Archive | 31 juillet 2019

Le testament de Nobel de Liza Marklund

édition France Loisirs – 578 pages.

Présentation de l’éditeur :

Lors du banquet organisé à la remise du prix Nobel, la directrice du prestigieux institut est abattue par une tueuse à gages. Principale témoin de la scène, Annika, journaliste. Malgré la menace qui plane sur sa vie, la jeune femme décide de mener sa propre enquête. Entre l’implacable tueuse et la journaliste, le duel s’annonce sanglant… et sans merci.

Mon avis :

Bonjour à tous !
Je conclus le mois de juillet sur mon blog avec cette sixième aventure d’Annika, une héroïne dont j’ai suivi la trajectoire tout au cours du mois. Oui, je me suis vraiment attachée à elle, et je me demandais, après tout ce qui lui était arrivé le tome précédent, ce qu’elle pouvait bien devenir.
Soyons clair : c’est une catastrophe. Elle fait n’importe quoi dans sa vie personnelle, mais alors là, n’importe quoi. Je ne parviens même pas à trouver des arguments pour la sauver. Un exemple, parmi d’autres : elle et son mari sont invités à manger chez ses beaux-parents, avec d’autres convives. Ils viennent avec les enfants – normal – sauf que rien ne convient aux enfants, donc Annika s’en va et les emmène dîner au MacDo le plus proche. Spontanément, je me dis que ce n’est pas le meilleur moyen d’être appréciée par ses beaux-parents (qui n’ont jamais pu l’encadrer) et qu’il devait bien exister d’autres moyens de nourrir ses enfants, non ? Ce n’est rien de dire que le couple bat de l’aile. Thomas ne se sent pas assez soutenu par sa femme, il ne supporte pas sa profession, elle ne se remet pas de l’adultère de son mari, elle lui a soigneusement dissimulé qu’elle sait, et ce « secret » qui en est à peine un pourrit leur relation. Quant à Anne, meilleure amie d’Annika, elle se laisse furieusement aller – je ne donne pas cher de leur amitié, surtout qu’Anne a emprunté de l’argent à Annika, et que celle-ci manque d’énergie pour à peu près tout.
Surtout, il y a son métier, et là, ce n’est pas terrible non plus. Elle a assisté, lors de la remise du prix Nobel, à un assassinat, elle ne peut même pas écrire un papier là-dessus, secret de l’instruction oblige. Son chef, qu’elle a mis dans une position délicate dans le tome précédent, ne l’apprécie plus vraiment, et voudrait même, lui qui avait pourtant fondé de grands espoirs sur elle, la voir quitter le journal.
Et pendant que chacun a ses soucis personnels, il ne faut pas oublier que la directrice du prestigieux institut Nobel a été assassinée, après que le titulaire du prix Nobel de médecine a reçu une balle dans la jambe (et Annika et ses confrères feront plus de commentaires sur leur apparence que sur le meurtre). Tout de suite, c’est la piste terroriste qui est privilégiée, et l’on nous montre, incidemment, les dérives que la lutte contre le terrorisme peut engendrer. Ne me faites pas écrire ce que je n’écris pas : oui, le terrorisme existe, et ses conséquences sont terribles (26 juillet 2016, la date qui m’a le plus touchée à titre personnel) mais la peur, aveugle, le fait de frapper « préventivement », de traquer pour une phrase de trop, une opinion jetée aux quatre vents, me terrifient tout autant. Et c’est ce qui est au coeur du couple Thomas/Annika : l’opposition entre deux visions du problème et de la manière de le régler.
Leur couple. On en revient toujours là. On tourne en rond. On en revient aussi à la parentalité, parce qu’Annika se pose maintenant des questions qu’elle aurait dû se poser avant. Ai-je le droit de mettre au monde des enfants dans le monde où nous vivons ? Et bien, tu en as mis deux au monde, il est trop tard pour revenir en arrière. Ne puis-je laisser couper mon portable pendant quatre heures sans qu’un problème ne surgisse ? Logiquement, oui, sauf que mes proches qui ont des enfants le savent, le portable ne doit pas être « complètement » éteint – je trouve même étonnant qu’une journalise prenne ainsi quatre heures d’injoignabilité (si ce mot n’existe pas, je l’invente) à peine a-t-elle reprit le travail. Pour le coup, Annika m’a fait penser à une gamine qui chouine parce que sa sortie ne s’est pas déroulée comme prévue. Même, j’ai trouvé assez indécent le comportement de son mari. Qu’il quitte une réunion importante parce que la crèche l’appelle, son enfant s’est blessé est pour moi normal : la mère n’a pas seule la charge des enfants. Mais qu’il fasse téléphoner son fils pour que les messages culpabilisent sa mère me paraît plus que moyen. Thomas et Annika ne communiquent plus réellement, les désirs de chacun sont différents, et Annika interprète mal les désirs de son mari, quand (et c’est traditionnel) elle n’est pas la seule à assumer la charge mentale. Pour ma part, puisque son mari tient à ce que des légumes soient servis tous les soirs, pourquoi ne les cuisine-t-il pas ? Je m’étonne aussi de la violence du voisin, devant témoin, et que personne ne réagisse, surtout pas les collègues de Thomas qui travaillent au ministère de la justice.
Je parle, je parle, et j’en oublie presque le sujet du livre : le prix Nobel de médecine, et la manière dont il est attribué. Nous découvrons le petit monde des chercheurs, la manière dont il est facile de « magouiller », de s’approprier les recherches d’autrui, à croire que c’est une matière comme une autre dans la recherche. En conséquence, à moins d’être un véritable chercheur, les hommes et les femmes pourraient oublier la finalité de leur travail : oeuvrer pour le bien commun, non pour sa renommée personnelle. Oui, cela n’occupe qu’une toute petite partie du roman. Ce n’est pas dommage, pourtant, parce qu’il brasse des thèmes riches, comme l’évolution de la presse – pour avoir jeté un coup d’oeil aux cinq tomes suivants, pas encore traduits en français, la saga suit l’évolution du monde de la presse sur une quinzaine d’années, quinze ans qui ont tout changé pour la presse écrite.
Il est question aussi, j’ai presque failli l’oublier, de tueuse à gage. Un métier rare pour une femme. Nous avons le rare privilège d’être dans la tête de la tueuse, qui fait son métier avec un grand professionnalisme – voir le sort qu’elle réserve aux amateurs. Oui, dès le début, nous connaissons son identité, nous ignorons simplement le nom de son (ou sa) commanditaire.
Je n’ai pas envie de dire au revoir à Annika ainsi, non, j’ai envie de lui dire au revoir comme a choisi de le faire son autrice. Alors, je lis la suite en italien ou en anglais, seules traductions disponibles à ce jour ?