Archive | 18 juillet 2019

L’année de la pensée magique de Joan Didion

Présentation de l’éditeur :

Une soirée ordinaire, fin décembre à New York. Joan Didion s’apprête à dîner avec son mari, l’écrivain John Gregory Dunne – quand ce dernier s’écroule sur la table de la salle à manger, victime d’une crise cardiaque foudroyante. Pendant une année entière, elle essaiera de se résoudre à la mort du compagnon de toute sa vie et de s’occuper de leur fille, plongée dans le coma à la suite d’une grave pneumonie.

Mon avis :

J’ai mis du temps avant de me poser devant l’ordinateur et de rédiger cet article. J’ai en effet lu le livre à une période un peu compliquée du point de vue professionnel et je ne voulais pas écrire cet avis sur un livre qui parle de deuil alors que j’en vivais un moi-même.

Avant de rédiger cet avis, j’ai jeté un coup d’oeil sur Babelio, et ouille ! je n’aurai pas dû, c’est la fameuse fausse bonne idée. Disons que les avis sont très différents du mien. Donc, je retourne au mien, c’est plus simple.

Il suffit d’un rien, de quelques minutes pour que le monde de Joan Didion s’écroule : son mari John Gregory Dunne meurt d’une crise cardiaque alors qu’ils allaient passer à table. Le décès sera officiellement prononcé à l’hôpital quelques minutes plus tard. Pourtant, la « cérémonie d’adieu » n’aura lieu que quelques mois plus tard : Quintana Roo, leur fille unique, est plongée dans le comas des suites d’une pneumonie. Pour Joan, il faut donc essayer de vivre et de préserver sa fille – ce à quoi elle échouera, puisque Quintana comprendra très vite, après sa sortie du comas, qu’il est arrivé quelque chose à son père.

Cette année, cette écriture nous parle du deuil à une époque où le deuil est caché, où il est impossible de le vivre, réellement. Montrer sa douleur est impossible, et comme le souligne Joan Didion sont loués ceux qui ne montrent aucun signe de douleur. Elle se plonge même dans un « manuel » de savoir-vivre du deuil, qui dit non comment se comporter en cas de deuil, mais comment les personnes qui entourent une personne endeuillée doivent se comporter pour l’aider. A méditer, parce qu’on n’y pense pas assez.

Cette année, c’est aussi l’occasion d’apprendre à vivre sans lui, sans ce compagnon d’une vie, ce compagnon d’écriture, celui qui relisait toujours ses textes, ses articles, celui qui l’épaulait. Celui aussi avec lequel elle n’était pas toujours d’accord, avec qui elle pouvait se disputer. Ce livre est un hommage, le récit de moments heureux, de moments magiques, le moyen de le faire revivre à travers ces pages.

Pas de pathos, pas de témoignages larmoyants : le but n’est pas de faire pleurer dans les chaumières, et pourtant, que de douleurs dans ses lignes, que de difficultés pour simplement poursuivre, accomplir les gestes de la vie, retourner au chevet de sa fille. L’année de la pensée magique est un livre dans lequel il restait encore un peu d’espoir à Joan Didion : sa fille mourra peu après sa parution, et elle lui rendra hommage à son tour dans un livre désespéré : Le bleu de la nuit.

Deadline de Lisa Marklund

Présentation de l’éditeur :

Stockholm, une semaine avant Noël.
C’est la course pour trouver les cadeaux de fin d’année, et avec deux enfants, la journaliste Annika Bengtzon a fort à faire. Mais un appel reçu au beau milieu de la nuit va la pousser à se rendre, glacée jusqu’aux os, sur une nouvelle scène de crime, une scène de cauchemar. Le prochain gros titre de son journal. Et pas le moindre. Car une violente explosion a détruit le chantier du stade olympique, quelques mois à peine avant les jeux. Parmi les débris, la police retrouve les restes d’une femme. Il s’agit de Christina Furhage, la charismatique présidente du Comité olympique suédois. Le pays entier redoute la prochaine attaque terroriste, qui semble inévitable. Pour Annika, ce n’est pas si simple. Mais en voulant démasquer le poseur de bombes, Annika risque fort d’apparaître sur la liste de ses prochaines cibles…

Mon avis :

Ce tome marque une grande étape dans la vie d’Annika :  elle a été promue à un poste à responsabilité. Elle qui a largement prouvé son amour pour son travail passe de plus en plus de temps au journal et en reportage, au grand dam de Thomas, son mari, le père de ses deux enfants. Tout est loin d’être idyllique, Thomas apprécie peu qu’elle s’investisse autant dans son travail, et ses subordonnés ont du mal à accepter ses directives, quand ils ne contestent pas le moinde de ses actes. Bienvenue dans le monde de la presse, un monde pas du tout puéril.

Je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle entre Annika et Christina, la victime de l’attentat. Elles sont réussies, bien qu’elles soient des femmes – ou parce qu’elles sont des femmes, là est toute la question. Christina a sacrifié sa vie de femme et de mère pour son travail, elle a sacrifié ses amours aussi. La presse a été très importante dans la construction de cette image de femme parfaite, masquant généreusement, en un photoshop littéraire, toutes les failles, toutes les blessures, de Christina et des siens. Surtout des siens. La résilience est cependant possible, comme le prouvera, bien plus loin dans le récit, un personnage dont l’importance avait été dissimulé au public – la presse peut faire beaucoup, y compris quand elle croit tout savoir.

L’attentat a eu lieu dans un stade en construction pour les jeux olympiques, et pourtant, de sport, il en sera fort peu question. S’il faut chercher un sujet central, il s’agit vraiment des violences faites aux femmes, et leur impuissance à lutter contre ce fléau. Le signaler ? En théorie, ou, en pratique, les plaintes aboutissent rarement, quand elles sont véritablement prises par la police. Les soucis au travail ? Si un homme et une femme se retrouvent mis dans la balance, c’est l’homme que l’on favorise le plus souvent. Ne parlons même pas des histoires d’amour que certains font interdire sur les lieux de travail (Christina, la victime, avait crée un article de règlement dans ce sens) : c’est toujours la femme qui paie les pots cassés, pas l’homme, même si, pour vivre une histoire d’amour, il faut être deux. Une femme, en difficulté, s’appuiera toujours sur un homme pour l’aider – Annika elle-même ne s’en sort que parce qu’elle a le soutien de son supérieur. De même, il ne faut surtout pas croire qu’une femme qui a réussi aidera d’autres femmes, non, sa réussite ne se voit véritablement que si elle est la seule femme à être arrivée au sommet. Oui, un peu, mais Annika elle-même, parfois, préfère écouter des témoignages masculins plutôt que féminins – être journaliste et coller à l’actualité l’empêche aussi de prendre son temps et de se poser des questions. J’ai failli dire « les bonnes questions », mais Annika cherche parfois, simplement, à être efficace.

Oui, bien sûr, il y a une enquête, et Annika retrouve son informateur habituel de la police, son « contact » devrai-je dire. Les attentats sont bien réels, et il est hors de question qu’ils se poursuivent – heureusement, me direz-vous, une société ne peut laisser la violence l’envahir ainsi. Il faut aussi se demander, encore et toujours, comment on en est arrivé là.

Je terminerai sur un dernier point, plus léger, qui m’a questionné. Il est toujours fait question de ce que mange Annika, déjeuner, dîner, c’est quasiment systématiquement noté. Ce n’est pas simplement pour meubler, non, cela renforce le côté humain d’Annika, qui ne peut pas tenir, faire son travail, si elle ne se nourrit pas correctement. Logique.