Archive | 24 juillet 2019

Les nouvelles enquêtes de Nestor Burma Crime dans les Marolles par Nadine Monfils

Présentation de l’éditeur :

« Guy Marchand, mon acteur fétiche, beau comme une Ford Mustang, même à l’âge d’être l’ermite des tarots. Le sourire c’est comme le charme, ça ne vieillit jamais. La pétillance dans le regard non plus. Puis la voix…Signoret et Trintignant, ou encore Jeanne Moreau…Ça te fait une valse à mille temps, rien qu’en te disant bonjour. Tu parles que j’en ai entendu parler ! Il y a quelques années, cette terrible histoire avait défrayé la chronique. On l’avait surnommée Beast, la bête, parce que le criminel avait fait un carnage. La nuit du 16 juin, un jeune homme, Léo Straum s’était réveillé dans l’entrepôt de textiles de ses parents, situé dans le quartier des Marolles, rue des Capucins, avec son père, sa mère et sa sœur éventrés et lardés de coups de couteaux. Une vraie boucherie. Les murs étaient éclaboussés de sang et le gars ne se souvenait plus de rien. »

Mon avis :

J’aime beaucoup le personnage de Nestor Burma, j’aime les romans de Nadine Monfils et le hasard faisant bien les choses, j’aime aussi Guy Marchand, et le voir dans une enquête de Burma aux côtés de Burma ne manque pas de saveur.

Grâce à ces deux compères, nous plongeons dans le milieu bon enfant et fantasque du cinéma belge. Oui, bon enfant, n’a-t-il pas donné au cinéma de grandes vedettes – je ne résiste pas au plaisir de citer JCVD ? Ce récit est un hymne à l’amitié, entre Guy et Nestor, mais aussi entre Nestor et Mansour, toujours prêt à aider son patron et à le faire profiter de son humour. Oui, l’humour est constant, brillant, inventif.

Petit extrait : Je crois que les geeks restent de grands ados. Il y a un truc hyperintelligent dans leur cerveau qui côtoie une caisse à jouets mal refermée. 

Et il en faut, de l’humour, pour nous raconter, ou plutôt pour écrire cette version de l’affaire Léo Straum. Celui-ci s’est réveillé, entouré des cadavres de ses parents et de sa soeur. Il ne se souvient de rien, et aujourd’hui, sa petite amie demande à Nestor de prouver l’innocence de son amoureux. Nestor ne peut résister, il enquête. Seulement, enquêter, c’est à double tranchant, puisque prouver l’innocence signifie trouver le ou les véritables coupables, et faire toute la lumière sur une affaire aussi dramatique n’est pas sans conséquence. C’est une question de courage, aussi, et l’on s’aperçoit, à la lecture que, pour des personnes qui osent vivre leur vie comme ils l’entendent – je pense  nouveau Nestor, Guy, qui ne s’embarrassent pas du qu’en dira-t-on, c’est sans intérêt- il en est d’autres, tellement d’autres qui, pour beaucoup de (mauvaises) raisons, ne s’autorisent pas à vivre leurs véritables désirs, leurs amours, et c’est bien dommage.

Une oeuvre forte et tendre à la fois.

 

L’éducation inclusive, concrètement, que faire ? de Jacques Joguet.

Mon avis :

Cela s’appelle faire une bourde. J’ai demandé ce livre lors de la précédente masse critique, et je remercie Babelio et les éditions Tom Pousse d’avoir accédé à la demande.
Vous allez me dire : en quoi est-ce une bourde ? C’est tout simple : je croyais que le livre était destiné aux enseignants avant tout, et il l’est aux parents, comme le signifie le quatrième de couverture. Au temps pour moi. Je cherchais avant tout dans ce livre de nouvelles idées à mettre en pratique. Autant vous le dire, je n’ai pas trouvé de nouvelles idées, et j’ai beau me dire qu’il faut que je laisse murir cette lecture, que j’ai fractionnée, je ne pense pas que j’en tirerai quelque chose. Pourquoi ?

Déjà, à plusieurs reprises, les professeurs sont largement et abondamment critiqués (oui, j’utilise une hyperbole). Un exemple parmi d’autres (je tiens à préciser que je ne lis jamais un livre comme le font certains collègues, ne comptez pas sur moi pour mettre des post-it partout, surligner de toutes les couleurs les passages les plus significatifs) : la stigmatisation des « contrôles surprises » (p. 106). Bizarre, bizarre, personne, dans l’établissement où j’exerce, n’en fait. Pour quelles raisons ? Je vous fais la version courte : parce que les contrôles surprises ne servent à rien, si ce n’est à rompre la progression pédagogique mise en place, à ruiner totalement les évaluations prévues et annoncées en début de séquence (pas eu l’impression que l’on parle beaucoup d’elles dans le livre).

De même, en tant qu’ancienne bonne élève, je me suis sentie aussi discriminée – comme certains professeurs l’ont fait dans ma scolarité, n’hésitant pas à me comparer à un « singe » ou disant que je n’étais pas « intéressante ». Les compliments s’oublient, les humiliations, jamais. Je cite la phrase exacte (p. 43) : « les excellentes performances d’un élève dans la maîtrise d’une langue étrangère, en mathématiques ou dans toute autres discipline, n’augurent en rien la qualité de sa réponse face à la détresse d’un de ses proches ». Non, mais en quoi ces « excellentes performances » devraient être le signe qu’iel ne saurait y répondre ? La phrase peut se retourner dans les deux sens. Et là, je tombe à nouveau dans l’écueil qui fait que je parle plus de moi, que du livre.

Il est question aussi des compétences – bon, nous évaluons par compétences depuis de nombreuses années, beaucoup d’établissements n’évaluent plus avec des notes, donc parler du bien-fondé des compétences avec moi, c’est prêcher une convaincue.

Je regrette aussi que la question des ATSEM et des AESH soit évacuée très rapidement, au détour d’une phrase. Et pourtant… Leur rôle est très important et il aurait été intéressent de les présenter.

J’ai été aussi gênée par la comparaison entre la loi sur le handicap de février 2005 et la loi contre la peine de mort (p. 154). Alors oui, l’auteur prend des précautions oratoires pour effectuer cette comparaison, elle n’en est pas moins présente, et n’aide pas vraiment l’inclusion de tous les élèves. Il rappelle que la population était à l’époque majoritairement favorable à la peine de mort. De nos jours, la population est-elle à 60 % favorable à l’exclusion des personnes en situation de handicap ? Pour pousser le bouchon plus loin, une personne « exclue » peut être « incluse » à tout moment, un condamné à mort, c’est un peu plus difficile.

Il est question aussi de formation – et croyez-moi, je suis très « demandeuse » à ce sujet. Il est dit « apparemment, aucune obligation pour le second degré ». certes, mais se former fait partie de nos obligations, et à chaque inspection nous est demandé quelles formations nous avons suivies, et ce qu’elles nous ont apporté (ou pas). Il n’est dit à aucun moment à quel point il est difficile d’obtenir de formation, voire de les inscrire au PAF – et de trouver des formateurs.

Bref, un livre qui ne m’a pas apporté autant que je l’aurai voulu. J’ai eu le choix de rédiger cet avis en tant que professeur, ou en temps que Sharon, la blogueuse. Soyons clair : elles sont une seule et même personne, qui se refuse à être professeur 24 heures sur 24.