Archive | avril 2017

Breaking news de Frank Shätzing

Présentation de l’éditeur : 

Partout où le monde est en feu, le grand reporter Tom Hagen est présent, prêt à tout pour être le premier sur le lieu de l’action. Jusqu’au jour où, par sa faute, une libération d’otages en Afghanistan tourne à la catastrophe. Trois ans plus tard, l’occasion de relancer sa carrière se présente enfin lorsqu’il met la main sur des données ultra confidentielles volées au Shin Bet, le service de sécurité intérieur israélien. Mais ce qui devait être un énorme scoop se transforme en une mortelle réaction en chaîne. Poursuivi par des agents secrets et de mystérieux tueurs, Hagen doit lutter pour sa survie, pris dans une gigantesque conspiration dont les racines remontent à la Palestine sous mandat britannique.

Merci à Netgalley et aux éditions Piranha pour ce partenariat

Mon avis :

Je ne vous cache pas que le nombre de pages – presque mille – peut refroidir les ardeurs des lecteurs. J’aime lire, mais j’ai franchement du mal avec des livres aussi épais.

Surtout, je pensais que le livre serait consacré à Tom Hagen, et uniquement à lui. Il en est à dire sur un grand reporter. Et bien non : le lecteur est invité à retourner en arrière pour découvrir la naissance d’Israël et pour suivre le destin de trois garçons, les jumeaux Jehuda et Benjamin ainsi que leur ami Arik, qui deviendra Ariel Sharon. Ces parties m’ont moins intéressées parce que j’avais lu récemment Une nuit, Markovitch d’Ayelet Gundar-Goshen et qu’il me paraît difficile de faire plus juste. Breaking news reste à mes yeux un livre essentiellement masculin, les rares personnages féminins, que ce soit Rachel ou Yaël, ne sont pas suffisamment mis en valeur. Je ne parlerai pas non plus de Leah ou Anastasia, qui n’existent que vu à travers des regards masculins, sans que l’on s’intéresse vraiment à leur motivation à elles. Il en est de même pour Inga, la stagiaire du grand Tom Hagen, qui n’a pas représenté grand chose à ses yeux.

L’auteur s’est beaucoup documenté pour écrire ce livre. On peut le voir, mais cela ne transforme pas en pensum pour autant puisque les éléments historiques sont bien intégrés dans l’intrigue. J’ai aussi pensé aux films israéliens que j’allais voir – à l’époque où j’allais encore au cinéma. Nous en apprenons beaucoup, pas seulement sur Israël, mais aussi sur les conséquences pour tous les pays qui l’entourent – ou comme une explication pour sur ce qui passe en ce moment dans cette région du monde.

Breaking news – un livre assez ardu, mais qui contient des moments véritablement prenants.

 

Ce n’est pas un hasard de Ryoko Sekiguchi

Présentation de l’éditeur :

Si un poète écrit sur une catastrophe à la veille d’un événement désastreux, ce n’est pas un hasard.
Si le récit d’une catastrophe débute immanquablement par la veille, ce n’est pas un hasard. Chronique tenue du 10 mars au 30 avril 2011, sur la superposition des images, la mémoire des villes, le hasard, la temporalité de la description et les noms propres qui surgissent, fantomatiques, lors d’une catastrophe.

Un mois au Japon en compagnie de Lou et Hilde

Mon avis :

