Archive | 26 juillet 2019

Les histoires (presque) vraies de Mathilda par Susanna Mattiangeli et Rita Petruccioli

Présentation de l’éditeur:

Dans son carnet, Mathilda écrit tout ce qui lui passe par la tête et transforme son quotidien en histoires, toutes plus farfelues les unes que les autres. Son modèle absolu est anglaise et romancière, et évidemment, elle est prête à tout pour la rencontrer ! Un roman pétillant et richement illustré à la fantaisie débordante.

Mon avis :

Drôle, drôle, drôle.
J’aimerai que tout le monde soit aussi inventif que Mathilda. Oui, ces histoires sont presque vraies, mais attention, il ne s’agit pas de mentir, il s’agit de romancer une réalité des plus ordinaires, et sublimer ainsi des exercices aussi ordinaires qu’effectuer une division au tableau ou faire une séance de calcul.
Mathilda se veut romancière, elle a déjà une héroïne préférée, CatWoman, qui sauve le monde et visite des époques historiques variées – et les autrices sont bien documentées. J’aime les situations qui nous montrent un livre dans un livre, qui prouvent que l’écriture est doublement créative, et qu’une fois le livre refermé, d’autres histoires sont encore possibles. La jeune héroïne est capable de se projeter dans l’avenir, de savoir ce qu’elle veut dans la vie, que ce soit plus tard, mais aussi maintenant. Les illustrations sont parfaitement intégrées dans le récit, à la hauteur de l’originalité de l’histoire, de la créativité de Mathilda. Celle-ci est parfois un peu trop directe (ah ! sa lettre à son autrice favorite) ce qui prouve aussi sa détermination.
Un livre à conseiller à tous les jeunes lecteurs.

 

Bienvenue à Korototoka par Anne Ostby

Présentation de l’éditeur :

Sina, Maya, Ingrid et Lisbeth reçoivent un jour une lettre qui vient chambouler leur vie monotone. Elle leur a été adressée par Kat – Kat l’aventurière –, une vieille amie de lycée qui n’a eu de cesse de voyager, une fois son diplôme en poche : « Viens ici ! Laisse derrière toi tout ce qui n’a pas marché. » Et les voici prêtes à tenter le coup. Après tout, à l’approche de la retraite, pourquoi ne pas tout plaquer pour aller vivre dans une plantation de cacao aux îles Fidji ? À nouveau réunies à l’autre bout du monde, au milieu de l’océan Pacifique, les cinq amies vont se lancer dans la fabrication de chocolat. Bienvenue à Korototoka, où il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves.

Merci aux éditions Nil et à Netgalley pour ce partenariat.

Mon avis :

Le sous-titre pourrait presque être trompeur. Oui, il est question d’amitié, oui, il est question de chocolat, mais pas que.

L’histoire n’est pas longue à démarrer – il n’aurait plus manqué que de longs atermoiements, de longues discussion, réflexions, avant que les quatre amies ne se décident à rejoindre Kat. Un tel arc narratif aurait été possible après tout – qui part rejoindre une amie de lycée,  plus de quarante ans après la fin du lycée ? Nous en avons un exemple avec ses quatre sexagénaires – trois, au début, puisque Maya ne les rejoint qu’en dernier. Ce récit aurait pu ressembler à une bouffée de nostalgie, les amies ne cessant de se remémorer leurs années lycées, constatant que le temps avait passé. Nous sommes loin du compte, heureusement. Da,ns ce récit, l’histoire est au présent, elle est dans l’avenir, elle ne s’écrit pas au passé. Nous ne sommes pas dans une oeuvre dans laquelle de « lourds secrets » ont assombri la vie de chacune, les empêchant, et bien de vivre, justement. Chacune d’elles a mené sa vie, à sa manière, et ne remet pas en question ce qu’elles ont vécues.

Elles ont pourtant toutes les quatre menées des existences fort différentes, et elles ont toutes, aujourd’hui, l’âge de la retraite. Maya a mené une belle carrière d’enseignante, Ingrid était comptable, Sina a surtout effectué un travail alimentaire – n’était-elle pas fille mère, d’un garçon qui, la cinquantaine approchant, n’est toujours pas autonome ? Mère, justement, conjointe, faire valoir, Lisbeth l’a été. Elle est sans doute celle qui vit le plus mal le vieillissement puisqu’elle perd les atouts qui ont assuré son identité pendant toutes ses années – Ingrid, célibataire sans enfant, n’est pas prête de perdre ses pieds pointure 42.

Le texte ne manque pas d’humour, il ne manque pas de profondeur non plus. Il nous questionne sur le vieillissement, sur la solidarité, sur le lieu parents/enfants que l’on parvient (ou pas) à créer, sur la confrontation avec une culture qui n’est pas la nôtre. Oui, il est des faits, des comportements que les cinq femmes, même avec la meilleure volonté du monde, ne comprennent pas. Ce n’est pas que les traditions ont la vie dure, c’est que chacun a ses valeurs et a parfaitement le droit de vouloir les conserver.

Il nous enjoint aussi à oser dire ce que l’on veut vraiment dans la vie : Kat et Lisbeth ont plus en commun qu’elles ne le pensent, elles qui voulaient ressembler à ce que l’homme qu’elles aimaient voulaient qu’elles soient.