Archive | 13 juillet 2019

Le loup rouge de Lisa Marklund

Présentation de l’éditeur :

Mon avis :

Mais qu’arrive-t-il  à Annika ? Oui, elle a vécu des événements particulièrement douloureux dans le volume précédent, et elle a mis du temps, beaucoup de temps à s’en remettre. Il n’est même pas sûr, d’ailleurs, qu’elle en soit totalement remise. Elle a repris le travail, à sa manière, sans avoir, comme toujours, le plein soutien de son mari, qui trouve tout de même qu’une femme à la maison, qui fait la cuisine et s’occupe à temps plein des enfants, c’est bien.

Il faut dire que Thomas, son mari, est un homme comme on en fait trop, ou plutôt comme on imagine qu’il n’en existe plus. En apparence, il est le mari idéal, il a une bonne situation, il s’occupe des enfants. En réalité, il ne s’est toujours pas fait à son mariage avec Annika, qui ne correspond pas du tout à son idéal féminin. Oui, il regrette Eleonor, sa première femme, encore et toujours, parce qu’elle était parfaitement assortie à ses meubles. Non, je ne blague pas, je cite quasiment le texte de mémoire : elle se fondait en souplesse dans le décor, elle ne dépareillait pas, ni par son physique, ni par sa manière d’occuper l’espace, ni par ses tenues, encore moins par son métier. Les principes qu’il a reçus de ses parents, qu’il a intégrés, si j’ose dire, sont bien vifs, et que la solution qu’il trouve à ses contradictions est somme toute bien classique. Par contre, ce que fait Annika la fait plonger du côté obscure du journalisme, et ce qui était une gaffe quand elle a débuté neuf ans plus tôt est bien loin d’en être une. Voilà pour son parcours personnel, qui ne peut absolument pas être séparé de son parcours professionnel.

Là, rien ne va plus non plus, et son chef ne veut plus la suivre. Des terroristes en Suède ? Impossible. Pas vendeurs. Il ne faut pas exagérer. Il a d’autres priorités : réussir à faire vendre son journal, et d’autres choses encore qui ont tout à voir avec les finances, et fort peu avec l’intégrité journalistique. Pour Annika, il ne s’agit plus seulement de ménager la police, et surtout son contact attitré, il s’agit de mener l’enquête contre l’aval de son chef et mentor, c’est à dire en étant totalement démolie moralement, mais en étant persuadée, eu égard aux preuves qu’elle a collectées, qu’elle est sur la bonne piste.

Rendons leur justice : la police sait se taire si c’est nécessaire. Plus nous progressons dans le récit, plus nous devons constater que l’assassin ne recule devant rien – était-ce celui qui a commis un attentat trente ans plus tôt ? Il est en tout cas un fil conducteur, qui replonge certains protagonistes dans un passé qu’ils auraient bien voulu oublier. Et il a été curieux, pour moi, de voir mai 68 du point de vue des Suédois, qui auraient souhaité qu’un autre mai 68 surviennent dans leur pays. Utopie ? Pas seulement.

Le loup rouge est un opus sombre, sanglant, inquiétant – et pourtant, les tomes précédents étaient sans concession sur ce que l’homme était capable de faire à ses semblables. Qu’adviendra-t-il d’Annika et des siens après ? Difficile à dire.