Ce livre a été écrit par une poétesse, traductrice d’autres poètes japonais, qui écrit aussi en français. Elle se partage entre le Japon et la France, mais s’est rendue également dans des endroits sensibles de la planète.
Elle tient le journal de la catastrophe, pas seulement la catastrophe naturelle, mais la catastrophe nucléaire. Elle écrit avant, pendant, mais pas vraiment après puisqu’au moment où se clôt le livre, la catastrophe et ses conséquences sont loin d’être terminé. Une auteur qui lui est proche n’écrit-elle pas sur la troisième génération après Hiroshima ?
Ryoko Sekiguchi  nous livre son ressenti, au jour le jour, les comparaisons qu’elle ne voulait pas faire mais qu’elle a été amené à faire,  à cause de l’évolution de la situation. Elle montre comment les japonais ont réagi, qu’ils vivent au Japon, ailleurs que sur le site de la catastrophe, ou à l’étranger. Elle n’épargne pas le gouvernement, non plus que les journalistes, à la télévision ou dans la presse écrite, qui prennent des libertés avec la vérité (voir la mauvaise traduction des paroles des survivants).
L’auteur met en lumière ce qui émerge après une catastrophe de cette ampleur, que ce soit le meilleur ou le pire. Celui-ci n’apparaît pas majoritairement au Japon, ces réactions, qu’il faut bien qualifier de racistes, vont du couple mixte dont le mari ne veut plus jamais se rendre dans le pays d’origine de sa femme (combien de divorce à venir ?) ou de l’homme qui ne veut plus s’asseoir à côté d’une japonaise – au cas où.
Ryoko Sekiguchi s’interroge aussi sur les conséquences littéraires de cette catastrophe. Elle invite, et elle n’est pas la seule, Kenzaburo Oé, le premier à avoir parlé d’Hiroshima, à écrire sur ce sujet. Elle pense que d’autres pourraient relever le défi. Elle se demande aussi comment commencer sa carrière d’écrivain après cette catastrophe.
Une chronique sur le vif à méditer.

Le souffle de la pierre d’Irlande, tome 1 : le feu d’Eric Simard

Présentation de l’éditeur : 

L’Irlande… le pays où mon père a disparu. Pourquoi ma mère qui refusait de retourner sur cette île a-t-elle soudain changé d’avis ? Les landes balayées par les vents réveillent en moi un monde sauvage. Mais un mystère me hante : qui est Fiona, cette jeune aveugle qui vient d’arriver au collège ? Elle surgit dans ma vie comme un feu envoûtant. Elle n’aime pas qu’on touche à la terre, qu’on creuse pour déterrer les choses restées longtemps dans l’obscurité. Je l’ignore encore, mais sa rencontre va bouleverser mon existence.

Mon avis : 

J’ai vu cette série à plusieurs reprises à la bibli, je me suis finalement lancée, et je n’ai pas regretté. La lecture est facile. Les chapitres sont courts mais bien conçus- ils ne coupent pas en deux une action importante pour la délayer, ils contiennent une vraie unité narrative. Le vocabulaire et la syntaxe sont simples, ce qui ne veut pas dire que l’on verse dans un lexique familier ou une construction de phrase relâchée. De la littérature jeunesse accessible mais pas démagogique, c’est déjà ça.

Le narrateur est William, il a douze ans et sa mère, qui a 34 ans, a décidé de partir vivre en Irlande, non sur les traces de son père, déclaré décédé presque un an plus tôt, mais sur celles de ses recherches. Lui et son associé Georg étaient à la recherche d’une tombe, les indices étaient contenus dans un manuscrit, que Georg et Elizabeth continuent à décoder. Ils gardent leurs recherches secrètes, au grand dam du jeune garçon qui voudrait en savoir plus. Pendant ce temps, il vit sa vie d’ado, s’intègre dans son nouvel établissement et est fasciné par Fiona, une jeune fille aux yeux d’émeraude aveugle. Ils deviennent amis, et grâce à elle, il en découvre bien plus qu’il n’aurait voulu, non seulement sur ce que cherchait son père, mais aussi sur son père lui-même.

Cette série en cinq volumes semble avoir connu un beau succès à une époque, elle paraît aujourd’hui délaissée (elle n’est quasiment jamais empruntée) et c’est bien dommage.

La fête de l’automne de la famille Souris de Kazuo Iwamura

Présentation de l’éditeur :

Dans la forêt, toute la famille Souris cherche Pierrot qui a disparu. Mais quel est ce vacarme? C’est la grande parade d’automne des champignons!

