Archive | 2 septembre 2021

Elvira Time, 4 : The end of Time par Mathieu Guibé

Présentation de l’éditeur :

Il y a des histoires qui finissent bien et d autres qui commencent mal. Et puis il y a ma vie ou ce qu’il en reste. Les vampires mon unique source de revenus désertent la ville au pire moment possible : mon entrée dans la vie active. Diplôme en poche, je suis enfin libre de bosser dans la « dératisation », malheureusement pour moi, les nuisibles ont tous mystérieusement disparu ou portent un joli collier de toléré. Devoir zoner dans ma chambre sans savoir quoi faire aurait pu être un plan B tout à fait acceptable, si mon oncle n avait pas décidé de resurgir dans ma vie pour jouer les thérapeutes, avec dans sa valise, une fille adoptive bien gênante. Quand enfin les Canines se décident à pointer le bout de leurs dents, il y a comme un caillot dans l’artère : mes proies ne sont plus les mêmes ! Elles ont changé et ce ne sont pas des cas isolés : à l’échelle du pays, les vampires contre-attaquent. Plus que quiconque, j’ai des raisons de comprendre ce qui se passe et je suis la seule à pouvoir intervenir. Et croyez-moi, le monde n’est pas prêt à m’avoir pour héroïne.
Je ne suis pas prête non plus…

Mon avis :

Voilà, c’est fini. Oui, je sais, je peux difficilement résister à commencer ma chronique par une allusion à une chanson, et le contexte d’humour potache qui entoure les aventures d’Elvira s’y prête bien.
Oui, c’est la dernière fois que nous verrons Elvira, c’est le point final de ses aventures et, ai-je envie de dire, c’est au lecteur maintenant de continuer pour lui l’histoire, s’il le souhaite.
Passage obligé des romans qui se déroulent dans l’univers du lycée : Elvira est maintenant diplômée, elle peut réellement exercer son métier, elle est d’ailleurs embauchée pour assurer la sécurité de son ancien établissement scolaire. Ironie du sort quand tu nous tiens.
Comme dans les trois précédents volumes, beaucoup d’événements vont survenir (oui, j’aime bien ne pas trop en révéler) qui amèneront Elvira à se demander si elle a bien fait, dans le passé, en prenant certaines décisions. Son présent ne laisse pas d’être compliqué, entre retour d’un membre de sa famille, et le fantôme de Jericho qui aimerait bien la voir plus prudente. Lui n’a pas envie, contrairement à elle, qu’elle le rejoigne dans les plus brefs délais. Tant pis s’il faut employer la manière forte pour forcer Elvira à devenir raisonnable. Elvira/raisonnable ? Oui, les deux mots ne sont pas compatibles.
Bien sûr Ludwig, le petit génie de l’informatique, Bélinda et Shinta sont toujours là pour tenter d’épauler, à leurs risques et périls, Elvira. S’en sortiront-ils tous ? C’est à voir.
Ce qu’il ne faut pas rater cependant, c’est le dernier épisode de Dentiers Vs Zombies, bien plus émouvant que ce que l’on a pu voir de cette série dans les précédents volumes.

Poussière dans le vent de Leonardo Padura

Présentation de l’éditeur :

Elle arrive de New York, il vient de Cuba, ils s’aiment. Il lui montre une photo de groupe prise en 1989 dans le jardin de sa mère et elle y reconnaît la sienne, cette femme mystérieuse qui ne parle jamais de son passé. Ils vont chercher à comprendre le mystère de cette présence et les secrets enfouis de leurs parents…

Leonardo Padura nous parle de Cuba et de sa génération, celle qui a été malmenée par l’histoire jusqu’à sa dispersion dans l’exil : « Poussière dans le vent. »
Nous suivons le Clan, un groupe d’amis soudés depuis la fin du lycée et sur lequel vont passer les transformations du monde et leurs conséquences sur la vie à Cuba. Des grandes espérances des nouveaux diplômés devenus médecins, ingénieurs, jusqu’aux pénuries de la « période spéciale » des années 90, après la chute du bloc soviétique (où le salaire d’une chercheuse représente le prix en dollars d’une course en taxi) et la fuite dans l’exil à travers le monde.

