Archive | 18 mars 2020

Lady Elliot Island par Christophe Guillaumot

Présentation de l’éditeur :

Jeune influenceuse, Clara reçoit pour son anniversaire 6 billets d’avion. Destination : Lady Elliot Island, une île paradisiaque au large de l’Australie parsemée de terres aborigènes inviolables. C’est un Eden ceinturé par la barrière de corail, où pullulent tortues, raies et requins. Elle invite ses meilleurs amis et, pour corser leurs vacances, deux inconnus… Mais des incidents se multiplient. Sa vision défaille. Ce petit paradis lui réserve-t-il l’enfer ?

Merci à Netgalley et aux éditions Rageot pour leur confiance.

Mon avis :

Livre lu quasiment d’une traite tant nous sommes dans un sujet contemporain. Vous êtes prévenus.
Etre vu et ne plus voir, c’est ce que tous les jeunes expérimentent. Ne plus être capable de profiter du moment présent sauf si l’on regarde avec un appareil photo et si, une fois arrangé, filtré, partagé sur les réseaux sociaux, toute une bande de followers vous a assuré que ce que vous avez vécu est formidable, magnifique.
Clara, la narratrice, aurait été qualifiée à une autre époque de pauvre petite fille riche. Elle vient d’une famille qui n’en a jamais été une, des parents, qu’elle n’a pas connu en couple, un père, très occupé par sa réussite professionnelle et qui compense comme il peut. Il veut surtout que sa fille ne démérite pas, comme si Clara n’existait que pour faire plaisir à son père, étant un exemple vivant de sa réussite. N’exister que par ce que l’autre veut voir de vous, c’est déjà ne vivre que pour être une image. Sa mère ? Elle a multiplié les beaux-pères, au point d’avoir eu un deuxième enfant dont elle ne sait pas trop qui est le géniteur. En revanche, Clara est très attachée à Arthur, son petit frère, dont elle veut être le modèle. Image, toujours.
Le milieu aisé auquel elle appartient lui permet de satisfaire toutes ses envies, y compris les fameux logiciels de retouche, qui lui permettent de parfaitement maîtriser son image. Clara ne vit que pour être vue, que pour que l’on voit, que l’on approuve ce qu’elle fait, avec qui elle le fait, et sa stratégie est quasiment militaire : tant pis pour les adversaires et les dommages collatéraux, même si elle ne se fait pas vraiment ces réflexions, c’est moi qui vois les choses ainsi.Clara pense sans doute appliqué seulement tous les conseils qu’une influenceuse peut donner à une autre.
Voir, être vue, être toujours visible, et Clara se retrouve avec des problèmes de vue, à une époque où cela semble impensable, tant des techniques avancées existent pour soigner tous les problèmes de vue, tant ses parents ont les moyens financiers pour l’emmener chez les meilleurs spécialistes.
Cette vie rêvée de rêve contraste avec le cadeau que lui offre son père : ce séjour, avec cinq personnes de son choix, semble d’abord l’occasion d’avoir encore et toujours de l’audience pour son compte. Puis, petit à petit, l’isolement vient, le questionnement aussi : qui peut lui en vouloir ? Pourquoi ? Sur cette île, elle est à distance de ses parents, de ses amis, de ses proches, comme dans une libération de contrainte, une libération du regard des autres. Elle découvre aussi que ses proches, qu’elle prenait parfois pour de belles images vides, sont en fait très différents de ce qu’elle croyait – tout simplement parce qu’elle n’avait pas dépassé les apparences auxquelles elle était tant attachée.
Au milieu de la nature, sans moyen de communication moderne (enfin… à condition de penser que l’on communique réellement avec les images des réseaux sociaux), elle réapprend à profiter de l’instant présent, ce seul temps, finalement, dont on est sûr de pouvoir profiter. Elle apprend aussi à communiquer réellement avec les autres, à parler, à écouter aussi.
Clara a franchi une étape importante dans un réapprentissage du réel. Aux jeunes lecteurs, qui je l’espère seront touchés, d’écrire la suite – et de se questionner sur leurs propres choix.