Mon avis :

C’est un plaisir de retrouver toute la famille Souris. Inséparables, ils accomplissent le plus souvent leur tâche ensemble, si ce n’est que, pour commencer, les parents et le grand-père cherchent des noisettes et des baies, et que les enfants, surveillées par la grand-mère, jouent à cache-cache. Et, dans cet album dans des tonalités orange, comme l’automne, dans ces magnifiques dessins qui occupent toute la largeur de la page, il en est des endroits où une petite souris peut se cacher !

Mais une des souris manque à l’appel : Pierrot est introuvable ! Les tonalités changent alors un peu, passant au vert clair, au gris, au bleu jusqu’à ce qu’un élément merveilleux intervienne : une famille de champignons va les guider jusqu’à Pierrot et les faire participer aux fêtes de l’automne. Les couleurs redeviennent d’un orange profond, riche, doré, proche du rouge parfois. C’est un vrai festival pour les yeux.

Encore un très bel album signé Iwamura.

 

Mort mystérieuse d’un respectable lord anglais dans la bibliothèque d’un manoir Tudor du Sussex

Présentation de l’éditeur :

Findon, province du Sussex. L’écrivain Ethelred Tressider a décidé de délaisser pendant un temps le roman policier pour se consacrer à sa grande œuvre littéraire. Au grand dam de son agent, Elsie Thirkettle, que la littérature intéresse surtout pour son aspect commercial. Pour apaiser les tensions qui règnent entre eux, ils s’affrontent au Cluedo et sortent dans le grand monde. Comme ce fameux soir où Sir Robert Muntham, un ami d’enfance d’Ethelred ayant fait fortune dans la finance, les convie à dîner avec quelques notables.

Mon avis :

il est difficile d’être un auteur de troisième zone – très. il est encore plus difficile d’être son agent, surtout quand il faut sans arrêt stimuler son auteur, qui écrit sous trois pseudonymes des polars, des polars historiques et des romans sentimentaux avec autant d’absence de talent. Il suffit de lire les extraits de son tout nouvel opus pour comprendre qu’il aurait une chance s’il concourait dans la rubrique « roman historique humoristique ».
En attendant, Ethelred (tel est le vrai prénom de notre romancier) est invité par un ancien ami qui vient tout juste de s’offrir une magnifique maison – plutôt un manoir. Robert présentera à cette occasion sa nouvelle épouse, dotée quasiment d’un nouveau physique et aussi quelques invités triés sur le volet, dont une auteur, Felicity Hooper, que l’agent d’Ethelred, Elsie, a eu la très bonne idée de ne pas prendre sous son aile, refusant son tout premier manuscrit. Felicity ne s’en mord pas vraiment les doigts, quant à Elsie, elle a suffisamment de répondant pour faire face et secouer les puces d’Ethelred. A force de se comporter comme le petit chien-chien de la châtelaine, il pourrait bien en attraper quelques-unes !
Non, parce que je ne vous l’ai pas encore dit mais le sus-dit nouveau châtelain est retrouvé assassiné dans une bibliothèque fermée, au beau milieu du charmant dîner qu’il donnait, entouré de tous ses amis. Toute ressemblance avec un roman d’Agatha Christie n’est absolument pas fortuite.
La police… n’enquête pas. Pour parodier l’auteur, elle n’est pas vraiment Sherlock Holmes. Ethelred et Elsie non plus, mais le premier met beaucoup de bonne volonté à enquêter (quand il n’est pas obnubilé par la jolie châtelaine) et la seconde ne manque pas d’énergie. Vont-ils faire triompher la vérité tout en dégustant des tasses de décaféiné ? Là est la question.
Lc Tyler signe là un roman policier très drôle – seule la chute est un peu décevante. Cependant, je lirai avec plaisir une autre de ses oeuvres.

