Le dragon d’ivoire de Fatos Kongoli

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Présentation de l’éditeur :

Fortement inspiré de l’expérience de l’auteur, Le Dragon d’ivoire raconte la vie d’un jeune étudiant albanais à Pékin dans les années 60. Il évoque ses rencontres avec la belle Sui Lin et la haine des Chinois pour tous les étrangers blancs. Il sera suivi, épié… son histoire d’amour sera considérée comme de l’espionnage. Peur, chantage et délation sont présents en Chine comme en Albanie. Ce roman poétique est un voyage au bout de l’absurde. On y retrouve les bonheurs d’écriture de Fatos Kongoli et son sens de la métaphore, mais sa force est de faire de l’aliénation, plus qu’un simple témoignage sur la société albanaise, une parabole tragique et grinçante sur la noirceur humaine.

Mon avis :

Le quatrième de couverture de ce roman est pour le coup particulièrement juste, et il devrait être n avertissement pout tout ceux qui se plongerait dans la littérature albanaise.

Que savons-nous de ce pays ? Quasiment rien. Que découvrons-nous à la lecture de ce livre ? Que l’Albanie a eu des échanges avec l’URSS, avec la Chine, que de jeunes albanais sont allés y étudier (tout comme l’auteur en son temps), mais qu’ils pouvaient ne pas y retourner, sans qu’on leur donne d’explications pour ce qui sonnait comme un bannissement. Que ce soit en Chine ou en Albanie, ils sont épiés, espionnés, dénoncés, tout est suspect dans le moindre de leur geste, leur moindre rencontre. Les délateurs, les espions sont anonymes, les mises en garde et les menaces obscures, métaphoriques. Les conséquences sont bien réelles. Est-ce pour cette raison que la fille du personnage principal lui écrit avec tant de détachement, que personne ne s’offusque qu’elle épouse quasiment le premier venu – tant qu’elle est mariée, donc à l’abri. Est-ce le régime communiste qui a privé ainsi les albanais de tous liens amoureux, amicaux, familiaux un peu comme si tous voulaient se venger de leur vie précautionneuse, minutée, en déversant ses rancœurs, ses actes manqués sur d’autres.

J’ai pensé à Kafka aussi, tant les situations sont absurdes, tant les liens de cause à effet sont implicites.

Que dire aussi de la vision de la Chine par les étudiants albanais ? Nous ne savons pas ce qu’ils étudient, nous savons qu’ils sont des idées reçues sur les chinois(es), sur les américains, que tout ce que dit l’organe officiel est forcément vrai. Nous voyons maintes brèves rencontres, maintes occasions perdues, maints petits incidents, alternant chapitres courts et chapitres amples sur le séjour en Chine. Nous avons le personnage principal et un double, qui lui écrit de très longues lettres, avec un destin parallèle au sien, et une vision très différente de ce qu’a été la vie du personnage principal.

De la dimension métaphorique se double une dimension fantastique : il donne voix aux morts, dans la grandeur et la décadence d’un gouvernement. ils sont les témoins involontaires de ce temps qui a passé, de ce temps révolu :  « Toutes ces histoires sont déjà dépassées, chacun de nous les a emportées dans sa tombe. Nous les gardons enfermés dans la prison de notre mémoire d’hommes morts ».

Le dragon d’ivoire est un ouvrage ardu, âpre, pour tous ceux qui s’intéressent à l’Europe de l’Est.

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3 réflexions sur “Le dragon d’ivoire de Fatos Kongoli

  1. Je pense (ça n’engage que moi) que l’absurde était inhérent aux régimes communistes (en Russie comme en Chine), alors les dommages collatéraux avec l’Albanie ne m’étonnent pas vraiment ! Mais ce roman a l’air un peu compliqué, quoique intéressant… 😉

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