Archive | 31 mars 2020

Oh happy day de Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

Présentation de l’éditeur :

Après quatre ans de silence, Pierre-Marie se décide à envoyer un mail à Adeline au sujet d’un carnet noir qu’il aurait oublié et dans lequel il cherche à retrouver une petite phrase de trois lignes qui serait, dit-il, un excellent début de roman. Prétexte évidemment pour reprendre contact après une longue période passée prostré après son « grand malheur » comme il l’appelle. Mais Adeline a bien d’autres projets que de chercher ce carnet. Sa vie est à un tournant puisqu’elle est à quelques semaines de déménager à Toronto avec le nouvel homme qui partage sa vie. Pourtant la correspondance finit par prendre de l’ampleur, entraînant les deux personnages dans un tourbillon inattendu.

Merci à Netgalley et à Fleuve édition pour cette belle découverte en temps de confinement.

Mon avis :

J’ai l’impression que tout avis sur ce livre que je pourrai écrire serait fortement réducteur. Mais tant pis ! Il est tellement de richesse dans ce livre, tellement à lire, tellement à explorer.
Déjà, c’est un roman épistolaire moderne, mais pas que : les deux protagonistes, Pierre-Marie et Adeline échangent des emails, certains personnages secondaires aussi, mais attention, des emails construits, développés, ils en ont à dire, à se dire, pour rattraper quatre années de silence. Les emails, d’ailleurs, ne constituent pas seuls le roman, il contient des parties narratives plus classiques qui contribuent à la progression de l’action, et introduisent un autre point de vue sur le récit.
Pierre-Marie et Adeline sont les héros d’un précédent volume, Et je danse, que je n’ai pas lu, parce que j’ai découvert son existence en progressant dans ma lecture. Sa lecture aurait-elle changé quelque chose ? Je ne sais pas, mais j’ai fortement apprécié ce roman !
Pierre-Marie, Adeline. Pierre-Marie a fait une énorme erreur en quittant Adeline. La vie a continué pour elle, et elle a construit « quelque chose » de son côté. Pierre-Marie a lui vécu un « grand malheur » qui en est vraiment un, malheureusement. Il se relève à peine de ce qu’il a vécu, et c’est là qu’il recontacte Adeline, pour un prétexte futile. Tout est bon, après tout, pour renouer le fil de leurs échanges.
Et il est renoué. Nous avons même les brouillons des mails non envoyés – parce qu’ils n’existent pas de touche « oups » pour ramener au bercail un mail parti trop tôt, sans que l’on ait bien réfléchi à son propos. L’intrigue ne traîne pas, et si nous en savons plus, parfois, que l’autre personnage, il finira par être au courant aussi – les non-dits, les secrets, ne sont bons pour personne.
Livre avec vampires aussi, un vrai, celui qui vous ôte toute votre énergie, toute votre volonté, qui vous prive de votre force vitale bien plus qu’une maladie – alors si la maladie devait se trouver là, n’en parlons pas. Il est des personnes qui irradient, qui apportent du bonheur autour d’eux, qui aident à voir claire, à chercher ce qui est bien. Il en est d’autres qui sont d’autant plus effrayants qu’ils me questionnent : sont-ils conscients que tout ce qu’ils font n’est pas normal ? Oui, sans doute : pour manipuler, pour enfoncer, pour souffler le chaud et le froid à ce point, il faut véritablement savoir ce que l’on fait.
Et l’écriture ? Pierre-Marie est un écrivain qui n’écrit plus, qui ne parvient plus à écrire, et à qui son éditeur a une forte envie de botter les fesses. En quoi la vie et l’écriture s’imbrique-t-elle ? Le récit montre que l’écriture, la vraie, n’est pas la transposition du réel, mais sa réinvention. A méditer.

Plumes et emplumés de Gérard Chevalier

édition du Palémon – 167 pages

Présentation de l’éditeur :

Je suis sur une grande poubelle dans la petite rue de la Providence. J’attends Gérard Chevalier… Ah, le voilà, avec sa dégaine de John Wayne anémié.
— Bonsoir Catia. Alors, pourquoi vouliez-vous me voir ? dit-il en posant sa tablette à côté de moi.
Je tape à une vitesse stupéfiante le plan phénoménal que j’ai imaginé pour me rendre plus célèbre encore. Enfin… NOUS, hélas… À la fin de sa lecture il reste figé.
— Mais… C’est insensé! bredouille-t-il. Pourquoi voulez-vous disparaître aussi ? Vous n’êtes que l’héroïne de mes romans ! Il n’y a que moi qui dois disparaître, si j’accepte votre combine fumeuse…

S’ensuivront des investigations et une pagaille médiatique hallucinante, de quoi atteindre une notoriété quasi-mondiale!

Mon avis :

Qu’on se le dise ! Catia est une plume, une autrice, une romancière de notoriété… et même plus encore. Seulement, là, elle se sent négligée, oubliée, mise de côté. Ne parlons même pas de la personne qui lui sert… et bien de plume, justement, et qui recueille toute la notoriété ou presque. Oui, le monde des lettres n’est pas près pour un chat auteur qui mène l’enquête. Aussi, Catia, qui manque de tout sauf d’idée, lance une opération de grande envergure pour retrouver toute l’attention qu’elle mérite.

Mégalo, Catia ? A peine. Et pourtant… quel grand écrivain ne rêverait pas d’attirer toute l’attention sur lui ? Quel enfant gâté ne voudrait pas que l’on ne fasse attention qu’à lui ? Oui, depuis la naissance de Rose, Catia n’est plus la personne la plus importante dans la vie d’Erwann ou de Catherine, et elle doit faire avec Rose, leur fille. Ce qu’elle a mis en scène aura des conséquences inattendues, dont une magistrale dispute entre Erwann et son beau-père – ne jamais se fâcher avec la police, ja-mais, même si c’est à titre privé, même si l’on se comporte comme un gaffeur de compétition. Il faut dire que le beau-père d’Erwann, le père de Catherine donc, a pour compagne l’ex de son gendre, de quoi rendre la moindre réunion de famille hautement explosive, pour peu que chacun n’y mette pas du sien. Il est bon de bien réfléchir avant de parler, ce que tout le monde ne fait pas.

Ne pas négliger non plus les pouvoirs de la presse, et sa capacité à diffuser une information, sans trop approfondir les sources – une disparition, c’est une disparition, qu’on se le dise et que la police se mette un peu au travail. Ne pas négliger l’appât du gain, qui peut bloquer ou débloquer bien des situations, ou encore la volonté de revanche de … et bien de personnes qui ont publié un livre et n’en sont pas devenus les auteurs reconnus qu’ils auraient voulu être. Je ne sais pas s’il faut chercher une référence bien réelle à ce personnage de voyant qui ne voit rien, mais son nom, Castan, m’a irrésistiblement fait penser à une célèbre marque bien connu des amateurs de félins.

Ce troisième volume des enquêtes aventureuses de Catia est l’occasion, aussi, de rendre hommage à des auteurs des éditions du Palémon, mêlés bien malgré eux à cette enquête abracadabrante.

Je terminerai avec ce remerciement spécial de Catia : Toujours pas de remerciements de la part de Catia. Dire merci à cette bande d’exploiteurs qui n’ont pas honte de me pressurer le citron pour alimenter leur boutique ? Jamais !