Archive | 1 septembre 2021

L’homme qui riait sous les bombes de Benoit Christal

Présentation de l’éditeur :

13 novembre 2015, à Sinjar, en Irak, le Général Kovli remporte une bataille décisive contre Daech, avec Bakhtiyar, le célèbre « fixer » kurde irakien, et Alex, journaliste français en reportage. Mais la victoire est amère. Le groupe d’amis apprend le soir-même que plusieurs attentats ont été commis à Paris. Alex, dont la belle-sœur a survécu à l’attaque du Bataclan, décide de rester en Irak et d’« enquêter » sur ce nouvel ennemi intime de la France, le djihadisme « new age » occidentalisé qu’il suit à la trace depuis plusieurs années. À moins que ce ne soit la recherche de l’adrénaline qui l’empêche de rentrer ? La noble mission d’informer ne cache-t-elle pas le goût du risque, de sombres blessures d’orgueil, la crainte d’affronter en France les conséquences d’une nouvelle série d’attentats ? Entre Mossoul, Raqqa et Paris, Alex croisera sur son chemin Mike, un Américain ambigu et insaisissable qui s’est porté volontaire pour combattre aux côtés des Kurdes… Qui est-il ? Pourquoi se fait-il de plus en plus menaçant ? Et pourquoi les services secrets occidentaux se mettent-ils soudainement à la recherche de Bakhtiyar ?

Mon avis :

Héros : Celui qui se distingue par ses exploits ou un courage extraordinaire (d’après Le Robert). Et le héros de ce livre est celui qui est désigné par le titre, du moins, c’est ainsi que je l’ai ressenti. Il est le héros plus qu’Alex, le journaliste français dont la belle-soeur, Nadia, fiancée de son frère Lucas, est une survivante du Bataclan, plus que Mike, personnage étonnant, caméléon que je ne savais pas trop situer, même s’il s’est porté (c’est du moins la version officielle) volontaire pour combattre du côté des kurdes. Pourtant, on le retrouvera ici, là, il a déjà été vu lors d’autres conflits, d’autres luttes armées. Pourquoi est-il réellement là ?

Pour Alex, la question ne se pose pas, c’est son métier, il informe, il est dans tous les endroits où la guerre est présente. Surtout, depuis l’attentat du Bataclan, il veut aller au bout des choses, être là, quand le djihadisme tombera enfin, lui qui enquête à ce sujet depuis des années. Etre là quand les combats cesseront, être là quand la paix sera là. Est-ce si simple ? Bien sûr que non. L’arrêt des combats ne signifiera pas nécessairement la stabilisation politique, ce serait trop beau, ce serait trop simple.

Nous sommes pris, littéralement, dans un tourbillon de violence, de morts, de deuil. Se relever, continuer malgré les morts, voilà ce que doivent faire les combattants, et les journalistes aussi, parce qu’ils furent également victimes du conflit. Les journalistes et les « fixer », dont Bakhtiyar. Après sa mort (ce n’est pas un spoil, il suffit de chercher un tout petit peu sur internet pour connaître le destin de cet homme tout entier dévoué à l’information.

Je n’oublie pas non plus le Général Kovli, que la mémoire des morts pousse toujours plus loin dans l’engagement – jusqu’à ce que son propre corps lâche.

Un livre extrêmement fort, qui nous questionne jusqu’où on peut aller par engagement, par volonté de faire payer ceux qui ont fait souffrir. Il s’interroge aussi, un peu, parce que ce n’est pas le sujet principal, sur ceux qui sont venus d’occident pour devenir djihadiste, sur leurs compagnes, leurs enfants. Il parle aussi des « lionceaux du khalifat »,  adolescents transformés en kamikaze par les djihadistes. Mais le sujet, ce n’est pas eux, ce sont tous ces anonymes qui ont tout mis en oeuvre, et l’ont souvent payé de leur vie, pour que la vie, justement triomphent. La vie, et la paix.

L’homme qui riait sous les bombes est une oeuvre forte, difficile à oublier.

Merci aux éditions Elidia et à Netgalley pour ce partenariat.