Nuits appalaches de Chris Offutt

Présentation de l’éditeur :

À la fin de la guerre de Corée, Tucker, jeune vétéran de dix-huit ans, est de retour dans son Kentucky natal. En stop et à pied, il rentre chez lui à travers les collines, et la nuit noire des Appalaches apaise la violence de ses souvenirs. Sur son chemin, il croise Rhonda, quinze ans à peine, et la sauve des griffes de son oncle. Immédiatement amoureux, tous deux décident de se marier pour ne plus jamais se quitter. Tucker trouve un boulot auprès d’un trafiquant d’alcool de la région, et au cours des dix années qui suivent, malgré leur extrême précarité, les Tucker s’efforcent de construire un foyer heureux : leurs cinq enfants deviennent leur raison de vivre. Mais quand une enquête des services sociaux menace la famille, les réflexes de combattant de Tucker se réveillent. Acculé, il découvrira le prix à payer pour défendre les siens

Mon avis :

Le Kentucky. Ses paysages magnifiques. Ses collines. Ses nuits appalaches.
Dis ainsi, cela sonne comme le prospectus d’une agence de voyage qui essaie de vous fourguer un billet pour ce coin mirifique des États-Unis.
Autant vous dire que si vous vous pointez là-bas, c’est un peu cuit. Le Kentucky, c’est un peu l’équivalent de Trou-paumé-les-bruyères pour la France, en pire : violence, alcoolisme, d’où le désœuvrement des jeunes qui les pousse à faire pas mal de bêtises et à en payer les conséquences.
Tucker, lui, a choisi une autre voie : malgré son jeune âge, il s’est engagé dans l’armée, a combattu en Corée, a été décoré, et à son retour, il ne faut vraiment pas lui casser les pieds, lui qui goûte le bonheur de revoir vivant la beauté des nuits appalaches. Il croise Rhonda, une toute jeune fille, violentée par son oncle le jour même de l’enterrement de son père – ne cherchez pas l’aide des autorités, il est l’adjoint du shérif. Je vous le dis, il ne fallait pas l’embêter, et il règle le problème, qui restera « en famille » : il épouse Rhonda.
Dix ans passent, dix années qui verront le couple Tucker/Rhonda uni, mettant au monde cinq enfants, dont quatre handicapés, sans que les médecins trouvent une explication, si ce n’est que c’est la faute à pas de chance, ou que Tucker et Rhonda sont peut-être incompatibles, comme deux ingrédients qui n’iraient pas ensemble. Oui, les médecins ont de ces formules, parfois, dans le but d’être immédiatement compréhensibles, ce qui les rend encore plus opaques. Le couple n’a qu’un seul objectif, prendre soin de sa famille, et Rhonda ne désespère pas de donner un jour un fils « normal » à son mari – seule Jo, leur fille aînée, a été épargnée, et elle sert de deuxième maman à ses frère et sœurs. Tucker gagne relativement bien sa fille, en temps de trafiquant d’alcool. Oui, à cette époque, l’alcool est encore interdit dans certains états, et le vendre comporte des risques, tout en assurant la subsistance des familles. D’ailleurs, quand les services sociaux viennent rendre visite à Rhonda, elle ne dit pas la véritable activité de son mari, non, elle préfère dire, avec raison, que celui-ci travaille à l’usine, dans un état voisin.
Ah, les services sociaux, j’ai eu très envie de leur dire de se mêler de ce qui les regarde. Je ne parle pas de Hattie, qui a toujours soutenu les Tucker, mesurant ce qu’était véritablement les soins donnés aux enfants, sachant reconnaître l’amour et les bons traitement quand elle les voit. Hattie : une femme lucide, sur son propre cas également, et ce que l’on apprend de son devenir dans l’épilogue m’a fait plaisir – pour elle. Un personnage secondaire, certes, mais merveilleusement campé.
En ce qui concerne le docteur qui l’accompagne, ce sera sans moi par contre. En quoi est-il docteur d’ailleurs, en psychologie ? Et bien il ne l’est pas beaucoup, et sa connaissance des êtres humains en général et des femmes en particulier en fait quelqu’un de fort peu recommandable. La décision qu’il a prise aura de lourdes conséquences, mais pas celle à laquelle il s’attendait – à quoi s’attendait-il, d’ailleurs, lui qui considère les enfants Tucker comme des monstres à mettre à l’asile plutôt que comme des êtres humains, lui qui méconnaît totalement les spécificités de cette région américaine ?
Roman noir ? Oui, mais il comporte quand même des plages lumineuses, de l’espoir, et c’est en cela que l’épilogue est important à mes yeux.
Un roman à découvrir pour voir l’Amérique autrement.

 

11 réflexions sur “Nuits appalaches de Chris Offutt

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