Archive | 16 février 2015

Journal d’un louveteau garou – XV

a_loup_garou_4_pour_Nina_brrrCher journal,

on croit que la situation ne peut pas être plus périlleuse, et bien, on se trompe !

– T’exagères pas un peu ? intervint Valère, en train de manger de la compote de pommes.

Lui, au moins, n’aura pas besoin de se mettre au régime  parce qu’il croque tout ce qui bouge !

Bref, hier matin, nous avons tous été réunis dans la cours du pensionnat, et le CPE, qui paraissait remis de ces deux coups sur la tête successifs, nous a lu une lettre du principal intérimaire qui s’est mis en congé « d’onclernité ».

 Chers élèves,
comme vous le savez sans doute, je suis lycanthropologue de formation. Ma cousine, le capitaine Angelica Alpha Sud, va mettre au monde une portée de quatre louveteaux » (et là, on a tous eu les cheveux qui se sont dressés sur la tête), « il est donc indispensable que je sois à ses côtés, en tant que médecin, mais aussi en tant que soutien moral. Que ceux qui n’ont jamais donné le biberon et changé les couches d’une portée de louveteaux  soient les bienvenus s’ils souhaitent des travaux d’intérêts généraux à mon retour, dans une semaine ».

Gaël de Nanterry ». 

Depuis cette annonce, on se tient tous au garde-à-vous ou presque. Je me souviens trop bien comment mes petits frères étaient très légèrement pénibles – et ils étaient fils unique !

Sur ce, je te laisse, cher journal, cette annonce m’a épuisé

Anatole Sganou, 4e Bleu.

Ikebukuro West Gate Park, tome 2 d’Ira Ishida


Mon résumé :

Nous retrouvons, au cours de quatre enquêtes, Makoto, le solutionneur d’embrouilles officiel du quartier d’Ikebukuro. Toujours ami avec Le Singe, proche des yakusas, toujours vendeurs de fruits et légumes pour des salarymens, il écrit des chroniques dans un journal, mais surtout, il est toujours volontaires pour aider ce qui le lui demande – et même ceux dont il a croisé la route par hasard.

logo-challenge-c3a9crivains-japonaisMon avis :

Comme dans le premier volume, nous retrouvons Makoto au coeur de quatre récit. Si je devais trouver un point commun entre eux, ce serait l’impression de solitude qui s’en dégage – j’excepte peut-être « Un dieu vert pomme », récit qui m’a le moins touché en dépit de ses projets altruistes. Seul, le môme-compteur, différent des autres, incapable de rentrer dans le moule scolaire, avec un père yakusa, une mère présentatrice vedette, et un grand frère plus que velléitaire. Mis à part sa mère, puis Makoto, qui s’intéresse suffisamment à lui sans le faire souffrir ? Même solitude pour Kao, onze ans, maigre à faire peur, qui adore les livres mais est livrée à elle-même pendant que sa mère, si immature que je me suis demandée si elle n’était pas handicapée mentale, gagne leur vie en tant qu’objet de consommation comme un autre dans un bar. « Prostitution », oui, disons le mot, dans un quartier où la concurrence des étrangères et surtout de leur protecteur est rude. Quant à la nouvelle « Casseur d’os », tout est dans le titre. Je pourrai, en rédigeant cet avis, jouer sur la corde sensible en montrant à quel point les victimes – des sans domiciles fixes – sont vulnérables. Dans un pays où une centaine d’entre eux meurent tous les hivers (le chiffre m’a abasourdi), ils font tous preuve d’une rare dignité. Même quand certains jeunes, désoeuvrés, alcoolisés, les tabassent pour s’amuser le soir. Il serait faux de dire que la police est indifférente, c’est simplement qu’elle ne parvient pas à résoudre certains passages à tabac inexpliqués. C’est là que Makoto intervient.

Il intervient parce que, à moins qu’on ne lui ait demandé expressément (c’est bien d’être ami avec le chef des G-Boys), il est touché par le destin de chacun, et veut qu’il puisse le poursuivre sereinement, pas qu’il soit interrompu parce qu’un lâche ou un illuminé en a décidé autrement. Il n’est pas le seul à être capable d’altruisme, je vous rassure tout de suite, et il peut compter sur une alliée de choix, capable de faire plier par sa logique, son assurance et son sens de l’organisation les plus aguerris des gardes du corps. Je veux bien sûr parler de sa mère.  Les chiens ne font pas des chats.

Ce second recueil se termine sur la quête de plaisir et de musique qui réunit les jeunes. Il annonce le tome 3 : Rave d’une nuit d’été.