Archive | 21 septembre 2021

Antonietta de Gérard Haddad

Merci aux éditions du Rocher et à Netgalley pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Alors que la maladie d’Alzheimer de sa femme Antonietta progresse, Gérard Haddad prend la plume pour écrire à celle qui ne parle déjà plus. Ces lettres retracent la lente progression de la maladie : d’abord le déni, puis la lutte, les traitements et l’espoir de revivre « comme avant », puis les rechutes et l’entrée à l’Ehpad, peu avant l’épidémie de Covid et l’absolue solitude qu’elle impose pendant plusieurs longs mois.

Étrangement, du creuset de la maladie émerge un nouvel amour, triomphant de tous les malentendus des années de vie partagées. Les souvenirs des moments de grâce affluent alors, et chaque instant de vie à partager encore prend une intensité et une profondeur insoupçonnée.

Un texte poignant, qui dit toute la force d’un amour conjugal confronté à la maladie.

Mon avis :

Il arrive que des personnes écrivent un livre après le décès d’un proche. Je pense à Joan Didion, je pense à Isabel Allende ou encore Joyce Carol Oates. Chacun avait un but en écrivant ce livre, un but différent. Quel était celui de Gérard Hadadd ? Ecrit ainsi, vous avez certainement l’impression de lire le début d’une dissertation littéraire. Presque. Ce serait dommage d’arriver à ce que cette chronique soit un exercice froid, là où Gérard Haddad parle avant tout de l’amour qui les a unis, lui et Antonietta, pendant soixante ans. Elle fut son grand amour, sa compagne de travail, celle qui tapait ses textes et les lisait donc en premier – sauf celui-ci.

Gérard Haddad ne cachera rien de la maladie, rien, y compris le déni face à la maladie. Ne rien cacher ne signifie cependant pas faire preuve de pathos, ou de misérabilisme, la pudeur est là, également. Il est possible de montrer en exhiber, de raconter sans enjoliver. Gérard Haddad ne cachera pas non plus ce qu’il estime être des défaillances, comme le placement en EHPAD, parce que tout, absolument tout devenait difficile. Ce placement eut lieu juste avant la pandémie, alors que, déjà, la crise des gilets jaunes avait rendue difficile les visites qu’il lui rendait quand elle était hospitalisée. Cela peut sembler anecdotique, et pourtant. Pas anecdotique que cette pandémie qui a tué aussi sûrement de nombreuses personnes de solitude, de manque d’amour, du manque de chaleur humaine. Si elle n’a pas « tué » Antonietta, elle a au moins raccourci ses jours – et l’auteur de s’interroger sur ce qu’elle a pu ressentir, seule, sans visite, et ne parlons pas des « visio » qui ne sont bonnes que dans un cadre professionnel, et encore.

Faire revivre les souvenirs d’Antonietta dans ce livre, leur rencontre, leur mariage, la naissance de leurs enfants, de leurs petits-enfants, les voyages aussi. Vivre la vie, toujours, avant qu’elle ne s’efface. Se rappeler de profiter du bonheur, avant qu’il ne soit plus. Au moment inévitable où il est sur le point d’affronter la solitude, se souvenir de tout ce qui a été partagé à deux.

Un beau livre.