Archive | 19 septembre 2021

Agatha Raisin, tome 29 : sonnent les cloches de M.C. Beaton.

édition Albin Michel – 302 pages

Présentation de l’éditeur :

Thirk Magna, village idyllique des Cotswolds, est réputé pour son église médiévale et son ensemble de cloches qui font la fierté de la communauté. Alors que le groupe de carillonneurs se prépare à la visite du bel évêque Peter Salver Hinkley, tout le village est en effervescence. Agatha Raisin en profite pour persuader un des sonneurs de cloches de l’embaucher afin d’enquêter sur l’ex-fiancée de Peter : Jennifer Toynboy, héritière locale, disparue depuis des années sans qu’on ait retrouvé son corps. Mais voilà que les cadavres commencent à pleuvoir : un policier municipal est découvert au fond de la crypte, une sonneuse de cloche est assassinée près de l’église, et le journaliste Terry Fletcher est retrouvé mort dans le salon d’Agatha, avec qui il a entretenu une brève liaison. Pourquoi cette longue série de meurtres inexpliqués ? Et si tout était lié à la visite de l’évêque ?

Mon avis :

Suis-je féministe ? Oui, dans le sens où je souhaite l’égalité, véritablement l’égalité entre les hommes et les femmes à une époque où certains rêvent encore de nous renvoyer à la cuisine et pensent que si les femmes ne travaillaient pas, une bonne partie des problèmes de la société serait résolue (taper sur ‘n’importe quel moteur de recherches internet pour chercher des propos tenus par des hommes politiques, vous m’en dorez des nouvelles). Oui, toujours, dans le sens où je me sens prête à me battre pour le droit des femmes, de toutes les femmes, quelle que soit la vie qu’elles ont décidé de mener.

Après ce préambule, vous vous demandez où je veux en venir. Je trouvais qu’Agatha Raisin se montrait féministe, soucieuse des droits des femmes.  Oui, je sais, c’est un personnage. Seulement, elle-même se pose des questions quant à sa position face au féminisme, parce qu’elle sait que les féministes rejetteraient ce qu’elle ressent. Agatha veut vivre avec un homme, elle veut vieillir avec un homme, elle veut être amoureuse. Elle aimerait, comme dans le tome précédent, que Charles se déclare enfin, la demande en mariage. Mais… Charles est toujours en train de chercher une riche héritière pour renflouer son domaine, il n’ose pas s’opposer à Gustave, son majordome véritable maître à bord – comme le souligne quelqu’un dans le roman, s’il tenait tant que cela à Agatha, il enverrait paître Gustave. Agatha se fait même rabrouer par une féministe convaincue parce qu’elle porte des talons aiguilles. Si de telles « féministes » existent, je tiens à préciser qu’il existe suffisamment de débats sur la manière dont une femme, une jeune fille devraient se vêtir sans que des féministes ajoutent de nouvelles contraintes. Maxime simple : laissons les femmes s’habiller comme elles le veulent, porter des talons, se maquiller, etc, etc…

Bien sûr, j’ai écrit ces lignes alors que j’ai terminé de lire le livre, parce qu’il est un personnage qui m’a posé problème (enfin, s’il n’y en avait eu qu’un….). Il s’agit d’Helen, et c’est une femme qui est battue par son mari. Elle ne veut pas le quitter, et spontanément, j’ai pensé que c’était parce qu’elle était sous son emprise, qu’elle ne savait pas vers qui se tourner pour partir. Pas vraiment. Elle ne veut pas le quitter parce qu’être battue lui permet d’être plainte, et de se poser en victime perpétuelle. J’ai déjà beaucoup parlé de féminisme, je trouve tragiquement réducteur, dans un roman qui a une large audience, de dire que les femmes battues, et bien, elles n’ont pas besoin d’être aidées, et qu’elles ne risquent pas grand chose. J’ai même eu l’impression que c’était plutôt les hommes, le mari ou celui qui veut à tout prix l’aider, qui étaient présentés comme des victimes de ce genre de femmes.

Et l’intrigue ? J’y viens enfin. Elle m’a semblé extrêmement longue à démarrer, une bonne centaine de pages sur trois cents, tout comme j’ai eu l’impression que l’enquête se terminait en queue de poisson, même si, officiellement, les coupables des meurtres ont été arrêtés. L’on croise, comme dans les intrigues précédentes d’Agatha Raisin, de nombreux personnages typiques des villages anglais, personnages hauts en couleur, ou qui se veulent tels, notamment ces fameux sonneurs de cloche qui exercent cette activité par passion, ou pour mincir (si, si). Nous retrouvons aussi tous les membres de l’équipe d’Agatha, Toni qui, malgré son jeune âge, se montre d’une grande lucidité face aux hommes, Simon, qui apparaît si peu qu’il semble presque être mis entre parenthèses. Sarah-Margaret Bloxby est toujours la meilleure amie d’Agatha, qui passe beaucoup de temps, comme dans le volume précédent, à prendre soin de ses chats. Nous retrouvons le trio masculin qui entoure Agatha. Pour la première fois, ai-je l’impression, il est ouvertement écrit que Roy est gay, ce que j’ai compris depuis très longtemps (au moins vingt volumes). Être homosexuel(le) n’est toujours pas admis, semble-t-il dans ces petits villages anglais, encore moins par les personnes elles-mêmes concernées. Est-ce véritablement le cas ou alors est-ce uniquement le cas quand on appartient à un certain milieu social ? Je ne trancherai pas, cela ne correspond pas à ce que je vois en France. Charles, James et leurs errances amoureuses sont toujours là également. Jusqu’au bout ? Sûrement.

Sonnent les cloches – plus que deux tomes avant de dire adieu à Agatha.