Archive | 18 avril 2015

Les trois portes, tome 1 : la porte d’or d’Emily Rodda.

Présentation de l’éditeur :

Pour partir à l’aventure, trois portes devant lui : une d’or, une d’argent et une de bois. Quel chemin choisir? Et surtout Rye est-il prêt à affronter le monde qui l’attend de l’autre de côté?

Merci à Babelio et aux éditions Pocket Junior pour ce partenariat.

Mon avis :

Lors de la dernière opération Masse critique Babelio, j’ai coché ce livre parce que j’avais beaucoup apprécié La quête de Deltora, série phare de cette auteur, l’une des rares où l’auteur répond à la question : que deviennent les personnages quand la quête est terminée ?

Ici, nous sommes au tout début d’une quête, ou plutôt d’un conte. L’action se passe dans une ville entièrement close par des murailles. La menace ne peut venir de l’extérieur, la menace vient du ciel, en la personne des  » becs-en-ciseaux » qui se nourrissent des habitants de la ville. Gare à ceux qui ne se seraient pas calfeutrer dans leur maison ! Même à l’intérieur, leur sécurité n’est peut-être pas assurée. Aussi, celui qui dirige cette ville forte (et isolée de toutes les autres parties de ce monde) cherche des volontaires pour partir en mission afin d’exterminer ces monstres. Et c’est là que nous retrouvons les éléments du conte. D’abord, cette quête, confié par un personnage haut placé. Ensuite, la récompense promise : rien moins que la main de sa fille unique, et donc la possibilité de monter sur le trône à sa mort. Puis, ce sont trois frères qui se lancent successivement dans la quête. Les deux aînés, très différents (l’un est fonceur, le second est plus cérébral), échouent chacun à leur tour, et sont considérés comme morts. Reste Rye, le petit dernier, qui se porte volontaire pas seulement pour faire cesser la menace, mais pour retrouver ses frères : il est persuadé qu’ils sont vivants.

Univers masculin ? Nous sommes en 2015, et à Rye s’ajoute une jeune héroïne, Sonia, déterminée, volontaire, qui ne se laisse pas commander et en impose à certains garçons, plus habitués à des filles douces, obéissantes, dociles en un mot. Bref, des filles qui vont les attendre bien gentiment dans leur cachette plutôt que d’aller au charbon avec eux. De plus, cet univers est relativement manichéen : les bons sont bons, les méchants très méchants, et les personnages secondaires, s’ils apportent leur aide, sont vraiment discrets. Je n’ai garde d’oublier la présence d’objets magiques, nombreux, tous destinés à aider le sympathique héros : Rye.

Au final, les trois portes est un roman facile à lire, avec son usage des codes du conte de fée traditionnel. Mon regret est qu’il n’apporte rien de nouveau à cet art du conte. Les péripéties, les épreuves s’enchaînent sans apporter beaucoup d’émotions. Les créatures (pour ne pas dire les monstres) imaginées par l’auteur n’apparaissent pas de manière suffisamment développées. Les descriptions manquent également d’originalité. En bref, ce roman est agréable, mais manque de saveur et d’originalité.

Mémoire pour servir à l’histoire de Malte de l’abbé Prevost

Présentation de l’éditeur :

Un jeune commandeur abandonne sa famille et s’embarque sur un navire. Au cours de son voyage, il sauve la vie d’un Espagnol qui devient son mentor et le suit dans ses aventures. Ensemble, ils libèrent une jeune fille, Helena, retenue prisonnière sur un navire pirate. Amoureux d’Helena, le commandeur l’enlève et s’enfuit à Naples avec elle où, lassé, il finit par l’abandonner.

Mon avis :

Je ne suis plus étudiante en lettres modernes depuis longtemps, et je me dis que c’est une chance, parce que je n’aurai pas supporté de passer une année universitaire entière sur ce roman du XVIIIe siècle. Des spécialistes pourront l’adorer, aimer le décortiquer… Ce ne fut vraiment pas mon cas. Voici une courte analyse de ma part – au cas où vous seriez tenté de le lire.

Le narrateur est un rebelle, figurez-vous. Oui, un rebelle pour son époque : fils aîné d’une riche famille aristocratique  dont il ne nous dira pas le nom (préservation, préservation), il entre dans l’ordre des chevaliers de Malte, bien que sa famille espérait un autre destin pour son aîné.

Il embarque donc pour Malte. Si vous avez de la patience, vous pourrez vous amuser à compter le nombre de fois qu’il s’est embarqué pour Malte, puis a repris la mer. De Malte, on verra peu de choses, si ce n’est la cour, ses cérémonies. Bien plus importants sont les moyens de s’assurer sa gloire, en des combats contre les infidèles.

Sur ce point, je ne puis m’empêcher de faire des rapprochements entre ce roman, publié en 1741, et les opéras qui séduisaient le public à l’époque. Que de récit de tempête, de bateaux naufragés, de turcs civils fait prisonniers, d’enlèvements, de déguisements ! Que d’invraisemblance, en un mot ! Ces multiples rebondissements, très répétitifs, m’ont vite ennuyée, de même que ces récits enchâssés faits par des hommes bien nés, qui, un jour, se sont fourvoyés. Autant d’avertissement pour le jeune narrateur. Autant de bâillements pour moi.

Il est aussi question de femmes, ou plutôt d’une femme : Héléna. Le résumé fourni par l’éditeur raconte toute l’histoire, et n’aurait de cesse de choquer le lecteur actuel. Héléna n’a que treize ans et demi quand le narrateur tombe amoureux d’elle, quatorze ans quand il la séduite et l’enlève à sa mère, qui pensait que le jeune homme la poursuivait, elle, de ses assiduités. Et le jeune narrateur de se gausser des prétentions de cette femme déjà âgée – elle a trente ans.

La situation des femmes est bien précaire dans cette société. On peut faire de certaines femmes sa maîtresse – il est hors de question d’en faire sa femme, si la « tache » de sa naissance risque de salir le blason familial. Le meilleur sort pour ces bâtardes, jamais nommées ainsi, restent le couvent puisqu’en dépit de l’amour ressenti pour elles, personne ne souhaite les épouser, ni leur géniteur les reconnaître, ou reconnaître leurs anciennes amours.

Mémoires pour servir à l’histoire de Malte est un livre ardu, à réserver aux spécialistes du XVIIIe siècle.

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