Archive | 28 juillet 2019

Fondation Paradis de Liza Marklund

Présentation de l’éditeur :

Annika Bengtzon travaille à La Presse du soir, dans l’équipe de nuit, depuis presque deux ans. Deux ans que l’affaire Sven, durant laquelle la reporter a été inculpée de meurtre, est bouclée. Deux ans qu’elle bosse la nuit et que le jour, elle survit.  Mais un nouveau drame ébranle la Suède. Double meurtre à Frihamnen : un scoop de rêve pour tout journaliste. Cependant, tandis que ses collègues enquêtent, Annika doit servir de secrétaire à la rédaction. Une véritable corvée ! Jusqu’à l’appel d’Aïda, une jeune femme désespérée : un homme en voudrait à sa vie. Sans réfléchir, Annika lui donne le numéro de la Fondation Paradis, sur laquelle elle compte écrire un article. Mais cette mystérieuse Fondation protège-t-elle vraiment, comme elle le prétend, les gens menacés de mort ?

Merci à Netgalley et aux éditions Hlab pour ce partenariat.

Mon avis :

Je rédige cet avis sas me lancer avant dans l’écriture d’un brouillon. Tant pis ! Je verrai bien ce que cela donnera.

Dans l’ordre chronologique de la vie d’Annika, c’est la deuxième enquête. Deux ans ont passé depuis qu’elle a été disculpée de la mort de Sven, son petit ami qui l’avait totalement vampirisée. Elle travaille comme correctrice à La Presse du soir, c’est à dire qu’elle ne se contente pas de corriger les articles, mais le plus souvent de les réécrire, petite main de l’ombre pour que le journal paraisse en temps et en heure. Ses relations avec les autres sont compliquées et difficiles. Deux ans après la mort de Sven, Annika ne s’en est toujours pas complètement remise, parce qu’on ne peut pas complètement se remettre d’avoir tué quelqu’un, parce que la psychanalyse, pardon, l’obligation de soin, ne remplace pas le soutien, la bienveillance de proches. La seule personne sur qui elle a pu s’appuyer est sa grand-mère, ou encore, mais un peu moins, Anne, son amie hypocondriaque.

Annika en est là quand une femme la contacte, elle fait partie de la fondation Paradis, une fondation qui aide les personnes à « disparaître » quand elles sont en danger, menacés. Oui, l’état suédois fait déjà pour protéger ces personnes, mais la fondation Paradis va encore plus loin. Rebecca (prénom de la jeune femme) ne peut bien sûr tout révéler. Elle sent cependant qu’elle a fait vibrer la corde sensible chez Annika, elle qui sait ce que le mot « violence » signifie.

D’un autre côté, nous suivons monsieur Propret. Ah, pardon, il se nomme Thomas et il est comptable. Il vit dans une belle maison, il a une très belle femme, même s’il se plaint que son ventre n’est plus aussi ferme, qu’elle ne sait pas se servir d’un magnétoscope, qu’elle aime regarder des débats ennuyeux et qu’elle n’est pas toujours disponible pour lui. Bref, il se plaint, alors qu’il n’a pas de réels problèmes. Il veut changer sa vie, déménager ? Il n’a même pas pensé à la solution que lui propose sa femme : pourquoi, s’il veut vraiment travailler à Stockholm, ne va-t-il pas y travailler avec sa voiture ? Ressasser des problèmes n’est pas chercher à les résoudre. Il rencontre alors dans le cadre de son travail Annika. Non, elle n’a toujours pas la possibilité d’écrire à nouveau des articles, elle a reçu le droit d’enquêter plus avant sur la fondation Paradis. Ces deux-là vont se rencontrer et tomber dans les bras l’un de l’autre. Cliché ? Oui, un peu, parce qu’Annika est dans l’excès, tout de suite, imprudente, et que Thomas est capable de se comporter, que ce soit envers elle ou envers sa femme comme le dernier des goujats. Voilà, c’est dire : même s’il est un personnage « de papier », il se comporte comme un macho qui feint de comprendre les femmes.

Les femmes. Dans la série des enquêtes d’Annika, nous sont racontées tout ce qu’elles subissent, endurent, et pour une qui parvient à s’en sortir, combien remplissent les hôpitaux, les cimetières ? Et combien se font du beurre sur le dos de leur souffrance ? Que dire aussi de ses guerres et de ses victimes oubliées, qui cherchent à se reconstruire après avoir dû fuir leur pays, parce qu’elles n’y étaient plus/pas en sécurité ? Beaucoup de questions, et c’est un des mérites de ce livre de nous les poser. Il nous demande aussi quelles informations l’on a vraiment envie de lire, quelles manipulations peuvent se trouver derrière elles. Etre journaliste est une chose, accomplir pleinement son métier en est trop souvent une autre.

