Archive | 16 avril 2015

Vers l’Ouest de Xavier Jaillard

couv7905606Présentation de l’éditeur :

De nos jours, David Berg, comédien parisien, hérite de son vieil oncle Djydek une maison dans les Orcades, en Ecosse. Fraîchement débarqué sur l’île, il tombe amoureux du lieu, entre autres… Mais l’insolite comportement des autochtones cache un mystère… Pourquoi Djydek a-t-il quitté son Brésil pour venir mourir ici?

150113081711974778Défis Premier roman

Merci à Livraddict et aux éditions Scrineo pour ce partenariat.

Mon avis :

« Pour résister quand tout le monde se prosterne, il faut être inconscient, il faut avoir douze ans », p. 44.

J’ai choisi de commencer mon avis par cette citation, parce que quoi que j’écrive, je ne pourrai faire mieux que l’auteur. Cette phrase est dite par un personnage que l’on ne fait que croiser, dont on ne saura pas le nom – règle qu’elle suit pour se protéger et pour protéger les siens – et pourtant chaque personnage crée par Xavier Jaillard est fortement reconnaissable, parce qu’unique, là où d’autres tendent à transformer les hommes en « animaux humains ».

L’action commençait pourtant loin de Varsovie, par le temps, l’espace ou la thématique. Nous étions en Écosse, de nos jours, aux côtés d’un comédien au chômage technique. Il vient prendre possession de la maison qu’il a héritée de son oncle. Serait-ce le début d’une romance, dans un pays qui inspire tant les auteurs de roman à l’eau de rose ? Faut-il y voir une version moderne des contes gothiques d’autrefois ? Ce sera beaucoup trop simple, surtout que la narration, très vite, se dédouble. D’un côté, nous avons un narrateur à la première personne, de nos jours, en Ecosse, qui nous narre ses aventures en utilisant les temps du passé. De l’autre, nous avons un narrateur à la troisième personne qui se focalise sur Jaroslaw, un adolescent du ghetto de Varsovie. Le choix du présent de narration pour le premier chapitre (la suite sera écrite au passé) rend vivant son périple – son périple vers la mort. Le lecteur se doute, qu’à un moment, il découvrira le lien entre ces deux récits. J’ai envie de dire : peu importe. Les émotions procurées par cette lecture sont là. On peut avoir peur, être ému avec Jaroslaw, on peut rire avec David, le comédien qui recherche le « trésor » de son oncle.

En effet, David ne se contente pas de prendre possession de son héritage, et de débuter une histoire d’amour avec une jolie écossaise. Il tombe littéralement amoureux de ce pays – et les descriptions des paysages, du mode de vie de ses insulaires, sont particulièrement réussis. Elles opposent les Ecossais, sur leur île depuis « cro-magnon » et David, dont la famille (ou du moins ceux que l’histoire n’a pas broyé) n’a pas de racines, pas de pays. Elles opposent aussi cet « étranger » aux autochtones, et à leur volonté de garder leurs secrets, le secret des recherches de Djydek. Alors, non, on ne sombre pas non plus dans les clichés, David n’est pas un « pauvre étranger martyrisé », il doit juste soulever la brume de silence qui l’entoure – les vraies souffrances sont ailleurs, dans les chapitres consacrées à la fuite de Jaroslaw, cet enfant devenu adulte bien trop tôt.  La langue employée dans ce livre est vraiment magnifique, poétique – et j’espère que personne ne reprochera à l’auteur de décrire avec réalisme ce qui se passait en Pologne pendant la seconde guerre mondiale.

Vers l’Ouest (le titre est aussi une belle trouvaille) est un roman qui m’a profondément émue. Je lui souhaite la meilleure destinée possible.