaise idée.
Une époustouflante plongée dans l’amour d’un père pour sa fille et dans les tréfonds de la démence d’un homme. Inlâchable. Attention : cauchemar.

Merci aux éditions Taurnada pour leur confiance.

Mon avis :

Un livre dur et sans répit.
Oui, c’est un constat assez sec, sans appel, et pourtant.
Le lecteur sait, depuis le début, que quelque chose ne va pas. En effet, Mac Murphy a beau avoir été un soldat d’élite, il est aujourd’hui, en tout cas, dans la strate la plus récente du roman, interné dans un établissement psychiatrique. Nous lisons les entretiens, avec les docteurs qui le suivent, qui tentent de le soigner. Nous entendons leurs échanges, nous entendons surtout les questions pressentes de cet homme qui veut savoir ce qu’il est advenu de sa fille Louise.
Je parlais de temporalité, parce que la clef est à rechercher dans le passé de Mac Murphy. Il est à rechercher dans ce passé lointain, pendant la guerre, après son engagement, puis après toutes ses années à servir son pays, à voir des horreurs, à se laisser submerger par le pire que peut produire l’âme humaine. La seconde strate du passé, c’est le moment où tout a basculé – j’ai presque envie de dire à nouveau – et pourtant, tout allait bien, au début.
Oui, il était parti avec sa fille, pour un voyage au coeur de l’Australie. Et vraiment, tout allait bien, les paysages décrits sont absolument superbes. Puis, nous avons ce petit village, ce trou paumé comme on pourrait dire et là, sa fille disparaît.
Si vous avez vu l’un ou l’autre de ces films dans lequel une jeune fille est enlevée et où son père met tout en oeuvre pour la retrouver, alors vous avez une petit idée de ce qui attend les habitants de Grosvenore-Mine. Vous n’aurez pas le choc des images, vous aurez la bousculade des mots, les rebondissements du langage, pour suivre au plus près ce père en souffrance, ce père qui avait tenté d’expliquer à sa fille en quoi consistaient les troubles psychiatriques dont il souffrait, un père qui ne veut surtout pas que ces troubles, que ce brouillard qui envahit son esprit, l’empêche de retrouver sa fille, comme il pense qu’il l’a empêché de prendre soin d’elle. La culpabilité n’est pas le sentiment le plus facile à gérer quand l’urgence est là, quand l’isolement est évident.
Un roman sidérant – qui devrait plaire à tous ceux que le cinéma et la psychiatrie intéressent.