Pars vite et reviens tard de Fred Vargas

Présentation de l’éditeur :

Qui glisse des annonces incompréhensibles dans la boîte à messages du Crieur de la place Edgar- Quinet ? Est-ce l’oeuvre d’un fou ? D’un maniaque ? Ou encore d’un pervers impuissant qui cherche à établir son pouvoir en enfonçant l’homme de la rue dans son inculture crasse ? Un retraité lettré, “conseiller en choses de la vie”, et le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg trouvent ces messages souterrains, putrides et dangereux. Et pour cause. Ce sont des annonces de mort, de destruction générale, de catastrophe : elles annoncent la peste. Lorsque d’étranges signes tracés à la peinture noire font leur apparition sur des portes d’appartements, le dispositif est en place. Le cauchemar peut commencer. Personnages sortis de nulle part, intrigue passionnante, dialogues jubilatoires… Auteure inspirée, Fred Vargas ne se rattache décidément à aucun courant et détourne avec brio les conventions du genre.

Mon avis :

J’ai relu ce livre, en attendant la sortie du prochain opus de Fred Vargas, début mai. Je l’ai relu moins comme une fan de romans policiers que comme une professeur de français, non que je me sois mise en mode « prof » mais je me suis étonnée de ne pas ressentir le même plaisir que d’habitude en lisant ce roman. Peut-être le fait que je l’ai relu dans une édition « scolaire » y est pour quelque chose.
Premier constat : l’intrigue est très longue à se mettre en place. Très. Je ne me souviens pas avoir trouvé que c’était si long la première fois.
Deuxième constat : nous trouvons bien Adamsberg et Danglard, qui emménagent dans leurs nouveaux locaux. Adamsberg ne se sent pas vraiment flic, et les autres (mis à part Danglard) ont du mal à le percevoir comme leur chef – il ne va pourtant pas manquer d’asseoir son autorité au cours de cette enquête hors norme.
Troisième constat : la peste est omniprésente (je ne vous apprends rien, je le sens) et surtout tout le savoir autour de la peste, ce qu’elle a provoquée, toutes les fausses informations à son sujet également. Une érudition pas toujours facile à accueillir, et que je mets en parallèle avec celle de Josse et sa connaissance approfondie des naufrages. Note : je proposerai bien ce livre à mes élèves mais je me dis que le vocabulaire particulièrement soigné pourrait les déstabiliser. A de très rares exceptions, je n’ai jamais réussi  à leur faire lire un roman de Fred Vargas.
Et l’enquête ? Je dirai qu’eu égard au riche matériel déployé, elle est presque secondaire. Cela ne veut pas dire qu’elle ne sera pas menée de bout en bout et que nous ne saurons pas tout sur les coupables et leur motivation. Cela veut simplement dire qu’elle n’aurait pu être menée sans la ténacité et la curiosité des personnages secondaires que nous avons rencontré auparavant – et sans la personnalité si particulière des deux enquêteurs de Fred Vargas. J’ai apprécié également de retrouver les Evangélistes en enquêteurs invités.
Je pourrai en dire plus, bien sûr. Je pourrai vous parler de la responsabilité des pères, ou plutôt de leur négligence. Je pourrai aussi parler des puissants qui se croient tout permis ou presque. Je pourrai aussi vous parler de la vengeance qui ne remplacera jamais la justice même si,parfois, certains ne voient que cette solution pour se (re)construire. Je pourrai vous en parler, mais je pourrai aussi vous dire de découvrir l’univers du commissaire Adamsberg par vous-même.

