Le chant de mon père de Keum Suk Gendry-Kim

Présentation de l’éditeur :

Une mère rend, pour la première fois, visite à sa fille, installée à Paris depuis des années. Elles sont coréennes. Pendant les quelques jours que la vieille femme passe avec sa fille, souvenirs et secrets de famille, enfouis au plus profond d’une culture coréenne du secret vont resurgir, et permettre de dénouer enfin les fils de leur relation.
Comme une renaissance.

Mon avis :

Ce livre est tout simplement magnifique !

L’histoire de Gusoon et de sa famille m’a beaucoup touchée. C’est au cours du premier voyage de sa mère en France, alors qu’elle-même ne parvient pas à avoir un enfant, qu’elle revient sur son enfance, et sur ce qui l’a poussée à quitter la Corée.

L’héroïne est née en 1971, ses parents avaient 50 et 42 ans quand elle est née. Son prénom signifie tout simplement son rang de naissance, très important en Corée – elle en voudra beaucoup à ses parents de lui avoir donné un prénom si banal. L’enfance, à Seochang-dong, près de Kwangju, fut pourtant heureuse, jusqu’au départ pour Séoul, la ville promise pour bien des provinciaux. Et c’est là  que le lecteur occidental peut être surpris, pour ne pas dire choqué. Escroquée par son frère, la mère de Gusoom n’a jamais porté plainte contre lui, ne s’est jamais révolté, elle est même allée le voir quand il fut emprisonné pour ses escroqueries, mais elle a sacrifié ses propres enfants, qui durent arrêter leurs études parce qu’ils devaient subvenir à leurs besoins. Il faut dire que la mère de Gusoom a été elle-même sacrifiée pour ses frères, ne faisant pas d’études parce qu’elle est une fille – sur ce point, Asie et Europe se retrouvent. Gusoom nous présente ses trois oncles – pas un pour racheter l’autre, enfants gâtés devenus des adultes nombrilistes.

Ce qui m’a frappé aussi est la violence, même pas sous-jacente. Les professeurs battent les élèves. Les oncles battent comme plâtre leur nièce. La violence monte d’un cran quand elle devient officiel. Je pense aux marchants ambulants, dispersés par la police, ou au soulèvement de Gwangju (le massacre, devrai-je dire). Pas ou peu de révolte, une soumission au destin. Le point de non-retour est atteint quand sa soeur Iseul est atteinte du diabète. Les conséquences de la maladie sur le corps et sur la vie d’Iseul sont rares en Occident, parce que les malades apprennent à vivre avec, non à faire comme si la maladie n’était pas là. La révolte de l’héroïne face à ses coups du sort sera son départ vers la France – et cet hommage aux siens. ob_704755_printempscoreen2014-3

7 réflexions sur “Le chant de mon père de Keum Suk Gendry-Kim

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