Archive | 7 juillet 2019

Meurtre en prime time Une enquête d’Annika Bengtzon par Lisa Marklund

Présentation de l’éditeur :

Alors qu’Annika Bengtzon allait partir en week-end avec sa famille, elle est appelée par son journal. Nouveau meurtre. Et pas n’importe lequel : Michelle Carlson, vedette du petit écran, a été tuée d’une balle dans la tête. En acceptant de couvrir l’événement, Annika ne s’attendait pas à ce que ce drame la touche d’aussi près. C’est Anne, une de ses amies, qui a découvert le corps. La veille même de l’assassinat, elle s’était violemment disputée avec Michelle. Il n’en faut pas plus à la police pour faire d’Anne le principal suspect. Annika n’a pas le choix. Elle doit découvrir la vérité… ou son amie passera le reste de ses jours derrière les barreaux.

Merci à Netgalley et aux éditions HLAB pour ce partenariat.

Mon avis :

Soyons clair : c’est le bordel dans le monde de la presse et de la télévision suédoise, et je pèse mes mots. Je retrouve Annika dans le tome 3 de ses enquêtes, et s’il est des choses qui ont changé, d’autres par contre sont toujours présentes. Annika est aujourd’hui en couple (elle n’est pas mariée) et mère de deux jeunes enfants. Seulement, sa vie de couple est loin d’être idyllique, au point qu’elle préfère partir en urgence sur un reportage – le meurtre d’une vedette du petit écran – que d’accompagner son mari en week-end dans sa famille, qui ne l’a jamais acceptée. Et oui : Thomas, son compagnon, était marié à une femme ayant une très belle situation, et sa liaison avec Annika a bousillé son mariage. La naissance de deux enfants n’a pas réconcilié la famille : d’ailleurs, la mère de Thomas se préoccupe peu de ses petits enfants, et met son fils face à ses devoirs de père. Thomas se demande si être père compense le fait d’avoir quitté une femme aussi formidable que son ex-femme, Annika elle-même parfois s’interroge sur le fait d’être mère – bref, tout ne va pas très bien aux royaumes des amoureux.

Au royaume de la presse encore moins. L’éthique ? Elle existe réellement ? Je n’en ai pas vu de trace dans ce roman, ou si peu. Le journal a eu des procès, des menaces de procès, des médiations, et ceux qui le dirigent ne suivent pas vraiment la même ligne éditorial, pour ce journal dit « familial » qui ne recule cependant pas devant des informations croustillantes ou des reportages un peu controversés. L’important : qui finance le journal, et tant pis si les petits protégés des généreux gestionnaires ne sont pas les meilleures plumes de la rédaction, encore moins ceux qui savent prendre des précautions oratoires en écrivant.

La victime ? On l’oublierait presque, tant le frémissement médiatique est intense. Nous sommes littéralement au cœur du travail de l’info, qui consiste autant à chercher, à tenter de recueillir des informations, quitte à attendre, à guetter, un peu comme des paparazzi (ou plutôt comme des paparazzi) des personnes qui ont peut-être des éléments qui serviront de base à un futur article. Ou à faire progresser l’enquête. Parce que l’on ne peut rien y changer : Michelle Carlson a bel et bien été assassinée, et elle était une vedette, aimée des téléspectateurs, pas vraiment de ses collègues – tout le monde voulait sa place, tout le monde, ou presque, pensait qu’elle ne méritait pas sa place. Un exemple ? Anne, amie d’Annika, à la vie sentimentale particulière – en couple, une fille, vit dans un appartement avec elle mais sans son compagnon. Elle était bourrée de rancoeur, ne supportait plus les conditions de tournage imposée, et fait une suspecte idéale – ce n’est pas les dix petits nègres, ce sont les douze suspects. Non, suivre l’enquête n’est pas difficile, il s’agit simplement de comprendre que, contrairement aux séries télévisées, l’on n’a pas qu’un suspect, mais tout une ribambelle, et que les enjeux sont le pouvoir, et la prise de pouvoir au sein de la rédaction du journal.

Meurtre en prime time est un roman intéressant pour tous ceux qui s’intéressent aux journalismes. Il l’est peut-être un peu moins pour ceux qui aiment les romans policiers purs et durs. Il ne faut cependant pas oublier que, questions détails sordides, le lecteur est particulièrement servi dans cette enquête.

 

 

 

La dame qui poussait un fauteuil roulant avec personne dedans de Brigitte Lecuyer

Présentation de l’éditeur:

Un accident stupide oblige Norma à rester hospitalisée et incapable de toute activité.
Une bonne occasion pour faire le point sur sa vie : sa jeunesse tronquée par la mort brutale de ses parents, une vie de couple qui n’en est plus une, une fille ado qui devient adulte et avec qui sa relation n’est plus la même, un frère trop loin et un voisin plus qu’attentionné…
La convalescence sera longue et lui imposera une séparation interminable d’Isadora, sa jument islandaise à qui elle voue une passion sans limite.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier Partage-Lecture et Bookless éditions pour ce partenariat.

Ce qui m’a attiré en premier est le titre, énigmatique. Norma est l’héroïne de ce roman. Elle mène une vie banale, tranquille, une vie dans laquelle elle ne cesse de courir, pourtant, entre sa fille adolescente, son ex avec lequel elle cohabite, son travail, les courses, et sa passion pour le cheval, plus particulièrement pour sa jument islandais Isadora, passion qu’elle ne parvient pas à transmettre à sa fille unique. Il faut dire que la jument est en pension loin, trop loin, et que pour l’adolescente, passionnée de musique classique, partir le week-end à la campagne avec sa mère pour passer du temps avec un cheval, ce n’est pas vraiment sa définition du week-end idéal. Pourtant, Camille n’est pas une adolescente difficile, loin de là : elle a simplement des goûts, des passions, des préférences qu’elle tient à affirmer.

Bref, Norma mène une vie bien réglée jusqu’à l’accident, lui aussi banal : ce sont les conséquences qui le sont moins, puisque sa blessure la force à rester hospitalisée, entre opération et rééducation. Les conséquences ? Elle a enfin le temps de se poser, et de revenir sur son passé – oui, dit ainsi, cela fait presque pompeux. Disons plutôt qu’elle peut faire le point sur sa vie, son enfance, ses amours, et se demander si la vie qu’elle mène lui convient réellement, ou si elle veut lui donner une nouvelle direction.

Norma est l’exemple même de la personne qui, même si sa famille est peu nombreuse – son seul frère vit avec femme et enfants en Islande – est malgré tout très entouré, entre amis, ex et fille unique. La vie qu’elle a eu fait qu’elle s’accommode assez bien de ses voisines de chambre successives. Mention spéciale pour Dora et son optimisme, autre mention pour « la grosse dame », qui vit, gère, son hospitalisation comme elle le peut (versant « je râle soir et matin »).

Moment de vie, avec les souvenirs d’enfance, l’hommage à la soeur jumelle de sa mère, Marthe, qui a élevé son neveu et sa nièce, avec aussi des secrets qui sont levés, un peu à la manière d’un conte de Noël.

Qu’en sera-t-il de l’avenir ? Norma et les siens sont en tout cas sur de bonne voie.