La danse de l’ours de James Crumley

Présentation de l’éditeur :

Détective privé, Milo Milodragovitch exerce dans le Montana, et ce qu’il aime avant tout, c’est la coke et le peppermint. Normal pour quelqu’un qui s’apitoie sur sa vie passée avec ses cinq ex-épouses et vit reclus dans une région où l’hiver ne pardonne pas. Une certaine Sarah Weddington lui écrit qu’elle souhaiterait le voir. Notre homme part la trouver et il apprend que Sarah est une ancienne maîtresse de son père. Elle lui demande d’enquêter sur les agissements d’un couple qui a l’étrange manie de se rencontrer chaque jeudi après-midi non loin de chez elle, pour s’échanger la modique somme de 5 000 dollars…

Mon avis :

Laissez-moi vous présenter Milo, un exemple rare de détective privé particulièrement hors norme. Non, il n’est pas brillant, non, il n’est pas capable de détecter des indices que personne ne perçoit, il n’est pas particulièrement habile en filature ou dans le maniement des armes, il est privé de toute affaire. D’ailleurs, il n’est plus vraiment détective privé, il est vigile de nuit tant ses compétences font l’unanimité. Son travail, d’ailleurs, est extrêmement reposant, il ne se passe jamais rien !
Enfin, si, tout de même, il se passe quelque chose : Milo retrouve une vieille connaissance, Sarah, le dernier amour de son père, et la source de ses premiers émois amoureux. Ne connaissant pas la réputation de Milo, ou plutôt son absence de réputation, elle veut l’engager pour trois fois rien (je ne parle pas de son salaire, entendons-nous), pour satisfaire sa curiosité : pourquoi un homme et une femme se retrouvent-ils toutes les semaines au même endroit, sans faire grand’chose ? Même si Milo a un micro-état d’âme (cela fait beaucoup d’argent pour un faible travail), il accepte, cela ne peut faire de mal à personne, non ? Non.
Le début était un peu morne, un peu lent, presque contemplatif, et là, boum ! La catastrophe commence, et vous avez intérêt à bien vous accrocher à votre fauteuil si vous voulez suivre. En effet, les péripéties se succèdent à un rythme effréné, laissant à peine le temps à Milo de protéger ses miches et à tenter de protéger la charmante vieille dame qui l’a embauché et qui a disparu. Lui qui était jusqu’à présent très peu actif est sur tous les fronts, obligé de bouger sans cesse, de se renouveler sans cesse. Devient-il pour autant un excellent détective ? Pas vraiment. Il est toujours la proie de ses démons – un classique – et les personnes qu’il croise sont loin d’être animés de bonnes intentions. Enfin, cela dépend de quel point de vue on se place, évidemment. Il est des personnes pour qui la fin justifie les moyens, et tant pis si cela engendre quelques victimes collatérales. Il en est d’autres, comme Milo, ne pense qu’aucun projet, si louable soit-il, ne mérite que l’on y sacrifie une vie ou plusieurs vies et que l’on s’en balance après. A méditer.
Milo se retire du monde… mais il reste encore trois volumes de ses aventures.

 

Ki & Hi, tome 1 : deux frères de Kevin Tran et Fanny Antigny

Livre chroniqué dans le cadre de l’opération « La BD fait son festival ».

Mon avis :

Ki et Hi sont deux frères – je pense que vous l’avez compris. Ki, corpulent, costaud, ayant un très gros appétit, est l’apiné et n’aime rien tant que faire des bêtises en compagnie de son petit frère Hi, vraiment petit et vraiment fluet. Ne cherchez pas pourquoi Ki est si enveloppé (tel un gros bébé, il faut parfois le rouler) : il lui arrive de terminer (avec son consentement) le repas de son petit frère. Certains situations m’ont d’ailleurs rappelé, sans doute à cause du contraste visuel, Obélix et Astérix – la potion magique en moins.

