Archive | 3 avril 2017

Je t’enverrai des fleurs de Damas de Frank Andriat

Présentation de l’éditeur :

S’expatrier et aller se battre pour une cause que l’on croit juste, donner sa vie pour la démocratie et la liberté, c’est bien. Sauf si l’on a quinze ans et qu’on s’est fait « tourner la tête » par des extrémistes qui, au nom de Dieu, envoient des jeunes à la mort. La guerre civile en Syrie a causé des dizaines de milliers de victimes et la communauté internationale n’en fait pas une priorité absolue. Pendant ce temps-là, des innocents meurent et, parmi ceux-ci, des adolescents venus de France et d’ailleurs.
Ce roman à plusieurs voix raconte l’émoi soulevé par le départ de deux élèves sans histoire : la Syrie devient leur enfer, mais, pour ceux qui restent, c’est l’enfer aussi.

 

Mon avis : 

De ce livre, j’aimerai dire un jour qu’il est un document sur une époque révolue. J’aimerai dire aux jeunes lecteurs qui le découvriront dans vingt ans que oui, des jeunes de leur âge partaient en Syrie parce qu’ils croyaient que c’était juste, parce qu’ils s’étaient fait endoctriner, et que certains ne sont pas revenus. Et pour ceux qui ont pu revenir, quelle séquelle allaient-ils en garder ? Comment pourraient-ils se réintégrer dans la société ?

Dans vingt ans, j’aimerai pouvoir leur dire que oui, ce n’était pas si simple. Oui, on pouvait être des parents aimants, aimés, attentifs et ne rien avoir vu venir. On pouvait être le meilleur pote, se connaître depuis la maternelle, et ne rien avoir vu venir. Etre prof, et constater un matin qu’il manque deux élèves, non parce qu’ils ont prolongé leurs vacances mais parce qu’ils sont partis combattre. Et l’on se demande ce que l’on a raté, ce que l’on a foiré. Comment on peut dire que l’on aime quelqu’un et partir – quand même – et lui dire « Je t’enverrai des fleurs de Damas ». Elles seront rouges, et blanches. Ses couleurs m’ont rappelé celle de la croix rouge, de manière incongrue.

Ce livre raconte l’enfer de ce qui sont restés, de ceux qui ont dû survivre en sachant leur fils, leur ami, leur amoureux, leur élève, là-bas. Il mêle les points de vue des ados, des adultes, ceux qui doivent vivre sans et avec, constamment.

Et puis je leur donnerai le livre à lire.

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Un sale livre de Frank Andriat

Présentation de l’éditeur :

Une prof de français propose à ses élèves de lire « Rien, Nadir », un roman qui relate l’itinéraire de Nadir, un jeune réfugié syrien. Le sujet est dur, le ton du récit est réaliste. Le roman provoque le débat. Chaque lecteur reçoit le livre différemment. Justine le trouve trop classe, mais il choque son père. Tristan, grand lecteur, émet des réserves à son propos, mais la belle Amalia l’adore. Pour Philippe, ce roman est un sale livre. Les réfugiés syriens ne sont pas les bienvenus pour tout le monde.
« Rien, Nadir » est un livre dont aucun lecteur ne sort indemne. Il provoque le débat, chacun le reçoit différemment. Jusqu’à ce que son auteure vienne au collège pour témoigner de son terrible parcours. Jusqu’à ce que la fiction rejoigne la réalité.

Mon avis : 

Qu’est-ce qu’un sale livre ? C’est en parlant de ces mots, prononcé au sujet d’un de ses livres, que ce questionnement a jailli, pour l’auteur.
Le « sale livre » dont il est question dans ce roman, c’est Rien, Nadir, un roman qu’une professeur de français propose à ses élèves. Une professeur de français peu ordinaire puisqu’elle ose partager ces coups de coeur avec ses élèves, et elle a bien raison ! Pourtant, le livre n’a rien pour plaire de prime abord à une enseignante : une auteur inconnue, un sujet qui fâche et un style au plus près du réel. Bref, de quoi se fâcher avec pas mal de monde.
Et c’est ce qui se passe ! Ou presque. Si Justine, qui a une situation familiale compliquée, adore, si Amalia est touchée par certaines pages, au point d’oser défier sa propre professeur de français qui ne ferait jamais lire un tel ouvrage, pas assez littéraire à ses yeux, Tristan, futur critique littéraire, analyse le livre posément, manière pour moi de le tenir à distance, et Philippe… Il est sans doute le personnage le plus intéressant, puisque nous savons qu’il a lu et aimé le livre, et attaquera frontalement l’auteure lors de la rencontre finale. Quelle est véritablement la position de Philippe ? Lui seul le sait !
Les parents aussi s’en mêlent, les pères surtout. Celui de Justine, qui passe son temps à rabaisser chaque membre de sa famille, est outré qu’on puisse appeler un chat, un chat. Celui de Nawal ne veut pas que sa fille lise UNE auteur, arabe de surcroît.
Les mots choquent, il est des faits bien plus choquants, que personne ne relève, et qui sont, hélas, le reflet du réel. La violence n’est pas seulement là-bas, en Syrie, elle est tout autour de nous. Comment en est-on arrivé là ? Le livre pose des questions et a le mérite de laisser le lecteur chercher les réponses lui-mêmes. Pas de discours moralisateurs policés, ce n’est pas de mise ici.
Un sale livre a aussi le mérité de nous montrer la réception d’une oeuvre, les débats qu’elle peut susciter. Les mots dérangent, les images dont on est gavé, jeunes ou moins jeunes, moins. Et l’on se prend à rêver, pour tous les Nadir du monde, un dénouement comme nous l’offre ce livre.
S’il croise votre route, n’hésitez pas à le rencontrer !