Archive | 20 février 2015

Tous les démons sont ici de Craig Johnson

Merci à Babelio et aux éditions Gallmeister pour ce partenariat.

Présentation de l’éditeur :

Indien Crow d’adoption, Raynaud Shade est considéré comme le plus dangereux sociopathe des États-Unis et représente le cauchemar de tout policier. Finalement interpellé, il avoue avoir enterré un cadavre au beau milieu des Bighorn Mountains, dans le Wyoming, et c’est à Walt Longmire que revient la tâche d’escorter Shade, en plein blizzard, jusqu’au corps. Mais le shérif sous-estime peut-être les dangers d’une telle expédition. Car pour tenter de rétablir la justice, il va devoir braver l’enfer glacial des montagnes et tromper la mort avec, pour seul soutien, un vieil exemplaire de La Divine Comédie de Dante.

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Mon avis :

Si, comme moi, vous êtes fan de Craig Johnson et de son personnage Walt Longmire, vous n’aurez que faire de mon avis, vous vous serez déjà précipité chez votre libraire préféré et vous aurez lu cet opus. Si vous ne connaissez pas cette série policière, je ne puis que vous conseiller de combler cette lacune le plus rapidement possible, en lisant toute la série de préférence.

En effet, il me semble plus difficile de savourer pleinement la lecture de ce tome si vous n’avez pas lu les aventures antérieures de Walt. Il revient à l’endroit où il a déjà largement souffert dans Little Bird. Il évoque les blessures reçues dans le passé, et pas aussi cicatrisées qu’il le croit. Le destin le remet sur le chemin de « l’indien blanc« , qui évoquera avec lui le camp des morts. Oui, j’en dis déjà beaucoup, mais faites-moi confiance : Craig Johnson est un adepte de la polysémie.

Walt se passerait bien de l’affaire qu’on lui confie : escorter un dangereux sociopathe, en pleine tempête de neige. Shade est accompagné d’autres détenus, aux casiers judiciaires moins chargés, moins redoutables. Mais ….quel détenu ne serait prêt à tout pour recouvrer sa liberté, surtout si la mort est au bout du chemin ? Presque tous. Aussi, Walt se montre particulièrement méfiant, attentif au moindre détail, réactif aussi. Comme il le dit lui-même : « si on était bon juge de l’homme que l’on avait en face de soi, on avait une chance de survivre. Dans le cas contraire, on devenait la victime qui recevait les honneurs. La question n’est jamais qui est le plus rapide, le plus fort, le plus résistant, mais plutôt qui, au moment où d’autres marqueront une pause, déciderait d’agir en premier. »

Rédiger la suite de mon avis est difficile, parce que j’ai vraiment été profondément émue par ce récit, moi qui ne m’émeus vraiment pas facilement. Dès que Shade s’évade, avec un paquet d’otages avec lui pour faire bonne mesure – il ne faut pas se leurrer, il n’accorde aucune attention à la vie de ceux qui l’entourent, ce sont juste des utilités – Walt Longmire se trouve confronter à un choix : attendre gentiment les renforts, qui peinent à avancer dans cette tempête, ou se lancer seul à la poursuite de Shade. Vous vous doutez bien qu’il choisit la seconde solution, et tant pis pour les difficultés ou les risques encourus. Walt s’engage dans la montagne avec peu de bagages, si ce n’est L’enfer de Dante et son humour. Comme il le dit lui-même : « Je ne pouvais pas mourir – il y avait trop de femmes qui me tueraient. « 

La suite du récit est vraiment une confrontation, un face à face avec la nature dans ce qu’elle a de plus âpre. Nous suivons pas à pas Walt sur cette terre et ses légendes, jusqu’à l’affrontement final. Avant ceci, aura été distillé une série de confrontations, comme autant d’obstacles que ce petit Poucet meurtrier qu’est Shade aura laissé sur son chemin. Tous les démons sont ici, dit Walt. Heureusement, ils ne sont pas les seuls à être venus.

Un très beau roman.

Pain, éducation et liberté de Petros Markaris

9782021125436Présentation de l’éditeur :

2014. À Athènes, la survie quotidienne est de plus en plus difficile pour les citoyens appauvris et pour les immigrés harcelés. C’est alors qu’un tueur en série jette son dévolu sur des personnalités d’envergure issues de la génération de Polytechnique qui, après s’être rebellées contre la junte militaire, ont eu une carrière fulgurante. Le criminel reprend le célèbre slogan des insurgés de l’époque pour formuler sa revendication : « Pain, éducation, liberté». Qui se cache derrière ces meurtres ? Un membre de l’extrême droite ou un ancien gauchiste mû par le désir de vengeance ? Le commissaire Charitos, privé de son salaire depuis trois mois, tente avec sa ténacité habituelle de comprendre les mobiles du coupable.

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Mon avis :

Le roman a été écrit en 2012, imaginant une Grèce qui aurait renoncé àl’euro pour retrouver le drachme. Politique fiction ? Oui, mais le drame grec est bien réel, et s’inscrit dans son histoire.

Charitos fête le jour de l’an en famille, une famille qui se veut unie en dépit d’un présent peu réjouissant et d’un futur plus confus encore. Son salaire est suspendu pour trois mois – si tant est que ce qu’il touchait jusque là puisse être considéré comme un salaire digne de ce nom. Sa fille, que son ami Zissis, grand résistant dans le passé et le présent, a convaincu de rester au pays, ne gagne aucun salaire. Son gendre est réduit à la portion congrue alors qu’il est médecin. Pour survivre, rien ne vaut l’union – et la simplicité. De France on imagine mal à quel degré de pauvreté sont parvenus les grecs. Conserver sa dignité est une lutte quotidienne pour ceux qui n’ont plus rien.

La crise n’empêche pas les crimes – et le premier meurtre commis touche directement un ancien révolutionnaire, un de ceux qui a résisté lorsque la junte militaire a pris le pouvoir. Mais qui peut en vouloir à ses héros modernes ? Et bien… des personnes qui savent pertinemment que la crise n’est pas arrivée toute seule en Grèce, et qu’il a bien fallu que cette génération, ceux qui sont sur le point de prendre leur retraite, ait participé à ce qui est aujourd’hui la débâcle grecque.

Ce n’est pas que Charitos enquête mollement, non, il fait ce qu’il peut avec les moyens du bord, laissant sa chère voiture au garage parce que, de toute façon, il manque un peu d’essence pour la faire rouler. Il est stupéfait par le fossé qui s’est crée entre les générations, entre les parents et leurs propres enfants, qui tiennent à réussir par leur propre moyen plutôt que de suivre les traces de leurs pères. Et il semble que, parfois, donner des cours à des détenus alors que l’on est soi-même incarcéré soit le début d’une existence réussie.

Pain, éducation, liberté est le portrait d’une génération désabusé, parce qu’elle a déjà tout perdu avant même que sa vie n’ait commencé.

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