Je n’ai pas été très emballée par ce manga à la française.  Les onze chapitres sont une succession de scénettes, de sketchs réunis autour d’un thème, parfois développé de façon un peu longuette : pas moins de trois chapitres sont consacrés au nouvel an. Tel un clin d’oeil au lecteur, en un jeu de mise en abîme, un des personnages précise même que « cinq précieuse cases du chapitre précédent » ont été « gaspillées » par un des personnages. Les dessins m’ont semblé assez sobres. Les personnages sont certes nettement caractérisés, il est facile de les reconnaître, mais les décors sont le plus souvent réduits à leur plus simple expression, quand les bulles ne prennent pas la moitié de la place dans la case. A contrario, il est un chapitre quasiment sans parole, où seuls les gestes et les expressions, souvent aussi exagérées (voir les yeux exorbités) comme dans les cartoons. J’ai (presque) préféré les scénettes colorés – dans le cas de ce manga, la couleur est vraiment un peu, et j’aurai aimé voir coloré ainsi les scènes de combats des chapitres précédents avec les métamorphoses des personnages selon leur signe astrologique.

L’auteur est un youtuber – je le mentionne pour ceux qui sont abonnés à des chaines Youtube. Pour ma part, c’est un univers qui m’est étranger. Lui et son frère se mettent néanmoins en scène dans les derniers chapitres (encore une mise en abîme), n’hésitant pas à mettre en avant leur « humour pour enfants » – celui de Ki et Hi n’est pas tellement plus relevé, leur modestie est tout aussi remarquable : « si les gens ne rigolent pas, c’est qu’ils n’auront pas compris toute l’ampleur de mon génie« .

Oui, je suis un peu sévère avec ce livre, qui reste bon enfant, sans doute parce que je ne fais pas partie du tout du publié visé. Je ne doute pas qu’il n’ait déjà trouvé de nombreux lecteurs au moment où j’écris ses lignes.

Ma note : 12/20.

Voici la fiche de la BD sur le site Priceminister

Rose sang d’Annabelle Demais

Présentation de l’éditeur :
2013. Marseille, capitale européenne de la Culture. La manne financière, répandue sur la ville, attise la convoitise d’élus, d’affairistes, de hauts fonctionnaires et même d’artistes prêts à tout pour faire parler d’eux…
Dans une cité des quartiers nord, un officier de police tombe dans une embuscade sous les yeux d’Annabelle, reporter du quotidien régional. Sa meilleure amie, devenue célèbre en quelques jours pour les clichés exclusifs de ce crime, se suicide. Avec l’energie du désespoir, Annabelle tente de comprendre…

Mon avis :

J’ai retrouvé ce livre dans ma PAL, par le plus grand des hasards, me demandant bien ce qu’il faisait là. Je l’ai donc lu, en deux temps, marquant une large pause après le premier tiers, parce que je n’étais pas certaine qu’il valait la peine que je le termine. Maintenant que je l’ai lu et que je rédige cette chronique, je me dis que tout le monde ne va pas apprécier cette chronique, tant pis !
L’action se passe à Marseille – Marseille méritait mieux. Les journalistes et les policiers qui y travaillent aussi. Tout ou presque parait gangrené par l’argent, par la soif de pouvoir, par la corruption.
Le récit donne une vision dégradante des femmes et des hommes. La narratrice ne fait pas exception, sa meilleure amie encore moins. La narratrice peut toujours se plaindre après, on ne lui a visiblement pas appris qu’une femme pouvait dire « non ». Ensuite, heureusement qu’elle n’est que journaliste et pas policière : elle n’a pas le sens de l’observation, surtout en ce qui concerne ses proches. Elle est un personnage féminin abominablement classique, la quarantaine, divorcée, deux enfants, des amants, des séances de gym obligatoires parce qu’elle a quarante ans, bref, elle m’a donné envie de la secouer.
D’autres faits m’ont agacés : le fait de s’attarder à décrire des faits sans intérêt, et de passer sous silence des points très importants, par exemple. Je n’oublie pas l’abondance de point de suspension (parfois une demi-douzaine par pages), les jugements lapidaires qui ralentissent encore plus le développement de l’action, les commentaires faussement naïfs – la narratrice donne l’impression de tout savoir sur tout et de l’imposer aux autres.
Et l’enquête policière, dans cette histoire ? Elle passe au troisième plan, tant les pensées de la narratrice monopolisent le récit. A vrai dire, ce roman pourrait presque être classé dans la rubrique érotique en ce qui concerne son dernier tiers.
Pour faire court, un roman dont je ne recommande pas du tout la lecture.

