Archive | 23 mars 2020

Etrange printemps aux Glénan de Jean-Luc Bannalec

Présentation de l’éditeur :

Les Glénan, au large du Finistère. Comment croire que dans cet archipel paradisiaque, où la mer est bleu lagon, on découvrirait en ce matin de mai trois cadavres, échoués sur le rivage ? A-t-on affaire à un naufrage dû à la tempête de la veille ? Dur, dur, pour le commissaire Dupin : lui qui déteste le bateau, le voilà sur le pont dès le petit matin, sans avoir pu siroter son premier café de la journée. Tout prête à croire que les victimes se sont simplement noyées. Mais l’une d’elles se révèle être un sombre entrepreneur et acteur non négligeable de la politique locale, et une autre, un navigateur hors pair collectionnant les ennemis. Dupin flaire l’embrouille. L’enquête l’entraînera au plus profond de l’histoire de l’archipel et de ses inénarrables habitants – chercheurs d’or, biologistes militants, belles plongeuses et nombreux intrigants – et révélera au grand jour une réalité aussi complexe que dramatique. Avec le retour du commissaire Dupin égal à lui-même : ronchon, imprévisible, caféinodépendant, mais diablement efficace !

Mon avis :

Je lis la série quasiment à l’envers, puisque ce tome est le tome 2 – j’ai déjà lu les tomes 3, 4 et 5, au gré des disponibilités à la bibliothèque. Le moins que je puisse dire est que ces romans sont faciles et agréables à lire, tout en parlant de sujets graves.

Ce n’est pas que le commissaire Dupin n’aime pas enquêter, c’est plutôt qu’il n’aime pas devoir rendre des comptes au préfet matin, midi et soir du bon déroulement de l’enquête. En effet, trois cadavres ont été retrouvés et l’un d’entre eux était un ami du préfet. Au fur et à mesure de l’enquête, au fur et à mesure des découvertes du commissaire et de son équipe, le préfet deviendra bizarrement nettement moins ami avec cet homme, en une inimitié posthume due aux secrets, aux magouilles, et pire encore si affinités que le commissaire exhume patiemment. Trois cadavres, et trois jours d’enquête qui plonge le lecteur dans le passé de cette archipel, que ce soit un passé relativement récent ou un passé plus éloigné – les trésors que cherchent certains datent des siècles derniers, alors que d’autres veulent à tout prix faire entrer l’archipel dans le domaine du tourisme de masse. Ils trouvent tous leur place, au cœur de cette intrigue qui charrie pas mal d’ordures.

Il n’est pas facile de se rendre aux Glénan – pas facile pour quelqu’un comme le commissaire ou comme moi qui apprécie modérément le bateau (l’option hélico me séduirait bien plus). Pourtant, ceux qui y vivent n’ont pas du tout envie de quitter ce cadre, tous se connaissent, et la majorité d’entre eux n’ont pas envie que ce site exceptionnel soit dégradé pour de bas motifs économiques. Je me plais à espérer qu’il en sera toujours ainsi et que l’intérêt du plus grand nombre sera préféré aux profits d’une pincée d’industriels. Il n’est pas facile de communiquer aux Glénan – il n’est pas de lignes fixes, simplement des portables, qui peuvent ne pas fonctionner en cas de tempête. La fin de l’enquête tourne alors quasiment en huis clos, dans ces îles où tout le monde connaît les habitudes de tout le monde, où les femmes ont l’habitude de faire face, seules, où les accidents sont fréquents, même pour les marins, plongeurs, nageurs les plus expérimentés, où les secrets finissent par être découverts. Justice finit par être rendue, pas forcément de la manière dont on pouvait le penser.

Hortensia blues d’Hugo Buan

Edition Palémon – 352 pages

Présentation de l’éditeur :

Un cabinet médical du centre de Rennes est décimé par un tueur en série. Lucien Workan, un commissaire de police incontrôlable toujours à la limite de l’illégalité, petit-fils de résistant va mener l’enquête au cœur de la bourgeoisie rennaise. Assisté par Leila, une jeune femme flic d’origine berbère et flanqué de son adjoint Lerouyer, Workan va dénouer les fils enchevêtrés d’une série de crimes particulièrement odieux. Avec une force de caractère incroyable, une intuition digne des meilleurs limiers et le soutien de ses adjoints, va-t-il réussir là où son supérieur et la procureur de la République en charge du dossier ne l’attendaient plus ?

Troisième livre lu entièrement pendant le confinement.

Mon avis :

Il faut bien le dire : rien ne va à Rennes, absolument rien. Le commissaire Workan, qui se retrouve en Bretagne à la suite d’un accident dépendant de sa volonté et qui a malgré tout réussi à limiter la casse, se retrouve avec un meurtre sur les bras. Et un meurtre…. J’hésite sur le qualificatif. Sanglant ? Odieux ? En tout cas prémédité, largement. Qui pouvait donc en vouloir au dentiste ? Personne de prime abord. Quelques personnes ensuite. Et si l’on continue à creuser, l’on s’aperçoit que la liste s’allonge dangereusement. Il faut dire que si ce dentiste était un praticien sans soucis, avec des patients satisfaits, il avait aussi une vie sentimentale des plus mouvementée, ne résistant pas à séduire toutes les belles jeunes femmes qu’il rencontrait. Attention ! Même si le roman a quelques années, le docteur est un séducteur, pas un abuseur. Sa femme ? Elle fermait les yeux : on découvrira plus tard qu’elle-même a été sa maîtresse avant d’être sa femme, et que certaines femmes sont prêts à bien des concessions pour garder confort et respectabilité. Le meurtre n’en fait pas partie.

En revanche, ce qui était tout sauf prévu est qu’un second meurtre survienne, puis un troisième. Le commissaire Workan, à la limite de l’irascibilité, de l’insolence, du machisme presque ordinaire – ses relations avec Leila, sa jeune lieutenant, sont plus que compliquées – ne sait plus où donner de la tête puisqu’il n’a aucune piste, ou plutôt, si jamais il arrive à trouver un début de commencement de piste, elle s’efface aussitôt.

Il faut dire qu’il n’est pas aidé. Non, je ne vous parle pas de la substitut du procureur qui, l’enquête avançant, les meurtres se multipliant, a le moral dans le talon de ses bas (je cite), je ne parle pas du divisionnaire qui est prêt à recourir à des moyens complètement sanglant pour mettre fin à la série de meurtres (oui, lui aussi est à bout), je ne vous parle pas non plus des plantes vertes qui en ont assez d’être maltraitées (on ne pense pas assez aux plantes vertes), je vous parle des médecins qui font tourner en bourrique les enquêteurs en ne leur disant pas la vérité, toute la vérité. Il n’est pas question de secrets professionnels, cela, je le comprendrai parfaitement. Non, il est question plutôt de vies amoureuses et sexuelles : le commissaire Workan se contrefout (et moi avec) de leurs préférences, de leurs connivences. Il ne se contrefout pas de ce qui peut nuire à l’enquête – et plus si affinités.

Si je devais résumer l’enquête, je dirai que c’est un beau bordel en fleurs bleus, et que le commissaire a de la chance de s’en sortir, lui et les trois neurones qui sont encore en état de marche. Les autres ont été pulvérisés par les rebondissements de l’enquête, entièrement bourrée de non dits, de mensonge, de crédulité et d’obsession.