 

 

Nuits appalaches de Chris Offutt

Présentation de l’éditeur :

À la fin de la guerre de Corée, Tucker, jeune vétéran de dix-huit ans, est de retour dans son Kentucky natal. En stop et à pied, il rentre chez lui à travers les collines, et la nuit noire des Appalaches apaise la violence de ses souvenirs. Sur son chemin, il croise Rhonda, quinze ans à peine, et la sauve des griffes de son oncle. Immédiatement amoureux, tous deux décident de se marier pour ne plus jamais se quitter. Tucker trouve un boulot auprès d’un trafiquant d’alcool de la région, et au cours des dix années qui suivent, malgré leur extrême précarité, les Tucker s’efforcent de construire un foyer heureux : leurs cinq enfants deviennent leur raison de vivre. Mais quand une enquête des services sociaux menace la famille, les réflexes de combattant de Tucker se réveillent. Acculé, il découvrira le prix à payer pour défendre les siens

Mon avis :

Le Kentucky. Ses paysages magnifiques. Ses collines. Ses nuits appalaches.
Dis ainsi, cela sonne comme le prospectus d’une agence de voyage qui essaie de vous fourguer un billet pour ce coin mirifique des États-Unis.
Autant vous dire que si vous vous pointez là-bas, c’est un peu cuit. Le Kentucky, c’est un peu l’équivalent de Trou-paumé-les-bruyères pour la France, en pire : violence, alcoolisme, d’où le désœuvrement des jeunes qui les pousse à faire pas mal de bêtises et à en payer les conséquences.
Tucker, lui, a choisi une autre voie : malgré son jeune âge, il s’est engagé dans l’armée, a combattu en Corée, a été décoré, et à son retour, il ne faut vraiment pas lui casser les pieds, lui qui goûte le bonheur de revoir vivant la beauté des nuits appalaches. Il croise Rhonda, une toute jeune fille, violentée par son oncle le jour même de l’enterrement de son père – ne cherchez pas l’aide des autorités, il est l’adjoint du shérif. Je vous le dis, il ne fallait pas l’embêter, et il règle le problème, qui restera « en famille » : il épouse Rhonda.
Dix ans passent, dix années qui verront le couple Tucker/Rhonda uni, mettant au monde cinq enfants, dont quatre handicapés, sans que les médecins trouvent une explication, si ce n’est que c’est la faute à pas de chance, ou que Tucker et Rhonda sont peut-être incompatibles, comme deux ingrédients qui n’iraient pas ensemble. Oui, les médecins ont de ces formules, parfois, dans le but d’être immédiatement compréhensibles, ce qui les rend encore plus opaques. Le couple n’a qu’un seul objectif, prendre soin de sa famille, et Rhonda ne désespère pas de donner un jour un fils « normal » à son mari – seule Jo, leur fille aînée, a été épargnée, et elle sert de deuxième maman à ses frère et sœurs. Tucker gagne relativement bien sa fille, en temps de trafiquant d’alcool. Oui, à cette époque, l’alcool est encore interdit dans certains états, et le vendre comporte des risques, tout en assurant la subsistance des familles. D’ailleurs, quand les services sociaux viennent rendre visite à Rhonda, elle ne dit pas la véritable activité de son mari, non, elle préfère dire, avec raison, que celui-ci travaille à l’usine, dans un état voisin.
Ah, les services sociaux, j’ai eu très envie de leur dire de se mêler de ce qui les regarde. Je ne parle pas de Hattie, qui a toujours soutenu les Tucker, mesurant ce qu’était véritablement les soins donnés aux enfants, sachant reconnaître l’amour et les bons traitement quand elle les voit. Hattie : une femme lucide, sur son propre cas également, et ce que l’on apprend de son devenir dans l’épilogue m’a fait plaisir – pour elle. Un personnage secondaire, certes, mais merveilleusement campé.
En ce qui concerne le docteur qui l’accompagne, ce sera sans moi par contre. En quoi est-il docteur d’ailleurs, en psychologie ? Et bien il ne l’est pas beaucoup, et sa connaissance des êtres humains en général et des femmes en particulier en fait quelqu’un de fort peu recommandable. La décision qu’il a prise aura de lourdes conséquences, mais pas celle à laquelle il s’attendait – à quoi s’attendait-il, d’ailleurs, lui qui considère les enfants Tucker comme des monstres à mettre à l’asile plutôt que comme des êtres humains, lui qui méconnaît totalement les spécificités de cette région américaine ?
Roman noir ? Oui, mais il comporte quand même des plages lumineuses, de l’espoir, et c’est en cela que l’épilogue est important à mes yeux.
Un roman à découvrir pour voir l’Amérique autrement.