Le fou du roi de Mahi Binebine

Quatrième de couverture, ou plutôt présentation de l’auteur lui-même :

Je suis né dans une famille shakespearienne. Entre un père courtisan du roi pendant quarante ans et un frère banni dans une geôle du sud. Il faut imaginer un palais royal effrayant et fascinant, où le favori peut être châtié pour rien, où les jalousies s’attisent quand la nuit tombe.
Un conteur d’histoires sait que le pouvoir est d’un côté de la porte, et la liberté de l’autre. Car, pour rester au service de Sa Majesté, mon père a renoncé à sa femme et ses enfants. Il a abandonné mon frère à ses fantômes. Son fils, mon frère, dont l’absence a hanté vingt ans ma famille. Quelles sont les raisons du « fou » et celles du père ?
Destin terriblement solitaire, esclavage consenti…
Tout est-il dérisoire en ce bas monde ? Mon père avait un étrange goût de la vie. Cela fait des années que je cherche à le raconter. Cette histoire, je vous la soumets, elle a la fantaisie du conte lointain et la gravité d’un drame humain.

Merci à Netgalley et aux éditions Stock pour ce partenariat.

Mon avis : 

Je ne saurai mieux présenter ce livre que ce que nous propose le quatrième de couverture. Oui, l’auteur nous soumet son histoire, et je dois dire que j’ai trouvé ce livre particulièrement prenant, donc particulièrement réussi, j’ai eu du mal à le reposer avant de l’avoir fini.
Le terme « fou du roi » apparaît comme désuet pour moi. Je l’associe à Rigoletto, de Verdi, ou à Triboulet, fou de Louis XII puis de François Ier qui lui servit de modèle. Que ce soit pour l’un ou pour l’autre, la tragédie point sous le masque de la comédie.
L’action se passe à une époque contemporaine, nous pourrions être fort loin dans le passé. Les moeurs semblent figées, avec les esclaves présents à la cour, l’étage des femmes où il ne faut surtout pas se rendre, les courtisans de tout bord, les artistes qui gravitent autour du roi. Personne ne veut encourir sa disgrâce.
Nous sommes pourtant à notre époque, comme le prouve la technologie utilisée. Nous entendons un homme dont le seul but est de faire plaisir au roi : Voyez, le but suprême de ma drôle d’existence n’est rien d’autre que de rendre heureux le roi. Je ne vis que pour cela. Et rien ne me procure autant de joie, autant de satisfaction que le visage illuminé de Sidi.

Cette citation est aussi un exemple du style de l’auteur qui, par sa musicalité, sa métrique, se rapproche davantage du poème en prose que du roman proprement dit. La narrateur montre à la fois son dévouement pour son roi, mourrant, et le délaissement de sa famille. En des retours en arrière, il retrace la vie des courtisans dont il fut le plus proche. Est évoqué aussi l’emprisonnement de son fils aîné, presque à la fin du livre. Parce que cette emprisonnement, dans un lieu dont peu sont revenus – et dans quel état – est ce qui a engendré l’incompréhension des membres de sa famille, pour ne pas employer des termes plus forts, plus définitifs. Ce que je retiens de cette dernière partie, aussi, est la force morale de l’épouse du « fou », qui ne douta jamais du retour de son fils aîné, et ne l’imagina jamais ainsi.
J’aurai maintes raisons de vous recommander ce livre : en savoir plus sur le Maroc contemporain, se retrouver au coeur de la cour du roi, lire une oeuvre très bien écrite. Je ne dirai qu’une chose : c’est un très bon livre qui passe un peu trop inaperçu.