Mon avis :

Après la lecture d’Un automne à Cuba, je n’ai pas attendu longtemps pour repartir, avec ce roman de la rentrée littéraire 2021, que les éditions Métailié et Netgalley m’ont permis de lire en partenariat.

« Qu’est-ce qui nous est arrivé ? » pourrait être le titre, aussi, de ce roman. Qu’est-ce qui est arrivé à cette bande d’amis, qui s’étaient tous réunis pour fêter l’anniversaire de Clara, le 21 janvier 1990 ? Le lecteur le saura assez rapidement, le but n’est pas de créer un suspense irrésistible, non, le but (de mon point de vue) est de dresser un portrait d’une génération de cubains et de leurs descendants.

Pourtant, au départ, c’était deux jeunes américains dont nous étions amenés à suivre le parcours dans la première partie, Adela et Marcos. La mère d’Adela a marqué sa forte désapprobation face à la relation de sa fille unique avec un émigré cubain, un émigré qui a le tort d’avoir amené sa fille à vivre dans le quartier de Hialeah, de lui avoir fait découvrir la culture cubaine, comme si Cuba était le lieu à éviter absolument. Marcos, c’est lui aussi qui fit découvrir à Adela la photo que sa mère, Clara, a mis sur les réseaux sociaux, cette fameuse photo de son anniversaire de 1990, que tous ses amis ou presque sont venus commenter. Avec cette photo, nous allons remonter le temps, découvrir Cuba, découvrir ce qui a amené certains à partir, et d’autres à rester – et une d’entre elles à disparaître.

Qu’est-ce qu’on est devenu ? Second leitmotiv, presque pareil au premier. Poussière dans le vent dirait Bernado, le mari de Clara, l’ex-mari d’Elisa, qui s’est évaporée. Ce roman pourrait avoir tout pour me déplaire, parce que c’est un roman choral, parce que la chronologie est souvent bouleversée, et pourtant, j’ai rarement lu un roman choral aussi limpide. Peut-être parce qu’il évite absolument les redites et les scènes inutiles. Peut-être parce qu’il ne passe rien d’important sous silence, certainement pas les émotions, les peurs, les craintes des personnages, et tant pis si leurs amis les jugent durement. Peut-être aussi parce que les repaires temporels sont faciles à suivre, les personnages ayant l’habitude de bien situer les événements les uns par rapport aux autres avec toujours, cette date qui revient, lancinante, les trente ans de Clara, et tous les événements qui s’en suivirent au cours de cette année 1990.

Que nous reste-t-il à nous, européens, de ces années-là ? Pour les cubains, ce furent des années difficiles, des conditions de vie que l’on peine à imaginer vue de France – être ingénieur, architecte, chirurgien ne signifie pas forcément avoir du travail, avoir le droit de travailler, alors manger soi et ses enfants à sa faim est extrêmement difficile. Il suffit de lire les trésors d’inventivité que Clara devra mettre en oeuvre pour remplir à peu près les assiettes de ses deux fils, et la sienne par la même occasion. Aucun misérabilisme de sa part, pas le temps de s’apitoyer sur son sort, mais le temps de réfléchir, de faire le point sur sa vie, ses désirs, ses croyances aussi, le temps de lire les lettres envoyées par ceux qui sont partis, le temps de tendre la main à autrui.

Rarement, encore une fois, je me suis sentie autant accompagnée au cours d’une lecture, j’ai vraiment senti les personnages comme autant d’êtres réels, riches, ayant passé, présent, avenir, ayant tissé des liens amicaux que vingt-six années n’auront pas suffit à dissoudre.

Poussière dans le vent, un des livres les plus forts de cette rentrée littéraire 2021.