Mémoire pour servir à l’histoire de Malte de l’abbé Prevost

Présentation de l’éditeur :

Un jeune commandeur abandonne sa famille et s’embarque sur un navire. Au cours de son voyage, il sauve la vie d’un Espagnol qui devient son mentor et le suit dans ses aventures. Ensemble, ils libèrent une jeune fille, Helena, retenue prisonnière sur un navire pirate. Amoureux d’Helena, le commandeur l’enlève et s’enfuit à Naples avec elle où, lassé, il finit par l’abandonner.

Mon avis :

Je ne suis plus étudiante en lettres modernes depuis longtemps, et je me dis que c’est une chance, parce que je n’aurai pas supporté de passer une année universitaire entière sur ce roman du XVIIIe siècle. Des spécialistes pourront l’adorer, aimer le décortiquer… Ce ne fut vraiment pas mon cas. Voici une courte analyse de ma part – au cas où vous seriez tenté de le lire.

Le narrateur est un rebelle, figurez-vous. Oui, un rebelle pour son époque : fils aîné d’une riche famille aristocratique  dont il ne nous dira pas le nom (préservation, préservation), il entre dans l’ordre des chevaliers de Malte, bien que sa famille espérait un autre destin pour son aîné.

Il embarque donc pour Malte. Si vous avez de la patience, vous pourrez vous amuser à compter le nombre de fois qu’il s’est embarqué pour Malte, puis a repris la mer. De Malte, on verra peu de choses, si ce n’est la cour, ses cérémonies. Bien plus importants sont les moyens de s’assurer sa gloire, en des combats contre les infidèles.

Sur ce point, je ne puis m’empêcher de faire des rapprochements entre ce roman, publié en 1741, et les opéras qui séduisaient le public à l’époque. Que de récit de tempête, de bateaux naufragés, de turcs civils fait prisonniers, d’enlèvements, de déguisements ! Que d’invraisemblance, en un mot ! Ces multiples rebondissements, très répétitifs, m’ont vite ennuyée, de même que ces récits enchâssés faits par des hommes bien nés, qui, un jour, se sont fourvoyés. Autant d’avertissement pour le jeune narrateur. Autant de bâillements pour moi.

Il est aussi question de femmes, ou plutôt d’une femme : Héléna. Le résumé fourni par l’éditeur raconte toute l’histoire, et n’aurait de cesse de choquer le lecteur actuel. Héléna n’a que treize ans et demi quand le narrateur tombe amoureux d’elle, quatorze ans quand il la séduite et l’enlève à sa mère, qui pensait que le jeune homme la poursuivait, elle, de ses assiduités. Et le jeune narrateur de se gausser des prétentions de cette femme déjà âgée – elle a trente ans.

La situation des femmes est bien précaire dans cette société. On peut faire de certaines femmes sa maîtresse – il est hors de question d’en faire sa femme, si la « tache » de sa naissance risque de salir le blason familial. Le meilleur sort pour ces bâtardes, jamais nommées ainsi, restent le couvent puisqu’en dépit de l’amour ressenti pour elles, personne ne souhaite les épouser, ni leur géniteur les reconnaître, ou reconnaître leurs anciennes amours.

Mémoires pour servir à l’histoire de Malte est un livre ardu, à réserver aux spécialistes du XVIIIe siècle.

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8 réflexions sur “Mémoire pour servir à l’histoire de Malte de l’abbé Prevost

  1. Je me demande ce que diront les étudiants dans deux ou trois siècles de notre manie à nous embarquer pour des voyages interstellaires ? (nous avons regardé un film idiot dans ce sens hier soir )! Dans ton billet tu remplaces Malte par planète étrange et Turc par créature bizarre et tu as le scenar !) Monde que tu changes donc peu !
    Bises

    • La misogynie constante et l’idée que tout dépend de la naissance se sont largement estompés dans la littérature contemporaine – nous n’envisageons plus les rapports hommes/femmes, ou même hommes/hommes de la même façon.
      Maintenant, je me demande si ces étudiants riront beaucoup, nous trouverons visionnaires ou s’ennuieront ferme !
      Bises.

      • Je ne peux pas savoir non plus mais dans le film en question « les chroniques de Riddick » (bon j’avoue pas excellent mais on choisit un peu à l’aveugle parfois) les héros sont mis en danger par une fille « qui saigne » ! on en revient aux mêmes clichés.

  2. Ha non j’ai pas envie de le lire, car justement, c’est ce genre de livres qu’on devait lire quand j’étais au lycée…merci bien ! Aujourd’hui, il m’arrive d’aller vers des classiques et le plus souvent je trouve ça vraiment bien mais quand t’as 15 ou 16 ans, fait arrêter de faire chier les jeunes avec ce genre de bouquins à la noix . Ok pour les étudiants en lettres mais pitié pour les lycéens…Et pardon pour la grossièreté…promis je me contrôlerai mieux la prochaine fois… 😀

    • Je ne pense pas – et heureusement – qu’un livre d’un tel ennui serait encore lisible au lycée. Du moins, je l’espère ! Je ne suis pas assez littérature classique pour enseigner au lycée – ni même assez classique en tant qu’enseignante.
      Souvenir d’un de mes professeurs de collège : lui ne nous trouvait pas assez intelligent pour lire des classiques, tout en nous interdisant de lire les livres plus contemporains. Stratégie pour nous faire lire les classiques ? Je ne crois même pas !
      D’un autre côté, cela me ferait mal de leur faire lire l’autobiographie du chanteur à la mode (certains l’ont fait et ont eu droit à un reportage télé pour leurs hauts faits) sous prétexte de plaire aux jeunes. Il est suffisamment de bons livres contemporains !

      • 100% d’accord avec toi, il y a de jeunes auteurs enfin disons de notre génération qui sont géniaux et peuvent parler aux jeunes, leur donner vraiment envie de lire. On n’est pas obligé non plus de leur faire lire, la femme parfaite est une connasse ou tous les Musso… Halte au terrorisme intellectuel de l’éducation nationale en matière de littérature…au moins faisons du 50/50 , moitié actuel et moitié classique mais en choisissant les classiques… Nina je te montrerai ma liste de textes au bac de Français…je l’ai retrouvée l’autre jour…tu comprendras alors ce que j’ai subi…warf c’était en 1987 je crois…pas de commentaire sur mon âge merci…:D

      • Bien sûr ! Ce ne sont pas les plus gros vendeurs qui sont les meilleurs. Je pense à des auteurs jeunesse comme Tania Sollogoub, Pascal Rutter, Oriane Charpentier ou, pour les contemporains, Delphine de Vigan, Marc Dugain, Laurent Gaudé.
        Hélas : mis à part en 3e, le contemporain est oublié.
        Ma liste du bac, c’était en 94 – comme j’étudiais par correspondance, ceux qui nous « préparaient » n’étaient pas au point, je me suis présentée avec 40 textes au lieu de 20. Mon pire souvenir ? L’amant de Marguerite Duras.

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